Le roman qui vous prend en « Otages »

Le roman qui vous prend en « Otages »

Le roman qui vous prend en “Otages” 

Nina Bouraoui, autrice du roman “Otages”. Photo ©Francesca Mantovani 

C’est l’histoire banale d’une femme banale. Immergés en plein coeur de ses pensées, ses secrets, son quotidien et ses angoisses le personnage principal de ce roman reflète plus que jamais les inégalités de notre société, ses failles. Sorti au tout début de l’année 2020, « Otages » est un roman signé Nina Bouraoui. L’autrice nous raconte avec brio l’histoire fictive d’un destin brisé, celui de Sylvie Meyer, 53 ans, mère de deux enfants et séparée de son mari depuis 1 an.

Avant d’être publié aux éditions JC Lattès, Nina Bouraoui a écrit « Otages » à l’occasion du Paris des Femmes, un festival dédié aux autrices. Le court texte introductif nous apprend que la pièce de théâtre, rencontrant un fort succès, a été jouée dans de nombreux théâtres dont le Théâtre du Point du Jour à Lyon. L’autrice poursuit :

« Le destin de mon héroïne ne cessant de se raccorder au chaos du monde, j’ai écrit une nouvelle version, inspirée puis échappée du théâtre en hommage aux otages économiques et amoureux que nous sommes. » 

Pour renforcer l’immersion dans le quotidien de Sylvie Meyer, Nina Bouraoui a entièrement écrit son récit à la première personne. C’est Sylvie qui nous parle et nous fait ressentir ses émotions. Tout commence par son histoire sans folie avec son mari, les circonstances de leur rupture et leur vie vécue d’un amour qui ne se manifeste que trop rarement. Le récit avance et nous comprenons davantage le mal-être de cette femme.

Un deuxième homme intervient, Victor Andrieu, le patron de la Cagex, l’entreprise de caoutchouc dans laquelle Sylvie travaille depuis 21 ans. Ici c’est une emprise presque viscérale que cette homme exerce sur elle. Les longs monologues de Victor Andrieu nous le prouve puisqu’il est l’auteur non seulement des questions mais aussi des réponses de Sylvie :

« Vous savez à quel point je vous fais confiance ? N’est-ce pas ? Vous le savez Sylvie ? Et j’ai une morale. Si vous m’aidez je vous protégerais. C’est le contrat entre nous. » 

Chargée de faire des classements sur les performances de ses collègues, de les observer toute la journée, Sylvie est entrainée dans une spirale qui ne cesse de continuer de la broyer. Tantôt fière de cette mission, tantôt écoeurée Sylvie craque. 

L’avancé de la forme du récit nous pousse à comprendre les motivations de Sylvie Meyer à commettre cette acte. A travers son histoire avec son patron, elle parle aussi de son mari. Comme pour le justifier de sa fuite et pour elle de sa dégringolade. Lors de la prise d’otage Sylvie prend le dessus et nous lisons, presque écoutons, tout ce qu’elle a sur le coeur. 

Ce n’est pas un coup de tête, ni un coup de folie. Lors de la lecture de ce livre nous ne pouvons nous empêcher de ressentir de l’empathie pour cette femme. Son acte a été définit par une vie de sacrifice et de blessures. Nous sommes non seulement les témoins d’un morceau de vie de Sylvie mais aussi les témoins des nombreuses figures masculines qui ont détruit sa vie. C’est une critique d’un système économique toujours plus productif et manipulateur ainsi que d’un système judiciaire violent envers les femmes. 

Ce livre est d’une justesse incroyable et nous permet surement de nous libérer un peu de notre société.

 

Nina Bouraoui est une romancière française, autrICe de nombreux livres à succès. A travers ses ouvrages elle aborde différents thèmes : l’identité, le déracinement, le désir, ou encore l’homosexualité. Ces premiers romans datent des années 90 et parlent déjà des conditions des femmes entremêlées avec d’autres sujets comme la mort ou la guerre. 

Self Made : Inspirée par la vie de Madame CJ Walker.

Self Made : Inspirée par la vie de Madame CJ Walker.

Self Made : Inspirée par la vie de Madame CJ Walker.

Self Made, une série écrite, réalisée et produite par des femmes noires américaines, ressuscite l’héritage de l’une des figures les plus marquantes du 20è siècle. Madame CJ Walker, une femme née de parents esclaves qui a construit un empire commercial de soins pour cheveux. Intronisée au Temple de la Renommée Nationale des femmes, lieu de la convention de 1848 sur le droit de la femme.

