Tendre Violence par DZ et Marie Rouge

Tendre Violence par DZ et Marie Rouge

JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES – 8 MARS 2019

Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes, DZ et Marie Rouge s’engagent contre les violences faites aux femmes, voici l’histoire de cette série.

@DZlanuitlejour est un compte Instagram de phrases, crée par DZ aka Sandra Nicolle anciennement Jackie Palmer, musicienne et auteure. Exutoire et terrain de jeu, ce compte rassemble ses pensées, ses aspirations, ses désillusions sur l’amour, l’écologie et le déterminisme social. Les messages se veulent directs et sans artifices.

Sur son compte Instagram, elle déclare à propos de cette série :

« Je suis une femme, une travailleuse, je suis aussi une soeur, une amie et peut-être qu’un jour je serai une mère. Toute ma vie j’ai collecté des témoignages de proches, observer des situations. C’est comme une map géante dans ma tête, constituée des récits de ces femmes, entremêlés à mes propres expériences. 
En grandissant j’ai compris qu’il y avait une inégalité flagrante entre les hommes et les femmes, à beaucoup d’égards. Il y a toute une éducation à repenser pour les générations futures. »  
                                                                                                                                    @DZlanuitlejour

« Nous sommes des femmes, nous sommes des artistes, nous portons un message. »

@MarieRouge arrive à Paris il y a 6 ans, à tout juste 20 ans elle se plonge dans l’univers des folles nuits parisiennes dont elle tire le portrait pour Barbi(e)turix, plate-forme de culture lesbienne. En parallèle, son travail de portraitiste offre des images troublantes et colorées où les genres se confondent. Un jeu sur les codes de représentations que Marie brouille à dessein pour mieux bousculer les constructions sociales imposées par la société. 

Elle collabore régulièrement avec Libération, Grazia, Causette, Néon, Le Parisien et a exposé au Point Éphémère, à la Gaité Lyrique et à l’institut Français de Saragosse. 

« Aïe miss you » montre l’attachement, la dépendance et le défit psychologique qui consiste à se défaire d’une personne violente.

« Un amour à couper le souffle » parle du fantasme de l’amour passionnel, une histoire que l’on se raconte à soi-même et que l’on raconte aux autres pour se justifier.

La troisième photo est une décision. « Un poing c’est trop ».

Tendre Violence par @DZlanuitlejour et @MarieRouge

 

 

 

 

 

Ceci n’est pas un bretzel

Ceci n’est pas un bretzel

Vous avez toujours rêvé de rejoindre la révolution? Et bien préparez votre sac à dos (et votre colle artisanale) car arrive enfin le moment que vous avez attendu toute votre vie! 

THE CLITORIS REVOLUTION IS COMING !

« Mais comment faire partie de la révolution? »

Très bonne question kiddo, on t’explique tout ça.

PETIT 1.

Tu peux envahir tes rues de clitoris pour le 8 mars – journée internationale des droits des femmes. A l’initiative du compte Instagram @gangduclito, la série d’affiches de clitoris est en téléchargement libre sur www.itsnotabretzel.com. Sur le site, elles t’expliquent même comment fabriquer ta colle artisanale, fantastique! Vous pouvez placarder ces super affiches dans la rue, à votre université, au travail, dans le métro ou vous transformer en femme/homme sandwich! 

PETIT 2.

Partager c’est militer! Partage le lien de la pétition sur Facebook / Twitter. Poste les affiches de la campagne sur ton instagram, relaie l’info à toute la galaxie. C’est un message à caractère informatif de première importance. 

Libérons la sexualité des femmes au 21ème siècle. Prônons la fin de l’analphabétisme sexuel. Êtes-vous sûr·e·s de connaître la véritable anatomie du clitoris? Démocratisons le savoir pour toutes les Femmes, pour toutes les jeunes filles qui arrivent derrière nous et pour tous les Hommes qui nous aiment. Transmettre c’est militer !   – Gang du Clito

PETIT 3.

Et béh signe la pétition pardi!  ALLEZ CLIQUE ET SIGNE! 

Revendications de la pétition:

Dénoncer l’Analphabétisme de la sexualité Féminine en France et revendiquer le droit à l’égalité d’éducation sexuelle.

  • Le clitoris est l’organe essentiel du plaisir sexuel des femmes, pourtant, il demeure un organe oublié des manuels scolaires. Selon un rapport sur l’éducation sexuelle remis en juin 2016 par le Haut Conseil à l’égalité, un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles possèdent un clitoris et 83% d’entre elles ignorent sa fonction érogène.

Ce que nous demandons:

  • Nous demandons officiellement à Marlène Schiappa, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, ainsi qu’à Monsieur Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education nationale que l’anatomie du clitoris soit  fidèlement représentée, comme un organe faisant partie intégrante de l’appareil génital féminin, et ce dans tous les  manuels scolaires de SVT. Et nous leur demandons aussi d’inscrire la mention du clitoris dans les programmes scolaires de SVT, et d’accompagner cet enseignement d’une formation solide des enseignants pour une éducation à la sexualité sans tabou ni censure.

C’est pas grand chose bordel! 

Merci beaucoup à @gangduclito d’avoir lancé ce mouvement, la révolution passera par l’éducation afin de faire évoluer les mentalités. La révolution passera aussi par la chute du patriarcat soit dit en passant… Mais les deux sont liés! 

