Doubles standards en cuisine, Chapitre II + III

Doubles standards en cuisine, Chapitre II + III

Doubles standards en cuisine, Chapitre II + III

La cuisine est sans doute l’une des activités les plus révélatrices des doubles standards entre femmes et hommes. Tandis que pour l’un ; elle est considérée comme un devoir et une tâche ménagère, pour l’autre la cuisine est communément associée à une carrière et à un art. 

Lire le chapitre 1) La cuisine, une idée culturelle

CHAPITRE 2) LA BRO CULTURE

 “Aujourd’hui, les femmes sont en général plus nombreuses que les hommes à faire des tâches ménagères – la cuisine et le nettoyage. Mais pourquoi ? Les femmes sont-elles nées avec le gène de la cuisine ou ont-elles été socialement habituées au fil des ans à considérer la cuisine comme leur rôle ? J’allais dire que les femmes sont peut-être nées avec un gène de la cuisine jusqu’à ce que je me souvienne que la majorité des cuisiniers célèbres dans le monde – qui reçoivent le titre chic de “chef” – sont des hommes. » – Chimamanda Ngozi Adichie, 2013, TED Talk “Nous devrions tous êtres féministes”.

De par le processus de socialisation exercé sur les femmes depuis leur enfance, ces dernières sont poussées à croire qu’elles ne sont bonnes à cuisiner qu’afin de prendre soin de leurs familles, afin de remplir leur rôle de caretaker. Si elles choisissent tout de même de se professionnaliser, elles seront poussées à rester douces et dociles, mais pas à aller chercher des positions de pouvoir et d’autorité comme cheffes. Pour rappel, selon une étude Credoc, en 2015 seul 25% des cuisiniers professionnels étaient des cuisinières et seulement 10% d’entre elles dans la restauration gastronomique. Si une femme a la possibilité de gérer sa propre cuisine ou son propre restaurant, et ainsi de prétendre aux mêmes traitements et au même respect réservé à ses homologues masculins, elle fera face à du harcèlement et à la « bro culture ». Cette dernière est très commune : quand une ou plusieurs femmes intègrent un environnement prédominamment masculin, les hommes le composant vont interagir entre eux et se serrer les coudes de sorte à former un groupe fort, dans le seul but d’exclure les femmes de ce cercle, et d’établir un système de domination masculine. Le fameux Boy’s Club qu’on retrouve en politique, dans la culture et… Dans tous les domaines en fait ! En d’autres termes, les cuisiniers masculins peuvent être hostiles envers les femmes, entre autres, de peur que si davantage de femmes entrent dans leur secteur, la cuisine des chefs ne soit assimilée à un “travail de femme” et perde le prestige d’une activité honorable par opposition à la simple tâche ménagère effectuée à la maison.

Dans toutes les professions, on retrouve la notion de « plafond de verre », c’est-à-dire d’obstacles invisibles dans la carrière des femmes qui limite leur accès à des postes à responsabilité, comme le décrit la sociologue Jacqueline Laufe, « Partout on constate que les femmes sont de plus en plus rares au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie et qu’elles demeurent minoritaires dans les postes de décision et de responsabilité de haut niveau. » Pour une métropole comme Lyon qui se partage 23 étoiles du guide Michelin entre 19 restaurants, seulement un, Les Apothicaires, a comme cheffe une femme, Tabata Mey, étoilée depuis 2020, qui avait déjà été demi-finaliste lors de la troisième saison de Top Chef en 2012, et qui a également été la première femme que Paul Bocuse a désignée à la tête d’un de ses établissements.

Face au sexisme dans les cuisines, à l’école ou au travail, on attend des femmes qu’elles ne remettent pas en cause la culture d’une cuisine, même si celle-ci leur est violement hostile. Au contraire, on va attendre d’elles qu’elles s’y conforment, et rentrent dans le moule. C’est ainsi que les allégations de viol, d’agressions sexuelles, de harcèlement, et le sexisme quotidien ont été banalisées, car c’est devenu habituel et ordinaire pour des milliers de femmes qui l’ont accepté comme faisant simplement partie du travail.

 

CHAPITRE 3) BALANCE TON CHEF

Comme dans tous les milieux sujets à notre société patriarcale, les hommes sont à l’aise dans leur environnement, en position dominante, profitant et usant de leurs privilèges au détriment des femmes, souvent agressées et/ou poussées au silence. On constate cependant depuis quelques années dans les médias un accroissement de la prise de parole et de l’écoute au sujet des abus sexistes dans le milieu de la restauration. Similairement au mouvement #MeToo, les dénonciations ont commencé dans des pays anglo-saxons, puis se sont très vite répandus en France. Ainsi, le journal anglo-saxo le Washington Post publiait un article par Maura Judkis et Emily Heil en 2017 intitulé « Viol dans la réserve. Tripotage au bar. Pourquoi le secteur de la restauration est-il si terrible pour les femmes ? » tandis qu’il faudra attendre respectivement 2020 et 2021 pour que le Monde et Libération publient des articles sur le sujet. Intitulés « Sexisme, harcèlement, agressions sexuelles en cuisine : cinq cheffes brisent l’omerta » et « Violences sexistes et sexuelles : casseroles en cuisine », les articles décrivent tous les mêmes pratiques abusives en cuisine : agressions physiques et verbales, pression, harcèlement et agressions sexuelles. Quant à lui, le documentaire « À la recherche des femmes chefs » paru en 2017 est « animé par le désir de renverser la table face à cette domination masculine », selon sa réalisatrice et productrice Vérane Frédiani qui a voyagé dans le monde entier afin de rencontrer et de discuter avec diverses cheffes. Son documentaire se penche sur la question de l’absence de femmes dans les postes à responsabilité en cuisine, et leur rend justice et mettant en avant des cheffes telles que les françaises Anne-Sophie Pic, Adeline Grattard ou La Mère Brazier, mais également l’américaine Alice Walter.