Depuis vendredi 20 mars vous pouvez retrouver sur Netflix la mini-série : « Self Made : Inspirée par la vie de Madame CJ Walker », basée sur la biographie On Her Own Ground de A’Lelia Bundles arrière-arrière-petite-fille de Sarah Walker. Cette femme est l’une des personnalités qui a le plus marqué les années 1900 en tant que première millionnaire autodidacte américaine. Pourtant, elle est à peine connue du grand public, comme c’est le cas avec de nombreuses figures historique étant des femmes noires. Née esclave dans des plantations de cotons en Louisiane et par la suite libérée, Walker était blanchisseuse avant de rencontrer Addie Munroe qui lui transmettra sa passion pour les soins des cheveux des femmes noires. En plus de développer son empire de la beauté, madame Walker continue l’entreprenariat et la philanthropie et travaille avec ardeur pour permettre à d’autres femmes noires de gagner elles-mêmes de l’argent en étant autre chose que domestique.

Une série aux multiples enjeux

Pendant 25 ans, Kasi Lemmons l’une des réalisatrices de la série voyage, s’immisce dans la vie de Sarah Walker pour nous déballer le colorisme et la misogynie dont Sarah a souffert au cours de la construction de son empire. Walker a rencontré des préjugés raciaux et de genres, ainsi que des trahisons personnelles et des rivalités commerciales. Kasi Lemmons axe sa série sur la difficulté pour Sarah Walker de monter sa compagnie en étant une femme noire. Malheureusement, l’inspiration inhérente à l’histoire de Sarah Walker est rare dans le script, l’histoire de son entreprise a été beaucoup condensée et peu de temps d’écran est consacré à sa philanthropie et ses actions sociales, qui pourtant étaient une cause très chère aux yeux de Sarah Walker.

Des causes sociétales pas assez mises en avant

Au cours des quatre épisodes des intrigues sont posées. On a à faire à un début de proxénétisme avec Sweetness voulant coucher avec Sarah CJ Walker en échange d’un investissement dans sa compagnie. L’aventure lesbienne que sa fille Lelia, mariée à un homme, entretient avec une autre femme. La fierté blessée et l’infidélité de son mari CJ Walker. Cependant, il est bien mis en avant le soutien de son beau-père, le père de son mari, qui sans cesse remet son fils dans le droit chemin et le raisonne sur le soutien qu’il devrait apporter à sa femme dans la recherche d’investisseurs. Ainsi que Rançon, le premier investisseur de Sarah Walker sur qui elle a pu compter jusqu’à la fin. Bien qu’elle soit écrite et réalisée par des femmes noires, la série développe très peu certains passages là où le spectateur en attend plus.

Des critiques assez mitigées

Cette série retrace la vie d’une femme d’exception, dont très peu de gens connaissaient le nom. Les critiques américaines de cette mini-série sont assez mitigées avec une moyenne de 5,95/10, d’après le site web d’avis Rotten Tomatoes qui recense les critiques et se lit : « Self Made n’est pas toujours à la hauteur de son homonyme, mais on ne peut nier l’incarnation d’Octavia Spencer de la singulière Madame CJ Walker un spectacle à voir ». D’autres critiques signalent une déception en raison de la fictionnalisation et des inexactitudes du scénario. Addie Munroe un personnage de fiction fut destinée à représenter Annie Malone, une autre millionnaire, également autodidacte étant le mentor de Sarah Walker. Elle est dépeinte comme étant une femme méchante alors que c’était également une femme d’une grande philanthropie ayant été instrumentale dans la construction de la YWCA (La Young Wommen’s Christian Association, une organisation sociale œuvrant pour l’autonomisation, le leadership et le droit des femmes et des filles dans 120 pays).  L’héritage de Sarah Walker a perduré dans le temps et il est bien vivant. Nous sommes en 2020, un siècle plus tard et nous trouvons à Lyon, Les Ateliers Crépus, une boutique de vente de produits et des soins pour les cheveux crépus.

Sarah Walker aurait-elle pensé que son héritage perdurerait dans le temps ?