Nous sommes très fière chez Cacti de faire partie des premières signataires et soutien de ce mouvement au milieu de nos comparses du collectif Les chaudières: @CLITREVOLUTION: Sarah Constantin & Elvire Duvelle – @CYCLIQUE: Fanny Godebarge – @JEMENBATSLECLITO: Camille Aumont Carnel – @JOUISSANCECLUB@LAPREDICTION@LIMPORTANTE: Sacha Posternak & Lonia Posternak – @SHEISANGRY: Lauren Villers – @TASJOUI: Dora Moutot – @POINTDEVULVE

 

Par Claudia Bortolino

 

2 GIRLS, 1 DESK – La nouvelle série Cacti

2 GIRLS, 1 DESK – La nouvelle série Cacti

Cacti est un magazine gratuit culturel & féministe lyonnais pour tous les cool kids. Adepte de culture pop ou obscure, de femmes en charge et de blagues grinçantes, le Cacti gang se veut l’heureux vecteur d’une culture féministe musclée et décomplexée.

Et comme on a entendu dire que le transmédia c’était IN, on a décidé d’en faire une web-série !

2 Girls, 1 Desk c’est la web série que vous attendiez même si vous ne le saviez pas encore!

Tournée sous forme de documenteur (faux documentaire), avec ses 5 épisodes de 5 minutes, notre série vous présente le quotidien fantasmé, amplifié et grandiloquent de Cacti magazine et sa petite équipe qui s’efforce de tenir à flot la revue malgré les déboires personnels et divagations des deux patronnes.

On dit que c’est le deuxième événement le plus attendu de l’année après la saison finale de Game of Thrones ! Alors tenez-vous prêt·e·s car en juin on balance la sauce sur le Facebook de Cacti ET du Petit Paumé, notre partenaire diffusion offishal.

Diane et Joe lancent leur magazine féministe et culturel comme elles en ont toujours rêvé. Mais lorsque leur rêve se heurte à la réalité, les illusions s’effondrent très vite. Les deux associées sont plus occupées à organiser des soirées, procrastiner et prouver qu’elles sont cool qu’à assurer une évolution pérenne pour le magazine.

Si l’argent ne coule vraiment pas à flot, elles ne se privent pas pour autant de dépenser sans compter afin d’impressionner leurs collègues désabusés et leurs partenaires encore non existants.

Entre problèmes financiers, querelles de bureau et déboires personnels, Diane et Joe se rendront vite compte que l’aventure Cacti n’est pas aussi glamour qu’elles l’avaient imaginées. Heureusement, elles sont épaulées par Fabrice le comptable aussi dévoué que dépassé, Calzone la rédactrice laconique et l’Assistante jamais sans ressources.

Cette dream team se débat tant bien que mal pour garder en vie Cacti magazine, jusqu’à l’arrivée d’un investisseur charismatique et déconcertant…

Nous faisons de la gêne (la votre) et de l’effronterie (la notre) le pilier de notre humour.

Nous abordons des sujets allant de la prononciation du mot Versace à l’homosexualité en passant par un petit chien, une romance naissante et des différends irréconciliables ; toujours sous une grosse louche de blagues grinçantes. Du politiquement incorrect, vous allez en bouffer chaque minute, mais vous allez aussi vous régaler de tendresse et d’affection. On préfère d’ailleurs vous prévenir, vous allez dangereusement vous attacher à notre joyeuse équipe de personnages.

2 Girls 1 Desk est bien dans l’air du temps : connectée, consommée gratuitement sur le web, puis portée vers un public plus large pour de nouvelles aventures.

Cette comédie décalée raconte une jeunesse qui revisite le crédo « Sexe, drogue et rock’n’roll », où le sexe ne s’avère pas si wild, la drogue a été troquée pour du Gin premier prix et le rock a été remplacé par du disco ringard.
Comment combattre cette impuissance existentielle ? Par la puissance du rire. Et attendez de voir ce qu’on vous réserve !

 

 

  

 

 

Diane, la patronne qui fait rimer ambition avec déception.

Va plus bas pour en savoir plus sur les patronnes kiddo!

 

 

 

 

 

Joe, la patronne discipée jamais à court de blague gênante

Va plus bas pour en savoir plus sur les patronnes kiddo!

Fabrice, le comptable à la capacité sociale d’un canard comateux.

Guilhem du Fayet est un jeune comédien d’un âge qu’on ne présente plus. Après une école à Lyon dans laquelle il rencontre le Cacti-Gang, il décide de monter à Paris pour suivre le mouvement initié par ses copains. Après quelques castings infructueux, il décide de se tourner vers l’humour, sa valeur sûre. Il aime l’eau gazeuse.

Calzone, la rédactrice laconique et engagée

Révélation de l’actrice à venir…

 

 

 

 

 

L’Assistante, dont personne ne peut déjouer l’enthousiasme.

Révélation de l’actrice à venir…

Les Start-Upers: Constantin & Pavan

Oscar Colombin (Constantin) prend vie le 4 juillet 1992. 70 kg, 1m84, signe astrologique cancer, yeux verts mais myope, redouble le cm2 et la terminale, dépucelé le 26 aout à 17h02 sinon il aime les coquelicots et les coquillettes.

