Camille, ou l’art du sourcil !

Camille, ou l’art du sourcil !

Camille, ou l’art du sourcil !

Ok, qu’est-ce qu’on sait sur les sourcils? Ils offrent à nos yeux une protection contre la poussière et autres particules diverses, on n’aurait pas l’air très malin sans et ils étaient en danger d’extermination dans les années 2000, merci Gwen Stefani hein !

Alors nous on est allé à la rencontre de Camille, une vraie artiste du sourcil et de la dermo-pigmentation. 

Amoureuse de voyages et découvertes, Camille a une seule passion: prendre soin des autres.

C’est lors d’une expédition sur un île presque déserte en Papouasie qu’elle se passionne pour les techniques novatrices de la Dermo-pigmentation, sous l’oeil avisé de la talentueuse artiste de dermographie Anda Grammatico. De retour en France, elle se lance donc dans l’aventure du Microblading et ajoute cette corde à son arc du bien être. 

Issu d’une gestuelle asiatique ancestrale, le Microblading est une technique manuelle qui permet de restructurer un sourcil de manière “plus vraie que nature”. Camille redessine le sourcil selon la morphologie du visage et harmonise la densité en traçant un trait ultra fin qui imite le poil à la perfection dans sa couleur, son épaisseur et son inclinaison. 

Le rdv prend environ 3h. Après avoir discuté avec Camille de ce que vous souhaitez faire, elle va sortir plein d’instruments d’astronautes communément appelés des bidules et des machins pour prendre des mesures de votre visage et commencer le travail de tatouage. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur sa prestation, voici un peu de lecture

Maintenant place à l’interview ! 

Qu’est-ce qui t’a attiré vers cette pratique? Je me souviens que tu m’avais dit que c’était issu d’une gestuelle asiatique ancestrale, est-ce que l’histoire de cette technique t’a séduite? 

Tu me tends grave la perche pour faire du story-telling là ? Haha ! En fait l’histoire de la technique, je l’ai apprise un peu après avoir commencé à m’intéresser au Microblading, en me renseignant sur l’origine de cette pratique. Je pense que ce qui m’a vraiment attiré, à la base, c’est de pouvoir apporter une solution corrective et durable au visage ou au corps des personnes qui font appel à moi. Je dis « des personnes » car les hommes aussi font petit à petit leurs premiers pas vers la dermo-pigmentation et je parle du corps car je me diversifie vers d’autres techniques, mais ça, on en parlera plus loin. C’est incroyable cette transformation du regard lorsque lea client·e ouvre les yeux à la fin de la séance, c’est un vrai sourcil en trompe l’œil, j’en suis totalement accro ! J’ai toujours aimé dessiner et je viens d’un univers familial très médical donc je me sens un peu comme une artiste peintre, mais pour la peau ! Alors lorsque j’ai fait la rencontre de la talentueuse Anda sur cette île presque déserte de Papouasie (le voilà le story-telling, mais là c’est labellisé « histoire vraie ») et qu’elle m’a transmi sa passion c’est tout naturellement que l’histoire a commencé pour moi.

Qu’est-ce que tu ressens quand un·e client·e est comblé·e du résultat ?

C’est indescriptible… Mais bon comme tu me le demandes je vais essayer de le décrire. Je pense que la reconnaissance est un moteur essentiel pour tous les êtres humains que nous sommes dans tout ce que nous entreprenons, et, à ce moment précis où la personne ouvre les yeux, je me sens utile et j’aime vraiment ce sentiment d’avoir pu apporter cette joie. Je pense à elle, qui, chaque matin, se regardera dans le miroir avec un peu plus de confiance et d’estime de soi. Parce qu’on parle peut être « juste » d’un sourcil, mais ça change totalement un regard, je pense aux personnes malades qui perdent totalement leur pilosité, celles qui ont des cicatrices ou simplement une asymétrie ou un manque de densité. Le sourcil c’est ce qui souligne le regard et épice la personnalité, c’est presque un outil d’expression des émotions. 