Art and photography in the age of the female gaze by Charlotte Jansen

Art and photography in the age of the female gaze by Charlotte Jansen

Art and photography in the age of the female gaze by Charlotte Jansen

JAIMIE WARREN : LASAGNE DEL REY : ART AND PHOTOGRAPHIE IN THE AGE OF THE FEMALE GAZE BY CHARLOTTE JANSEN (2017)

  COVER OF GIRL ON GIRL: ART AND PHOTOGRAPHY IN THE AGE OF THE                     FEMALE GAZE BY CHARLOTTE JANSEN (2017)

 

 

 

Girl on Girl de Charlotte Jansen, fait un tour d’horizon de quinze pays en trois ans pour prédire l’avènement du Female Gaze.

 

La journaliste et autrice Britannique Charlotte Jansen a passé trois années à interviewer quarante photographes contemporaines pour son œuvre intitulée Girl on Girl : Art photography in the age of the Female Gaze. Ce livre nous plonge au sein de leur travail d’analyse sur l’identité, la féminité, la sexualité et le féminisme. Elles ne veulent pas être perçues uniquement comme des « femmes photographes » ou « photographes féministes » mais avant tout comme ayant quelque chose à dire. Les images que nous consommons sont pour la plupart créées, pensées par et pour les hommes, nous offrant donc une vision très limitée des femmes. Au cours du XXe siècle certaines photographes essayent de renverser la tendance : Claude Cahun, Juliet Margaret Cameron ou encore Vivian Maier, montrant au grand jour la représentation des femmes à cette époque.

 

 

 

Une société en évolution

 

Nous vivons en 2020, et le Female Gaze commence tout juste à faire un pas dans notre société. Cet avènement du regard féminin se manifeste de plus en plus, grâce à l’aide des réseaux sociaux. C’est avec l’arrivée en masse du mouvement des femmes se photographiant elles-mêmes et d’autres femmes qu’il a pris un rythme considérable sur les plateformes comme Instagram. Elles ont aussi aidé à l’expansion du message des photographes féminines : « il s’agit de revendiquer le pouvoir, de s’approprier nos voix, nos corps et nous même, sans craindre d’être jugées » comme le dit Zanele Muholi, « militante visuelle ». Le regard féminin n’a pas qu’une définition, et ne se définit pas qu’en montrant des corps nus, des expériences et des modèles de femmes pour un spectateur masculin. Ces représentations se veulent nuancées, et ne représentent pas la femme sous les dictats de la société encore patriarcale. Le Female Gaze est une façon de voir le monde différemment, ce regard est fluide et ouvert à la société, ce regard ne s’oriente pas que sur la femme mais sur ce qui l’entoure. Les femmes prennent de plus en plus de pouvoir et d’espace, aussi bien dans le milieu de la photographie, dans le cinéma, mais aussi dans le monde du travail, dans la façon dont les lois sont rédigées. Le female gaze sort de son cadre pour entrer dans nos vies.

   MAISIE COUSINS, STICKY LIPS (FROM S.E.X.), 2015. FROM GIRL ON GIRL: ART AND   PHOTOGRAPHY IN THE AGE OF THE FEMALE GAZE BY CHARLOTTE JANSEN (2017)

ZANELE MUHOLI, ZINZI AND TOZAMA II MOWBRAY, 2010. FROM GIRL ON GIRL: ART AND PHOTOGRAPHY IN THE AGE OF THE FEMALE GAZE BY CHARLOTTE JANSEN (2017)

Des artistes militantes visuelles

Pour Charlotte Jansen, le « regarde féminin » n’est pas la réplique du « regard masculin », mais plutôt un regard qui cherche à savoir pourquoi nous regardons les femmes comme nous le faisons, chercher à regarder les femmes de façon différentes, regarder des femmes photographiées par des femmes. C’est pour cela que Charlotte Jansen a choisi un groupe diversifié de 40 femmes photographes. Elle met à l’honneur Maisie Cousin, qui utilise « des symboles ‘classiques’ de la féminité, des fleurs et des fruits, décrit Charlotte Jansen, qu’elle mélange avec des limaces, des escargots, des épingles de sureté des sirops et autres substances gluantes qui évoquent d’autres aspect du corps des femmes », d’après Charlotte Jansen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certaines photographes prennent les idéaux patriarcaux et poussent leur image jusqu’au grotesque, c’est ce que fait Phebe Schmidt, dressant des portraits de femmes aux lèvres disproportionées.  D’autres décident de mettre à l’honneur des corps souvent, trop souvent invisibles. C’est ce que fait Pinar Yolaçan avec sa série de consacrées aux femmes âgées. « Je veux que les femmes que je photographie soient en pleine possession de leur image ». Parmi elles, Zanele Muholi photographie les communautés lesbiennes et transexuelles de l’Afrique du sud. Les artistes ont un désir de contribuer au regard féminin d’aujourd’hui et nous offrent un nouvel aperçu du monde. En remettant en question la représentation féminine dans la culture visuelle, elles participent à l’évolution et l’affranchissement des normes.

