PRINCESS DOES IT HERSELF – Blanche La Pieuse

PRINCESS DOES IT HERSELF – Blanche La Pieuse

Si on nous enseigne que les femmes n’ont pas pu gouverner, les recherches récentes ont montré que ce n’était pas toujours vrai Quoi ? Comment ça ? On nous mentirait à l’école . Il faut savoir que l’on ne fait pas de l’histoire de la même façon selon son époque, son sexe, ou son milieu social. Cette chronique va donc vous montrer comment on a pu faire passer à la trappe l’histoire des femmes médiévales alors que certaines d’entre elles ont bien régné.

Blanche de Castille est un peu une reine inconnue du bataillon et surtout très absente de nos programmes scolaires pourtant elle a été la mère d’un des rois les plus connus de notre histoire de France : Saint Louis. Elle fut également la régente du royaume, c’est-à-dire qu’elle a gouverné la France en lieu et place de son fils le temps qu’il devienne majeur. Cette femme tout à la fois contestée et puissante régente mérite toute notre attention pour montrer encore une fois que les femmes ont gouverné à l’époque médiévale.

 

Blanche de Castille est née 1188 en Espagne. Elle est la fille d’Alphonse VIII de Castille (un royaume vraiment super classe qui a bien envie de conquérir le midi toulousain français) et d’Aliénor d’Angleterre (fille de la très puissante Aliénor d’Aquitaine qui a permis de filer la moitié de la France aux Anglais). C’est donc cette grand-mère : Aliénor d’Aquitaine qui a insisté pour que sa petite-fille épouse le futur roi de France. Cela s’explique par le besoin de l’Angleterre de faire alliance avec la France, après que le roi Philippe Auguste les ait vaincus. C’est Blanche qui est choisi par sa grand-mère pour épouser le futur roi de France plutôt que sa sœur ainée Urraque : probablement du fait de son caractère et son intelligence. Leur mariage est célébré en 1200 alors qu’elle n’avait que douze ans et Louis treize (ce qui est courant à l’époque !).

Par ailleurs, elle remplit entièrement son rôle de reine puisqu’elle donne 12 enfants au roi : deux filles et dix garçons (ce qui tombe bien puisqu’après ce qu’il nous intéresse à l’époque c’est quand même d’avoir des héritiers mâles). Seuls 5 enfants atteindront l’âge adulte. En novembre 1226 le roi Louis VIII, son époux, meurt. Il avait laissé un testament qui faisait de sa femme, Blanche, la régente. Elle doit donc prendre la tête du royaume le temps que son fils Louis (encore un !) devienne majeur. Mais pressentant un vent de rébellion, la première décision politique que prend la reine est de le faire couronner roi de France à Notre-Dame de Reims (c’est histoire de dire « Oyé oyé c’est lui le futur roi les amis »).

Elle va alors exercer le pouvoir politique, sauf que comme très souvent, de puissants barons vont se liguer contre elle. Pour la décrédibiliser ils vont essayer de faire croire que c’est une femme de petite vertue (traduction : elle porterait l’enfant d’un autre homme : le comte de Champagne). Il semblerait surtout qu’ils n’acceptent pas de se faire gouverner par une femme « estrange » c’est-à-dire étrangère. Plus encore, cela fait près d’un siècle que les grands feudataires (noms barbares pour dire les hommes puissants du royaume) sont relégués à une place secondaire dans le royaume. Ils attendent donc qu’une chose : récupérer le pouvoir ! Mais surtout malgré le couronnement du jeune Louis, les grands barons, parmi lesquels le duc de Bretagne, se révoltent. Ils envisagent d’enlever le futur roi pour prendre sa place. Alertée par leurs agissements Maman Blanche négocie avec eux. Elle obtient de certains une soumission tandis que d’autres furent battus par l’armée royale. On compte au total 3 révoltes (une chaque année entre 1127 et 1129) qui visaient à contester le pouvoir du jeune roi.