 

Des podcasts, anglais comme français, décortiquent également la discrimination qui touche les femmes dans l’ensemble de l’industrie de la restauration, en invitant journalistes et concerné.e.s. Par exemple, le bref podcast de France Culture intitulé « #MeToo : dans la gastronomie, l’espoir d’un changement » revient sur une enquête menée par les journalistes Nora Bouazzouni et Lenaïg Bredoux pour le site Mediapart. Tandis que le 12e épisode du podcast « Chaud ! » de Mina Soundiram et Elvira Masson, intitulé « sexisme en cuisine », discute du sexisme ordinaire, des stéréotypes, des discriminations et des inégalités en cuisine comme en salle, avec comme invités Nora Bouazzouni – qui a notamment en 2017 publié Faiminisme: quand le sexisme passe à table – ainsi que Bertrand Grébaut, qui est une figure de la bistronomie parisienne.

Simultanément sur les réseaux sociaux, l’interview sur la chaine Youtube Melty de Alexia Duchêne, une participante iconic de TopChef, qui relate son vécu en cuisine avec des « mecs qui te mettent la main au cul qui te parlent mal » dans un esprit de ras-le-bol général atteint les 70k de vues, tandis que le compte Instragram Jedisnonchef, qui dénonce le sexisme en cuisine en recueillant puis publiant des témoignages d’agressions et de harcèlement, compte aujourd’hui 37k d’abonnés.

Ainsi, comme tous les mouvements de prise de parole post-MeToo, l’expression de victimes d’agressions verbales et physiques nous rappelle l’importance de la sororité pour faire face à notre société patriarcale violente envers les femmes. La création en 2021 de hashtags tels que #SciencesPorcs suite aux révélations de violences sexuelles commises sur des étudiantes de Sciences-Po Toulouse, ainsi que #Metooinceste suite à la sortie du livre La familia grande de Camille Kouchner, nous rappellent également que la lutte est encore et toujours d’actualité. D’autant plus quand on voit avec quelle impunité le journal Libération peut publier une lettre ouverte d’un violeur exprimant ses « traumatismes » et sa « culpabilité » le jour de la lutte pour les droits des femmes, prouvant encore une fois que les hommes sont sans cesse mis en avant et se voient offerts des possibilités de prises de paroles indécentes, alors que les femmes doivent se battre pour être entendues, même le 8 Mars ! 

 

Par Cloé Garnier

Illustration – Lucie Mouton

 

Doubles standards en cuisine, Chapitre I

Doubles standards en cuisine, Chapitre I

Doubles standards en cuisine, Chapitre I

La cuisine est sans doute l’une des activités les plus révélatrices des doubles standards entre femmes et hommes. Tandis que pour l’un ; elle est considérée comme un devoir et une tâche ménagère, pour l’autre la cuisine est communément associée à une carrière et à un art. 

CHAPITRE I) LA CUISINE, UNE IDÉE CULTURELLE

Cette idée des femmes comme ménagères et des hommes comme cuisiniers est tout d’abord une idée culturelle, forgée par sa représentation dans les films, séries, publicités et télé réalités. En effet, les media dépeignent en grand nombre cette fiction selon laquelle les hommes cuisinent au restaurant et les femmes à la maison. Plus qu’une fiction, c’est un véritable mythe qui s’est créé, celui de l’homme s’inspirant de la cuisine des femmes de sa famille, de sa mère ou de sa grand-mère, puis qui la surpasse. Idée que l’on retrouve dans des films emblématiques tels que Ratatouille, Chef (2014) avec la scène du « grilled chesse sandwhich » ou encore Goodfellas (1990) avec la scène « dinner in prison ». On peut également noter qu’en France, sur 10 gagnant·e·s de l’émission Top Chef, seulement 3 sont des femmes et elles représentent seulement un 1/5 des candidat·e·s… Ce qui révèle un sérieux problème de sous-représentation dans le concours. 

Ainsi les media sont un élément clé, qui en définissant la cuisine masculine comme plus novatrice et plus importante, nous poussent à l’associer à de la gastronomie tandis que la cuisine féminine est assimilée à de la bouffe. Un article universitaire concernant les médias et la représentation sexuée des chef·ffe·s dans notre société menée en 2020 déclare que « Les images présentées dans les médias peuvent influencer les perceptions sociétales des chef·ffe·s, avec le potentiel de perpétuer la ségrégation des sexes dans la cuisine professionnelle. » Ces images nous font avaler des schémas genrés et limitants à la louche. 

Ce double standard, imprégné dans l’inconscient collectif, a des répercussions, notamment dans la répartition des tâches domestiques, puisque la cuisine quotidienne est en majorité prise en charge par les femmes au sein d’un foyer hétérosexuel, car c’est ce qui est attendu de leur part, la tradition voulant que ce soit un devoir pour elles. Ainsi, en France, 80% des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine contre seulement 36% des hommes, selon les données de 2016 de l’Institut Européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes. 

Un autre double standard très présent en cuisine : celui de la corrélation entre la sympathie et la réussite, qui est inversé quand il s’applique aux femmes. Car plus un homme obtient du succès et gagne en pouvoir, plus il est apprécié, tandis que dans la même situation une femme deviendra moins appréciée. Ceci est encore une fois dû au fait que en général, les hommes chefs sont surtout présentés comme des professionnels, avec un savoir-faire technique, tandis que les femmes cheffes sont des cuisinières domestiques féminines, chaleureuses et attentionnées. Car si la parité est présente dans la majorité des écoles (les femmes représentant 60% des élèves des écoles Le Cordon Bleu et 50% de la fameuse école Ferrandi par exemple), elle ne l’est pas au niveau de la professionnalisation. Pour preuve, bien que le célèbre guide Michelin ait récompensé 27 femmes dans son édition 2019 et ait attribué au total 36 étoiles à 33 cheffes dans son édition 2020, la proportion par rapport au nombre total reste dérisoire. En effet en 2020 elles ne représentent toujours qu’à peine 5% des 630 établissements récompensés, une très mégère amélioration par rapport à 2017 où elles ne comptaient que pour 2,6% des 616 tables primées. 

Ainsi, Les femmes sont implicitement biaisées car on attend d’elle qu’elles cuisinent, certes, mais par devoir et non par envie d’une carrière, d’une rémunération ou d’une position de pouvoir comme cheffe.