LALLA ESSAYDI, BULLET #11, 2012-13. FROM GIRL ON GIRL: ART AND PHOTOGRAPHY IN THE AGE OF THE FEMALE GAZE BY CHARLOTTE JANSEN (2017)

Par Pauline Choppin

BAD BITCHES ONLY & HÉROÏNES, on joue féministe

BAD BITCHES ONLY & HÉROÏNES, on joue féministe

BAD BITCHES ONLY & HÉROÏNES, on joue féministe

Ce dimanche 8 mars est un jour particulier. C’est un jour de lutte, de mémoire mais aussi de reconnaissance pour toutes les femmes du monde. Aujourd’hui nous manifestons pour nos droits et nous honorons la mémoire de celles qui nous ont permis de nous rapprocher de la liberté. Pour découvrir et redécouvrir les femmes qui ont fait avancer notre société et cela dans tous les domaines, deux jeux de société féministes ont récemment fait leur apparition : « Héroïnes » et « Bad Bitches Only »

Qu’elles soient connues ou méconnues, historiques ou contemporaines, politiques, artistes, scientifiques ou encore fictionnelles, toutes les femmes présentes dans Héroïnes et Bad Bitches Only sont incroyables ! Ces deux jeux vous permettront de connaitre de nombreuses figures féminines oubliées et d’aborder la société avec un oeil nouveau, tout cela bien sûr en vous amusant. 

Le jeu de 7 familles des « Héroïnes » 

A l’origine de ce jeu de société deux héroïnes : Anne Dhuquois, journaliste indépendante depuis plus de 20 vingt, et Gaëlle Bidan passionnée par le monde de l’édition. Les deux femmes se rencontrent dans une maison d’édition et partagent de nombreux points communs dont leur amour pour les jeux de société. Anne et Gaëlle se lancent dans l’aventure ensemble et de leur association nait en 2017 Unda, le premier jeu sur les cultures urbaines. Deux ans de recherche plus tard c’est un jeu uniquement basé sur les femmes avec plus de 400 références qui fait son apparition.

« Michelle Perrot a accepté très gentiment d’être notre marraine et elle nous a non seulement inspiré des cartes mais elle en a également relu beaucoup notamment dans la catégorie « biographie » pour que nous ne fassions pas d’impair sur certaines », nous a expliqué Anne. 

Pour ce qui est des règles du jeu, c’est très simple. Réservez entre 30 et 50 minutes selon le nombre de personnes que vous êtes. Comme tous bons jeux de 7 familles qui se respectent le but de celui-ci est de faire une famille, mais cette fois une famille d’Héroïnes. Vous pouvez réussir à former une famille avec : Les Puissantes, Les Guerrières, les Révoltées, les Féministes, les Icônes, les Pionnières, les Effacées. 

 Pour pouvoir former une famille vous devrez relever un total de 6 défis : 

  • Trouver l’héroïne avec l’aide de sa biographie 
  • Deviner l’héroïne avec 4 mots indice 
  • Situer 3 héroïnes par ordre chronologique 
  • Retrouver la femme qui se cache derrière le dessin
  • Miner une héroïne 
  • Inventer la biographie d’une héroïne peu connu 

Dans ce jeu de 7 familles il y a une nuance qui en révèle beaucoup, Gaëlle nous a expliqué : « Une femme peut être dans une double famille : elle peut être Pionnière et Effacée. Ca peut être le cas de scientifiques dont les découvertes auraient été spoilés. Ce sont des pionnières dans leur domaine mais pourtant on ne connait pas leur nom aujourd’hui. Au final il y a un message assez personnel dans toutes ces familles mais aussi assez emblématique de la visée du jeu qui est de valoriser certaines femmes et d’en revaloriser d’autres qui seraient méconnues ». 

Grâce à Anne et Gaëlle, le 7 familles se révèle être un jeu bien plus intéressant tant sur le point ludique qu’éducatif, pour les grands comme pour les plus jeunes. Pour commander votre jeu: CA CLICK ICI !