Blanche résiste et parvient à imposer son autorité. Elle continue donc de gouverner le royaume. Figure profondément pieuse, elle est aussi très attachée à la religion. Elle va même éduquer son fils selon des principes très chrétiens (ce n’est pas pour rien qu’il va être qualifié de Saint Louis, puisqu’il sera canoniser quelques années après sa mort en 1214). Aussi, l’attachement de Blanche au christianisme va se traduire dans sa politique et dans sa manière de gouverner. Elle va notamment limiter le catharisme.

Il faut pour comprendre cela revenir sur le contexte du règne de Blanche. Le catharisme est, pour faire simple, un mouvement religieux chrétien dissident. Il est très fortement ancré dans les comtés de Toulouse, Béziers et Carcassonne. Cependant, il est très rapidement considéré comme « hérétique » c’est-à-dire non conforme aux dogmes de l’Église, les Cathares sont réprimés dès 1209. C’est Louis VIII l’époux de Maman Blanche qui va commencer par lutter contre cette hérésie. Il va alors engager une première croisade. La croisade est une guerre organisée par le pape contre des opposants chrétiens ou païens. Ainsi dès 1209 un premier pape (Innocent III) décide d’organiser une expédition conter les Cathares. Puis en 1223 c’est Blanche de Castille qui encourage son époux Louis VIII à reprendre les armes contre les Cathares. On voit ici que si elle n’était pas encore régente, elle avait déjà une influence considérable dans les affaires du royaume. En 1226 il accepte et lance la croisade. Cependant, il meurt la même année. Blanche va alors par la suite continuer à lutter contre le catharisme. Il faut bien voir qu’au-delà de la défense de sa chrétienté, Blanche y voit un moyen d’étendre le royaume de France. En effet, son époux avait négocié avec le pape de conserver les terres conquises et débarrassées des hérétiques. Cela démontre bien que la reine avait une conscience politique aiguë. Mais plus encore cela nous montre aussi que les conflits sont toujours à la croisée de nombreuses ambitions : ici elles sont d’ordre religieuse, politique et territoriale.

Blanche de Castille va également négocier le mariage de son fils avec Marguerite de Provence. En effet, si le chroniqueur Guillaume de Nangis écrivait que c’était le jeune Louis qui avait choisi son épouse, les historiens actuels comme Jacques Le Goff (le grand ponte de l’histoire médiévale) ont pu montrer qu’en réalité il s’était juste plié aux désirs de sa Maman et de ses conseillers. Celle-ci avait suivi les recommandations du pape qui voulait neutraliser le père de la jeune mariée : le comte Raymond Bérenger V. Mais surtout, le mariage venait étendre le royaume de France au-delà du Rhône et lui adjoindre la Provence.

En 1234, Louis IX devient majeur. Cependant, Blanche ne va perdre sa place que progressivement, elle a lors des premières années de règne de son fils prit une part active à son règne.

Blanche de Castille a été traitée par plusieurs biographes, mais tous se sont davantage attachés à décrire sa religiosité : charité, piété. Ils l’ont également vu comme la mère de Saint Louis bien plus que comme une femme de pouvoir. Les chroniques contemporaines de son règne traitent davantage de la figure de son fils. En effet, son règne a éclipsé celui de sa mère sur lequel les chroniqueurs ont été assez peu éloquents. Du fait qu’elle n’occupe pas la première place des sources médiévales, on comprend mieux le silence des historiens. Néanmoins depuis peu, le regain d’intérêt pour l’étude des femmes a permis de donner une nouvelle place à Blanche en tant que reine. Les historiens se sont alors attachés à rendre compte de ses actions politiques et ce même avant son veuvage. Ils ont ainsi démontré qu’elle avait aussi œuvré auprès de son époux le roi Louis VIII. Tout ceci tend bien à montrer que Blanche a eu un rôle politique fort et qu’elle est un exemple probant de la place des femmes médiévales : au pouvoir.