 

 

 

 

 

PavanEncore un peu de patience ! On vous révèle l’acteur bientôt. 

Parce que comme le dit Adam, pour faire un film ou une web-série, on a besoin de financement et de sandwichs ! Parce que Camille coûte cher en Gin tonic et Claudia en maquillage. Parce que notre équipe a des exigences dignes de Mariah Carey en tournée internationale.

Mais surtout car nous avons besoin des meilleures conditions possible pour vous délivrer la web-série fantastique qu’on vous a promise.

DECOR, ACCESSOIRES & COSTUMES

Le décor fait partie intégrante du dynamisme de 2 Girls 1 Desk, il reflète les personnages, il est la touche finale parfaite pour les caractériser. Toute la série se passera au sein des bureaux fictifs de Cacti, dans un espace de coworking que nous devrons meubler et décorer minutieusement pour offrir à nos personnages le meilleur terrain de jeu possible. 

MATERIEL TECHNIQUE (prise de vue, lumière, son) 

Cette histoire doit être partagée grâce à des images vivantes et des sonorités, véhicules privilégiés de la psychologie des personnages. Le choix du matériel de prise de vue, de lumière et de son est indissociable du fond de ce projet, nous aurons besoin de matériel de qualité pour vous en mettre plein les mirettes et les esgourdes!  

DIFFUSION

Ce projet a pour vocation d’acquérir une visibilité sur l’internet puis en festivals, d’abord nationaux mais aussi internationaux. Pour se faire, nous devons être capable de fournir des maquettes, payer les inscriptions en festival et pouvoir couvrir nos frais de déplacement dans les villes organisant le festival.

LE MANGER (régie)

Parce que l’art ça creuse et c’est sûrement illégal de faire travailler des gens toute la journée sans les nourrir. 

2 Girls, 1 Desk est la progéniture de l’agence Golden Holden, crée par Jill Salinger et Claudia Bortolino, nous sommes une structure indépendante et avons besoin de VOUS pour nous soutenir et vous engager à nos côtés dans cette aventure.

MAZEL TOV ! Vous êtes arrivé·e au bout de cette page! On va profiter de votre attention pour se présenter.

Nous c’est Claudia et Camille, on est amies dans la vie en plus d’être associées chez Cacti Magazine. Claudia c’est la lady boss print et Camille la shérif du web, et ensemble, nous allons conquérir le monde avec notre web-série.

Ou au moins les internet, mais ça revient au même.

A côté de Cacti, Claudia est scénariste et réalisatrice; elle a fait des courts-métrages, des pubs, des clips et des vidéos de son chat en plus de boire beaucoup de soupe. Camille est comédienne, elle écrit aussi des histoires et parfois elle danse et chante en même temps. Elle n’a jamais rencontré un chien ou un fromage qu’elle n’aimait pas.

La preuve en images :

Celles qui écrivent l’histoire en pyjama en mangeant des cookies (aka scénaristes) – Claudia Bortolino & Camille Dochez

Celle qui dirige et fait semblant de maitriser la situation (aka réalisatrice) – Claudia Bortolino

Celle qui gère absolument tout et se nourrit de café (aka assistante réalisatrice) – Roxane Baudin

Celle qui a l’oeil le plus performant de la galaxie (aka scripte) – Léa Foti

Celle qui maitrise les images donc tout le monde est sympa avec (aka cadreuse) – Marion Ains

Celui qui crée la nuit en plein jour (aka directeur photo) – Léo Chastan

Celui qui entend tout ce que tu dis en cachette aux toilettes (aka ingé son) – Jonas Braasch

Celle qui permet de nous rendre fuckable à l’écran (aka maquilleuse) – Kim Ducreux

Celui qui aide tout le monde et en plus fait des blagues (aka régisseur) – Antoine Vauthier

Celui qui n’en peut plus du son du clap (aka monteur vidéo) – Michaël De Boni

Celui qui fait toujours un discours trop long aux Césars (aka monteur et mixeur son) – Romain Bossoutrot

Photos de Eva Merlier

Illustration et motif de Lucie Mouton

SI VOUS VOULEZ SOUTENIR LE PROJET C’EST PAR ICI LES KIDDOS 

ULULE DE LA SÉRIE 

 

Le Bilan Féministe de 2018

Le Bilan Féministe de 2018

Et voilà, 2018 c’est fini, et d’aucuns commencent déjà à annoncer que 2019 sera « l’année de la meuf », alors c’est cool parce que ça rime mais elle en est où, justement, la meuf ? Et quels sont les combats remportés depuis un an par le féminisme ?

On vous propose une sélection, forcément partielle, de nos dix moments féministes de l’année écoulée – hésitez pas à nous proposer les vôtres. Et comme on nous a toujours appris à faire des ouvertures à la fin de nos dissertations, on s’est demandé à chaque fois comment ça pourrait être encore mieux.