« Bad Bitches Only » pour lutter contre les stéréotypes 

Si le nom de l’entreprise Gender Games vous dit quelque chose alors vous ne serez pas étonné·e de savoir que le fabuleux jeu « Bad Bitches Only » en est issu. Inès, sa créatrice, issue du milieu culturel, a profité d’une année sans emploi  pour penser et développer son jeu de société. 

« Militante féministe depuis quelques années, je suis partie du constat simple qu’il n’y avait pas vraiment de jeu féministe dans cette optique. Quand je voulais organiser une soirée avec mes amies féministes je ne trouvais aucun jeu auquel jouer donc j’ai décidé de créer le mien », nous a confié Inès. 

Pour créer son jeu, Inès avait pour souci de représenter la diversité des femmes, c’est donc à l’aide d’une liste de 1000 noms qu’elle a pu sélectionner les femmes les plus représentatives. « Je voulais équilibrer les figures très connues pour que le jeu soit quand même facile à jouer et ensuite celles qui ont été invisibilisée. L’idée est aussi de faire découvrir toutes ces personnes qui ont été effacées de l’histoire. »

Là aussi le principe est très simple puisque Bad Bitches Only se joue sur la même base qu’un « Times Up ». Il y a donc des cartes avec des femmes ou des minorités de genres qu’il faut faire deviner à son équipe en un temps limité. Il y a plusieurs manches : 

  • Faire deviner la personnalité avec tous les mots que vous voulez
  • Faire deviner avec un seul mot 
  • Faire deviner en mimant ou en dessinant 

Attention ! Inès a intégré une règle à ne surtout pas oublier : ne pas dire « c’est la femme de… ou la fille de…, etc. 

Tout comme « Héroïnes », « Bad Bitches Only » est un jeu ludique et éducatif. « Ma plus jeune joueuse a 9 ans. Ses parents adaptent le jeu en fonction de son âge mais elle y arrive très bien. Parmi les figures historiques ou politiques, il y a aussi des personnages de dessins-animés ou des chanteuses. » affirme Inès. 

Pour commander votre jeu: CA CLICK ICI ! 

Je l’ai testé pour vous

Lorsque le jeu est arrivé j’avais qu’une hâte, mettre la pâtée à mon copain. Après 3 manches acharnées j’ai finalement perdu. Quel choc pour moi qui croyait être implacable sur le sujet ! Même en mauvaise perdante que je suis,  j’ai tout de même adoré ! A chaque fois que je ne trouvais pas la femme demandée j’en apprenais un peu plus grâce au livret explicatif. Un réel plaisir de découvrir de nouvelles figures qui m’étaient jusqu’ici méconnues. A jouer et rejouer sans modération ! 

Par Noémie Perrin

HOUSE OF MARLOW, QUAND ÉCOLOGIE ET SENSUALITÉ SE RENCONTRENT

HOUSE OF MARLOW, QUAND ÉCOLOGIE ET SENSUALITÉ SE RENCONTRENT

HOUSE OF MARLOW, QUAND ÉCOLOGIE ET SENSUALITÉ SE RENCONTRENT

D’une inspiration romantique, douce et bohème, les pièces de la marques parisienne House of Marlow sont fabriquées en petites séries avec des tissus nobles d’origines françaises ou italiennes certifiés Oeko-Tex. Tulle doux, crêpe de soie et satin stretch, le tout teinté à la main avec des teintures naturelles. Raffinées et délicates, les pièces racontent des histoires aussi débordantes que sentimentales, qui ne demandent qu’à être racontées. Au coeur d’un atelier parisien, tout est fabriqué à la main. 

La marque travaille en collaboration avec des fournisseurs de matières qui vendent sur stock. Leurs engagements pour l’environnement les poussent à acheter uniquement la quantité de tissu nécessaire à la production de petites séries d’ensembles. 

Nous avons rencontré la fondatrice de la marque,  Billie Marlow, diplômée d’ESMOD (Ecole supérieur des arts et technique de la mode), styliste, modéliste et créatrice extraordinaire ! 

Comment as-tu débuté dans l’industrie du textile ? 

J’ai étudié à Esmod Paris où j’ai suivi le cursus “Designer de mode” : une double formation en stylisme pour le côté créatif, et modélisme pour le côté technique dans le domaine du prêt-à-porter. Par la suite, je me suis spécialisée en lingerie et corseterie en dernière année. Après des premières expériences en atelier de lingerie de luxe et en studio de création, je me suis lancée en free-lance en tant que styliste/modéliste pour des petites marques ou en devenir. Après avoir travaillé sur l’intégralité du processus de collection pour d’autres, l’envie déjà présente depuis longtemps de monter ma propre marque s’est faite de plus en plus forte. C’est ainsi qu’est né House of Marlow. 