Par Églantine de Montbéliard

Illustration par Lucie Mouton, titrage par Camille Dochez

PRINCESS DOES IT HERLSEF – Jacqueline de Bavière : La passionnée

PRINCESS DOES IT HERLSEF – Jacqueline de Bavière : La passionnée

Si on nous enseigne que les femmes n’ont pas pu gouverner, les recherches récentes ont montré que ce n’était pas toujours vrai Quoi ? Comment ça ? On nous mentirait à l’école ??. Il faut savoir que l’on ne fait pas de l’histoire de la même façon selon son époque, son sexe, ou son milieu social. Cette chronique va donc vous montrer comment on a pu faire passer à la trappe l’histoire des femmes médiévales alors que certaines d’entre elles ont bien régné.

Jacqueline de Bavière c’est un peu LA princesse star des Belges. Si en France on se dit « Qui c’est celle-là ? » en Belgique tout le monde a déjà entendu parler d’elle. En même temps c’est un personnage people avant l’heure. Voyez un peu : fille unique du duc de Hainaut, Hollande, Zélande (des terres entre la France et la Belgique), elle se marie 4 fois le tout en 35 ans. C’est aussi une femme qui règne pour de vrai. Bref une princesse comme on les aime qui montre encore une fois qu’à l’époque médiévale les femmes ont du pouvoir !

Jacqueline de Bavière ne s’appelle pas Jacqueline. Les historiens du XIXème ont féminisé son nom pour que ça soit plus respectable à leurs yeux. Elle est née le jour de saint Jacques, donc ses parents ont décidé de l’appeler Jacques (facile !). Elle est la fille unique de Guillaume IV de Bavière et de Marguerite de Bourgogne. On peut ainsi dire qu’elle est issue d’une très bonne famille parce que ses parents sont très puissants. Comme dit précédemment, son père est le duc de Hainaut et sa mère est à la fois petite-fille du roi de France et fille du duc le plus puissant du royaume. Bref, Jacques (alias Jacky pour les intimes, ou… euh… juste pour nous) a le cul bordé de nouilles.

Toujours dans le contexte de la Guerre de Cent Ans, son grand-père décide de la marier au 4ème fils du roi de France, Charles VI le fou, nommé Jean. C’est un moyen de faire alliance avec le roi et de s’assurer qu’il ne fera pas la guerre à la famille de sa belle-fille, question de bon sens ! Elle est promise à Jean alors qu’elle n’avait que 5 ans puis ils sont fiancés six ans plus tard (ouais on se marie à 11 ans, on est précoce à l’époque médiévale). Une fois l’alliance conclue, c’est Monsieur qui part vivre à la cour de Madame. Étonnant puisque d’habitude c’est l’inverse puisque la société médiévale est dite « virilocale » ! Ils se marient officiellement en 1415.

Au même moment le frère de Jean-Jean, Louis de Guyenne, alors Dauphin meurt. Bingo loto pour le couple ! Jean-Jean devient le Dauphin de France (c’est le titre que l’on donne au fils du roi qui va hériter de la Couronne). Jean-Jean va devenir roi et Jacky elle se voit déjà reine. Mais en 1417, Jean-Jean meurt, et donc Jacky perd son futur trône. Deux mois plus tard son père Guillaume, comte de Hainaut, meurt aussi. Elle devient à la fois veuve et comtesse en titre du Hainaut, de la Hollande et la Zélande.

Elle rentre vivre dans le Hainaut pour gouverner ses terres. Sauf que sa mère l’oblige à se trouver un nouvel époux. En effet, si les femmes peuvent régner, elles peuvent difficilement rester célibataires aussi jeunes : il faut quand même avoir un héritier. Elle finit par épouser en 1418 son cousin Jean IV, duc de Brabant. Il faut savoir que le Brabant c’est LE duché riche de l’époque. Sauf qu’ils ne sont pas vraiment d’accord sur la politique à mener et la comtesse entend bien régner par elle-même sur ses terres. Elle va alors fuir son époux pour continuer à gouverner seule.