Tu me disais vouloir te former au tatouage pour les reconstruction mammaires, tu peux m’en parler un peu plus ?

Voila nous y venons donc à ma diversification. En fait, la formation, je l’ai déjà faite, mais mon métier nécessite énormément de pratique et j’estime qu’il vaut mieux perfectionner une technique à la fois. J’ai donc choisi de me spécialiser d’abord dans le Microblading qui la gestuelle la plus difficile à acquérir d’un point de vue technique. Aujourd’hui c’est chose faite et je peux maintenant m’atteler à apprendre cette nouvelle facette qui me passionne : la dermo-pigmentation réparatrice de l’aréole et du mamelon qui permet, à la suite d’une reconstruction mammaire, de retrouver un sein qui ne laisse plus aucune trace des épreuves par lesquelles ces femmes sont passées. C’est important pour ces femmes, de pouvoir tourner la page sereinement. Plus techniquement, c’est un vrai dessin, comme une aquarelle de plusieurs couleurs de pigments, pour reproduire le prisme de votre carnation, dessiner les petits vaisseaux sanguins, dessiner un mamelon avec un effet de volume grâce aux jeux d’ombres ainsi que les petites saillies qui l’entourent. C’est un dessin qui, pour être « trompe l’oeil » n’a pas pour vocation d’être « parfait » mais simplement naturel, avec ses imperfections et irrégularités. 

Et pour finir, des questions très importantes…

Si tu pouvais échanger de vie une journée avec une personnalité, qui ce serait?

J’aurais aimé passer une journée dans la peau de Lady Soul, la Queen Aretha Franklin dans les années 60 lorsqu’elle remplissait des salles entières sur des chansons engagées telles que « Respect ». J’ai toujours rêvé d’avoir une voix soul, un peu grave, qui vous fait battre le cœur si fort que… non bon bref, je vais m’arrêter là, mes cordes vocales ne m’ayant pas suivies sur ce chemin… Et en plus d’avoir marqué l’histoire de la musique, liant pour la première fois le gospel et la pop, elle était militante pour le droit des femmes, plus particulièrement des femmes afro américaines aux côtés de Martin Luther King. Une vie incroyablement inspirante qui a pris fin l’année dernière. Je garde dans mon cœur cette femme et ses combats en l’écoutant le matin dans ma salle de bain, essayez si ce n’est pas déjà fait, ça vous colle une pêche d’enfer !

Quel super pouvoir tu aimerais avoir?

J’aimerais avoir le super pouvoir de récupérer toute la nourriture gaspillée pour pouvoir la redistribuer aux personnes qui ont faim. Rien d’impossible en fait, en théorie. Cette bonne vieille théorie. Ici, on a la chance d’avoir des soucis de « ventres pleins » donc forcément… enfin bon ce n’est pas le sujet. Sinon voler aussi ou alors pouvoir respirer dans l’eau pour découvrir les 70% de la planète engloutis sous l’eau ce serait chouette aussi !

Une chose à faire avant de mourir ?

Pourquoi une seule ? J’espère pouvoir visiter le monde, découvrir, apprendre de nouvelles cultures, je suis vraiment passionnée de voyages en sac à dos, mais je pense que si je venais à apprendre qu’il me restait une seule journée, étonnamment, j’aurai besoin de retourner aux sources, dans ma bourgogne natale entourée de mes proches à danser, rire et manger des trucs vraiment bons.

Et pour répondre à votre question, voila comment la contacter:

camilledermoart@gmail.com

06 38 58 64 55

www.camille-dermo-art.com & Instagram

Interview – Marianna Palka : a talk about being a dog, feminism and joy

Interview – Marianna Palka : a talk about being a dog, feminism and joy

Interview – Marianna Palka : a talk about being a dog, feminism and joy

There’s something utterly communicative about Marianna, a friendliness you can feel it as soon as she says hello to you. As much as she’s effusive and outgoing, there’s a coolness about her that makes you feel like everything’s gonna be okay. A character trait borrowed from her career as a busy filmmaker.

