Lettre à Ada Lovelace (1815-1852)

Lettre à Ada Lovelace (1815-1852)

Lettre à Ada Lovelace (1815-1852), première informaticienne de l’humanité, autrice du premier algorithme de programmation pour la machine analytique de Charles Babbage.

Chère Ada,

Pour cette dernière lettre de l’année, je ne vais aborder que des bonnes nouvelles. Pour une fois qu’elles prennent le pas sur les mauvaises, autant leur laisser toute la place qu’elles méritent.

Première bonne nouvelle  : tu te souviens de la «  Meute  » en Espagne  ? Tu sais le groupe de 5 hommes qui ont violé collectivement une femme pendant les fêtes Pampelune en 2016 (en filmant le tout bien sûr), mais qui avaient été condamnés pour agression sexuelle  ? Et bien la Cour Suprême espagnole a requalifié les faits, le 21 juin dernier, en viol. Leurs peines passent donc de 9 ans à 15 ans de prison, + 2 ans pour celui qui a volé le téléphone de la jeune femme. La preuve que les victoires concernant les droits des femmes s’acquièrent en luttant.

Deuxième bonne nouvelle  : l’amendement du Sénat à la loi Blanquer qui prévoyait d’interdire le port  de «  signes religieux ostentatoires  » (comprendre «  voile  ») lors des sorties scolaires a été rejeté. La commission paritaire préparant l’examen de ladite loi Blanquer a décidé de ne pas garder l’amendement, et on l’en remercie. A cet égard, je te laisse écouter l’épisode #21 du podcast Kiff ta race qui résume bien l’absurdité d’interdire le port du foulard pendant les sorties scolaires, hâte que Rokhaya Diallo et Grace Ly interviewent Valérie Boyer pour qu’elle nous explique la vie.

Troisième bonne nouvelle  : le match d’ouverture de la Coupe du monde de football qui opposait les Bleues à la Corée du sud a fait la plus grosse audience de l’année. Il aura fallu près de 30 ans avant que la Coupe du monde de foot, quand elle est jouée par des femmes, soit retransmise sur TF1. Je suis d’avis qu’ils avaient peur qu’on pense que les femmes aussi, ça peut jouer au foot et même être très fortes  ; pffff quelle idée, on sait très bien qu’il faut un pénis pour jouer avec un ballon. Bref, l‘Hymne des Femmes a même retenti dans les tribunes lors du match Chili-Suède, le 11 juin dernier  et ça fout un peu les frissons quand même. Et petite joke  : si le foot est considéré en Europe comme un «  sport de mecs  », ce n’est pas le cas aux États-Unis. Le soccer est un «  sport de filles  » là-bas, ce qui fait que les étasuniennes ont gagné trois fois la coupe, et ne sont jamais descendues en dessous de la 3e place. On va quand même pas perdre à cause du patriarcat bordel  !

Allez faut que je te laisse, le match commence.

Vive les Bleues  !

Par Clémentine Biard 

Illustration par Mondstang

Lettre à Njinga du Ndongo et du Matamba (1583-1663)

Lettre à Njinga du Ndongo et du Matamba (1583-1663)

Reine du Ndongo et du Matamba (Angola d’aujourd’hui), elle est un symbole de la lutte anticoloniale, a mené de nombreuses batailles et est connue pour ses stratagèmes diplomatiques et politiques couronnés de succès.

Chère Njinga Mbandi,

Autant te dire tout de suite que c’est la merde, et qu’on aurait bien besoin de toi aujourd’hui. Pourquoi ? Parce qu’on est en plein backlash antiféministe, raciste, homophobe, enfin contre toutes les luttes qui nous tiennent à coeur.
Backlash ? Littéralement, ça veut dire « retour de bâton », et c’est Susan Faludi qui l’utilise en 1991 pour parler de la vague anti-féministe des années 1980, qui vient balayer tout un tas d’acquis des années 1970. Et clairement, c’est ce qu’il se passe aujourd’hui.

On le savait pour les Etats-Unis, avec l’élection de Trump en 2016 malgré toutes ses sorties plus abjectes les unes que les autres. Et son mandat l’a bien confirmé : c’est un enfant de Pétain raciste, misogyne, anti-féministe, homophobe, transphobe, classiste, et malgré tout bien soutenu. Beaucoup de ses concitoyens partagent ses positions.