Bon déjà là on est pas mal dans le niveau de je-suis-une-princesse-libre-et-indépendante-merci-aurevoir. Mais elle va faire mieux puisqu’elle va épouser un autre homme bien puissant : Humphrey de Gloucester, le fils du roi d’Angleterre Henri IV. Là, selon les points de vue elle est polygame notre Jacques. Mais la puissance de son nouvel époux lui permet de gouverner par elle-même et de protéger ses terres. Ce dernier envoie même des troupes sur son ex-époux Jean pour la défendre. Elle se voit malgré tout obligée de le quitter parce que le pape l’accuse d’être polygame, ce qui est impensable à l’époque… Mais au même Jean IV, son époux et cousin meurt. Elle devient à la fois divorcée et veuve une seconde fois.

En 1428, on peut dire que la situation matrimoniale de Jacques se simplifie. Mais Philippe le Bon, duc de Bourgogne, va profiter de cette affaire pour récupérer ses comtés. Il va alors dire que « Diantre regardez cette comtesse aux mœurs dissolus, elle est inapte à gouverner ! ». Comme il est puissant, beaucoup de personnes l’écoute. Jacky va devoir lui conférer ses comtés en mainbournie. Kézako ? : cela veut dire qu’on l’on confère à une personne l’administration de ses comtés mais qu’elle n’en devient pas la propriétaire pour autant. En somme Jacques est contrainte de le laisser prendre toutes les décisions politiques à sa place. C’est alors le début de la fin pour elle. 6 ans plus tard, en 1433 elle doit lui concéder ses terres définitivement. Il en devient propriétaire. Elle épouse en 1436 Frank von Borselen son ancien gouverneur et Jacky meurt la même année.

Jacques de Bavière est une figure princière intéressante parce qu’elle cristallise beaucoup d’enjeux. Elle montre bien qu’une femme n’est pas exclue de la succession et peut hériter et administrer des terres. À nouveau un bon point pour les femmes médiévales !

Si elle a dû céder ses comtés il ne faut pas retenir que cela de son règne. Elle a gouverné par elle-même pendant près de dix ans. C’est la seule à prendre des décisions politiques avec l’aide de ses conseillers. L’obligation de concéder ses terres à son cousin ne vient pas du fait qu’elle soit une femme, mais davantage du contexte dans lequel elle évolue. Aussi dans cette première moitié du XVe siècle, on voit la constitution de très grands comtés ou duchés dans le royaume de France. De plus en plus puissants, les ducs font tout pour agrandir leurs territoires. Autant dire que des « petits » comtés comme ceux de Jacques ne résistent pas vraiment à cette tendance. Ainsi l’argument des mœurs dissolues brandit par son cousin n’est en fait qu’un prétexte pour récupérer des terres qu’il convoité depuis longtemps : Jacques s’est contentée de lui fournir un bon prétexte en menant une vie matrimoniale agitée.

L’historiographie (mot barbare pour dire l’histoire de l’histoire, c’est-à-dire l’étude de comment on a fait de l’histoire jusqu’à présent) a longtemps présentée Jacques comme un personnage people. C’est surtout sa vie matrimoniale dissolue qui a suscité l’intérêt et moins son exercice du pouvoir. Au XXe, elle est toujours présentée comme une enfant gâtée, ou une amoureuse transie, mais jamais comme une femme de pouvoir.

