Dora nique le patriarcat – Aux U.S.A

Dora nique le patriarcat – Aux U.S.A

Depuis que ses seins ont poussé, accompagnés d’une vive conscience politique, Dora l’exploratrice est dévorée par l’envie impérieuse de déglinguer le patriarcat. Ce mois-ci, la rédaction de Cacti l’a envoyée en Géorgie pour voir où en est le féminisme dans l’Amérique de Trump, où le droit à l’avortement commence dangereusement reculer.

Voici son compte-rendu.

Babouche et moi rentrons tout juste d’Atlanta où nous avons passé de super vacances. Là-bas, une nouvelle loi vient d’être signée et entrera en vigueur l’année prochaine et il faut absolument que je vous en parle.
Elle est assez golri : elle dit que les fœtus, à partir du moment ou un battement de cœur est détecté (c’est-à-dire après environ de six semaines de grossesse), sont des êtres humains, avec des droits juridiques et tout. Et que par conséquent un avortement après six semaines (contre vingt semaines auparavant) reviendrait, en toute logique, à un meurtre.
Comme en Géorgie le meurtre est passible de peine de mort, je te laisse imaginer le délire. Heureusement, ça peut se limiter à la prison à vie, et ça c’est moins relou LOL.
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C’est la première fois aux Etats-Unis que les femmes qui mettent elles-mêmes un terme à leur grossesse sont criminalisées. Avant si elles se démerdaient par leurs propres moyens ça ne regardait personne. Maintenant, ça va encore plus loin que ça :
– Elles seront accusées de complot si elles vont avorter dans un autre Etat
– Elles seront accusées d’homicide au 2e degré (sans préméditation) si elles font un truc qui provoque une fausse couche (fumer un joint, faire Space Mountain, manger des haricots verts…)

En plus, notion de fœtus qui devient une personnalité juridique pose plein de nouveaux problèmes hyper marrants, du genre :
– Que faire des femmes qui seront incarcérées et enceintes au moment où la loi entrera en vigueur ? Pourra-t-on considérer leurs enfants comme des citoyens Géorgiens détenus contre leur gré ?
– Comme cette loi est censée, d’après le gouverneur de la Géorgie, « garantir à tous les Géorgiens l’opportunité de vivre, grandir, apprendre et prospérer », est-ce qu’elle ne se contredit pas en permettant à des enfants de naitre dans des familles qui ne veulent pas d’eux ?
– Vu que six semaines d’aménorrhée ça correspond à peu près à un retard de deux semaines de règles, faut-il systématiquement éviter d’aller à Disneyworld durant les 21 premiers jours du cycle ?

On pensait que personne ne pouvait faire pire en termes de contrôle sur le corps des femmes mais heureusement la semaine dernière l’Alabama a gagné le jackpot de la mesure la plus répressive concernant l’avortement.
L’Alabama, tenez-vous bien, vient de voter une loi interdisant même l’avortement « en cas de viol ». (Bon tous les détracteurs de cette loi précisent « ou en cas d’inceste » mais si l’inceste c’est pas du viol alors moi je suis Peau d’âne.) CE QUI SIGNIFIE que désormais les femmes enceintes après un viol, même mineures, devront mener cette grossesse jusqu’à son terme, puisque les médecins pratiquant des avortements seront passibles jusqu’à 99 ans de prison. La solution envisagée sera sans doute le recours en masse à l’abandon d’enfants qui viendront grossir le rang des orphelins en foyer.
Mais le président du Sénat d’Alabama, content de lui et magnanime, a qualifié cette étape de « majeure dans la défense des droits de l’enfant à naître ».

VOILA SUPER MERCI BONSOIR.

Par Amandine Deguin 

Bannière par Camille Dochez

DORA NIQUE LE PATRIARCAT – en Arabie Saoudite

DORA NIQUE LE PATRIARCAT – en Arabie Saoudite

 

Depuis que ses seins ont poussé, accompagnés d’une vive conscience politique, Dora l’exploratrice est dévorée par l’envie impérieuse de déglinguer le patriarcat. Ce mois-ci, la rédaction de Cacti l’a envoyée en Arabie Saoudite pour voir où en est le féminisme dans le dernier pays à avoir accordé aux femmes le droit de conduire. Voici son compte-rendu.

Hello ! Moi, c’est Dora ! Aujourd’hui nous allons vivre ensemble l’aventure de l’Arabie Saoudite, le pays où les femmes n’ont le droit de conduire que depuis un an. Youpi !