Comment es-tu venue à confectionner de la lingerie éthique ? 

J’ai travaillé pour des marques qui fabriquaient en France, parfois en Europe mais très souvent en Asie. La démarche créative est de plus en plus limitée dans ce dernier mode de production. On envoie des dessins et des fiches techniques à des usines à l’autre bout du monde, parfois même juste une pièce à copier, et puis revient un prototype tout fait. Le choix des matières et de la qualité est régit par la contrainte des prix, toujours tirés au plus bas. 

Quelle était ton ambition dans cette démarche ? 

Je voulais pouvoir contrôler tous les aspects de fabrication du dessin au produit fini, les prototypes, la gradation de tailles, la coupe et le montage, les fiches techniques et la teinture, les photoshoots et le lancement en ligne. Dans cette démarche, la production allait forcément être limitée en petites quantités. Nous fabriquons entre 10 et 30 pièces par modèles. J’ai toujours eu le goût des belles choses et des matières nobles, alors je me suis tournée vers des fabricants reconnus pour leur savoir faire, en France surtout, et un peu au Japon, en Italie et en Angleterre. 

Tu t’es donc dirigés vers des solutions plus éthique…

Oui exactement, surtout lorsque l’on sait que l’industrie textile est la deuxième plus polluante, après celle du pétrole. J’ai préféré des matières et élastiques éthiques certifiées Oeko-Tex Standard100, des cotons biologiques, des teintures certifiées BlueSign (non nocives) et des accessoires métalliques fabriqués à Lyon en alliage éco-friendly. Même les étiquettes sont fabriquées dans la Loire par une entreprise familiale. Le choix des matières et fournitures ainsi que le mode de production s’est fait naturellement. A chaque nouvelle collection j’essaie de trouver des solutions plus écologiques aux autres étapes. La prochaine étant un emballage recyclé et des enveloppes d’envoi compostables. 

Comment est-ce que tu crées chaque pièce de tes collections ? 

J’élabore les collections en mixant des inspirations au moment où je dois créer et des dessins que je regroupe dans des carnets au fil des mois. Je choisis une direction, une ambiance, des couleurs, puis les formes dont j’ai besoin pour offrir une gamme complète de produits. S’installe ensuite un puzzle de dessins, de tissus, d’informations de détails, montage etc… Une fois le plan de collection établi, je fais les patronages, puis les prototypes. Ensuite, nous faisons des essayages pour parfaire le fitting, et on refait des prototypes jusqu’à ce qu’il soit conforme au produit final. 

Nous nous occupons ensuite de la gradation des tailles qui pour l’instant va de la taille 34 au 42 et du 85A au 95C, des tailles plus grandes viendront dans le futur. C’est notre ambition de s’ouvrir à plus de tailles. On découpe ensuite toutes les pièces et on les monte par étapes toutes ensemble. Le pièce par pièce prendrait trop de temps car on utilise jusqu’à 4 machines différentes pour une pièce. 

Quelles sont tes inspirations ? 

Mes inspirations sont assez diverse. Elles sont très visuelles. La photographie et le cinéma notamment, mais aussi la musique. J’aime raconter des histoires, voir un cliché du photographe Purienne, photographe sud-africain, réalisateur et fondateur de la publication de mode, Mirage. Ou encore, un cliché d’une femme nue, me demandant comment je l’habillerais, l’esthétique douce et l’histoire violente du film Virgin Suicides de Sofia Coppola, les textes sensuels de Verlaine jusqu’aux paroles de Bashung. Mon univers est assez éclectique. J’avais également beaucoup aimé la collection de lingerie qu’avait développé Jean-Paul Gaultier pour La Perla il y a bientôt 10 ans : une sorte de burlesque doux et poudré et un brin nostalgique. 

Quel message souhaites-tu transmettre à travers ton travail ? 

De la douceur et de la poésie. Que sensuel ne rime pas avec sexuel. Qu’il faut se plaire avant de plaire. Qu’il faut s’habiller pour soi et pas pour autrui. Faire le choix d’opter pour une lingerie pensée et créé à la main, en conscience et en petite quantité. S’offrir ou se faire offrir est une belle démarche, que ça soit dans l’optique d’avoir un ensemble qui sort de l’ordinaire ou de soutenir un démarche de slow fashion. Je veux aussi montrer que de la lingerie éthique ne rime pas avec basique, et que l’on peut s’offrir de beaux dessous originaux tout en soutenant une démarche respectueuse de l’environnement. 

