Deuxième Temps – TO QUEER OR NOT TO QUEER

On continue notre collaboration avec la revue Deuxième Temps. Tous les mois, Céline Giraud et Alicia Martins nous parlent de faits de société contemporains et les mettent en relation avec des œuvres et des artistes passé·e·s, présent·e·s ou futur·e·s. Histoire de faire dialoguer tout ce petit monde. 

TO QUEER OR NOT TO QUEER 

Ingo Swann American, 1933- 2013 Oh! God! , n.d. Collage

 

La “subculture”, terme utilisé en sociologie, définit les cultures souterraines et cachées par celles plus mainstream. L’art queer en fait partie parce qu’il est né d’idées non-conventionnelles. Aussi – et malheureusement – les images auxquelles la plupart des gens pensent  en se référant à lui, sont celles hypersexualisées (voire sexuelles). Et avant que l’on se plonge dans ces créations, on faisait partie de ces plupart. Nous en avions des connaissances très partielles et anciennes comme par exemple le traitement de l’homosexualité, qui existe bien mais ne reflète pas l’essence de l’art queer. C’est bien là l’un des problèmes des subcultures : elles sont méconnues.

 

 Siméon Salomon, Sappho et Erinna dans le jardin a Mytilene, 1864, Tate.

 

Certaines photographies de l’art queer parlent de sexe. Et entendons nous bien, ce n’est pas un mal, au contraire même. Toutefois, est-ce là l’unique sujet qu’il puisse traiter ? La provocation, le militantisme et l’excès qui se cachent derrière étaient nécessaires lors de l’explosion du mouvement dans les années 1990 puisque la sexualité était aussi liée à des luttes d’antan. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

« Va te faire queer un oeuf ! »

D’abord, il faut dire ce qu’est l’art queer, qui, contrairement à ce que suggère son nom, ne parle pas que du “queer”. Malgré l’anglicisme qui fait cool, dans son contexte artistique, le mot veut dire autre chose.

Fondamentalement, ce mouvement a pour objectif de combattre l’oppression du binaire et les conséquences qui en découlent. S’il ne s’inscrit pas à l’origine dans une démarche gay ou lesbienne, il va tout de même combattre l’homophobie mais son leitmotiv reste celui de l’hétéronormativité rejetant tout ce qui n’est ni masculin ni féminin. Ainsi l’art interroge toutes les oppressions du corps (sexués ou non), ce qui le rend politiquement fort.

Proche de cette philosophie, l’artiste Coco Guzman (ou Riot) a conçu un projet proposant plusieurs genres. Non sans humour, elle fait Genderpoo, petites figures que l’on voit sur les portes des toilettes.

 

 

(Image : Coco Guzman, Genderpoo, installation participative, feutre noir, 2008-)

 

Activiste, elle se voit souvent expliquer ce qu’est le queer à des gens novices sur ces questions :

“ Leur image était celle d’une sexualité de dildos, de pratiques BDSM, de performances et de polyamorie (relations ouvertes) bien loin de leurs priorités qui étaient tout autres et relevaient davantage du quotidien. Pour beaucoup et pour moi-même, il est très dicile de se retrouver dans cette image hypersexualisée du queer. Bien que reconnaissant l’importance du sexe dans nos vies, je trouve que là n’est pas vraiment la question. On se retrouve encore à devoir travailler dans des lieux non queer-friendly, à devoir marcher dans des rues imprégnées d’homophobie, de transphobie, et à devoir vivre avec des familles qui, elles, ne connaissent pas le queer.”

Tout comme l’artiste, nous pensons que cette hypersexualisation n’exprime plus suffisamment les luttes des citoyens. Il faut pousser plus loin ces questions pour trouver le nœud du problème. Et c’est bien dans le quotidien qu’il se situe comme on peut déjà le voir avec la question du poil. Genderpoo soulève justement des problèmes simples mais excluant, que peuvent rencontrer les queers.

Les questions soulevées par l’art queer sont importantes puisqu’elles retracent tout le cheminement des interrogations sociales. Pourtant, les luttes montrées par ce mouvement subculturel tendent à l’oubli. Non pas qu’elles soient devenues vaines mais parce qu’elles ne sont pas encore suffisamment retenues par l’histoire. Alors nous nous posons une petite question : si l’UNESCO reconnaît certaines langues comme du patrimoine afin de les sauvegarder comme héritage culturel, ne pourrions-nous pas l’étendre à certains combats ? Et ainsi faire de la “patrimonialisation” des minorités sexuelles ?

 

Céline Giraud & Alicia Martins Fondatrices de la revue Deuxième Temps

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