Marianna released not long ago Egg, her 5th film as a director. She started with Good Dick when she was 25 and just got to L.A from Glasgow, by way of New York when she was 17 to study drama. And then there was Bitch in 2017, a feminist satire that masters the art of surreal black comedy – produced by Elijah Wood, who is according to Marianna « one of the most feminist humans alive », as if we needed another reason to love him !

Before even asking anything, Marianna talks to me about feminism in her work, and in her life in general. She’s what you can proudly call a woman in charge.

She recalled their screening of Glow Season 3 a few weeks ago at The Wing a network of work and community spaces for women –where « you can find tampons in the toilets and you don’t have to worry about catcalling ».

Without transition, we land on the catcalling issue in New York that is « next level », not in a good way. As she directed an episode of the TV show Happy in New York, wherever she were, whatever she was doing, men screamed at her. Which she answered with an explanation rather than ignoring them « That’s illegal and no it’s a not compliment, it’s scary, no one likes it.»

Marianna wants to sit down and talk, she wants to be able to teach whoever can be taught, talk to people who aren’t converted but are ready to be. It’s a good thing that all her friends who are feminists are gonna love the subjects of her movies, but that would be too easy to stop at them. Marianna is a conquerer ! 

There you have it, a Polish Scottish American writer director actress producer feminist life enthusiast! And we got to ask her some questions…

Photographer – Jaclyn Campanaro

Lingerie – Evgenia Lingerie

Cacti : So, GLOW…

MP : Season 3 is the best season yet. (Ed. Yep it topped the two previous seasons that were already perfect.) The intersectional feminism is really happening. We’re focusing more on the characters who aren’t the white people and what it means to deal with racism and misogyny in the 80s. It has that Mad Men feeling where you can see what has changed now and what hasn’t.

What was your connection to your character Reggie?

Reggie was so bizarre for me because she’s so far from me. She’s an athlete. I would do yoga everyday but she’s next level athletic! My cousin Julianna is an athlete and won all those golden medals so I could connect her to Reggie. But if it wasn’t for my cousin I don’t know if I would have felt her as much. Because she’s so quiet, she’s an introvert and I’m such an extrovert that it was like a Zen master challenge to portray her every day on set.

How does being a director shape your way of approaching a role?

Directing films makes you understand things like continuity for example, which not all actors are aware of. I also always know where I am in the frame. I know that I’m an anchoring force for the editor because I try not to do something different in each take. I don’t know if I would have been as camera ready for an ensemble show as I was if I hadn’t been in the director chair before. And I keep my director spirit by supporting everyone! I love this feeling of being part of a community.

Let’s dig into that! First I love your titles, Good Dick, Bitch… Very straight to the point. I can see a common thread through your movies; it’s always about finding yourself after a trauma, and often in the midst of strange circumstances…

Finding yourself after a trauma… I think that’s what movies are about. How do you get through the worst things, how do you process the pain. I love when you can say I know how to heal something that I didn’t know how to heal before thanks to a movie.

Can you talk about Egg, your last film?

It’s all about women, in friendship, motherhood… There’s all this art in the movie and it’s all made by women artists. The crew was mainly female, we had like 86% of women on the set, I just wanted to do it all the way. It was like summer camp, it felt like going away to a fun place to be, nobody was difficult to deal with.

What’s your first and strongest memory of a film set?

I remember going to set to Peter Mullan’s film Orphans. He’s my mentor. I was amazed because the energy that he brought to the set was very maternal; he was genuinely nice to everyone, cast, crew, extras… He’s tremendously nurturing. When we did Neds together, my grandmother came to set and Peter Mullan put her in his director chair AND gave her his headphones. He talked to her, explained what the scene was about and stuff like that… He didn’t have to do all that, he just genuinely wanted to chat with my grandmother. I think that essence to just talking to people is really what my memory is, my memory is being given the gift of being just nice.

I love ethical men ! My work is alchemy, it’s turning bad to light and getting bad men to be not just better, but good.

What was your journey from Glasgow to L.A?