1. 1er janvier : création du fonds Time’s Up

Le premier janvier, trois cents personnalités du cinéma ont lancé le fond Time’s Up (« c’est fini »), destiné à doter le mouvement #metoo de moyens financiers qui seront consacrés à la lutte contre le harcèlement sexuel. L’un de leur premier happening a consisté à porter des robes noires à la cérémonies des Golden Globes lors de laquelle Nathalie Portman, l’une des porte-parole du mouvement, a lancé, au moment d’énumérer les nominés pour la récompense du meilleur réalisateur : « et les nominés – tous des hommes – sont… ». OUAIIIS BIG UP NATOU.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Si le nombre de femmes qui ont participé à la fabrication des 250 plus gros films US de 2018 a augmenté de 2% (passant de 18 à 20%, FAIS PETER LE FREIXINET CHANTAL !), le nombre de réalisatrices a baissé (8% versus 11% en 2017). Vazy rebouche je Freix j’ai même plus le cœur à faire du sarcasme là.

2. 20 janvier : Women’s March

La Women’s March 2018 a eu lieu un an après la première marche des femmes sur Washington, organisée le premier jour de l’administration Trump et lors de laquelle on avait vu fleurir les pussy hats en réaction à cette phrase magnifique du président américain qui avait déclaré que les femmes, il fallait les « prendre par la chatte » (pussy, donc) (gros gros niveau d’élégance, donc).
Comme en 2017, une centaine de villes aux Etats-Unis et dans le monde ont organisé leur propre marche, réunissant au totale plusieurs millions de participant.e.s.

BONUX J’EN VEUX PLUX
En 2019, pour la troisième édition de cette manifestation devenue rendez-vous annuel, l’ONG Women’s March Global organise partout dans le monde la Women’s Wave, les 19 et 20 janvier. A suivre ici.

3. 23 janvier : Larry Nassar condamné

« Je viens de signer votre arrêt de mort » : BAM ! Mic drop. Rosemarie Aquilina, juge du procès de Larry Nassar, nous a peut-être fait vivre l’un des moments les plus jouissif de l’année en prononçant la sentence de ce médecin de l’équipe américaine de gymnastique, qui a sexuellement agressé plus de 150 femmes. Quarante à cent-soixante-quinze ans de prison, VOUALA.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Yannick Ripa, professeure en histoire des femmes et du genre à Paris-VIII, nous mettait tout de même en garde en octobre dernier dans Libé : l’omerta n’est jamais loin et « l’histoire des femmes est parcourue de ces déferlements de vagues, suivis de creux ». La banalisation de cette « parole libérée » guette, avec sa copine la « chappe de plomb », qui a tôt fait de retomber sur les victimes et leurs soutiens qui craignent les conséquences de leurs accusations. Alors on reste éveillé, les petit.e.s chat.te.s.
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4. 14 février : Black Panther

Youpi ! Voilà enfin un blockbuster Marvel qui, non content d’avoir pour personnage principal un super-héros noir (et quasiment que des personnages noirs d’ailleurs), met en scène des femmes puissantes : ingénieures, guerrières…

BONUX J’EN VEUX PLUX
Oui, alors, ne crions pas victoire trop vite. Black Panther a beau mettre en scène des tas de femmes qui présentent des qualités généralement associées au masculin, celles-ci n’en restent pas moins de simples faire-valoir pour ces messieurs qui restent bien entendu au centre de l’action. La preuve : la communauté du génial site bechdeltest.com n’arrive même pas à se mettre d’accord sur le fait que ce film passe ou non avec succès le test de Bechdel.
[dis mère Castor, c’est quoi le test de Bechdel ?]

Alors, le test de Bechdel mon petit lapin, c’est pour savoir si un film est sexiste ou non en regardant s’il valide trois critères :
– Il y a au moins deux femmes…
– …qui parlent ensemble…
– …d’autre chose que d’un homme.

Oh, tu as l’air surpris mon petit chou ! Tu te dis « elle débloque la vieille ! C’est le cas de tous les films ! » Eh bien sache que 40% des 4000 films testés ne passent pas le test. Ah, et sache désormais tu ne pourras plus t’empêcher de faire passer le test à tous les films que tu verras et que ça risque de te mettre en colère. Déso.

5. 14 juin : les députés argentins disent oui à l’avortement

A l’appel du mouvement Ni una menos (« pas une de moins »), des dizaines de milliers d’argentines avaient manifesté durant plusieurs semaines avant le scrutin en soutien au projet de loi sur la légalisation de l’avortement. Le 25 juillet, deux semaines avant le vote du Sénat, c’est déguisées en servantes écarlates, en référence à la série éponyme, qu’elles ont marché dans les rues de Buenos Aires.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Malheureusement, les pro-avortements manifestaient aussi en nombre, dans ce pays très catholique et patrie du pape François, fermement opposé à l’IVG. Résultat : le texte n’est pas passé en deuxième lecture, retour à la case départ. Mais la mobilisation se poursuit : dès le vote des sénateurs, l’association MuMaLá (Mujeres de la Matria Latinoamericana) a ouvert un registre destiné à recenser les femmes mortes suites à des avortements clandestins, dont le « décès pourra être qualifié de ‘féminicide d’Etat’ », parce qu’il aurait pu être évité.

