Lettre à Olympe de Gouges (1748-1793)

Lettre à Olympe de Gouges (1748-1793), femme de lettres française, pionnière du féminisme, et autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Chère Oly,

Tu sais que la fille de Marion Maréchal-Le Pen porte le même prénom que toi ? Espérons qu’elle tienne de toi et pas trop de ses parents lol.

D’ailleurs je pense qu’en ce moment, MMLP pleure devant sa photo de Pétain en regrettant le bon vieux temps. Tu sais pourquoi Oly ? Le Sénat est en train d’examiner la possibilité d’inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution  holy shit ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Bah la Constitution c’est un peu la queen du droit, donc personne pourra plus toucher à l’avortement. Allez BOUM.

Et l’Irlande connait aussi un moment historique : le 25 mai prochain, les Irlandais·es vont peut-être pouvoir voter pour le retrait du 8ème amendement de la Constitution qui interdit l’avortement.

Y’a quoi maintenaaaaant ?

Et puis y’a l’Italie. Vous nous avez volé la coupe du monde de 2006 et ça vous suffit pas ? Non, il faut que 70% de vos gynécologues refusent de pratiquer l’IVG, grâce à cette petite loi 194/78 qui leur permet de brandir « l’objection de conscience ». Et les 30% restants sont débordés, alors les avortements clandestins explosent, eh oui.

Ça y’est, c’est le moment où je fais ma rabat-joie Oly : est-ce que tu savais que, dans le monde, une femme meurt toutes les 9 minutes d’un avortement illégal ?

Et c’est cool d’avoir un loi qui légalise l’IVG, mais encore faut-il avoir les services suffisants derrière. Par exemple, il faut un nombre assez important de cliniques : moins il y a de centres, plus la liste d’attente est longue, et plus il y a de femmes vont recourir à un avortement clandestin du fait du dépassement de la limite du temps de gestation autorisé.

Et sur ce point, faisons confiance aux anti-choix pour sauter sur toutes les occasions d’entraver la liberté des femmes à disposer de leurs corps : aux États-Unis, des « centres d’aide à la grossesse » fleurissent partout depuis quelques années, dans lesquels on pousse les femmes à ne pas avorter, à coups d’intimidation et de maquettes de foetus de 2 semaines qui ont déjà des ongles et tout le bordel. À tel point qu’il y a maintenant plus de ces centres que de vraies cliniques d’IVG :

4000 centres anti-choix contre seulement 800 cliniques pour environ 163 millions de femmes.

Donc clairement Oly, c’est possible d’avoir un droit dans la loi, sans pouvoir l’exercer dans la vraie vie. Et quand on sait qu’aux États-Unis, 75% des femmes qui ont recours à une IVG sont des femmes pauvres, ben on se dit qu’être une femme pauvre, c’est aussi être pauvre en droits.

Et non, la France n’est pas une exception : la tendance actuelle à une précarisation économique qui touche de plus en plus de monde, et au démantèlement des services publics (sur lesquels repose, comme dit plus haut, la garantie de pouvoir exercer nos droits reproductifs dans la vraie vie) fait que plus t’es pauvre, moins t’as de droits. Et qui sont les pauvres en France Oly ? Les femmes.

ALLEZ YES LA VIE EST BELLE (enfin surtout pour les riches).

Sur ce mon Olympe, je te laisse, j’ai quelques luttes à mener.

Longue vie aux utérus libres !

 

Texte – Clémentine Biard 

Illustration – Julien Brogard 

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