L’Arabie Saoudite est une monarchie absolue islamique, deuxième pays du monde arabe après l’Algérie, et qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques mois à cause de sa conception toute relative des droits de l’homme en général et des droits de la femme en particulier. Déjà, la première chose à savoir quand on voyage là-bas, c’est qu’une femme seule n’a pas le droit d’entrer sur le territoire saoudien, ni de dévoiler la moindre partie de son corps en public : à peine avais-je posé le bout de ma boots hors de la climatisation de l’aéroport que Babouche me tendait avec un regard désabusé un niqab et une abaya (sorte de sur-robe qui recouvre tout, à l’exception du visage, des pieds et des mains) destinés à cacher mon corps de rêve. Ecrasée de chaleur et frémissante sous la caresse d’une bourrasque de simoun, je l’ai enfilée en hâte, après un dernier regard nostalgique à mon poum poum short acheté spécialement pour l’occasion, mais néanmoins pas fâchée à l’idée de passer quatre jours sans toucher à mon rasoir.

Allez, à l’aventure, c’est parti !

On a beaucoup parlé en octobre dernier du meurtre de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien expatrié aux Etats-Unis depuis ses critiques envers le prince héritier Mohammed ben Salmane (que tout le monde surnomme MBS, genre le mec c’est le BHL du Moyen-Orient), dont la responsabilité dans cet assassinat vient d’être confirmée par les Etats-Unis (sauf Trump, bizarrement). Mais une autre injustice terrible est en cours en Arabie Saoudite : depuis près d’un an, onze féministes saoudiennes sont enfermées sous des prétextes un peu foireux. Alors oui ça ressemble à un revival de Orange is the New Black, mais croyez-moi c’est vachement moins glamour – parce qu’en vrai elles se sont juste battues pour les droits des femmes.

Elles ont, entre autres, bataillé pour obtenir le droit de conduire, qu’elles ont finalement obtenu en septembre 2017 (jusque-là elles devaient être conduites par un homme de leur famille ou se ruinaient en chauffeurs privé, enfin moi c’est Babouche qui me trimballe partout mais c’est un choix alors c’est pas pareil). Le truc marrant c’est qu’elles ont été arrêtées alors même que l’autorisation donnée aux femmes de conduire était finalement promulguée. Leur procès, ouvert le 13 mars, est encore en cours ; mais dans un pays capable d’orchestrer pépouze le meurtre d’un journaliste encombrant, inutile de préciser que les observateurs s’inquiètent beaucoup pour son issue. Parmi elles, Loujain al-Hathloul fait partie des lauréats pressentis pour le Nobel de la paix 2019.

Sinon, ici, si une femme reste seule avec des hommes elle peut être accusée de prostitution et c’est passible de la peine de mort. Autant vous dire que j’ai même pas envisagé d’essayer de chopper. En fait, MBS s’évertue à montrer à l’Occident que l’Arabie s’assouplit en termes de mœurs (notamment en réautorisant progressivement le cinéma et la musique, interdits depuis les années 80), mais beaucoup déplorent des effets d’annonce destinés à camoufler des pratiques qui bafouent largement les droits humains.

Eh ben moi qui m’imaginais faire la danse des sept voiles à une assemblée d’hommes en délire qui se seraient battus pour m’emmener survoler des troupeaux de flamants roses en tapis volant, c’est loupé. Alors maintenant que je suis de retour j’ai plus qu’à réinstaller Tinder – et à me raser les jambes, tiens, j’avais fini par les oublier elles.

Par Amandine Deguin 

Dora nique le patriarcat – au Brésil

Dora nique le patriarcat – au Brésil

Depuis que ses seins ont poussé, accompagnés d’une vive conscience politique, Dora l’exploratrice est partagée entre l’envie impérieuse de déglinguer le patriarcat et un désir irrépressible pour les hommes qu’elle rencontre lors de ses différents voyages. Ce mois-ci, la rédaction de Cacti l’a envoyée au Brésil pour voir où en est le féminisme après l’élection de Bolsonaro. Voici son compte-rendu.

Alors les copains, ça vous dit d’explorer le Brésil ? Youpi ! Babouche et moi on est allé voir ce que branlait Bolsonaro et j’en ai profité pour danser la samba avec des brésiliens super gaulés si vous voyez ce que je veux dire par « danser la samba ». Héhé.

(c’est une allusion.)
(une allusion sexuelle.)
(vous l’avez ?)
(genre… danser la samba…)
(BREF.)

D’abord, il faut savoir qu’au Brésil, les aliments sont presque toujours frits, la mer est toujours aussi (chaude que moi en période d’ovulation) BONNE, les gens sont décomplexés de ouf et montrent leur cul tout le temps (mais toi, ne montre jamais tes eins là-bas tu m’entends ?! JAMAIS !) et les limitations de vitesses sont aussi respectées qu’un prof de dessin remplaçant dans une classe de 3e. Mais, surtout, le nouveau président, en poste depuis le 1er janvier, a pas seulement la tête de Denver le dernier dinosaure : ses idées aussi ont l’air de dater du Crétacé (et maintenant, pour mieux apprécier cette blague de haute voltige, n’hésitez pas à cliquer ici).

