LA GAZETTE D’UNE MAL-BAISÉE- partie 2 – Le Cinéma

Disclaimer : je ne prétends pas être la représentante de la communauté lesbienne, et comme nous sommes toutes différentes les unes des autres (si si), mon expérience n’est pas universelle.

Partie II : Les représentations contemporaines des lesbiennes au cinéma

Pour cette deuxième partie de la Gazette, on va aborder la relation qu’entretient le cinéma avec les femmes qui aiment les femmes.

 

 

Alors certes, on part de très (très) loin : pendant plus de 50 ans de production cinématographique, on a eu des personnages lesbiens qui se comptent sur les doigts d’une seule main, et qui sont soit diaboliques, soit dépressifs (Rebecca de Hitchcock). Les années 1980 commencent à voir des films où les histoires lesbiennes se finissent bien, mais c’est encore super timide. C’est finalement dans les 90’s que des réalisatrices out commencent à tourner avec des actrices lesbiennes, et ça fait du bien.

Mais en fait, pourquoi ça compte ? Bah oui c’est vrai, l’orientation sexuelle c’est un truc privé, et puis y’a que 10% d’homosexuel·les dans le monde alors c’est normal qu’il y ait moins de films sur nous, non ? Maxime Donzel, le réalisateur du documentaire Tellement gay!, dit : « Souvent c’est à travers une œuvre culturelle qu’on entend parler d’homosexualité pour la première fois. Certains s’y reconnaissent, d’autres apprennent à comprendre leurs proches, ou simplement à mieux accepter leur voisin: il suffit parfois d’un film pour que les préjugés s’écroulent ».

Eh oui, c’est pour ça que le cinéma joue un rôle fondamental dans la vie quotidienne des personnes qu’ils tentent de représenter. Alors tant qu’à faire, autant représenter le vrai pardi !

Sauf qu’on en est pas encore tout à fait là :

1 – Le male gaze dans le cinéma

On en parlait la semaine dernière : le male gaze s’est infiltré dans les représentations des lesbiennes. Mais comment ça se passe ?

Ben en fait, dans le cinéma français, seulement 22% des réalisateur·rices sont des femmes. Or (je vous passe les détails), pour qu’un film fonctionne à peu près, il faut que les spectateurs oublient qu’iels regardent un film : iels vont donc vivre l’histoire à travers les yeux du (très majoritairement) héros masculin hétérosexuel blanc.

BON. Ça laisse peu de marge à la représentation des femmes (cf. Test de Bechdel), alors celle des lesbiennes, on n’en parle même pas.

2 – Les stéréotypes lesbiens dans les films

Outre les représentations fuckées décrites dans la première partie de la Gazette, beaucoup des films et séries qui présentent des intrigues lesbiennes tournent toujours autour des mêmes schémas, et bon ça commence un peu à gonfler.

Le premier type de films sur les lesbos, c’est les films roses : une jeune femme très féminine, souvent blonde, avec une vie bien hétéronormée, « découvre » qu’en fait depuis le début, elle aime les filles. Perdue, elle est sauvée par une partenaire avec qui elle finit ses jours. Pas de scène de sexe et des baisers très chastes pour ces films.

Bien sûr, les héroïnes sont toujours blanches, fines, sexy, et très soignées.

 

 

La deuxième catégorie, c’est les films où les héroïnes sont torturées et dépressives, et ça se finit toujours mal. Une histoire d’amour passionnelle dans un monde cruel, et boum elles se suicident.

 

 

Attention, il ne faut pas nier l’intérêt de ces films, et Lost and Delirious fait partie des films qui m’ont ultra marquée et aidée. Seulement, c’est leur surabondance que je critique. Et des films avec des femmes queer fortes, toutes différentes (à l’image de la diversité des femmes en fait) et fières d’être qui elles sont ? Ça existe, mais si peu.

3 – Le cul dans les films lesbiens

AH, on y arrive. Depuis La Vie d’Adèle, on entend beaucoup parler de ça : chers et chères hétérosexuel·les, lorsque vous voulez représenter des lesbiennes qui niquent entre elles, demandez conseil à des femmes qui savent comment ça se passe. Et évitez les pornos mainstream bordel, on vous le dira jamais assez.

Julie Maroh, l’autrice de Le bleu est une couleur chaude (la BD dont est tirée La Vie d’Adèle), :

« Il me semble clair que c’est ce qu’il manquait sur le plateau: des lesbiennes. Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y’a t-il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque: un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise. Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Et parmi les seuls qu’on n’entend pas rire il y a les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes. »

Voilà, c’est quand même chaud pour un film qui traite exclusivement d’une relation lesbos.

Moralité : Quand tu sais pas, tu demandes et tu fais comme les Soeurs Wachowski pour Bound, tu engages une experte (en l’occurence Susan Bright, rien que ça) pour te donner des conseils.

Et encore une fois : ON ARRÊTE LE PORNO LESBIEN MAINSTREAM (rdv la semaine prochaine pour son procès en bonne et due forme).

 

 

Texte de Clémentine Biard 

Illustration de Paul Lecat

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