Lettre à Monique Wittig (1935-2003), militante féministe française à l’origine du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), engagée pour la légalisation de l’avortement, pour les droits des femmes homosexuelles, et contre le « dogme hétérosexuel ».

Chère Mony,

J’espère que je ne te dérange pas trop dans ton repos éternel, mais il faut vraiment que je te parle de ce qui se passe dans le monde du féminisme aujourd’hui. Toi qui a beaucoup écrit et lutté pour l’émancipation sexuelle des femmes, écoute ce qu’il se passe en ce moment. Peut-être te souviens-tu de Catherine Deneuve, avec qui tu as signé le Manifeste des 343 pour l’avortement libre et gratuit en 1971.

Et bien figure-toi qu’elle a cosigné une tribune dans le Monde, avec 99 autres femmes, dans laquelle (accroche-toi bien) elles « dénoncent » le mouvement #metoo et #balancetonporc. Pourquoi ? Du fait de son pseudo « puritanisme ».

Oh bah oui, c’est vrai que c’est pas du tout l’argument récurrent de tonton-malaise aux repas de Noël. Elles réclament la « liberté » des hommes « d’importuner » les femmes, en affirmant que c’est une condition sine qua non à la liberté sexuelle.

 

Je t’avoue que je préfère te passer les détails sous peine de vomir sur ma missive. Les signataires se sont ensuite, chacune de leur côté, exprimées dans les médias, et alors là, c’était pas joli à voir :

Brigitte Lahaie qui affirme haut et fort sur un plateau télé qu’« on peut jouir pendant un viol», Catherine Millet regrette de ne pas avoir « été agressée sexuellement, pour pouvoir témoigner que le viol n’est pas si traumatisant que ça » etc.. J’en passe et des meilleurs.

 

Je sais ce que tu te dis, comment c’est possible ? Mais regarde les signataires : que des femmes privilégiées, qui n’ont pas à faire face quotidiennement à la « liberté d’importuner » des hommes (qui passe en fait complètement outre le consentement des femmes « importunées »).

Quand on reste trop longtemps enfermée dans sa tour d’ivoire, c’est dur de capter qu’il y a une réalité différente pour des milliards d’autres femmes.

Non non calme-toi Monique, je sais que ça irrite. Mais regarde toutes les réponses qui ont fusé de part et d’autre pour dénoncer cette tribune (allez disons-le) antiféministe.

 

Je te conseille de lire la magnifique contre-tribune de Caroline de Haas : l’égalité ça fait peur à certain.es, mais on sera toujours là, et plus nombreux.ses que jamais pour la défendre. Ça fait chaud au féminisme de voir toutes ces voix s’élever contre ces quelques personnes qui généralisent leur situation à la terre entière.

Sur ce, plein de mimis et t’inquiète pas, on prend la relève.

 

Longue vie aux opprimé.es !

 

Texte – Clémentine Biard 

Illustration – Clémence Sauvage

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