Toute l’Europe s’est moquée des Etats-Unis à l’époque, mais il aura seulement fallu 2 ans et demi pour que le backlash traverse l’Atlantique.

En Italie, la Ligue est arrivée à se hisser au pouvoir en formant une coalition avec le Mouvement des 5 étoiles. Leur programme est islamophobe, homophobe, nationaliste et soutient des « valeurs chrétiennes ». Petit exemple : début avril, Matteo Salvini, le Ministre de l’Intérieur italien, a participé au Congrès Mondial des familles (rien que le blaze pue déjà) et y a répété que « la famille, c’est un papa et une maman » . Ce qui est très révélateur, c’est que Salvini défendait des mesures à l’opposé de celles-ci quelques années auparavant, et profite en fait de la vague réactionnaire qui déferle sur l’Europe pour gagner en pouvoir.

En Espagne, le parti Vox a récolté plus de 2,5 millions de voix aux dernières élections nationales. Vox c’est quoi ? Tout ce contre quoi on lutte, réuni dans un parti politique. Tu me crois pas Njinga ? Ecoute ce que Marie-Cécile Naves remarque :

« Ce qui est intéressant avec Vox, c’est qu’autour d’un discours très global sur la menace qui existerait contre l’unité nationale avec les séparatistes, s’y agrègent aussi l’égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre les violences domestiques, le mariage homosexuel, la question de l’avortement et la menace des valeurs traditionnelles. Tout ceci se retrouve dans un discours très identitaire avec des mots très durs, un de ses leaders, Francisco Serrano, parle de “dictature des femelles” et de “djihadisme du genre” »

Et au cas où t’as pas déjà vomi sur ma missive, dernière petite bombe : en 2018, un parti de droite avait besoin d’une alliance avec Vox pour avoir la majorité au parlement régional d’Andalousie. Tu sais ce qu’a été la seule exigence de Vox ? Restreindre la lutte contre les violences faites aux femmes. Je te jure que c’aurait été un bon timing pour te ramener avec ton armée et leur défoncer leur sale patriarcat masculiniste.

J’arrête cette lettre ici, je pense qu’on a atteint le quota de gerberies requises.

Longue vie à nos soeurs italiennes et espagnoles, qui doivent quand même bien en chier.

 

Par Clémentine Biard 

Illustration par Mondstang

 

Lettre à Rosa Luxembourg (1871-1919)

Lettre à Rosa Luxembourg (1871-1919)

Militante socialiste et communiste, théoricienne marxiste qui s’est brillamment imposée, malgré la composition très masculine de son milieu.

Chère Rosa,

C’est chaud patate en ce moment dans le monde. Reviens stp.

Breaking new : l’Alabama vient juste de voter une loi anti-avortement des plus répressives. La stratégie ? Non pas criminaliser les femmes qui ont recourt à l’avortement, mais les médecins qui le pratiquent, leur faisant risquer entre 10 et 99 ans de prison. Pas de praticien, pas d’avortement, hop là le tour est joué. Et comme si on pouvait faire pire, la seule exception à cette loi intervient quand la mère est en danger vital, ou que le foetus présente une « anomalie létale ». Oui, c’est la SEULE exception, ce qui signifie qu’une femme victime de viol et/ou d’inceste ne pourra pas avorter.

Et ça ne s’arrête pas là : les promoteurs de la loi veulent faire monter l’affaire jusqu’à la Cour Suprême des Etats-Unis (qui est un peu la cheffe des tribunaux), où deux juges ultra-conservateurs ont récemment été nommés par Trump, pour faire annuler la décision « Roe vs. Wade » de 1973, qui fonde le droit à l’avortement aux Etats-Unis.

Petite image de ces formidables personnes chopée sur le net :

« Les 22 sénateurs d’Alabama qui ont voté contre le fait d’introduire une exception pour viol ou inceste dans la loi sur l’avortement. Je sens qu’ils ont quelque chose en commun… mais j’arrive pas à mettre le doigt dessus. »

 

Encore une preuve que les droits acquis ne le sont jamais vraiment, et qu’on aura toujours besoin du féminisme.

