Lettre à Louise Michel (1830-1905)

Lettre à Louise Michel (1830-1905), institutrice, militante féministe, révolutionnaire et anarchiste, l’une des principales figures de la Commune de Paris.

Chère Loulou,

Je trouve ça drôle de t’écrire cette semaine, alors que les luttes en France doivent être ton binge-watching du moment. Oh, fais pas semblant, je t’entends trépigner d’ici.

En parlant de show, tu connais le test de Bechdel ? C’est un petit outil qui permet de savoir si un film est centré sur le point de vue masculin, ou s’il laisse la place à la représentation des femmes. Comment ? En 3 questions : l’oeuvre a-t-elle deux femmes identifiables (qui portent un nom, en gros) ? Est-ce qu’elles parlent ensemble ? Est-ce qu’elles parlent d’autre chose que d’un mec ? « Easy », j’entends déjà. Pourtant, en 2016, 1/3 des films hollywoodiens ne passent même pas la première question. Et encore, on ne parle même pas des femmes derrière la caméra, à la technique, ou même de la diversité raciale représentée.

Et j’irai même plus loin : quelle masculinité est représentée ? Raewyn Connell parle de « masculinité hégémonique ». Maaaa keskecé ? En fait, c’est la forme dominante de masculinité, celle qui est sous-entendue quand on dit « Ah ouais lui c’est un vrai mec ». Tu savais, Loulou, qu’avant la Révolution française, les « vrais mecs » c’était ceux qui se maquillaient, qui portaient des perruques et des pantalons moulants ? Si si, je te jure. C’est la Révolution qui a fait glisser la masculinité hégémonique vers celle qu’on connait aujourd’hui : le monsieur avec des poils et des muscles, qui pleure pas et qui laisse pas sa mère se faire insulter, sans pour autant arrêter de traiter les meufs de putes, HELLOOOO.

Le documentaire The Mask You Live In  (disponible sur Netflix) dénonce l’impact de cette masculinité dominante, qui violente les femmes, mais aussi les autres types de masculinité, celles qui rentrent pas dans l’idée collective de ce que c’est, un mec : « tapette », « femmelette », « pédé », « fragile » etc etc etc. Tu vois la tableau quoi. Et rentrer dans cette masculinité hégémonique, ça demande des efforts. C’est peut-être pour ça qu’on retrouve une sureprésentation des hommes dans la population touchée par des troubles du comportement, dans les élèves qui décrochent de l’école, dans les personnes alcooliques, dans les détenu·es ayant commis un crime violent, ou encore dans les suicidé·es.

En fait, la déconstruction des stéréotypes de genres, TOUT LE MONDE Y A INTÉRÊT.

Pourtant, le terme « féministe » pose problème pour certain·es : une étude récente montre que, sur les 32 pays examinés, seulement 1/3 des femmes se considèrent comme féministes, alors que la très grande majorité est pour l’égalité de droit et de fait entre les hommes et les femmes. Mais pourquoi donc ? Ben figure toi, Loulou, que le terme « féministe » est associé à plein plein de connotations : les rabats-joie, les « extrémistes » (alors que, rappelons-le, ça n’existe pas), les pleines de poils, la « guerre des sexes », enfin tu vois quoi. Alors on entend des trucs du genre « Moi je suis pas féministe, je suis humaniste ». Mais si le féminisme c’est la « théorie de l’égalité politique, économique et sociale entre les femmes et les hommes », et que ce sont les femmes qui subissent les inégalités de plein fouet, le terme « féministe » n’est-il pas plus approprié ?

 

Je te laisse méditer là-dessus, moi j’ai examens en chocolat à passer wink wink.

Longue vie aux « faux » mecs !

 

Texte – Clémentine Biard 

Illustration – Mounkat

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