Vous reprendrez bien un peu de Koockie ? – Cacti Magazine

Vous reprendrez bien un peu de Koockie ?

Un peu avant l’heure du goûter, on a posé nos burning questions à Constance, artiste pluriforme pleine de projets et d’histoires.

 

– Salut Koockie, tu peux te présenter stp?

Ce ptit prénom là a vraiment une histoire. Sur mon visage il y a des éclats de chocolat ! Et quand j’étais gamine je me faisais beaucoup charrier par rapport à ça. Au départ c’était vraiment un complexe, je les arrachais même. Et puis j’ai arrêté de vouloir les combattre et j’ai appris à les aimer !

La question difficile : tu fais quoi dans la vie ?

Il y a quelques années j’étais inscrite en fac de médecine et ma sœur, qui était aussi en médecine, me sort « non mais t’as pas de personnalité, tu fais tout comme moi ! » et j’ai vraiment pris cette phrase comme un challenge. Donc pendant l’été j’ai réfléchi à ce que je pourrais faire d’autre. Et en septembre, je ne suis pas allée en médecine, même si je ne savais pas encore vraiment ce que je voulais faire. Ca a été très difficile, j’étais clairement en dépression. Et cette dépression m’a inspiré.

Je voulais m’occuper des gens, les aider au niveau du physique, et là j’avais une souffrance non physique qui m’était inconnue. Donc je me suis dit qu’en allant en psychologie je pourrai trouver des réponses à mes questions. Et voilà ! Coup de cœur. J’ai fais de la psycho-sociologie et c’était une des plus belles découvertes de ma vie. Beaucoup de révélations, de critiques et surtout de colère.

 

Je me suis rendue compte comment la société m’influençait, comment je me comportais et le fait que mes choix étaient peut-être formatés. Cette prise de conscience m’a rendu plus attentive à mes choix.

Tu peux nous parler de ton entreprenariat ?

Ca fait plus d’une dizaine d’année que je suis au Conseil municipal jeune de Feyzin et à la suite de ça j’ai fait un service civique, qui m’a encore plus ouvert l’esprit. Je voyais au delà des études.

L’habillement, plus que la mode, a toujours été super important pour moi. J’ai découvert le statut étudiant entrepreneur, qui m’a de suite attiré alors j’ai donc demandé le statut et je l’ai eu.

J’ai appliqué ma démarche entreprenariat avec Canopée Consulting : du conseil en image revisité. C’est un service dans lequel j’inclue mes connaissances en psychologie sociale. Concrètement, avant de vouloir aider une personne, lui dire de changer de style vestimentaire ou le critiquer, ma démarche c’est de comprendre. Comprendre comment tu en es venu à donner de l’importance à ton style ou à le délaisser. Partir d’une phase de diagnostic pour déconstruire des ressentis.

On porte un style vestimentaire en fonction des milieux qu’on fréquente, donc c’est aussi comprendre l’univers dans lequel on s’inscrit. Qui sont nos proches, comment les interactions se font autour du vêtement… Toute la dimension sociologique dont on ne fait pas attention.

 

 

Quelles sont tes problématiques phares dans cette démarche ?

Comprendre comment est-ce que la personne investit son apparence, est-ce que c’est subi ou choisi ? Est-ce que ça vient de nous ou de la pression de la société qui force des idéaux ?

Donc j’accompagne la personne dans cette phase de diagnostic, je comprends ce vers quoi elle veut tendre et je l’accompagne dans la démarche pas à pas. Car affirmer un style vestimentaire unique ce n’est pas aisé dans une société conformiste. Il faut aussi se préparer aux attaques tout comme aux encouragements.

Mon but c’est de soigner via l’apparence, sachant que s’occuper de l’apparence, ça revient à la confiance en soi et c’est applicable sur tous les sujets de la vie.

Qu’est-ce que tu penses de l’appropriation culturelle, dont on entend de plus en plus parler ?

Au début je ne la comprenais pas. Parce que je suis née en France et l’idéologie raciste, j’en suis imprégnée que je le veuille ou non. Et l’an dernier je me suis posée la question car je portais tout le temps un kimono japonais, acheté à Amsterdam, vive la mondialisation ! Et moi ce kimono je le trouvais juste beau mais je me suis demandé ce que c’était un kimono pour un japonais, je ne savais pas. Donc pour moi c’était une forme d’appropriation culturelle, je me posais la question de ma légitimité à le porter, avec mon wax sur la tête et mes baskets Nike !

De l’appropriation culturelle il y en a toujours eu, mais le problème actuel c’est le rapport de domination entre les cultures. Les cultures afro sont dévalorisées. Malheureusement si une personne afro porte du wax, ça sera moins jugé beau/ à la mode que si une occidentale le porte. Pour un même objet, la perception change.

J’espère que la problématique de l’appropriation culturelle disparaîtra mais pour arriver à cet idéal, il faut que la France puisse voir en face son passé colonial et ses répercussions au présent, qui sont passées sous silence. Il faut vraiment poser les choses à plat pour que la France puisse se détacher de cette culpabilité.

 

Tu fais aussi du slam, comment tu es arrivée à cet art?