 

Heureusement, il est plus vivant que jamais. J’aimerais te parler d’une initiative qui t’aurait surement plu : le « Féminisme pour les 99% » de Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser.  Ce manifeste clashe en règle le féminisme libéral, c’est-à-dire le féminisme des cadres d’entreprises, qui ne remettent jamais en question la situation de toutes les autres femmes, les 99% : « Nous n’avons aucun intérêt à briser le plafond de verre si l’immense majorité des femmes continuent d’en nettoyer les éclats ». Autrement dit, quel intérêt y a-t-il à revendiquer une égalité de chances si c’est pour mieux dominer ?

 

Lutter contre le patriarcat sans prendre en compte sa bromance avec le capitalisme, c’est être contre-productive, c’est oublier les 99% des femmes dans le monde. Et, je suis sûre que ça va te ravir, il semble qu’on assiste à la ré-émergence d’un féminisme, populaire dans les années 70, qui va chercher les racines de l’oppression. Il était temps !

 

J’espère que tu veilles sur nous et nos luttes, envoie nous un peu de ton aura de badassitude. Merci d’avance.

 

Longue vie à celleux qui n’arrêtent jamais de lutter !

Par Clémentine Biard 

Illustration par Marie Casaÿs 

Lettre à Emma Goldman (1869-1940)

Lettre à Emma Goldman (1869-1940)

Anarchiste et féministe russe puis étasunienne, autrice de la fameuse phrase « Si on ne peut pas danser dans votre révolution, elle ne m’intéresse pas » en critique de la bureaucratie de la révolution Russe de 1917.

Chère Emmanar’

Ce serait cool si t’étais encore là aujourd’hui, on aurait peut-être des révolutions plus fun (ou des révolutions tout court d’ailleurs).

Non parce que là c’est pas fou fou.

Déjà, le 31 mars dernier une femme trans, Julie, s’est faite très violemment agresser place de la République à Paris, en plein jour, dans une foule. En 2019. Coups, agression sexuelle, harcèlement, insultes, exhibition viriliste… La totale. Des agents de la RATP sont intervenus à un certain moment pour extraire Julie de la foule, mais sans éviter les reproches sexistes et transphobes du genre « Bah faut pas venir place de la République quand on est comme ça » ou « Bah faut pas vous habiller comme ça Monsieur », = avec un short. Traduction : c’est un petit peu de ta faute quand même.

Si je relaie cette agression ici, c’est parce Julie, la personne agressée, a choisi de la rendre publique pour sensibiliser les personnes cis à la violence que subissent les personnes trans de nos jours, en France. En 2014, on estimait que 85% des personnes trans avaient été agressées au cours de leur vie. Sauf que les signalements d’agressions, insultes ou discriminations contre les personnes trans à SOS Homophobie sont en constante hausse depuis. Et même si le droit bouge un petit peu pour mieux prendre en charge les agressions transphobes (exemple : la notion « d’identité de genre vraie ou supposée » reconnue comme circonstance aggravante), les agresseur·e·s sont très peu condamné·e·s. Par exemple, deux des trois membres de la « Brigade anti-trav’ », auteurs d’une agression transphobe très violente en mars 2018 à Paris, n’ont toujours pas été retrouvés.

CCL : La cishétéronormativité a de très beaux jours devant elle.

Mais ce n’est pas tout. Alors que depuis le 10 avril dernier on sait à quoi ressemble un trou noir, et que Katie Bouman, une ingénieure du MIT membre de l’équipe de recherche responsable de cette avancée, est devenue l’icône de cette découverte sur le web, cette dernière se prend un flot de trolls et de commentaires haineux de plein fouet. Bel exemple : un thread Reddit et Twitter clame qu’on ne fait que parler de Katie Bouman, alors qu’Andrew Chael, un homme blanc, serait responsable de 850 000 lignes du code de l’algorithme sur 900 000. Affirmation démentie par Chael lui-même dans un tweet, qui dit à peu près ça : « Bien que j’apprécie de recevoir des félicitations à propos d’une avancée sur laquelle j’ai travaillé dur pendant des années, si vous me félicitez dans le cadre d’une vendetta sexiste contre Katie, cassez-vous et reconsidérez vos priorités dans la vie svp ».

On n’aurait pas mieux dit.