6. 1er juillet : Simone Veil entre au Panthéon

Le premier juillet, sonnez hautbois résonnez musettes : Simone Veil est entrée au Panthéon ! Dans un discours à faire larmichonner dans les chaumières, Macron a même déclaré qu’« avec Simone Veil entrent ici ces générations de femmes qui ont fait la France, sans que la nation leur offre la reconnaissance et la liberté qui leur était due ». Et d’ajouter, le coquinou : « Qu’aujourd’hui par elle, justice leur soit à toutes rendue ». Putain la chiale, on se croirait à la fin d’Independance Day.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Bon, Simone Veil n’est quand même que la cinquième femme (contre soixante-treize hommes) à entrer au Panthéon qui, pour rappel, continue d’arborer sur son fronton la citation suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante », ce qui, si mon latin est toujours ok, signifie un truc du genre « Oublie jamais qu’on vit toujours dans un monde d’hommes, bb ». Donc bon, je voudrais pas faire ma reloue Manu mais j’ai pas trop-trop l’impression qu’on m’a vraiment rendu justice en fait.

7. 5 octobre : Nadia Murad reçoit le prix Nobel de la paix

Cette ancienne esclave sexuelle de Daesh, devenue ambassadrice de l’ONU et militante pour les droits de l’homme, a reçu le prix Nobel de la paix avec Denis Mukwege, gynécologue engagé contre les mutilations génitales, pour leur combat contre l’usage de violences sexuelles comme armes de guerre.

BONUX J’EN VEUX PLUX
J’ai envie de faire ma relou. Je peux faire ma relou ? Allez, je fais ma relou : on dit encore « droits de l’homme, sérieusement ? »

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8. 6 novembre : les Midterms de la meuf

Un nombre record de femmes ont été élues à la chambre des représentants américaine suite aux élections de mi-mandats, dont pour la première fois des amérindiennes et des femmes de confession musulmane.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Derrière les beaux effets d’annonce dont on nous a gratifié.e.s à la suite de ces élections se cache un chiffre bien moins resplendissant : sur les 435 membres de la chambre des représentants, seuls 23% sont des femmes. Bon, vous me direz, en France on a 39% de députées, on est encore loin de la parité ! Enfin, c’est mieux. Mais c’est pas la parité.

9. 13 novembre : le string irlandais

Le 6 novembre en Irlande, un avocat a obtenu l’acquittement de son client, accusé du viol d’une jeune fille de 17 ans, grâce à l’une des pièces à conviction les plus scandaleuses qui soient : le string de la victime, brandi comme une preuve qu’avec de tels sous-vêtements celle-ci ne pouvait qu’être consentante. Une semaine plus tard, la députée Ruth Coppinger a montré l’un de ses strings en pleine assemblée, dénonçant une défense et un jugement inadmissibles. Comme une traînée de poudre, le hashtag #ThisIsNotConsent, accompagné de photos de strings d’irlandaises et de femmes du monde entier, a fait le tour du web. Dès le lendemain, des manifestations ont eu lieu dans tout le pays.

BONUX J’EN VEUX PLUX
J’ai beau retourner tout le web, aucune nouvelle du violeur qui semble-t-il n’a toujours pas été condamné… Si qui que ce soit a une info je prends en échange de ma meilleure carte Magic.

10. 24 novembre : #NousToutes

Un an après #MeToo, l’organisation #NousToutes a organisé dans toute la France des marches contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. La mobilisation a été historique.

 

BONUX J’EN VEUX PLUX
Si les organisat.eur.rice.s ont annoncé 50 000 manifestants, il y en aurait sans doute eu davantage si par malchance cette marche n’avait pas eu lieu en même temps que l’acte 2 des Gilets Jaunes. Ceci dit, la préfecture annonçait 12 000 manifestant.e.s côté #NousToutes contre 8 000 côté Gilets jaunes. Et devinez lequel des deux rassemblements a fait l’ouverture des journaux, quand l’autre ne se voyait consacrer qu’une minute sur TF1 et France 2 ? L’historienne du féminisme Bibia Pavard voit dans cette invisibilisation des combats des femmes une nouvelle démonstration du caractère structurellement patriarcal de notre société. Sauf qu’aujourd’hui, dit-elle… « ça ne passe plus ».

Par Amandine Deguin

Illustration bannière par Camille de Cussac 

Une lesbienne (in)visible : trois éléments dans la comm’ de Chris qui posent problème.

Une lesbienne (in)visible : trois éléments dans la comm’ de Chris qui posent problème.

L’ouragan médiatique autour du deuxième album de Chris (autrefois Christine and the Queens) est à présent passé, mais vous n’y avez sûrement pas échappé, à moins d’avoir passé l’été et une bonne partie du mois de septembre en ermite coupé de la civilisation. S’il est impossible de nier le succès critique et commercial du disque et « personnage » alter-ego que clame avoir créé l’artiste pour ce nouvel opus, certaines de ses déclarations en interview ont crispé les mâchoires de ses détracteurs, et ce jusque dans la communauté LGBTQ. Retour en trois points sur ce qui ne va pas dans la mécanique bien huilée de la chanteuse androgyne nantaise.

La « femme phallique » :

Dans une interview au Parisien datée du 9 juillet, Héloïse Letissier, a.k.a Chris, répond à la question de savoir si Chris est un homme ou une femme en ces termes : « Une femme aux dernières nouvelles. Mais une femme phallique. Puissante. ». Les propos font le tour du web, amusent, suscitent des moqueries. En septembre, au micro de France Inter, elle développe l’idée comme une « nouvelle forme de féminisme », un « oxymore », revendique d’emprunter des termes « au patriarcat ». Soit.