Je m’étais achetée un carnet de dessin que je me trimballais partout et je dessinais jamais dedans. Pour aller à la fac, je passe tous les jours à Gare de Vénissieux, qui relie le centre ville à toute la banlieue, donc assurément, c’est des gens issus de classes populaires. Et à chaque fois qu’il y a les contrôleurs, il y a la police avec eux. Ca m’a ramené à un événement auquel j’avais assisté dans un bus, à savoir un type qui n’avait pas payé son ticket, que les contrôleurs, accompagnés de la police ont fait descendre avec violences physiques. Cette scène m’avait choqué. Et je me retrouve une énième fois Gare de Vénissieux avec ces contrôleurs accompagnés des policiers, ce qui n’arrive jamais en centre ville.

Pour évacuer, j’ai choisi d’écrire, tout simplement, ce qui m’avait mise en colère. Et ça m’a soulagé, c’est devenu ma drogue quand je ressentais quelque chose de fort, tout décharger sur le papier.

Et l’été dernier j’ai relu pour la première fois ce que j’écrivais, je trouvais qu’il y avait un truc. Puis j’ai fréquenté un rappeur de la scène lyonnaise à qui j’ai fait lire mes textes, il m’a de suite conseillé de monter sur scène et de slamer. J’ai dit ok. Trois heures après je fais ma première scène à Thou Bout d’Chant, avec des retours positifs et ça m’a trop encouragé. Alors j’ai enchainé, au Macanudo et sur d’autres scènes ouvertes. A chaque fois c’était en mode spontanée. Donc maintenant j’ai envie d’aller plus loin, de me poser et de retravailler vraiment mes textes.

 

Et tes textes reposent sur quoi ? T’as un thème récurrent ?

Moi ! Moi moi moi ! Ce sont des textes écrits à partir de sensations et d’émotions. Donc ça peut parler à tout le monde. On est dans une société qui étouffe beaucoup les ressentis, donc j’espère que partager mes textes ça peut réveiller certaines personnes.

En général j’écris quand même beaucoup sur le fait d’être femme, autant ma féminité que ma masculinité, parce que j’aime jouer avec les deux, dans mon style notamment. Y’a même des jours où on m’appelle monsieur ! C’est sans pression et ça me dérange pas ! Je pose beaucoup les réflexions sur le féminisme aussi et la façon dont je me l’approprie. Et dernièrement la frontière entre le rêve et la réalité, car j’ai vécu des moments où l’imaginaire était encore plus impactant que la réalité.

 

T’as des projets pour le futur proche ou moins proche ?

Mon objectif c’est que mon travail soit lié à ce que j’aime, mettre mon énergie dans quelque chose qui me permet de me développer personnellement. En partant de moi, j’aspire à aider le plus de personnes possible.

Avec l’association étudiante Sapé.e, j’espère pouvoir toucher pas mal de monde. C’est une association que je suis en train de créer pour réunir les afro-européens autour de la notion de style vestimentaire, de l’assurance par l’habillement.

 


On va passer aux questions plus corsées maintenant !

 

Ta féministe chouchou ?

Ma maman. Parce que c’est la femme forte. Le courage qu’elle a eu et continue à avoir… J’essaie de m’imaginer à sa place, à 18 ans, quitter mon pays avec mon premier né sous le bras, pour faire mon avenir ailleurs. Et arriver dans un pays pas forcément accueillant, où tu vas subir des injustices, mais te dire qu’il faut te battre pour tes enfants. C’est un déracinement et il faut tellement de courage pour prendre cette décision là.

Quelle actrice jouerait ton rôle dans ton biopic ?

Moi ! Je te dirais moi parce que t’as tellement peu de représentation de femmes noires… La figure à laquelle on m’a renvoyé c’est Lupita Nyong’o car elle est noire aux cheveux courts ! Donc l’actrice afro pour mon rôle je ne la connais pas encore ! Tant qu’on n’est pas représenté, c’est à nous-mêmes d’assurer les rôles qu’on veut. Mais je veux bien faire des castings… !

Qui invites-tu à ton diner parfait ?

Moi ! Encore ! J’adore faire des choses toute seule. Non mais j’invite mon ami Joel, un afro français qui évolue dans le monde du théâtre et pour moi c’est un pilier. Quand je me perds dans ce que je vis, je sais qu’il a les mots et les connaissances pour m’aider et me débloquer.

Si tu pouvais vivre dans un film ?

Princesse Mononoké de Miyazaki. Parce que c’est une sauvage comme moi ! Il faut toujours cet équilibre entre le côté sauvage et civilisé et le film montre bien ce dilemme.

Fuck marry kill : Bryan Cranston – John Boyega – Jay-z

Alors kill Jay-Z et je récupère son compte en banque. Fuck John Boyega. Et Marry Walter White (Bryan Cranston), pour son intelligence, c’est une des qualités qui me fait bander. La stimulation intellectuelle c’est ce dont j’ai besoin dans ma vie !

Koockie en bowling star dans le shooting FEMALE TROUBLE de Cacti #3.

Photo de Camille Brasselet

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