Par Cloé Garnier

Illustration – Lucie Mouton

Faune, une bijouterie éthique et responsable

Faune, une bijouterie éthique et responsable

Faune, une bijouterie éthique et responsable 

Faune : Bijoux féminins et masculins. Originalité, savoir-faire et engagement sont les maitres mots de la bijouterie. Des créations brutes et raffinées qui réinventent le monde de la joaillerie. 

Valentine, la créatrice de la bijouterie Faune, fabrique de petites merveilles dans son atelier-boutique à Montpellier. Fruit d’une reconversion professionnelle, son métier elle l’adapte aux enjeux de notre société en diminuant son empreinte sur la nature et en aidant une association de défense des Océans. Une bague Pingouin, un collier Baleine ou encore un jonc Bouzigues, toutes ses créations sont réalisées à la main. Rencontre avec Valentine, mi-femme, mi-chat.

Parle-nous de toi. Ton parcours ? Tes passions ?

À la base j’ai fait une formation de graphiste à Montpellier. J’ai ensuite travaillé 7 ans en tant que graphiste à Montréal, à Paris et à Lyon. J’aimais beaucoup ce métier mais le problème c’est que je devenais exécutante sur ordinateur. Je voulais rester dans un milieu de création et d’esthétique mais faire quelque chose de plus concret. 

Les bijoux j’ai toujours aimé ça et le métal m’intriguait. Je voulais faire une vraie formation donc je l’ai faite sur Lyon à la SEPR. J’ai commencé par un CAP « Arts et techniques de la bijouterie option joaillerie » puis « Arts et techniques de la bijouterie option sertissage » pour pourvoir atteindre mon but : ouvrir une bijouterie dans le sud. Dans cette région il n’y a pas beaucoup de sous-traitant comme à Lyon ou à Paris donc il fallait que je sache sertir mes bijoux toute seule pour ne pas déléguer.  

Après avoir mis le plus de cordes à mon arc je suis revenue dans mon pays natal, à Montpellier, et j’ai trouvé un local dans une rue que j’aimais bien. J’ai pris mon local en janvier et j’ai ouvert le 3 mars donc juste avant le confinement. Sur 10 mois d’entreprise j’ai fermé 5 mois. Ce n’est pas le meilleur des démarrages.

Tous tes bijoux portent le nom d’un animal, pourquoi ?

J’ai toujours tripé sur les animaux. Je suis partie sur un truc qui n’est pas du tout une bijouterie traditionnelle. Que ce soit sur les couleurs ou mon choix de nom : « Faune ». Je voulais faire quelque chose d’éthique et responsable. Je donne aussi un pourcentage du chiffre de mes ventes Internet à une association. J’ai choisi Sea Shepherd parce que c’est une ONG qui aide la faune marine et comme je suis passionnée par la mer Méditerranée, je trouvais que ça collait bien avec Faune. 

Collier Paon

Boucles d’oreilles Combattant

Si la créatrice de Faune était un animal, lequel serais-tu ? 

Je pense que ce serait un chat. Ce n’est pas très original mais ma mère m’appelle « chat » depuis que je suis bébé. Même mon copain dit que je ressemble à un chat parce que je me blottis toujours sur le canapé dans un plaid. Pourtant je n’en ai pas et je préfère les chiens mais apparemment je me comporte comme un chat.

Sur Instagram, en dessous de chaque nom de bijoux tu décris une spécificité d’un animal, comment as-tu toutes ces connaissances sur les animaux ? 

Je fais des recherches. En général le nom du bijou je le trouve après avoir eu l’idée de l’esthétique. Je me demande à quoi il ressemble. Par exemple j’ai créé un bijou avec des perles et ça m’a fait penser à une huitre du coup je l’ai appelé Bouzigues. En plus c’est une ville à côté de Montpellier qui fait des huitres alors ce nom allait parfaitement ! 

Je lis pleins d’articles sur les animaux du coup. Quand ça va pas trop je parle de l’extinction de la race et quand ça va mieux j’essaye de me focaliser sur le positif même si je vois pleins de choses négatives.

Tous tes bijoux sont en métaux précieux mais restent plutôt accessibles. C’était une volonté de ta part de rendre tes bijoux accessibles ? 

Oui et surtout j’ai un peu le syndrome de l’imposteur pour être honnête. Je suis arrivée dans cette rue de Montpellier avec un concept simple alors qu’il y a beaucoup de grands artisans bijoutiers dans le quartier.

Je ne fais pas de la « haute joaillerie »  et ce milieu ne m’intéresse pas vraiment quand je vois comment ces bijoux sont souvent fabriqués, bien loin des établis.

Il y a aussi les bijoux faits en série « plaqués or », qui ont des prix parfois hallucinant, c’est fou ! On dupe les gens sur un nom car ce n’est pas écrit que le métal utilisé est du laiton en dessous du plaquage, et que le bijou a été conçu en usine bien loin d’un atelier. J’essaie juste de remettre le vrai prix sur les choses selon ma vision.

Je calcule mes prix en fonction du coût de la matière et de la production pour ne pas abuser de l’appellation « métal précieux ». Après il n’empêche que certain.e.s trouvent mes bijoux chers. Je le justifie avec le prix des matières qui a tendance à augmenter avec la crise et du travail à la main.

Boucles d’oreilles Panda / Collier Merle / Collier Pingouin 

Boucles d’oreilles Scorpion / Collier Lamantin

Tu ne crées pas uniquement des bijoux puisque tu proposes aussi de réparer ou de donner une nouvelle beauté à nos bijoux. En quoi cela consiste ? 

Pour l’or, tous les bijoux qu’on a envie de transformer et qu’on ne porte plus je les refond et les transforme dans mon atelier. Je ne vais pas échanger dans une banque de métaux parce que c’est souvent ce qui est fait. Généralement il y a un côté économique, écologique et sentimental quand on fait refondre un bijou pour le transformer donc j’attache de l’importance à tout faire dans mon atelier. 

D’autres veulent mélanger deux styles de bijoux que j’ai fais pour en créer un nouveau et c’est intéressant. Si ça reste dans mon esthétique ça ne me dérange pas du tout de créer des pièces uniques

Tous tes bijoux sont en métaux précieux recyclés ou certifiés RJC (label qui garantit les bonnes pratiques d’extraction en matières sociales et environnementales). C’était important pour toi de créer tes bijoux de manière plus raisonnée ? 