Pourtant il s’agit bien d’une femme qui a eu à cœur d’administrer elle-même les terres de son père. La preuve en est : elle n’a jamais laissé les décisions être prises par son second époux Jean IV et a préféré le fuir. C’est aussi une princesse moderne, c’est par exemple une des premières à avoir une signature. Mais elle a aussi un sceau (une galette de cire qui est accroché aux parchemins pour les rendre authentiques) sur lequel elle se fait représenter sous les traits de la Vierge Marie. C’est un moyen pour elle de montrer qu’elle est la protectrice du Hainaut mais aussi qu’elle est vertueuse. Cette représentation démontre bien qu’elle était consciente de ses difficultés, et de la mauvaise image qu’on essayait de lui conférer. Cela montre aussi que Jacques a eu un rôle politique fort et qu’elle est un exemple probant de la place des femmes médiévales : au pouvoir.

PRINCESS DOES IT HERSELF – Isabeau de Bavière : La Scandaleuse

PRINCESS DOES IT HERSELF – Isabeau de Bavière : La Scandaleuse

Si on nous enseigne que les femmes n’ont pas pu gouverner, les recherches récentes ont montré que ce n’était pas toujours vrai.« Quoi ? Comment ça ? On nous mentirait à l’école ? » Il faut savoir que l’on ne fait pas de l’histoire de la même façon selon son époque, son sexe, ou son milieu social. Cette chronique va donc vous montrer comment on a pu faire passer à la trappe l’histoire des femmes médiévales alors que certaines d’entre elles ont bien régné.

Isabeau de Bavière est une reine médiévale peu connue, ou alors l’a été pour de mauvaises raisons. C’est un peu LA reine mal famée, mal considérée, aussi bien par ses contemporains que par les historiens du XIXe siècle. Pourtant, même si elle donne l’impression d’avoir scandalisé tout son peuple, de nouvelles études ont montré que cette déconsidération a été très largement exagérée par les historiens.

Isabeau de Bavière la scandaleuse (1371-1435) comme son nom l’indique est la fille de duc de Bavière (un mec plutôt fort) et d’une Visconti (famille célèbre pour régner sur le Milanais). Les femmes médiévales, comme aujourd’hui, reçoivent à la naissance le nom de papa mais ne changent pas pour celui de leur époux au moment du mariage.

Elle épouse en 1385 le roi de France Charles VI le Fou : un bon mariage avec l’homme le plus puissant du royaume. Il faut savoir que c’est Philippe II duc de Bourgogne, son oncle, qui lui a arrangé le mariage. De fait le mariage à l’époque médiévale c’est comme jouer au Risk. Il faut être futé comme un renard, malin comme un lapin. Le but pour les parents est de marier aux mieux leurs chères petites têtes blondes tout en créant une alliance.

Aussi, avant de contracter l’union, on pratiquait « l’examen des matrones ». C’est un gros mot pour dire qu’on faisait passer un test physique à la future reine pour vérifier qu’elle était capable de procréer, parce qu’après tout c’est bien sa première fonction hein, il nous fallait d’autres rois. Dans le domaine Isabeau a plutôt été bonne puisqu’elle fit 12 enfants avec notre fou Charles VI.

Une fois le mariage décidé Isabeau part s’installer à la cour de son futur époux le fou. En effet, la société médiévale est une société dite « virilocale » : traduction, les femmes partent vivre à la cour de Monsieur, quittant celle de son père. Puis en 1385, le mariage est célébré. Sauf que comme il perd la tête, ce sont ses oncles qui vont prendre le pouvoir.

      Toute l’histoire du règne d’Isabeau tourne précisément autour de la folie de son époux. Si on enseigne aux élèves du secondaires que les femmes sont incapables de régner en France, cette affirmation mérite d’être nuancée. En effet, on nous parle souvent de la loi salique qui empêche les femmes de transmettre et d’hériter de la couronne de France. Or, il est toujours possible pour une reine de France d’être régente c’est-à-dire de gouverner et d’exercer le pouvoir au nom du monarque s’il est trop jeune, absent (quand il part guerroyer par exemple), ou incapable de gouverner par lui-même du fait de son état physique (parce exemple quand on est fou comme Charles VI). C’est bien pour cela qu’Isabeau va gouverner. Elle préside le conseil de régence à partir de 1393. C’est donc elle qui prend les décisions politiques du royaume. Sauf qu’autour d’elle tout le monde intrigue pour essayer d’influer sur son règne.