Ce qui est problématique ici, c’est que ce personnage de Chris, qui succède donc à celui de Christine, supposément plus « femme » et moins « phallique », serait ainsi doté d’attributs masculins parce que la chanteuse s’est coupé les cheveux, porte des vêtements neutres, et roule des mécaniques avec la musculature développée lors de la tournée du premier album. Côté subversion, on a connu plus subtil que de ramener la masculinité à des muscles, une coupe de cheveux, un look et surtout… une bite. L’expression semble donc ici formatée pour le bonheur hasardeux d’un bon mot maladroit, qui sonne bien en interview, mais qui peine à cacher la bêtise d’un coup de comm’ « dans l’air du temps ».

Résumer son androgynie au simple fait d’être une femme un peu « butch », c’est gênant, y mêler une référence génitale à la fois vulgaire et pseudo sophistiquée, c’est plus qu’embarrassant.

Une lesbienne à temps partiel :

 Le malaise de cette première déclaration est décuplé par celui généré par une autre de ses sorties, cette fois dans une interview accordée à Télérama. Si elle évoque un problème réel, et dont il faudrait parler plus souvent, celui de l’homophobie internalisée (ou en l’occurrence, de la lesbophobie internalisée) et de la biphobie, qui fait qu’une personne pansexuelle ou bi·e rencontre parfois (souvent) de l’hostilité de la part d’autres personnes « strictement » homosexuelles, sa tournure de phrase est très maladroite. Son « je suis lesbienne, mais pas tous les jours, par tout le temps. » notamment, semble témoigner d’une confusion des termes.

Celle qui a fait un coming-out pan il y a quelques années, qui évoque volontiers ses relations avec filles ou garçons, semble ici vouloir à la fois s’identifier comme lesbienne et en refuser les implications, un peu comme si l’orientation sexuelle était quelque chose que l’on pouvait commander et changer sur demande. Une telle maladresse contribue ainsi par ricochet à invisibiliser les lesbiennes, ici ramenée à une communauté vaguement uniforme et biphobe tout en surfant sur l’image très vendeuse de la pop star féminine aux penchants saphiques (Madonna, anyone ?), soit le fantasme numéro 1 du public hétérosexuel masculin. Là encore, on a vu mieux niveau progressisme et subversion. Pire, en employant ce terme plutôt qu’en parlant de pansexualité ou de bisexualité, ce sont bien ces personnes là auxquelles elle nie toute légitimité, ramenant leurs orientations à une forme d’homosexualité par intermittence.

Depuis, l’artiste a de nouveau employé le terme de pansexuelle, notamment dans une formule aussi clinquante qu’absurde, jugez plutôt « Mais je suis pansexuelle ! Complètement hétérosexuelle, complètement gay, et complètement indécise, aussi. ». Ici, si c’est l’indécision qu’il faut visiblement retenir – elle en a parfaitement le droit – on notera de nouveau une confusion dans l’usage de termes extrêmement binaire pour définir ce qui est justement censé sortir de la binarité, un peu comme tout son discours sur l’androgynie ramenée à du masculin et du féminin : Chris semble bien en peine à dépasser les vieilles catégories qu’elle entend subvertir.

Une « transfuge de classe » :

C’est sans doute la déclaration la plus problématique – et le plus bête – de Chris. En dehors de l’appareil de comm’ et de promo qui lui a laissé tout le champ libre pour développer autour de son personnage androgyne de Chris, elle laisse échapper ces propos sur le plateau de Mouloud Achour dans Clique début septembre : « Dans mon corps, il y a une mémoire des muscles de la classe ouvrière (…) Les gens avec qui je m’entends bien dans le milieu de la chanson sont des transfuges de classes comme moi. ». Rappelons simplement que contrairement à ce qu’elle croit, Chris n’est pas du tout une transfuge de classe (c’est-à-dire quelqu’un qui a accédé à une classe très supérieure de celle d’où elle vient, ou plus rarement l’inverse). Elle est issue d’un milieu bourgeois relativement aisé, fille d’enseignants (dans le secondaire et le supérieur), passée par l’ENS Lyon – on fait difficilement mieux en termes de reproduction sociale.

D’ailleurs, son éducation et sa connaissance de la méthode et du jargon universitaire transparaissent dans sa stratégie de promotion, puisqu’elle cite volontiers Bourdieu, qu’elle s’engouffre tête baissée dans une argumentation très gender studies pour justifier son projet musical (depuis son premier album, les « Queens » de son ancien nom de scène faisant référence à des drag queens) et que son « femme phallique » est une expression empruntée à la psychanalyse freudienne (qui, on le sait, n’est ni très féministe, ni très queer friendly). Si grâce à son carton commercial elle se retrouve de fait dans une sphère de la société plus élevée que celle de ses parents, du moins financièrement, culturellement elle a toujours fait partie d’une petite élite intellectuelle et financièrement stable. Se prétendre ainsi « transfuge de classe », est au mieux une belle ineptie, au pire une douteuse stratégie démagogique de séduction, pour parler à un public « populaire ».