Oui vraiment ! Quand je vois tout l’or qui n’est pas utilisé ou qui dort dans les tiroirs, je ne vois pas l’intérêt de continuer à creuser et détruire ce qui reste de notre planète. Les conditions de travail sont quand même assez horribles donc il faut que la nouvelle génération s’en soucie. Dans les produits que j’utilise j’essaye d’être le plus clean possible

Je pense que le diplôme de CAP bijouterie n’a pas changé depuis les années 40. Je me souviens qu’on nettoyait les bijoux avec un type d’acide et qu’ensuite tout allait dans les toilettes. Normalement quand tu utilises cet acide tu dois aller à la déchèterie mais là je ne sais pas vraiment ce qu’ils en faisaient. Du coup même ça je le vire et je trouve des alternatives comme travailler avec du vinaigre blanc. 

En plus de travailler avec des matériaux recyclés et certifiés RJC, 3% du prix de vente en ligne de tes bijoux est versé sous forme de don à Sea Shepherd France. Pourquoi as-tu choisi cette association ? 

C’est une ONG que je suis depuis longtemps. Ils avaient fait une série où on pouvait les suivre sur leur bateau et j’étais vraiment à fond ! Même leur identité de pirate et tout j’adore donc je soutiens à fond !  Si je pouvais j’en choisirais mille mais c’est celle avec qui j’ai eu envie de m’associer pour l’instant. 

Concrètement je peux suivre ce qu’ils font pour la faune marine. Par exemple en ce moment ils sont à Mayotte pour protéger les tortues victimes des braconniers qui les attrapent pour leur viande. J’ai un bijou qui s’appelle « Tortue » donc j’en profite pour partager l’information. 

Bague Porc-épic

Boucles d’oreilles Orque 

Es-tu optimiste pour l’avenir de notre terre ? 

Franchement pas beaucoup. J’aimerais bien mais ce n’est pas le cas. Je ne sais pas si c’est le fait de chercher des informations tous les jours sur les animaux qui me fait dire ça mais en tout cas ce qui nous attend n’est pas forcément très beau. 

Avec ces histoires de confinement on a vu que ça allait un peu mieux sans toute cette productivité mais finalement ça repart de plus belle. Ce n’était pas forcément positif pour les animaux parce qu’ils ont commencé à envahir les villes mais quand tout a repris ça a fait un carnage. Maintenant on autorise même la chasse pendant le confinement… 

J’ai envie d’y croire et c’est pour ça que j’essaye de faire ce que je peux à mon échelle. 

Pendant le confinement comment peut-on acheter tes créations ? 

Quand on est sur Montpellier on peut me contacter sur Instagram pour savoir si j’ai les choses en stock et combien de temps ça prendrait. Il y a une belle solidarité dans le quartier du coup la boutique qui est en face de la mienne m’a proposé de faire du click and collect parce qu’ils sont toujours ouverts. Après sinon il y a le site Internet ! Pour les commandes sur-mesure vous pouvez me faire un mail et j’y répondrai avec toutes les possibilités.

Instagram : @faunebijouterie

Site Internet : www.faune-bijouterie.com 

Café Rosa, un café féministe et inclusif

Café Rosa, un café féministe et inclusif

logo – @sergepiqure

Des bancs de l’université de sociologie au café féministe et inclusif, Mélodie et Justine ont concrétisé des années d’études et de recherche. Quoi de mieux que d’ouvrir un lieu de vie et d’échanges pour incarner la prise de conscience qui s’opère sur les réseaux sociaux ? Pour les deux amies c’était une évidence. Pour accueillir tout le monde, dans toute sa diversité, le Café Rosa posera bagage dans le 7ème arrondissement de Lyon. Une rencontre, de l’inclusivité et des projets, une belle promesse qu’il nous tarde de découvrir.

L’histoire a débuté pendant le confinement. En effet les deux jeunes femmes se sont rendues compte de leur envie commune de donner davantage de relief à leurs 10 années d’études en sociologie.

Justine s’est lancée un matin après une remise en question de sa poursuite dans le milieu universitaire :

« On lance un café librairie féministe ? »   

Mélodie qui réfléchissait comment articuler ces recherches dans un bouquin ou un reportage :

« On s’appelle tout à l’heure ! » 

Un projet à leur image 

A la suite de cet échange, tout s’est enchaîné assez rapidement.

« On avait les mêmes envies : ouvrir un maximum la diffusion des savoirs et la transmission et tout ça articulé autour des droits des femmes et des minorités », explique Mélodie.

Une vision commune donc qui les a poussé à lancer, fin juin 2020, leur première campagne d’adhésion. Celle-ci leur a permis de savoir si le projet enthousiasmait au-delà de leur sphère privée. Les adhérents, lorsque le café sera ouvert, pourront assister aux événements à prix libre et consommer de l’alcool sur place.

Plus qu’un simple café, Mélodie et Justine envisagent d’organiser de nombreux événements : des conférences, des groupes de paroles, des ateliers d’écriture ou encore des rencontres.

« Nous veillerons que dans notre programmation il y ait une pluralité des regards, des personnes trans quand on parle de trans identité, des militants.es, mais aussi des mondes professionnels divers comme la santé, la cuisine, le droit, etc. », affirme Justine.

Toujours dans l’idée de décloisonner le monde académique au service du plus grand nombre, elles voudraient également faire profiter de leurs viviers universitaires en invitant des chercheurs.euse.s désireux.euses de faire de la vulgarisation. De quoi s’abreuver de bonnes boissons tout en écoutant, en apprenant et en partageant. 

L’inclusivité comme règle stricte

Justine et Mélodie n’ont pas souhaité faire les choses à moitié. Avec une programmation si alléchante il fallait absolument que tout le monde se sente le bienvenu. Pour commencer les deux compères ont réfléchi à une carte des boissons aux prix les plus bas. Celle et ceux qui le désirent pourront également manger sur place leur propre nourriture si le prix d’une assiette servie dans leur établissement est trop élevé. Elles ont aussi pensé à l’aménagement de l’espace pour toutes les mobilités,

« On n’hésitera pas à casser une cloison pour élargir les portes, mettre des rambardes et des rampes, notre café sera aux normes PMR (Personnes à mobilité réduite) », affirme Justine et Mélodie.