Il faut bien voir que le contexte du règne Isabeau de Bavière est très troublé à cette époque. On peut même dire que c’est un beau bordel #GuerredeCentAns, #Guerrecivile. Mais quézako ça ? La Guerre de Cent Ans c’est une guerre qui ne dure pas 100 ans, mais 113 ans (à nouveau les historiens du XIXe siècle qui nous induisent en erreur). Pour la faire courte, Philippe le Bel (roi de France de 1285 à 1314) a eu trois fils et une fille qu’il marie au roi d’Angleterre. Isabelle de France, fifille de Philippe le Bel, met donc au monde le futur roi d’Angleterre Édouard III. Quand tous les fils de Le Bel meurent tour à tour sans descendance, on ne sait pas qui va récupérer la couronne. C’est là que la guerre commence entre deux prétendants au trône : le frère de Le Bel, Philippe IV de Valois (ouais les Philippe c’est une histoire de famille) et son petit-fils Édouard III le British, déjà roi d’Angleterre !! Il est impensable pour les Français de céder leur couronne au roi d’Angleterre. Donc les Français et les Anglais se battent pour la couronne de France, et ça donne la guerre de Cent Ans… Mais en même temps ce n’est pas une guerre à temps complet puisque chaque royaume connait des guerres internes. La France est divisée en deux clans qui ne sont pas d’accord sur la politique à mener dans le royaume et qui tentent d’influencer les décisions prises par Isabeau.

            C’est bien ce contexte troublé qui explique que l’on ait souvent présenté Isabeau comme une reine incapable. En réalité elle est surtout tourmentée par les intrigants qui l’entoure et qui veulent son pouvoir puisque c’est à elle qu’il revient alors que son époux devient fou. Donc : NON NON aux idées reçues ! Les femmes médiévales ne sont pas des incapables, soumises ou je ne sais quoi, elles gouvernent. Il ne faut pas exagérer cette affirmation non plus, et faire du cas par cas. Dans celui d’Isabeau on peut dire qu’elle a gouverné, elle a même fini par concéder un bout de la couronne de France aux British. Sacré décision politique !

On écrit l’histoire aussi en fonction du contexte dans lequel on vit. De son vivant, les auteurs (qu’on appelle aussi chroniqueurs) n’ont pas toujours été bienveillant avec elle, et la font passer pour une mauvaise reine, on lit alors : « les maîtres parisiens se déchaînent contre elle, s’en prenant pêle-mêle à son train de vie, à son entourage féminin, aux mœurs dissolues de sa cour, à sa rapacité, au peu de cas qu’elle fait de ses enfants, à son indifférence face à la maladie du roi ». Si on traduit : elle est coupable d’être une mauvaise mère parce que ses enfants meurent en bas âge, une mauvaise femme parce que son mari est fou du fait de sa consanguinité.

Cette image de badass est récupérée par les historiens du XIXe siècle qui l’ont alors présentée comme une femme scandaleuse. Cela s’explique d’autant plus qu’à cette époque la place des femmes était marginale (eh oui en 1800 elles étaient soumises aux décisions de leur époux). Ils ont même féminisé son nom au profit d’« Isabelle », et l’ont décrit comme une reine scandaleuse, et très dépensière. Mais les historiens actuels ont démontré qu’elle avait été en grande partie victime du contexte compliqué dans lequel elle évoluait #lesguerresàfoisons mais aussi des rumeurs publiques. L’historien Jacques Krynen a montré que l’on attachait des propos scandaleux aux grandes figures publiques pour les décrédibiliser et détourner leur soutien. Mais au-delà de ces récits, cela montre aussi qu’Isabeau a eu un rôle politique fort et qu’elle est un exemple probant de la place des femmes médiévales : au pouvoir.

Par Églantine de Montbéliard