Par ici pour acheter House of Marlow

Par ici pour suivre House of Marlow

Interview par Lucie Leila Mamouni 

Les colleuses de Lyon : « Honorons nos mortes et protégeons les vivantes »

Les colleuses de Lyon : « Honorons nos mortes et protégeons les vivantes »

Les colleuses de Lyon : « Honorons nos mortes et protégeons les vivantes »

Si le compte des femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint s’est terminé le 31 décembre 2019 avec 149 femmes tuées, celui de 2020 démarre tristement. Ce 6 janvier déjà 4 femmes ont été assassinées. Pour alerter et lutter contre ce problème dramatique un groupe de personnes engagées ont décidé de se réapproprier l’espace public en collant des messages à destination de tous·tes. Intéressons-nous de plus près à ce mouvement lancé par le collectif Les colleuses de Lyon.

C’est en parallèle du Grenelle contre les violences conjugales lancé le 3 septembre dernier que le collectif de colleuses a vu le jour à Lyon. « Grenelle, plus un coup de communication que de nouvelles mesures concrètes adoptées », nous ont confié les membres du groupe, elles en veulent plus ! 

« Par son inaction, l’État est coupable. Par son inefficacité, la justice est complice »

Aujourd’hui en France 219 000 femmes sont victimes de violences conjugales et la majorité des mesures mises en place par l’Etat n’ont pas concrètement fait leurs preuves. Le Grenelle contre les violences conjugales aurait pu être le début de réelles actions pour aider ces femmes mais pourtant les annonces faites sont peu prometteuses :

« On attendait des mesures de prévention à l’école, de formation, des places d’hébergement dédiées et financées et une évolution dans les moyens financiers. Au contraire, le budget annoncé est quasiment le même pour 2019 que pour 2020 », affirment les Colleuses de Lyon.

A titre d’exemple seulement 1 000 nouvelles places d’hébergement et de logement temporaires ont été annoncés, ce qui représente une goutte d’eau parmi toutes les femmes victimes de violences conjugales et qui implorent une aide rapide et efficace.

De plus la police, majoritairement composée d’hommes, ne reçoit que très peu de formation pour aider et accompagner ces femmes. En 2018, sur les 120 femmes assassinées sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon, un tiers d’entre elles avaient porté plainte ou déposé une main courante. Si Edouard Philippe a annoncé un audit de 400 commissariats et brigades de gendarmeries afin d’évaluer les conditions dans lesquelles sont reçues les victimes, rien n’est fait sur la formation que reçoivent les fonctionnaires et qui leur permettrait d’appréhender correctement les tenants et les aboutissants de la situation de nombreuses femmes en danger.

Les Colleuses comptent bien faire entendre leurs revendications car pour elles, « par son inaction l’Etat est coupable et par son inefficacité, la justice est complice ».

Coller pour se réapproprier l’espace publique

Pour faire entendre leurs revendications, les Colleuses de Lyon ont décidé d’afficher des messages chocs sur les murs des quartiers de Lyon. Elles souhaitent également appuyer l’action terrain des associations, se réapproprier l’espace public pour dénoncer, interpeller le gouvernement et les citoyen·enne·s, continuer à alerter et sensibiliser sur la non-action du gouvernement et le besoin indispensable de mettre des mesures supplémentaires en place. Leur revendication première étant de lutter contre les violences conjugales,

Elisa, l’une des membres du collectif, nous a confié les nombreuses fonctions du collage : « Notre action ne se limite plus aux féminicides. Nous avons collé de nouveaux messages contre le film “J’accuse” de Polanski par exemple, ou contre Uber dernièrement. » 

La nuit bien emmitouflées dans leurs vêtements à capuche, pour ne pas être reconnus, les membres du collectif collent leurs carrés de feuilles annotées d’une lettre qui formeront à la fin une phrase et, elles l’espèrent, feront réagir les passants au levé du jour.

Quelques fois leurs nuits sont plus ou moins agitées, « Il peut y avoir des éléments perturbateurs qui croisent notre route lors des collages, qui vont contester ce que l’on fait ou être agressifs, on est toujours pacifistes et on cherche un max à éviter ce genre de situations » nous explique le groupe de colleuses. 