Pour que leur établissement soit le plus inclusif possible elles mettront à disposition des protections hygiéniques dans les toilettes et organiseront des collectes.

Pour continuer dans leur démarche les deux femmes assurent que « tout propos ou comportements sexistes, transphobes, putophobes, homophobes, grossophobes seront proscrits ». Les exigences qu’elles se sont fixées permettront, elles l’espèrent, que « tout le monde puissent s’emparer de ce lieu et se sente libre de poser des questions ».

Pour les curieuses et curieux, encore un peu de patiente, le Café Rosa est en plein travaux ! Mais ne vous inquiétez pas, l’équipe de Cacti est aux aguets pour vous donner le top départ de ce nouveau lieu féministe et inclusif, bref le café nouvelle génération

Pour adhérer au Café Rosa, rendez-vous sur leur page HelloAsso en cliquant ici

Pour suivre l’actualité du café, Clémentine et Justine vous attendent sur leur page Instragram : @_cafe_rosa_

Par Noémie Perrin 

The defense of sex workers in France : a long battle against the State & a redefinition of feminist solidarity

The defense of sex workers in France : a long battle against the State & a redefinition of feminist solidarity

The defense of sex workers in France : a long battle against the State & a redefinition of feminist solidarity

photo – Léa Michaelïs

The defense of sex workers in France : a long battle against the State ; a redefinition of feminist solidarity

Mid-august 2018 in France, in  “Bois de Boulogne” a forest famous for the presence of both sex workers and clients, Vanessa Campos Vasquez  was murdered. She was a transgender woman.

In February 2020, at night, Jessyca Sarmiento was working in the same place and was hit by a car. She was an immigrant trans woman.

Both women came to France seeking something. Both were proud to be sex workers and both were working unprotected, may this protection come by the state or the police or the surrounding environment.

For building this piece, I have been helped by the generous participation of the STRASS (Syndicat du TRAvail Sexuel – Sex workers Union, national group). This organization was born in 2009 after the  colloquia “Assises Droits et Prostitution”. The union saw its creation in reaction to an observation made at the time by a union of sex workers participating this meeting : in France, regarding sex work, French laws are repressive. Sex workers need a union by and for sex workers.

The Strass is the first official sex worker union in France. Their goal is to enforce sex work in common labor law, whatever may be the conditions of practice, gender identity or sexual orientation of the workers. Since 2016, their fight is structured around decriminalization of the clients as well as the reclamation for rights and access to health care and protection.  The Strass works tightly with non-profit organization such as Acceptess defending trans people rights, AIDS and Doctors Without Borders amongst others. 

Before going further, Amar, my source at the Strass, questions the fact of being a white woman and being able to talk about sex work with your face uncovered. “This is a privilege that Latina women or trans sex workers don’t have”. For this interview, I also asked a friend of mine, Rose, who is an escort in Paris to tell me about her work and testify about the realities she lives daily. She also is a white woman and supports others sex workers who don’t have the privileges to talk out loud about their professional lives the way she does.

In France, there is a reality of transphobia and racism perpetrated by the State. The fear and rejection of sex workers is  what we call here “Putophobie” or “whorephobia”.  In French, “Pute” = whore. This word is the most used to speak about sex workers ; it comes from the old-school insult “putain” also a very common swearword. In the Larousse dictionary, the definition of “pute’ is Vulgar, offensive. Synonym of whore. ‘Putain’ according to the same dictionary means “Prostitute. Debauched woman, without morality.”

The construction of the french myth : from control to invisibilization

“Putophobie” was conceptualized by Marianne Chargois, sex worker, festival initiator (artwhoreconnection) and activist. She uses the word ‘whorephobia’ to designates the systemic oppression lived by the sex workers, may they be transgender or not, may they be immigrant or not, may they be women or not.

Firstly, according to Amar, my contact at the Strass, the most important to know when we think about sex work is to recognize the term ‘whorephobia’ as well as recognizing what it means in the collective, as well as in the feminist collectives.

In her words, the main issue in France is the institutional systemic oppression regarding sex workers. More precisely, “In the French legal system and the media, the prostitute figure is the one of the victim. There is a language/semantic code referring to the absence of choice (…) This implies that we are not capable of thinking and commitment to ourselves”.

“There is this idea that our bodies don’t belong to us, that they belong to a system. The body becomes merchandise. The concept of ‘paid rape’ becomes the main vision of what we do.”

In an ideological system where whorephobia is still practiced by the state, the possibility of choice by sex workers does not exist. In that sense whorephobia as a tool for oppression, influences the representations. Furthermore, the construction of this still-image of what is and what should be the prostitute has been fixed for several centuries and pushed towards an even more stereotypeds canvas in the latest years. Amar, talking about this tells me about the image of the prostitutes in “high heels in the car, garter belt, obscurity”. This representation, in itelf, is whorephobic.  It can be said and written now that the institutional feminist discourses have been for decades reinforcing this “typology of the sex worker as an exoticized victim”

The point here is: the hypocrisy living well and strong in France in regards to the presence of sex workers in all the territory and their conditions of work has been denied by the successive governments. This state of ignorance of reality is continuously harming sex workers. Moreover, and it is not the least to say, agressions of this kind not only come from the authorities but also from within the feminist ranks. During the confinement period in France (from march 16th to may 11th 2020) sex workers became targets for some of the most radical abolitionists out there. The Strass received threats and some sex workers were personally cyberattacked by other women on the fact that they were taking risks in working with clients during a pandemic period.

Colonization of langage by white feminists: a whorephobia issue

Even if this is a badly promoted reality, as much as whorephobia exists, there is also a mechanism of erasure of sex work existing in the French feminist mainstream movements. Amar explained to me that during the quarantine time in France, a wave of violence directly targeted the sex workers community in France. A specific group called “Abolition Porno Prostitution” used this quiet time to organize a harassment campaign on social media. As Amar told me, this kind of cyber-violence was not knew, those feminists have been strongly fighting against any improvement for sex workers labelling themselves as “feminists heroines fighting prostitution”. This argument highlights the well-spread idea that sex workers cannot help themselves, that they are once again victims that need to be saved by the only feminists that matter: white, privileged, close to power structures.