It was like the American dream I guess! I wanted to go to New-York and die on the stage! I think when I got to New-York I realized that the biggest dream wasn’t in plays. I needed to explore something new. And that something new was movies. As a kid I went to a lot of plays but I was obsessed with cinema because all we had were those new wave movies my parents brought us back from France, we didn’t watch TV.

So when I moved in L.A it was very much based on that instinct. I knew I was going to direct and do something visual that was gonna last longer that plays because plays just go away after you do them.

You often write, direct, produce and star in your movies…

Oh my god I know!

But that’s a good thing! How does it feel to fill all those roles? Other than tiring and fun?

Yeah, it is fun! You can experience it with your magazine too I guess, sometimes you do some stuff and it’s easier to do it yourself than delegate. The roles were so specific for Good Dick and Bitch, I could do the performance and explain it but not explaining it so someone else would do it. In a way the doing of it explains it… Writing, directing and acting is as profound as it is simple for me.

How cool is it to play a dog (in Bitch)?

I associated it with my own body and not with dogs. Why does she need to do this with her body? Like how far into herself is she receded? There’s a whole rage of what is a dog.

My mom read Women Who Run with the Wolves as I was a teenager and I remember this part where this woman feels muzzled and chained. They weren’t talking about the physicality of becoming a dog but it all made sense to me that the next step is just that you’ll lose everything and don’t have a psyche anymore in order to survive. It’s almost like a suicide, better even because she doesn’t have to kill herself she just kills her soul. I thought that was so fascinating.

And my mom also sent me this painting called Dog Woman by Paula Rego ↓ and I just thought THAT’S IT! She doesn’t look like a dog but my feeling is that she looks like she is being a dog. I’m all about those feelings!

Dog Woman by Paula Rego

Never make a movie with kids and dogs…!

We had so many kids and dogs in this movie and the kids just get it. People always go « kids aren’t gonna understand », but THEY explained to us what that story was about.  In the audition I was like « do you know why she becomes a dog? » and they were like « YEEEAH! Of course she has to! »

Do you think a good atmosphere on set helps making a good movie?

I think you can feel it, if the experience and the energy on set are good then the movie is amazing. And if the energy on set is off, you can feel it when you watch it. I love playing games on set, I make sure everybody is happy and feels welcomed.

What’s the most important thing about making movies?

The tailoring of storytelling. I steal from all sorts of different arts! Bitch came from that one painting, Dog Woman. Good Dick was really about this idea that one in three women are sexually abused as children so how do they deal with intimacy growing up? And I built the film around this one lady being able to be intimate again. Like what was for her a huge move, like someone washing her hair being life changing. So these concepts, the epic nature of being a real character in a movie, not having a little piece of a character but having a full spectrum of what a character is…

It’s strong and spiritual to go through life helping people with stories. That’s why I got into it first and that’s what keeps me going.

What’s in it for you?

You want to be healed as an artist. You’re doing it thinking it’s gonna help people but what you don’t realize is that it’s also helping you. It helps me to go to set every day. I think everyone has emotional PTSD from something that happened in their lives, and if you make something of it, it heals you and empowers you so deeply. It challenges politics and society, so it makes the world a better place. It’s important to keep going.

Could you stop working?

I noticed that I’ve been able to use work as a release valve, like « oh I can put that into work » and then pouf, it’s all gone. I’m very zen in my life, everything’s beautiful and I have a paradise experience everyday when I wake up with my beautiful dog (ed. a rescue Shih Tzu named Marlowe Monet)! And then in work there are always these interesting stories where there’s not a sense of peace. So yeah if something happens in life, it becomes very easy to express all those things into work. I don’t know if I would be as calm if I had done a different job.

Do you have a fun/strange anecdote of a role you played?

I was in When You Find Me, a short movie directed by Bryce Dallas Howard (I was 17 when I met her), and I had to play a dead mom in her hospital bed. I just had to stay so still, with the kid actors who played my children crying around me. I asked Bryce if I had to stay stiller and she said « Oh no you look SO dead » And I was like « Thanks I guess! ». This job is so strange! I love how our journeys evolve. It was a joy to work with Bryce and now she’s doing Star Wars. She got the script and it was all guys and she was like « it’s gonna be all women » who interact with each other! If there was a line for a woman character that went like « Oh I don’t know what to do now », she gave it to a man. Yaaay Bryce!

