Lettre à Virginia Woolf (1882-1941) – Cacti Magazine

Lettre à Virginia Woolf (1882-1941)

Lettre à Virginia Woolf (1882-1941), écrivaine moderniste britannique ayant mis en lumière les inégalités femmes/hommes, ainsi que la fluidité des genres.

Chère Vivi,

En guise de suite à ma dernière lettre (Lettre à Kanno Sugako), il me semble nécessaire de revenir sur mouvement #MeToo et de ses dérivés non-anglophones. Dans le fond, pourquoi on en a besoin ?

Le viol collectif filmé commis en 2016 par « la Meute » en Espagne suscite énormément de réactions. À raison, puisque les faits sont particulièrement sordides : 5 hommes ont violé une fille de 18 ans, tout en filmant la scène (oui oui, toujours plus). Le jugement, rendu le 26 avril 2018, les inculpent d’agressions sexuelles avec 9 ans de prison.

Le viol et ses 22 ans de peine ont été écartés.

Pourquoi ? Entre autre parce que l’investigation d’un détective privé a montré qu’après son viol, la plaignante sortait boire des coups avec ses copines, se promenait dans la ville. Quel rapport ? Et bien elle n’agissait pas en « vraie victime ». Ben oui, une vraie victime c’est celle qui reste cloisonnée chez elle à pleurer sans pouvoir rien faire d’autre. Dégueulasse hein ?

Dégueulasse comme la culture du viol, Virg’. C’est de ça que je veux te parler aujourd’hui : le viol est entouré de beaucoup de mythes.

Dans la culture du viol, l’agresseur est inconnu, armé, suit des pulsions, et agit la nuit dans une ruelle sombre. Hors de ce fantasme, c’est pas un « vrai viol ».

Pourtant, dans plus de 70% des viols, l’agresseur est un proche de sa victime. Il est armé dans seulement 12% des cas. 65% des viols se passent au domicile de la victime, et 50% des viols ont lieu le jour, l’autre la nuit.

Du coup, comme peu de cas rentrent dans l’image fantasmée du « vrai viol », justice peine à se faire : 5% des viols sur femmes majeures aboutissent à une plainte. Et on ne parle pas des plaintes qui aboutissent à la condamnation du violeur.

Pourquoi ? À cause de 3 réactions bien connues aux cas de viol : nier la véracité des propos (la victime ment), présumer le consentement et/ou le plaisir de la victime, et chercher la culpabilité de la victime (à cause de ses vêtements par exemple).

Avec #MeToo, on s’est rendu.es compte qu’il y avait beaucoup de victimes. Mais qu’en est-il du reste ? Caroline de Haas s’est pris un gros bashing de l’internet pour avoir présumé qu’avec autant de victimes, il devait y avoir beaucoup d’agresseurs. Et bien figure toi que des études états-uniennes convergent sur le fait qu’entre 25 et 43% des hommes affirment avoir agressé sexuellement ou violé au moins une fois dans leur vie.

Bon, mais alors pourquoi ça ne s’arrête pas Virg’ ?

Parce que c’est le propre de la culture du viol : le minimiser pour en faire un fait divers, une image lointaine et vague, ou même un truc cool. Non ? Combien de blagues sur le viol ? De films porno qui rendent le viol érotique, sans que ça ait trait à des jeux de domination ? Aux États-Unis, l’une des catégories porno les plus recherchées est « Latina abusée », carrément (cf Hot Girl Wanted sur Netflix). Combien de personnes qu’on a pu entendre affirmer « Arf moi j’aimerais bien me faire violer par Machine ou Machin trop belle/beau » ?

Alors l’histoire des « pulsions », on l’oublie hein. Le viol c’est pas une pulsion, c’est une construction sociale. La majorité des hommes comprennent le concept de consentement, mais comme le violeur c’est toujours un « autre » (le « vrai violeur »), pas facile de les faire se sentir concernés. La preuve en est : le tournage de Koh Lanta est suspendu car un participant a tenté de violer une participante.

À quel niveau de sensibilisation on est pour qu’un mec essaie de violer une femme dans un programme de télévision nationale ?

Sur ce, fuck the big bad Woolf ! Krkrkrkrk parce que wolf, Virginia Wool… Enfin tu l’as quoi.

Longue vie au grand, au beau, au bon sexe avec consentement !

 

Texte – Clémentine Biard

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