Heureusement que les femmes algériennes et les femmes soudanaises relèvent le niveau de badassitude du monde en ce moment. Dans les deux pays, les femmes sont à la tête des révoltes qui secouent les régimes autoritaires, comme en témoigne la photo partagée massivement représentant Alaa Salah, jeune femme vêtue de blanc juchée sur un toit de voiture en train d’haranguer la foule à Khartoum, au Soudan. Archi-stylée. Envoyez-nous vos ondes de puissance.

Allez sur ce, j’Emma révolution à mener.

Longue vie aux fauteuses de trouble !

Par Clémentine Biard 

Illustration par Marie Casaÿs 

Lettre à Sojourner Truth (1797-1883)

Lettre à Sojourner Truth (1797-1883)

Ancienne esclave et militante abolitionniste et féministe, auteure du célèbre discours féministe « Ain’t I a Woman ? » de 1851 à la Women’s Convention d’Akron, en Ohio.

 

 

Chère Sojourner,

C’est avec une énorme honte que j’avoue ne t’avoir rencontrée que cette année, alors que tu es pourtant un sacré monument du féminisme. Franchement, comment vous faites pour avoir des vies comme ça, vous les meufs trop badass ? Pour faire ce que vous accomplissez, il me faudrait au moins 248 ans, dont la bonne moitié passée à procrastiner.

Mais trêve de digressions, que s’est-il passé dans le monde du fight pour l’égalité ces derniers temps ?

Et bien le 27 mars dernier, c’était la Journée des femmes musulmanes, sur la thématique cette année des relations entre les femmes musulmanes et l’éducation. À cette occasion, Lallab, un « laboratoire d’idées et de rencontres à vocation féministe et antiraciste » fondateur du Muslim Women’s Day version française, a partagé plein d’articles et de témoignages de femmes concernées. Et bordel, en tant que femme blanche pas musulmane, bah je suis encore une fois tombée de ma chaise, presque littéralement : on est en 2019, et les femmes musulmanes font plus que jamais face à une violence institutionnelle sans limite.

Que ce soit en tant qu’élève de tous les niveaux scolaires, en tant que prof face aux collègues  ou en tant que future maman d’élève, tout le monde se permet de se comporter n’importe comment avec elles, ce qui a évidemment des conséquences parfois juste reloues, parfois terribles. En témoigne la proportion de femmes musulmanes qui se font agresser (il suffit de checker les faits divers), qui en fait les premières victimes de l’islamophobie en Europe.

Alors à cette occasion, pour les allié·e·s de la lutte antiraciste, Justine Devillaine (co-fondatrice de Lallab, avec Sarah Zouak) était l’invitée de l’excellent podcast Kiffe ta Race (de Rokhaya Diallo et Grace Ly)  pour parler de « Comment être un·e bon·ne allié·e ». Toujours sur Lallab (décidément, je les aime vraiment bien), un article intitulé « 11 conseils pour être un·e bon·ne allié·e ». Un petit peu d’auto-éducation pour tes potes blanc·he·s et/ou non-musulman·e·s et/ou non-voilées, Sojourner, parce que même là où t’es, je pense qu’on est relou·e·s.

BRAEF, impossible de dissocier féminisme et antiracisme pour moi, comme tu l’auras compris. Parce qu’au final, les femmes non-blanches et/ou voilées ne sont-elles pas des femmes ? (wink wink Sojourner reprise par bell hooks).

Allez sur ce, je vais continuer de m’éduquer.

Longue vie à celles qui ne se lassent pas d’expliquer (et à celles qui se lassent aussi d’ailleurs) !

Par Clémentine Biard 

Illustration Mathilde Added 

Lettre à Simone Veil (1927-2017)

Lettre à Simone Veil (1927-2017)

Femme d’État française ayant occupé de nombreux postes à responsabilités, particulièrement connue pour avoir porté et défendu la légalisation de l’IVG en 1975, ainsi que la loi pour la parité en politique.

 

Chère Simone,

Cette semaine, je ne peux que te faire une édition spéciale sur le sujet qui nous a toustes fait halluciner (non, pas le dernier post de Chris Hemsworth, ça suffit) : j’ai nommé LA LIGUE DU LOL. Allez, en voiture Simone.