 

En bref :

A travers ces trois exemples, on remarque d’abord une chose : Chris contrôle parfaitement son image, elle semble avoir minutieusement bâti autour de cet alter-ego (en est-ce seulement un ?) une rhétorique bien huilée, truffée de mots savants et d’expressions quasi-universitaires pour vendre son concept. Néanmoins, s’il semble faire un tabac auprès du public et des critiques, ce concept ne résiste pas longtemps à l’analyse et se révèle plus proche d’une jolie coquille vide formatée pour un plan marketing vieux comme le monde – on pourrait remonter à David Bowie, qu’elle cite à tout bout de champ, et dont le cynisme à changer de corps et d’identité s’accompagnait toutefois d’une démarche artistique autrement plus solide – et osée pour l’époque.

La subversion de surface, consistant à jouer gentiment avec des codes et des stéréotypes omniprésents sans vraiment les déconstruire, est un fil rouge de l’industrie musicale et pratiquement toutes les grandes popstars y ont eu recours dans leur carrière pour doper les ventes, faire du buzz ou « choquer le bourgeois », avec plus ou moins de succès ou de subtilité. L’omniprésence médiatique de Chris et sa façon de se replier systématiquement et défensivement derrière ce personnage et ce jeu sur le genre lorsqu’on l’attaque artistiquement sur la qualité de sa musique (notamment dans l’affaire du copier-coller en guise de composition pour les sons de son single « Damn dis-moi », auquel elle a préféré opposer une accusation de misogynie bien pratique pour éviter le débat), semble confirmer la vacuité de cette démarche, perçue non plus comme le moteur créatif de sa musique (qui reflète finalement assez peu, voire pas du tout un tel questionnement du genre) mais bel et bien comme simple argument commercial. On remarquera enfin que, si queer et subversive qu’elle se réclame, sa musique est étrangement inoffensive d’un point de vue politique et militant, ce qui n’est pas anodin non plus.

 

Par Maxime Antoine

Bonus :

Parce qu’on vous aime bien, on vous laisse avec une mini-playlist d’artistes queer et allié·es contemporains qui politisent leur sexualité ou leur identité en la plaçant au cœur de leur démarche artistique sans forcément en faire leur argument marketing principal.

Vitalité(s) du cinéma d’auteur français queer et LGBT en 2018 par Maxime Antoine

Vitalité(s) du cinéma d’auteur français queer et LGBT en 2018 par Maxime Antoine

Les récentes sorties en salles du programme de courts et moyens métrages « Ultra Rêve » (C. Poggi / J. Vinel, Y. Gonzalez, B. Mandico) et du film « Sauvage » (C. Vidal-Naquet), deux œuvres singulières, libres et stimulantes, constituent en quelque sorte le point d’orgue et la (temporaire) conclusion logique d’une suite de films français aux thématiques LGBT, queer et féministes sortis sur nos écrans cette année et qui forment un corpus esthétique et thématique cohérent. Si une telle série ne date sans doute pas de 2018 – on pourrait faire placer le début de cette vitalité retrouvée, de cette quasi renaissance du cinéma LGBT d’auteur en France avec le succès critique et public du « 120 Battements par minutes » de Robin Campillo l’an dernier, force est de constater qu’une série de fils invisibles semble lier entre eux les quatre longs métrages et les trois courts et moyens qui vont nous intéresser dans les lignes à suivre. Déroulons un peu ces fils, et parlons donc des « Garçons sauvages » de Bertrand Mandico, de « Plaire, aimer et courir vite » de Christophe Honoré, d’ « Un couteau dans le cœur » de Yann Gonzalez, du précédemment cité « Sauvage » de Camille Vidal-Naquet et des trois films contenus par « Ultra Rêve » : « After School Knife Fight » de Coggi et Vinel, « Les îles » du même Gonzalez, et enfin « Ultra Pulpe » du même Mandico.

Les liens entre certains de ces films sont tout d’abord factuels : Gonzalez et Mandico sortent chacun deux œuvres dans l’année, et partagent l’affiche d’ « Ultra Rêve » ; l’acteur Félix Maritaud, d’ailleurs déjà révélé dans « 120 Battements par minute » l’an dernier, apparaît quant à lui dans les deux films de Gonzalez et il crève l’écran dans le rôle principal de « Sauvage ». Il donne ainsi un visage – et un corps – à ce renouveau du cinéma queer français.

D’autres visages et d’autres corps sont également familiers, récurrents : chez Mandico tout particulièrement, les actrices Vimala Pons ou Elina Löwensohn apparaissent toutes deux, tandis que cette dernière et Mandico himself font un caméo dans le long métrage de Yann Gonzalez. Lui-même a « ses têtes », puisque Nicolas Maury ou Kate Moran étaient déjà présents dans son premier film. Si cette pratique n’est pas nouvelle, ce réseau de résurgences et d’acteur·ices ou réalisateur·ices qui apparaissent chez les uns et les autres apporte une cohérence, une sorte de communauté familière et familiale qui incarne un instantané du cinéma queer français.

Un peu à l’écart par son casting – mais aussi la longévité de sa carrière, Honoré et son film rejoignent notre corpus à la fois thématiquement, mais aussi grâce à son tandem d’acteurs : d’un côté Pierre Deladonchamps, inoubliable et charmant visage de « l’ Inconnu du lac » d’Alain Guiraudie en 2013 et qui a récidivé dans le rôle queer à mort de Paul Grappe, soldat travesti du film de Téchiné « Nos années folles », en 2017 ; de l’autre Vincent Lacoste, le jeune premier du cinéma d’auteur comique français, révélé dans « Les Beaux Gosses » de Riad Sattouf et qui a prouvé depuis « Jacky au royaume des filles », autre film de Sattouf complètement queer et féministe, qu’il pouvait tout jouer.