In response to these attacks, the Strass and their allies have reported a complaint to the police for psychological violence. The hope that they will be heard stays but the relationship between the French judiciary system and the union of sex workers is unfortunately not in the best terms.

@Syndicatdutravailsexuel 

Racism and transphobia in the French public sphere : a sex work issue

This issue also relates to what goes on in the feminist mainstream discussions in France where most of the time, migrant women, trans women and women of color overall are excluded. 

The Strass, as Amar tells me firmly, positions itself strictly against these feminist groups for one main reason : sex workers feel unrepresented. “There are trends that are getting stronger. In France, the biggest movements are whorephobic, transphobic, Islamophobic and negrophobic”

For example, this year, on March 8th, the movement NOUS TOUTES organized an enormous gathering all around the country in order to celebrate the fight for women’s rights. This collective is part of the problem in the fact they underrepresent what makes women in this country and what those women which they don’t represent need, and ask : colorful, diverse in their goals, in their gender identities and sexual orientations, in their economic statuses and in their recognition in the country. Intersectionality is yet to be used as a real tool for representing and giving the voice of all women the space they deserve.

Lately, groups calling themselves “radical feminists” have been taking more and more public spaces and power in the feminists movements in France. These groups easily communicate with the state because they represent the same fringe of people that institutionalized mainstream cis-centered white feminists in the government. Even though some of them, in all their radicality aim at shaking up the public opinion, have anchored their biggest success in the exclusion of sex workers and transgender women. The feminism of these groups is mainly universalist and abolitionist, as well as – and I hate to say it – whitely supremacist. Even the ‘official’ numbers supposed to give informations concerning the situation of sex work in France don’t play out the reality. The number of transgender migrant women who are sex workers are inflated in the official news. The idea that most migrant women automatically enter prostitution networks and same for trans women aims at reinforcing the “BAD etiquette” on sex work. Moreover, this inflation creates a distance between what happens really on the field and the direction that the government could actually take regarding helping ALL sex workers and guaranteeing them legal status and health care rights”.

By virtue of Amar’s word, “There is a need to reinvent the movements. Something strong is happening behind the scene. FeminismS in the plural forms will have the space they deserve with accordingly spread discourses, expertises from a militant point of view. Women, from the street, need they realities recognized”.

Advocating for autonomy : sex workers in France want self-organization and their voices heard

In the public debate in France, a lot of people (most of them who don’t know much about the realities of sex workers) think that the best thing to do (how ironic right ?) would be to reopen the ‘maisons closes’ or brothels. According to Amar, this would bea deletarian solution allowing the State to control the bodies, hence suppressing our self management”.

Re-instaurating ‘whorehouses’ in France, according to the Strass’ representant, would imply sanitarian control from the state. For migrant women, the situations would be even more difficult ; they would not be able to work because of the immigration statuses and the length of the process, slowing down the access to work permits especially because of the illegal aspects of prostitution.

One solution would be to organize cooperatives. Through them, sex workers could self-organize without depending on the French government and allowance for work. Rose (escort in Paris) who is independent sex workers, tell me that in this way of working, she found self-sufficiency, autonomy and a sense of freedom that only this frame of work can provide.

“If we don’t self-organize, we become each other’s pimps. It’s a hypocrite vicious circle” explains Amar. As collective initiatives, the idea would be to create ‘Common places of work” in order to guarantee the security of everyone. The history of prostitution in France[1] has shown through time that having a matron didn’t help women have financial security and that every bump in the political spheres has them on the first line of conflict. Police, historically too, has not been the first help nor facilitator for sex work to do their job peacefully.

[1] Mothers, Marraines, and Prostitutes: Morale and Morality in First World War France Author(s): Susan R. Grayzel Source: The International History Review, Vol. 19, No. 1 (Feb., 1997), pp. 66-82

@Syndicatdutravailsexuel 

Police and sex workers: the need to highlight realities of conflict and negligence

“We’re not really friends with the police” To say the least… Amar stays polite but says very clearly that things got even more difficult during the 2020 confinement period.

Indeed, the police stigmatizes, gives fines, and shames sex workers. They will keep doing it and have been doing it for centuries. Why ? There is this return of the 19th century imaginary culture (also thanks to tv shows and mainstream media) brothels fantasy, daily mundane police brutality for those working in the streets. In other words, even though prostitution in itself is not illegal, there is a process of re-criminalization in action, that is unjustified, directly coming from the police forces.

When it comes to official complaints to the police regarding aggressions or rapes, may it be by clients OR NOT, may you be a sex worker, a woman, transgender or not, “either they don’t take the complaint because you’re a prostitute, or because you were looking for it”.  Amar insists on the fact that the majority of sex workers in France do not trust the police. There is a reality where in case of harassment, rape or any kind violence (also psychological), appropriate and efficient help rarely comes from these authorities which are supposed to protect rather than intimidate.

“In 99% of the cases, we cannot say to the police ‘I’ve been attacked while doing my work’ and that is why we mostly go to specific associations helping sex workers”. The solution seems, for now, to seek help inside communities, in between workers. Amar repeats, sadly “The police cannot do anything for us”.

In 2018, Rose went to the police to file a complaint against a client. In the 13th precinct of Paris police, Rose simply got rejected when she said she was a sex worker. Finally, she met a police officer who took the complaint for hours. For a complaint that’s supposed to take no more than an afternoon, she felt unsafe, had to justify herself several times and in the end, the complaint was classified as a cold case on the principle that she may have lied because the client didn’t pay. In fact, this was an aggression and the fact that the last one was classified was used against her when she filed a complaint for rape against the father of her child in summer 2019. This testimony shows the harshness of the situation for sex workers when it comes to reporting aggressions, the fact that the police simply do not believe victims most of the time. Specifically for sex workers, we cannot undermine the difficulty for them to trust the police and the absolute necessity of alternative networks of solidarity to help one another survive gender violence in the practice of work or in the personal spaces.

Outside of Paris : a solidarity all over the French territory

In France, the reality of sex work is that everybody works. There is this very famous cliché of the Parisian prostitute but the real world is significantly different. The question is : what are the specificities of every places of work ?