Le 8 février 2019, après que des messages commencèrent à remonter sur Twitter, Libération publie un article se demandant si ce groupe de mecs (maintenant très connus) qui harcelait sur les réseaux sociaux était bien réel.

BOUM, malgré le ton perplexe et soupçonneux de l’article, les messages de cette Ligue du Lol sont déterrés, des noms dévoilés, ainsi que des « excuses » publiées. Alors Simone, petit récap de ce parfait exemple de Boys’ Club.

À la fin des années 2000, Vincent Glad (journaliste chez Libération) crée un groupe Facebook avec une trentaine de personnes pour partager des trucs qui les font rire. Jusque-là, rien de très dérangeant. Sauf que ce sont presque tous des hommes blancs hétéro cis, et que ce qui les fait rire, c’est les autres. Les gens pas comme eux quoi : les femmes, les personnes LGBTQI+, les militantes féministes, les personnes racisées, les militantes anti-racistes, qu’ils insultent et piègent, en somme qu’ils cyberharcèlent sans le moindre complexe, sur des réseaux sociaux beaucoup moins étendus que maintenant, où tout le monde se connaissait.

Sauf que c’est du harcèlement donc, et que presque la totalité de ces types exercent maintenant des postes à hautes responsabilité autour du journalisme : rédac chef aux Inrocks, journalistes chez Libé, consultant dans une grande agence de pub etc. Et en plus, ils se disent pro-féministes. Donc là Simone, tu dois te dire « mais comment diable sont-ils arrivés à ces places, alors que tout le monde savait qu’ils étaient des sacrées ordures ? ».

Et bien c’est là que le fascinant concept du « Boys’ Club » rentre en jeu. Le Boys’ Club, c’est « une figure de réseautage » selon Martine Delvaux, prof à l’Université du Québec à Montréal. Un excellent article de Slate (dont le rédac chef fait partie de la LdL d’ailleurs) met en lien cette notion et la LdL. Il cite Bérengère Kolly, prof à Paris-Est Créteil : « La Ligue du LOL ressemble beaucoup au fonctionnement en fraternité. On y retrouve l’enjeu du pouvoir (entraide, connivence masculine), et le fait d’empêcher des femmes rivales (des consœurs), d’y accéder. C’est donc aussi clairement une question politique, une domination “fratricarcale” ».

Les hommes se protègent entre eux, et évoluent dans un contexte d’impunité qui leur fait croire, légitimement, à la toute-puissance. Je t’en parle ici, Simone, dans le contexte de la LdL, mais ça marche presque partout : du mec agresseur couvert par ses potes aux hauts-lieux de pouvoir presque 100% masculins dont les membres sortent des mêmes écoles, c’est le schéma du Boys’ Club.

Ce qui est particulièrement frappant de la LdL, c’est l’excuse de l’humour : ça va c’est pour rire. Problème : l’humour est politique. Dans le dernier épisode du podcast Les Couilles sur la table sur le sujet, Victoire Tuaillon cite quelques études à l’appui : si on raconte une blague sexiste à quelqu’un de déjà sexiste, « il aura une plus grande tolérance à des discriminations sexistes, et de plus grands risques de commettre des actes de violence sexuelle sur des femmes » comme le dit si bien Valérie Rey-Robert. Encore une fois, on ne peut pas rire de tous, quand on sait que l’humour est un outil très efficace pour renforcer les hiérarchies sociales, et donc les oppressions.

Bref pour conclure tout ça, je te renvoie à l’article de Titiou Lecoq la best, qui appelle à créer des « Girls’ Club ». Kézaqo ? En fait, c’est ce qu’elle appelle une « sororité collective » : s’organiser collectivement pour niquer les oppresseurs et faire entendre notre voix. Exemple : les femmes de l’administration Obama, qui répétaient la même chose à tour de rôle dans une réunion, jusqu’à ce que les hommes les écoutent. Je trouve ça beau. 

Donc Simone, Veil sur nous. Le patriarcat n’en a plus pour très longtemps.

Longue vie aux résistant·e·s !

PS : je te mets ici le lien du méga thread qui regroupe toutes les sources d’articles, de témoignages, et d’« excuses » autour de la LdL.

Par Clémentine Biard 

Illustration Mathilde Added