Si certaines personnes sont en désaccord avec ce moyen d’action, d’autres au contraire sont heureuses de voir ce combat prendre de l’ampleur et mobiliser de plus en plus de personnes. En tout cas une chose est sûre, la détermination de ces femmes n’est pas prête de s’estomper : « Nous voulons donner de la visibilité à notre combat, par les collages ou d’autres actions coups de poing ».

Toutes les photos ont été réalisées par la talentueuse @35melimeter 

Pour suivre les collages, une seule adresse @collages_feminicides_lyon

Et pour finir, Quelques portraits anonymes des Colleuses

Juliette, 25 ans, étudiante          en journalisme 

“Je colle depuis octobre, j’ai intégré un petit groupe de mon arrondissement, iels étaient déjà méga en place, ça fusait dans tous les sens : préparation des messages, de la colle, division par groupe et hop nous voilà dans la rue. La première fois j’ai trouvé que c’était hyper impressionnant, on marchait à la recherche d’un mur à recouvrir. À l’approche de Sathonay, on prend une impasse et BAM, c’était parti. À ce moment là on ne réfléchit plus du tout, tous les gestes s’enchainent naturellement, poussés par une montée d’adrénaline assez hors du commun.

Les souvenirs sont plutôt heureux dans l’ensemble, on croise des personnes qui nous encouragent, qui sont sidérées d’enfin nous croiser, nous remercie, sont ému.e.s. C’est beau. C’est un geste magnifique, de coller. 

C’est une manière d’agir à son échelle, d’investir la ville et d’ouvrir le regard des gens. Je m’imagine toujours les lyonnais.e.s qui partent travailler tôt, et croisent des yeux nos collages, je m’imagine ce qu’ils se disent : découvrent-iels ça pour la première fois ? avec surprise ? satisfaction ? que pensent-iels? Sont iels révolté.e.s, indigné.e.s, indifférent.e.s? 

Que disent leurs enfants, parents, ami.e.s ? Quelles discussion cela ouvre-t-il ? “t’as vu les collages dans ton quartier? “ je suis persuadée qu’à notre échelle on a ouvert un débat, une discussion, un échange. Et ça me plait.”

Méli, 24 ans, étudiante en marketing 

“Depuis un petit bout de temps maintenant, je suis souvent en colère. En colère contre ce que les femmes subissent au quotidien : féminices, violences, le harcèlement au quotidien, le sexisme banalisé, les stéréotypes… Petit à petit l’envie de me trouver une communauté qui partage mes valeurs et à qui je peux exprimer ma colère et qui me répondrait “putain mais grave !” germait en moi. Quand je suis rentrée à Lyon après un an à l’étranger, les collages sur les murs contre les féminicides m’ont sauté aux yeux et j’ai eu envie d’en faire partie. 

C’était trop bien d’aller coller la première fois. A la fois excitée et impressionnée, de découvrir l’organisation en équipe pour coller, de voir les filles qui accueillent les nouvelles et accordent confiance, qui font le guet dans la rue et rassurent, celles qui s’accroupissent pour faire la colle dans seau, celles qui en ont plein les mains.

Et surtout, ce qui m’a plu, c’est se réapproprier la rue, cette rue dans laquelle je me sens parfois si vulnérable au même titre que beaucoup d’autres, à cause des regards, des propos, des silhouettes un peu trop floues tard le soir.

La première fois, j’y étais allé juste pour les prendre en photo, et même si mes deux mains étaient prises par mes deux appareils argentiques, j’ai pas pu m’empêcher de les poser à un moment pour poser ma première feuille sur un mur.”

Megan, comédienne et salarié à mi-temps 

“Je fais partie du groupe des colleuses depuis début septembre quand tout s’est lancé sur Instagram, mais mon premier collage n’a pu se faire que début octobre. 

Je crois que le premier collage est quelque chose qui vous reste sur la peau et dans le cœur. Mais celui qui m’a le plus marqué reste le collage sur le palais de justice des 24 colonnes. Et évidemment la montée d’adrénaline, la peur mélangée à de la fierté. Tout en sachant que juste avant nos camarades se sont fait interpellés au TGI de Guichard. Et puis, c’est fait, on se retrouve on fume notre clope, on se félicite et on se quitte. Je ne connaissais aucune qui ont participé, je me souviens à peine de leur prénom, mais il y a quelque chose qui nous liera à jamais. Nous tellement forte ensemble !”

Par Noémie Perrin