Lettre à Léo Thiers-Vidal (1970-2007)

Lettre à Léo Thiers-Vidal (1970-2007), militant belge pro-féministe contre les violences faites aux femmes, chercheur sur l’antiféminisme et la domination masculine.

 

Cher LTV,

 

On a fêté les 10 ans de ta mort il y a quelques mois et pourtant, comme tu peux le voir, les choses prospèrent dans le monde de l’antiféminisme.

J’espère que ta présence dans mes lettres fermera le clapet de ces quelques-un.e.s qui crient partout que le féminisme, c’est la « guerre des sexes ».

 

Eh oui, tu les connais bien ceux-là, notamment les « masculinistes » (ou « hoministes »), tu sais ceux qui gueulent qu’on vit dans un système matriarcal, et que ce sont les femmes qui oppressent les hommes. C’est vrai que ça doit être dur la vie en tant qu’homme blanc cis-genre hétérosexuel de classe moyenne aisée.

 

Bon, et bien figure-toi que le site internet français hoministe « La cause des hommes » dénonce des faux chiffres de violences conjugales contre les femmes, et cite l’ouvrage « 300 000 femmes battues, y avez-vous cru ? » sorti en 2010 au Québec à l’appui.

 

Pendant ce temps, en France en 2016, 1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son mec ou ex-mec. Alors on leur balance un bon gros fuck en chœur ok ?

 

Heureusement, il existe encore et pour toujours des belles personnes sur cette terre : Leo Muscato, metteur en scène, a réécrit la fin de Carmen, l’opéra, pour qu’elle ne soit plus tuée à la fin, « parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme ». Il faut rappeler que cet opéra écrit par Georges Bizet en 1875 (tu sais le fameux « l’amour est enfant de bohème » que tu vas avoir dans la tête toute la journée maintenant) se finit sur le meurtre de l’héroïne éponyme Carmen par son ancien amant, jaloux de s’être fait remplacer.

 

Allez, +1 pour la représentation des femmes dans la culture.

 

Bon par contre y’en a un qu’a toujours rien compris, c’est Robert Ménard, maire de Béziers. Pour soutenir la création d’une ligne de TGV passant par sa ville, il a publié une affiche mettant en scène une femme attachée à un rail, avec un train lui fonçant dessus.

La légende ? « Avec le TGV, elle aurait moins souffert ».

Petite précision : une femme avait été tuée selon ce même mode opératoire par son mari 4 mois avant, dans la même commune.

Et Robert gagne donc le prix de la finesse et du bon goût, comme d’hab.

 

Je te laisse sur ces doux mots mon cher LTV, en espérant que je ne t’ai pas tué une seconde fois.

 

Longue vie aux hommes pro-féministes !

 

Texte – Clémentine Biard 

Illustration – Joséphine Onteniente 

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