 

Moving on to very important questions!

If you could live in a movie, which movie would it be?

*grunt*…It has to be one right?

Of course!

Of course! I mean… I think like… To be in the greatest love story of all time is the idea. To be in something that is so collaborative and so wonderful. Kenneth Branagh’s Much Ado about Nothing is the place I want to live in. You wanna have a community, great weddings… And Beatrice as a character is such a feminist. We all just want to be in that summer dream where people fall for each other. And I also just want to eat that food in that movie!

You’re stuck in an elevator, who would you love to be stuck with?

Oh wow! Well there’s so much to be said for filmmakers like Roy Andersson or Léos Carax. I love A Swedish Love Story. Roy Andersson is so good, I just want to talk to him and tell him « what the fuck? »! And with Léos Carax I remember Les Amants du Pont-Neuf and watching all these Juliette Binoche movies because my family is Polish and we grew up watching Krzysztof Kieslowski. He made Trois Couleurs: Bleu with Juliette Binoche and I was like « Fuck that, this is next level, we’ll never get to that place ! » I literally have in myself all these French films, everything Truffaut… When we were kids we were acting as if we were in those movies.

I love Binoche with the eye patch in Les Amants du Pont-Neuf, Carax would be a really good person to be in the elevator with because I’d be like « yo man you were in love with Binoche and you put an eyepatch on her ! » Who came with the eyepatch idea?  It’s the greatest idea! And Binoche could be stuck with us too, she’s so incredible, vulnerable and open.

I’ve also been so passionate about these TV actors in the UK. There’s this guy Shaun Evans in this TV show called Endeavour, he’s so exquisite, he’s doing some kind of symphony of subtlety for his character. And I would also add Audrey Estrougo, a very talented filmmaker, I met her when we did our first movies.  So that’s my elevator!

 

What is the one thing you want to change in the world?

I want people who don’t have compassion to be given it. 

                                                                                   Dress – LoveShackFancy

And finally, what’s next for you?

I was so happy to direct two episodes of Happy with Christopher Meloni. It is my joy to be able to work on a TV show of that scale. For each episode we had enough budget to really go for it. I was standing on 6th avenue, shooting with Meloni, where I used to study as a teenager with my little backpack!

I also did this TV show called Good Omens with my friend Neil Gaiman. It’s an epic tv show, I’m in episode 3 and we shot in South Africa. Douglas MacKinnon directed the episode so supremely truly, he’s an actor’s dream ! Working with Douglas was being guided by a master’s hand in a Michelangelo sculpture of yourself. Neil, who wrote the book the TV Show is from, is my oldest friend; I don’t think he’s human! His brain is so interesting, he’s very imaginative, he’s not like other people! I was there for three weeks; I got to really experience the whole thing. It just feels like such a dream come true.

It’s so cool to see all those movies and TV shows directed by women, it’s about time! It’s good for the boys and the girls. I can’t wait for what’s next, I’m so here for it! 

On the political side, I’ve been working on Scottish independence since I was 16 because I’m a member of the Scottish National Party, a party led by women, which is really helpful for the community and so exciting right now.

 

It’s Noon in L.A, 9pm in France.

Marianna probably went for a walk with her dog to get a Matcha tea and carried on with her day as a Super-Woman.

Still full of Marianna’s communicative energy, I went straight to my TV, turned Netflix on and binged GLOW. And she was right, it is the best season yet!

Interview – Claudia Bortolino

Photo – Jaclyn Campanaro

Illustrations – Lucie Mouton

 

Interview – Marianna Palka : a talk about being a dog, feminism and joy

Interview – Féminisme, bonheur, etre un chien : notre discussion avec Marianna Palka

Interview – Féminisme, bonheur, etre un chien : notre discussion avec Marianna Palka

Il y a quelque-chose de contagieux chez Marianna, une bienveillance que l’on ressent dès qu’elle te salue. Toute exubérante et extravertie qu’elle soit, elle a ce flegme qui te fait sentir que tout ira bien. Un trait de caractère emprunté de sa carrière de cinéaste hyperactive.