The federation Parapluie Rouge aims at gathering associations of sex workers all over the French territories in order to create a cartography of sex work in France. This mapping of sex work and its mobilizations shows a panorama of how sex workers evolve. Their work is necessary also to help defend their cause in front of the court when it’s time to defend the sex worker’s cause in front of the government, amongst other necessities.

Amar, whilst telling me about the realities outside of the Parisian sphere, highlights a very important point “Everybody has to work together” meaning that the solidarity has to be real and efficient. In some places in France, where women work in rural areas, the danger is sometimes bigger than in the cities and the police forces even more small-minded. All over the country, the community fights for the same goal: rights, protection, heath care and labor equality.

No feminism without the ‘whores’

Outside of the known: what going on for those working online?

Most people think that sex works occurs in dark places with clients that are violent and rough, visions are full of clichés and realities mainly very different than the lambda citizen thinks. Rose for, example, tells me explicitly “I love my job, I get to choose who I meet or not. I have a very flexible way of working, specific websites where I feel safe.”

Some sex workers work online, others work in the porn industry, may it be feminist or not, the scenes all happen to have their own personal issues. Rose adds, regarding the specificities of escorting : “When we work online, it’s very important to find girls to speak with. We find each others and remind ourselves we’re not alone, we’re very real people with our love life, struggles and it is necessary to be in touch with networks of sex workers.”

Regarding the internet, France and sex work, it is very recently that things got worse.

La LOI AVIA (The Avia LAW) passed in France on June 24th 2020, stipulates that any content that could harm children or heinous content could be censored in 24 hours. On paper, this could be a positive thing, for protectors of the morale, it is. But for minorities, or and here, sex workers, it is a direct call to hate. It is a means to and end : silencing and stopping and sex work activities outside of the street where the police can actually fine and stop the clients from going to get their service. More over, this law was passed forcefully in two times. Firstly, the deputee Avia asked for any escort ad online on the French web services could be suppressed. This amendment was not voted. Secondly, and in the voted version, Amar resumes the law as such “It is as if they want to supress soliciting but online. They penalize what is legal on the street”.

Rose, in regards to this law, could not be clearer: “This is bullshit. It is hyprocrite, unsane. They want to unable us to work pretexting to protect us. In fact, we are even more stigmatized, erased. Our jobs, our voices are being erased, our legitimacy, our status that is supposed to be tolerated. In France, a police officer can hear you if you file a complaint (which means we are not illegal) but this law puts us in great danger.”

The Avia law directly aims at cam girls and cam boys, escorts and anyone working in the sex industry and online. This is state censorship and officialised surveillance. “They impeach us from working in normal conditions.” Twitter accounts are being supressed, ads on escorting websites, in other words “we can’t work. Porn is bad, explicit is bad, sex is bad” (Amar).

Overall in France, there is a lack of consultation by the state to the concerned populations. Sex workers and the Strass have been trying to reach the government but Marlene Schiappa, the former minister delegated at the gender equality ministry has repeatedly refused to meet anyone from the Syndicate. The French government keeps using oppressive rhetorical mechanisms to confirm repressive laws and authoritarian practices enforced by the police. Sex workers as collective form a part of the feminist thought in France and have been for decades. Now, the challenge is that the feminists in power, those who have a sufficient length of arm to reach out the poles of decisions finally open their discourse and doors to those who need it most.

Par-delà les corps imaginaires

Par-delà les corps imaginaires

Par-delà les corps imaginaires

Et si les accompagnantes sexuelles nous aidaient à repenser la place des travailleuses du sexe au sein de la société ? Et si les relations qu’elles tissent auprès de personnes en situation de handicap nous permettaient d’envisager la sexualité telle qu’elle est : un monde d’infinies possibilités ?

Lorsque Sophie s’assoit sur le lit, elle est un peu happée par la tension qui s’échappe des corps. Le sien, et celui de Paul. Elle qui travaille comme infirmière depuis des années se pensait habituée à la présence de l’autre, au contact de la peau. « Sans être dans l’intention sexuelle, j’ai toujours touché les patients comme je voudrais moi être touchée. Sans brutalité. Sans réticence non plus. » Son engagement en tant qu’accompagnante sexuelle répond à ce désir de poser un autre regard sur les corps des personnes en situation de handicap. Un regard de désir, à mille lieux des coups d’œil furtifs, empreints de pitié et de culpabilité, qu’on pose sur les autres, les différents. Sans réellement savoir qu’il n’y a rien de pire que de se sentir réduit dans les yeux de l’autre. 

Ce jour-là cependant, nous ne sommes pas à l’hôpital, et Sophie n’est plus dans le soin. « Il était très timide et je n’en menais pas large, se souvient-elle. Nous étions tous les deux coincés, à ne pas trop savoir comment faire. J’ai proposé un massage pour briser la glace, il m’a dit qu’il détestait ça ! Il y a des choses qui s’acquièrent et qui ne s’apprennent pas. » Sophie réalise que chaque handicap, chaque individu est différent. Les 4 jours de formation qu’elle a effectué avec l’APPAS étaient peut-être un peu courts, brefs et théoriques. Le retour à la réalité, la sienne, est aussi plus difficile à gérer que ce qu’elle imaginait. « On ne peut pas accompagner autant de bénéficiaires qu’on le souhaiterait, regrette-t-elle. Il y a un gros engagement psychologique. » Elle raconte combien elle a été émue par un homme, atteint de paralysie cérébrale, qui lui faisait part entre deux caresses de sa solitude et de son enfermement… « Je me suis rendue compte que j’étais sa seule visite, qu’il ne voyait jamais personne à Lyon! Ça m’a détruite. »

On ne s’improvise pas travailleuse du sexe. Prendre du recul, rester humble et savoir qu’une heure et demie de plaisir donné ne règlera pas tous les problèmes demande du temps, de la pratique aussi. La gestion de l’autre et de sa solitude sont des choses que ces ouvrières du corps et de l’esprit donnent l’impression de mieux assumer, parce qu’elles connaissent ce terrain depuis longtemps. Cybèle, qui se définit comme escort depuis plusieurs années, plaide pour un rapprochement entre tou.te.s les travailleuses du sexe : « Il faut une redéfinition de la notion de proxénétisme pour que nous puissions travailler ensemble – notamment en créant des regroupements de travailleur.euses qui dispenseraient elles-mêmes des formations – et contribuer à améliorer l’offre des services sexuels aux personnes en situation de handicap. »