C’est précisément ce même Vincent Lacoste, qui en jouant dans le film d’Honoré le rôle d’Arthur, jeune intello breton bisexuel et parfaitement libre dans l’expression de son discours amoureux, donne à voir un type de personnage pratiquement inédit, du moins rarissime dans le cinéma français actuel. Outre la mise en scène lyrique et élégante d’Honoré, la force de ce film réside dans la singularité d’une telle histoire d’amour (entre un jeune bi et un dramaturge quadra et séropo en train de mourir à petit feu dans les années 1990 – personnage rappelant fortement un certain Jean-Luc Lagarce), qui sort complètement des clichés habituels des comédies dramatiques auteurisantes, bien souvent assez réactionnaires de ce point de vue, ou incapables de penser plus loin que dans la binarité homo / hétéro les relations qui régissent leurs personnages.

Ce même trouble, cette même liberté flotte dans les autres films que nous explorons : dans « After School Knife Fight » un doute sensuel et étrange plane entre ces trois garçons qui semblent convoiter la même fille, comme si pour certains d’entre eux, elle était un moyen de vivre une romance gay qui tairait son nom. Dans « Les Garçons sauvages », le changement progressif de genre de ses héro·ïne·s modifie la nature des relations qu’iels ont entre elleux et avec le capitaine. Dans « Les îles », le désire circule comme dans une boucle fermée, partant d’un trio mec-fille-monstre avec cunnilingus et fellation, passant par des amours homosexuelles troublées par un personnage queer angrodyne ou peut-être transgenre, puis retournant au désir-plaisir strictement féminin. Dans « Sauvage », si la prostitution exclusivement masculine sert de toile de fonds, l’amour que porte Léo (F. Maritaud) à Ahd (E.Bernard) est contrarié d’un côté par la violence mutuelle des deux amants, de l’autre par la versatilité sexuelle d’Ahd, qui s’affiche volontiers avec d’autres femmes. Ainsi, dans tous ces films, les désirs, préférences, orientations et même genres des personnages ne vont pas de soi, ils fluctuent, circulent, changent, surprennent.

De même, les corps des personnages sont les objets de nombreuses transformations ou transgressions : chez Mandico il y a les transitions de genre presque magiques des personnages, mais aussi les créatures de rêve monstrueuses, les morts qui reviennent, et beaucoup de prothèses et de sécrétions peu ragoutantes – le titre même de son moyen métrage, « Ultra Pulpe », est éloquent. Chez Gonzalez, il y a le meurtre rituel fétichisé très giallo de « Un Couteau dans le cœur », mais il y a aussi le corps indécidable d’un personnage des « Îles » et le monstre défiguré d’ailleurs commun à ses deux films. Chez Honoré, il y a bien sûr la maladie qui emporte peu à peu le personnage joué par Deladonchamps et qui rend la relation entre Arthur et Jacques, condamnée, impossible. Le suicide de ce dernier étant d’ailleurs une transgression ultime du corps, son annihilation. Une même logique de destruction est à l’œuvre dans « Sauvage », dont la violence brute particulièrement intense passe en premier par le corps de ses comédiens, Maritaud en tête. La relative noirceur (maladie, meurtres, suicide, drogues, violences) qui traverse ces différents films n’est pas neuve dans le cinéma LGBT, mais elle est ici à chaque fois travaillée d’une manière très charnelle et empirique, étroitement liée pour chaque film avec le genre auquel il appartient (giallo/thriller, drame réaliste au style documentaire, mélodrame).

Enfin, difficile d’évoquer tous ces films sans louer leur incroyable beauté plastique et le travail prodigieux et puissamment original de chacun sur la mise en scène et la photographie. Honoré travaille sur le lyrisme de son mélodrame très référencé, tout en nuances de bleu et qui rappelle fortement les films de Demy ou « Jeanne et le garçon formidable » de Ducastel et Martineau, les chansons en moins. Le montage est au cordeau et les décors, cadres et plans qui entrent en adéquation avec l’atmosphère du film créent à mesure du récit l’impression d’un opéra sentimental et à fleur de peau, miroir de la romance mortifère des deux amants. Mandico et Gonzalez renouent chacun à leur manière avec la flamboyance arty d’un cinéma de genre et d’auteur friand du bis ou de la série Z, avec leurs éclairages au néon, les roses et les bleus qui dominent, le travail du grain ou du noir et blanc, les références à Fassbinder, Kenneth Anger, James Bidgood ou Dario Argento. Visuellement leurs films sont les plus aboutis et les plus travaillés, de purs joyaux qui renouvellent complètement l’imaginaire érotico-fantastique pour l’un (Mandico) où démontrent toute la virtuosité stylistique de l’autre (Gonzalez), qui insuffle dans des univers très Lynchéens, Caraxiens ou Argento-esques un discours amoureux profondément typique de leur auteur. Pas de doute, en 2018 le ciné d’auteur français

« [is] here, [is] queer, get used to it ! ». 

Par Maxime Antoine