Marianna a sorti cette année Egg, son 5ème film en tant que réalisatrice. Elle a commencé avec Good Dick quand elle avait 25 ans et venait de débarquer à L.A, après avoir quitté Glasgow à 17 ans pour New York où elle a étudié la comédie. Puis il y a eu Bitch en 2017, une satire féministe qui maitrise l’art de la comédie sous fond d’humour noir surréaliste – produit par Elijah Wood, qui d’après Marianna est “un des humains le plus féministe au monde” – comme si on avait besoin d’une raison de plus pour l’aimer !

Avant même de commencer l’interview, Marianna me parle de féminisme, dans son travail et dans sa vie en général. Elle est ce qu’on peut fièrement appeler une Boss Lady !

Elle se souvient de la projection de Glow  (saison 3) il y a quelques semaines à The Wing – un réseau de travail et de coworking pour les femmes – où “tu peux trouver des tampons dans les toilettes et tu n’as pas à te soucier d’être sifflée par des mecs.”

Sans transition, on atterrit sur le fait d’être constamment sifflé et harcelé dans la rue à New York, où cela est devenu un vrai fléau. Quand elle y réalisait un épisode de la série Happy, où qu’elle se trouvait, quoi qu’elle faisait, des hommes la sifflaient et y allaient de leurs remarques inappropriées. Ce à quoi elle répondait par une explication plutôt que de les ignorer : “C’est illégal et non ce n’est pas un compliment, ça fait peur, personne n’aime ça.” 

Marianna veut se poser et discuter, elle veut apprendre à qui veut apprendre, parler à ceux qui ne sont pas convertis, mais prêts à l’être. C’est cool que ses amis qui sont féministes aiment les sujets de ses films, mais ça serait trop facile de s’arrêter à eux. Marianna est une conquérante.

Alors voici l’interview d’une scénariste, réalisatrice, productrice polonaise-écossaise-américaine, féministe et bonne vivante ! 

Photographer – Jaclyn Campanaro

Lingerie – Evgenia Lingerie

Cacti : Alors, GLOW…

MP : La saison 3 est la meilleure (ndlr: ouep, encore mieux que les deux précédentes qui étaient déjà parfaites.) On voit vraiment le féminisme intersectionnel en action. On se concentre plus sur les personnages qui ne sont pas blancs, sur ce que ça signifiait de faire face au racisme et à la misogynie dans les années 80. Il y a cet effet Mad Men où on peut voir ce qui a changé et ce qui n’a pas changé.

Quelle était ta connexion à ton personnage Reggie?

Reggie est tellement étrange pour moi car elle est très éloignée de moi. C’est une athlète. Je fais du yoga tous les jours mais elle est à un autre niveau ! Ma cousine Julianna est une athlète et a gagné plein de médailles d’or, donc je pouvais me référer à elle pour cerner Reggie. Mais sans ma cousine, je ne sais pas si j’aurais pu si bien ressentir ce personnage. Parce qu’elle est si calme, c’est une introvertie et je suis une vraie extravertie. La jouer tous les jours c’était un challenge de zenitude !

En quoi être réalisatrice façonne ta façon d’appréhender un rôle?

Réaliser des films te fait comprendre des choses comme le métier de scripte, que tous les acteur·trice·s ne conçoivent pas forcément. Je sais aussi toujours où je me trouve dans le cadre. Je sais que les monteur·euse·s peuvent se reposer sur moi car j’essaie de ne pas faire quelque chose de différent à chaque prise. Je ne sais pas si j’aurais été aussi prête pour être face caméra dans une série avec autant de personnages si je n’avais pas réalisé avant. Et je garde mon esprit de réalisatrice en encourageant tout le monde ! J’adore le sentiment de faire partie d’une communauté.