 

Toilettes d’un restaurant à Fortaleza : évidemment le mec est de face, conquérant, genre Triton le roi des océans, pendant que la nana-sirène (on ne s’arrêtera pas sur la figure mythologique de la sirène, menant par leur envoûtante voix les hommes à leur perte) est passive, de dos et elle caresse un dauphin.

Le Brésil avait pourtant rejoint le club très fermé des pays ayant élu une femme à leur tête, et l’élection de Dilma Rousseff en 2011 avait accompagnée l’émergence d’un mouvement féministe inédit. A travers le pays et depuis une dizaine d’années, des femmes ont donc commencé à se réunir et à occuper des espaces encore jamais occupés auparavant pour dénoncer les violences dont elles étaient victimes, et notamment le féminicide, dont les chiffres « alarmants et honteux » en font le principal problème des féministes brésilien.ne.s. (« Alarmants et honteux » c’est pas de moi, ce sont les mots de Leticia Machado, étudiante en relations internationales à l’Université de Brasilia et militante féministe avec qui j’ai taillé le bout de gras pour avoir toutes ces infos super intéressantes. Eh, vous pensiez que j’avais inventé tout ça ?)

Mais si un petit pourcentage de la population s’élève contre les injustices et violences qui touchent les femmes, une majorité de Brésiliens et de Brésiliennes gardent une culture très patriarcale et s’amusent de ces revendications qu’ils ne prennent pas trop au sérieux et qu’ils qualifient de « MIMIMI », terme qui en gros veut dire « bullshit » mais qui ne s’applique qu’aux appels à plus d’égalité. Oui, je sais ce que vous vous dites : si on en est au stade où on a un qualificatif méprisant spécifique pour se moquer des gens qui dénoncent les inégalités, on n’est pas sorti des ronces.

Cabane sur la plage. On cherche encore la queen de la beach hein, bon. Un genre de Tritonne super bad ass avec des seins nus et un trident magique qui contrôle les éléments, vous voyez ?

Photo par Edouard Demarly

La victoire de Bolsonaro, avec son discours patriote et totalitaire, serait ainsi non seulement le reflet de la crise économique actuelle, mais également un retour de bâton faisant suite au développement de discours féministes et égalitaires sur les noirs et les gays, devenus une gêne pour une classe moyenne farcie de préjugés.

* Fabioooooooo ! Tou mé mettas cremas dans lé dorsalaou ? Si, no ? Comment ça ton nome « não é Fabio » ? Oui ben Leandro si tou preferao moi io m’en foutaou de ton nome ! *

Bon, où j’en étais moi. Ah, oui, donc, Bolsonaro, qu’est pas vraiment célèbre pour ses prises de positions féministes (il considère par exemple que les femmes doivent être moins payées que les hommes, puisque ceux-ci n’ont jamais le mauvais goût de tomber enceintes), n’a aucun intérêt à aborder le fléau du féminicide. Il risque d’ailleurs plutôt de faire croître ses chiffres en élargissant les libertés des détenteurs d’armes. Méprisant l’ONU, on lui prête même le projet de sortir le Brésil d’importants traités, notamment ceux liés aux droits des femmes.

Salon d’esthétique qui pratique tous types d’épilation à Jericoacoara. Donc tu te tapes une heure de voiture à travers une jungle puis des dunes de sables pour atteindre un ancien village de pêcheur transformé en station balnéaire paradisiaque où un des premiers trucs que tu découvres, c’est qu’en cas d’urgence tu peux toujours te faire épiler la cramouille. Sauvées !

Si le mouvement féministe continue bel et bien à exister et à résister, Bolsonaro et ses soutiens le considèrent comme minoritaire et à aucun moment le président n’envisage de prendre en compte ses revendications. Un salut possible semble néanmoins se profiler du côté des médias et les entreprises, bien obligés de tenir compte de cette frange de la population qui se rend visible et qui consomme, et qu’ils tentent de séduire en engageant plus de femmes, en renvoyant des hommes qui fait preuve de sexisme en public, voire en faisant campagne pour le féminisme.

Voilà, maintenant si vous voulez bien ya Babouche qu’a rencardé une femelle ouistiti sagouin et un certain Leandro m’attends avec une pinte de caïpi sur la plage, et je voudrais bien avoir cinq minutes pour lui expliquer les droits de la femme si c’est pas trop vous demander.

(vous avez compris ?)

(les droits de la femme… vous l’avez ?)

(oui, non ?)

(BREF.)

Allez, et tchauzinho chez vous hein.

 

 

Chronique par Amandine Deguin 

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