Caecitas – ROXANE BAUDIN – 5′

Chez Cacti, on adore le cinéma, surtout quand il est court et intense, alors toutes les semaines on a choisi de vous présenter un court-métrage de quelques minutes, à regarder n’importe où, n’importe quand, et dans n’importe quelle position.

Aujourd’hui, le film de notre copine : Roxane Baudin qui nous présente son court-métrage Caecitas, et en plus on a eu la chance de lui poser quelques questions !

 

Synopsis : 

Elise est une jeune étudiante, aveugle. Il est tard, la fac se vide. Elle range ses affaires et commence une longue déambulation dans les couloirs où la réalité et sa réalité vont peu à peu se confondre. Des flashs d’un ancien agresseur prendront le dessus sur le présent.

CLICK SUR ELISE POUR VOIR LE FILM

 

Quelle a été l’impulsion première qui t’a poussée à faire ce film ?

Déjà un lieu, ce long couloir en sous-sol porte à lui seul le poids du scénario, le personnage n’a qu’un seul échappatoire, c’est de continuer à marcher et arriver au bout. C’est aussi la volonté obsédante de réponse à la question : comment savoir qu’on nous observe en silence si l’on ne peut pas voir ? J’ai rencontré plusieurs personnes non voyantes pour ne pas singer la cécité. Je voulais placer le spectateur dans la même angoisse qu’Elise, de ne pas voir, de ne pas savoir, le priver de son pouvoir d’omniprésence. Reprendre les codes du film d’horreur, pour parler de la perception et de la peur était une évidence. Pour moi, c’est de loin le genre le plus intéressant. C’est le seul genre où ce que le spectateur imagine est pire que ce que l’on aurait pu réaliser, alors on ne montre rien ou presque et on laisse nos esprits faire le reste !

 

Pourquoi est-ce que tu as choisi la caméra comme support (ou média vidéo) pour raconter cette histoire ? 

Le cinéma c’est l’humain, on écrit des personnages pour qu’ils soient incarnés par des acteurs. Pour exprimer des choses c’est mon véritable support. J’aime quand ça hurle, ça pleure, ça rigole, ça se bat. Les médias de l’image et du son sont là pour capter ces instants. Donc la caméra comme intermédiaire oui, mais uniquement pour attraper ce que les acteurs et les personnages ont a nous donner.

 

Tu as l’habitude de travailler essentiellement sur des personnages féminins, qu’est ce qui t’attire dans leurs constructions ?

Les femmes sont une source d’inspiration sans limite. Elles peuvent tout être. Il y a tellement à faire. Le cinéma est très humiliant pour les femmes, alors que je ne connais que des femmes fortes. J’ai envie de niveler ce fossé entre les femmes et le cinéma. Et je parle autant des personnages, que des actrices, et des cheffes-opératrices qui doivent en faire trois fois plus qu’un homme pour constamment prouver ce qu’elles valent. On doit changer ça.

J’ai réalisé un court-métrage Toxic! qui parle du fossé qui sépare une jeune fille du reste du monde lors d’une soirée. Cette fille c’est Lulla, qui se force à suivre ce que la pression de groupe lui indique, ce qu’on a prévu pour elle, elle ne s’écoute pas. Un effort de compréhension la sauverait sûrement. Au cinéma on a besoin de ça, que cette industrie regarde avec un nouvel œil les femmes, avec plus de confiance, de respect et surtout plus aucuns préjugés.

 

 

Comment est ce que les femmes peuvent se réapproprier le milieu du cinéma ?

Grâce à leur singularité. Elles la ferment depuis trop longtemps. On a trop de chose à dire. On veut se réapproprier nos représentations. Des femmes représentant des femmes ça changera de Basic Instinct, parce qu’on est peu à avoir des jambes de 2 mètres, à ne pas porter de culotte, et pourtant on te fait transpirer tout un commissariat quand tu veux ! L’image de « La femme » a trop été fantasmée par des hommes, c’est pour ça qu’on se sent pas en phase avec ce que le monde veut de nous. Je peux te dire qu’on va t’en donner des femmes loin du glamour, et du sexuel, des femmes de tous les jours. Elles ne seront pas que des vierges, elles ne seront pas que des putes, elles ne seront pas des mantes religieuses, elles ne seront pas définies par leur rapport aux hommes, ou à la maternité, elles ne seront plus secondaires, elles ne seront plus des victimes, elles ne seront plus les sauvées, elles ne seront plus que féminines, elles ne seront plus que sexy, elles ne seront plus que minces, que blanches et que sages, que douces, ni que des hystériques ou que des nymphomanes. Des personnages avec de la profondeur pas résumé en un mot.

Ce sera des femmes, des vraies et ça va péter des culs moi je te le dis.

 

Visuel Ciné-Club: Marjorie Issard – @marjorie.graphiste

Interview – Camille Dochez

Leave a comment

%d blogueurs aiment cette page :