Creusons un peu ça ! Déjà j’adore tes titres, Good Dick, Bitch… Droit aux but. Je peux voir un fil rouge entre tes films, qui parlent toujours de se retrouver après un traumatisme, souvent au milieu de circonstances étranges…

Se retrouver après un traumatisme… Je crois que c’est ça l’essence d’un film. Comment on traverse les pires épreuves, comment on gère la douleur. J’aime quand on peut se dire qu’on sait comment guérir quelque chose qu’on ne savait pas guérir avant, grâce à un film.

Tu peux nous parler de EGG, ton dernier film?

C’est sur les femmes, que ce soit en amitié, en maternité… Il y a beaucoup d’art dans ce film et toutes les œuvres sont faites par des femmes. L’équipe de tournage était majoritairement féminine, on avait 86% de femmes sur le plateau, je voulais être engagée jusqu’au bout. C’était comme une colonie de vacances, personne n’était pénible ou difficile.

Quel est ton premier et plus fort souvenir d’un plateau de tournage? 

Je me souviens être allée sur le plateau de Peter Mullan pour son film Orphans.. C’est mon mentor. J’étais émerveillée parce qu’il dégageait une énergie très maternelle, il était sincèrement gentil avec tout le monde, les acteur·trice·s, l’équipe, les figurant·e·s… Il est extrêmement encourageant. Quand on a fait Neds ensemble, ma grand-mère est venue sur le plateau et Peter Mullan l’a installé sur sa chaise de réalisateur ET lui a donné son casque. Il lui a parlé, lui a expliqué la scène… Il n’avait pas à faire tout ça, il voulait juste sincèrement parler avec elle. Je crois que cette essence de juste vouloir parler aux gens est mon meilleur souvenir. Le fait qu’il m’ait offert ce cadeau : juste être attentionné. J’aime les “hommes éthiques” ! Mon travail repose sur l’alchimie, sur transformer ce qui est mauvais en quelque-chose de lumineux; et faire en sorte que les “bad men” ne soient pas juste meilleurs, mais bons. 

Quel était ton parcours, de Glasgow à L.A?

C’était le rêve américain on peut dire ! Je voulais aller à New-York et mourir sur scène ! Je crois que quand je suis arrivée à New-York j’ai réalisé que mon plus grand rêve n’était pas le théâtre. J’avais besoin d’explorer quelque chose de nouveau. Et ce quelque-chose c’était le cinéma.

Enfant, j’allais voir beaucoup de pièces mais j’étais obsédée par le cinéma parce que c’est tout ce que j’avais. Mes parents nous ramenaient des cassettes de films de la Nouvelle Vague française, on ne regardait pas la télé.

Tu es souvent scénariste, réalisatrice, productrice et actrice de tes films…

Mon Dieu, je sais..! 

Mais c’est une bonne chose ! Qu’est-ce que ça fait de revêtir tous ces rôles? Autre que fatiguant, et fun?

Ouais, c’est fun ! Tu le vis sûrement avec ton magazine aussi, parfois tu fais des choses et c’est plus facile de le faire toi-même que de déléguer. Les rôles étaient si spécifiques dans Good Dick et Bitch, je pouvais faire la performance et l’expliquer mais pas l’expliquer pour que quelqu’un fasse la performance. D’une certaine manière le faire, c’est l’expliquer… Pour moi le fait d’écrire, réaliser et jouer est aussi puissant que naturel.

C’est cool de jouer un chien (dans Bitch)?

J’ai associé cette idée à mon propre corps et pas avec les chiens. Pourquoi est-ce qu’elle a besoin de faire ça avec son corps? A quel point a-t-elle disparu dans son propre corps? Il y a une vraie rage dans la notion de ce que c’est d’être un chien. Ma mère lisait Femmes qui courent avec les loups quand j’étais ado et je me souviens de ce passage où une femme se sent muselée et enchainée. Ils ne parlaient pas de la physicalité de devenir un chien mais pour moi l’étape suivante était logique. Celle où on perd sa psyché pour pouvoir survivre. C’est presque comme un suicide, mais en mieux car elle n’a même pas à se tuer elle, juste son âme. Je trouvais cette idée fascinante. Et ma mère m’avait aussi envoyé ce tableau Dog Woman par Paula Rego ↓ et je me suis dit C’EST BON ! Elle ne ressemble pas à une chienne mais elle semble être devenue une chienne. Ce type de ressenti est super important pour moi.