Cela permettrait surtout d’ouvrir les formations d’accompagnant.e.s sexuel.le.s. à des sexualités plus diverses ; à des discours moins hétéronormés. « Souvent avec les personnes en situation de handicap, nous explorons des relations un peu différentes, raconte Cybèle. Nous avons besoin d’écouter les corps, ses différentes fonctionnalités. C’est beau d’avoir besoin d’imagination et de créativité dans les rapports sexuels… Comme lorsqu’on utilise des objets et qu’on essaie de les customiser. Nous essayons aussi de contourner l’injonction à la pénétration, de chercher d’autres voies et d’être dans la recherche du plaisir pur. C’est militant, queer et agréable. De cette manière, j’ai vraiment l’impression d’exercer un art. »

Au sein de l’association Corps Solidaires, basée en Suisse, on prend très à cœur cette diversité sexuelle. « Au cours de la formation, nous invitons les personnes à être les plus authentiques possible notamment concernant leur appartenance sexuelle, explique Alice, formatrice au sein de cette organisation et accompagnante en région lyonnaise. Nous les amenons à s’affirmer, à dire si elles sont hétéros, gays, transsexuelles ; si elles aiment le BDSM, le massage tantrique, tel ou tel type de pénétration… Une fois que nous connaissons les possibilités de tout un chacun, il est plus facile de les aiguiller vers les bénéficiaires. »

Mais alors une autre problématique se pose. Ce sont parfois les kinés qui font appel aux accompagnantes sexuelles, parfois les parents ou les amis… Qui ne savent pas toujours quelles sont les préférences sexuelles de leurs patients et de leurs proches. « Hier j’ai fait un entretien préalable avec un jeune homme autiste, raconte Cyblèle, et j’ai réalisé que sa mère poussait énormément pour qu’une relation ait lieu. A un moment j’ai tenté de comprendre s’il était vraiment intéressé par ce qui était en train de se passer. Je lui ai demandé qui est-ce qui l’attirait : les femmes ou les hommes ? Il a répondu : les deux. » Est-ce que cette question-là a été posée avant ? Cybèle ne le pense pas. Or, le risque de se tromper est trop important pour qu’on se permette de ne pas demander. Et comme dans toutes les familles, les parents projettent parfois sur leurs enfants leur vision d’une sexualité réussie. « C’est vrai qu’un certain nombre d’entre eux m’invitent à prendre le thé juste après une séance, confie Alice en souriant. Je vois bien qu’ils veulent savoir ce qu’il s’est passé. Et il y a ce présupposé, cette question implicite mais tellement criante : alors il bande bien mon fils ? » 

Il y a plusieurs mois, Cybèle taille la route jusqu’en région parisienne. Les parents d’un jeune homme cherchent désespérément une accompagnante expérimentée après plusieurs déconvenues. « Ils m’ont raconté qu’elles n’avaient pas su s’y prendre, explique Cybèle. Mais au cours de notre relation je me suis rendue compte que le jeune homme n’avait pas d’érection… Or, cette poussée pour la pénétration frustrait bien plus les parents que leur fils ! Lui souhaitait simplement qu’on reste collés l’un contre l’autre et qu’on laisse défiler la playlist. » Les parents ne l’ont jamais rappelée, s’imaginant floués une fois de plus…

Cette incapacité à répondre à la sacro-sainte injonction à la pénétration peut être très difficile à assumer et peut plonger certains individus dans un profond désarroi.  « On leur explique que la sexualité ne tourne pas forcément autour de cet absolu, reprend Alice. Ils ont une bouche, des doigts, une sensualité, des mots, un regard… tous pénétrants. J’ai d’ailleurs offert le livre de Martin Page, Au-delà de la pénétration, à l’un de ces bénéficiaires pour alimenter sa réflexion. »

Ce livre appelle en effet à envoyer balader les normes sexuelles, redécouvrir les corps et comprendre que les sexualités sont plurielles. Des pistes de réflexion chères à l’association Corps Solidaires, qui devait organiser à Lyon les premières rencontres de l’accompagnant sexuel d’Europe les 8,9 et 10 mai. Le Coronavirus est passé par là, mais ce n’est que partie remise : « On réalise qu’on est plusieurs à avoir un savoir-faire, il nous faut partager nos expériences au sein des différents pays européens. Entre accompagnants sexuels mais aussi avec d’autres travailleuses du sexe qui ont ce rôle depuis très longtemps. »

La nécessité de se positionner sur la prostitution permettrait aussi d’évacuer un postulat validiste qui accorderait des droits aux personnes en situation de handicap et pas aux autres. « A partir du moment où l’on pense qu’une personne en situation de handicap mérite plus d’être accompagnée qu’un individu ordinaire, on est dans le validisme, affirme Cybèle. Certaines accompagnantes refusent par exemple d’assister des personnes non-voyantes en disant que ce handicap n’est pas un obstacle à la vie affective. Mais qu’en savent-elles ? Qu’est-ce que cela signifie ? » Pour Cybèle, ces réflexions reflètent à la fois le validisme et la putophobie ambiants : « Ces accompagnantes refusant de s’affirmer travailleuses du sexe, c’est sans doute pour cette raison qu’elles se pensent plus utiles auprès de personnes avec un handicap lourd. Mais c’est une vision très misérabiliste. Et à partir du moment où on trace une ligne entre les gens de toute façon on est dans la discrimination. »

C’est pour en finir avec cette différenciation que des accompagnant.e.s, escorts et prostitué.e.s refusent la rédaction d’une législation spécifique qui permettrait aux personnes en situation de handicap, et à elles seules, d’avoir accès à un service sexuel. « Il s’agit une nouvelle fois de séparer les valides des non-valides, comme s’ils n’avaient pas les mêmes besoins, réagit Cybèle. C’est totalement déshumanisant. »

Par Jennifer Simoes

Biblio

Assistance sexuelle et handicaps, de Françoise Vatré et Catherine Agthe Diserens. Editions Chronique Sociale.

Mon corps, moi et les autres, brochure éditée par l’AFFA et le Planning Familial.