Lettre à Naziq al-Abid (1898-1959), militante féministe syrienne, engagée pour le droit de vote des femmes, l’éducation des femmes pauvres, et les droits des travailleuses.

Chère Nazou,

Figure-toi que j’ai plein de trucs à te raconter, toi qui a été une des premières militantes féministes syriennes et, il faut le reconnaître, une sacrée badass.

Tu savais que le droit de vote des femmes est légalisé (sur le papier) dans tous les pays du monde ? Pourtant, si les femmes votent, elles ne sont pas hyper bien représentées : alors qu’elles constituent près de 50% de la population mondiale, seulement 23,4% des parlementaires nationaux à travers le monde sont des femmes, et ça en 2017.

 

T’hallucines un peu ? Et encore, quand une femme est élue, on parle 1. de son look, 2. de son (présupposé) mari et/ou de ses enfants, 3. d’avec qui elle a couché, et enfin 4. de ses compétences, mais bon pour les démolir, parce que c’est louche une femme élue, on sait qu’il y a entourloupe.

 

En France, comble de la situation : Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, est obligée de s’attacher les cheveux pour être écoutée, sans quoi les articles sur son physique abondent.

Et en vrai, si on regarde d’un peu plus près, combien de femmes politiques ont les cheveux longs et lâchés ? AH, c’est bien ce que je disais.

 

Niveau droit des travailleuses, c’est pas mieux : dans son fameux rapport de 2017, Oxfam nous informe qu’il faudrait 170 ans pour combler l’écart de salaire entre les hommes et les femmes, à l’allure de l’évolution actuelle. Equality goal : 2187.

 

D’ailleurs, savais-tu ma chère Naziq qu’un employé de Google a récemment porté plainte contre sa boîte pour « discrimination envers les hommes blancs conservateurs » ? Eh oui, le pauvre monsieur s’est fait virer cet été parce qu’il a diffusé un manifeste sexiste, dans lequel il explique le manque de femmes ingénieures par les différences biologiques qui les séparent des hommes.

Ah, toujours cette vieille histoire de la nature, qui légitime l’oppression à tout va ! On aurait tendance à lui répondre que le seul truc biologique ici, c’est sa connerie.

 

Allez, la bise et stay tuned Jeanne d’Arc.

Longue vie aux rebelles !

 

Texte – Clémentine Biard 

Illustration – Celine Katze 

@celine_katze

 

 

 

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