Dog Woman by Paula Rego

Ne jamais faire de film avec des enfants ou des chiens !

On avait tellement d’enfants et de chiens dans ce film et les enfants comprennent tellement naturellement. Les gens me disaient toujours « les enfants ne comprendront pas » mais c’était eux qui nous expliquaient l’histoire. Pendant l’audition je leur demandais « vous savez pourquoi elle devient un chien? » Et ils me répondaient « OUAIIIIS ! Bien sûr qu’elle doit devenir un chien! »

Tu penses qu’une bonne atmosphère sur le plateau aide à faire un bon film? 

Je pense qu’on peut le sentir, si l’expérience et l’énergie sur le plateau sont bonnes, le film sera super. Si l’énergie est mauvaise sur le plateau, tu peux le sentir aussi quand tu vois le film. J’adore jouer entre les prises, je m’assure toujours que tout le monde soit content et se sente bien. 

Quelle est LA chose la plus importante quand on fait des films?

La confection de la narration. Je pique des idées de toutes formes d’arts ! Bitch est venu de cette peinture, Dog Woman. Good Dick venait de cette idée qu’une femme sur trois est abusée sexuellement pendant son enfance. Et comment elle gère son intimité en grandissant. On a construit le film autour de ce personnage, cette femme qui réapprend à avoir des relations intimes. Quelle est l’étape majeure qui l’aidera ? Quelqu’un qui lui lave les cheveux pourra changer sa vie. Ces concepts, rien que la nature épique d’être un vrai personnage dans un film, ne pas avoir un fragment de personnage mais un spectre complet de ce qu’est une personne…

C’est fort et spirituel pour moi d’aider les gens avec des histoires. C’est pour ça que j’ai fait ce métier et c’est ce qui me fait continuer.

Et tu en tires quoi?

En tant qu’artiste, tu veux être guéri. Tu travailles en pensant que ça aidera plein de monde mais tu ne réalises pas que ça t’aide aussi. Ça m’aide d’aller tous les jours sur un plateau. Je crois que tout le monde a un syndrome de stress post-traumatique après un événement ou un autre dans sa vie. Et en faisant quelque chose, ça permet de te soigner et te valoriser si profondément. Ca remet en cause la politique et la société, ça aide à rendre le monde meilleur. C’est important de continuer.

Tu pourrais t’arrêter de travailler?

Je me sers du travail comme soupape de décompression, je me dis « Je peux mettre ce trauma dans mon travail » et pouf, c’est parti. Je suis très zen dans ma vie, tout est beau, j’ai une expérience paradisiaque à chaque fois que je me réveille avec mon magnifique chien (ndlr. Un rescue Shih Tzu nommé Marlowe Monet) ! Et après avec le travail il y a toujours ces histoires intéressantes beaucoup moins paisibles. Donc ouais, si quelque-chose arrive dans ma vie, ça devient plus facile de l’exprimer dans mon travail. Je ne sais pas si je serais aussi calme si je faisais un métier différent.

Est-ce que t’as une anecdote fun/bizarre d’un rôle que tu as joué?

Je jouais dans un court-métrage, When You Find Me, réalisé par Bryce Dallas Howard (j’avais 17 ans quand je l’ai rencontrée) et je devais jouer une mère morte dans son lit d’hôpital. Je devais juste rester complètement immobile, avec les enfants acteurs qui jouaient mes enfants en train de pleurer autour de moi. Je demandais à Bryce si je devais rester encore plus immobile et elle me dit « Oh non, t’as VRAIMENT l’air morte ». Je ne sais pas si je devais la remercier ou…!  Ce métier est vraiment bizarre ! J’aime voir comment nos parcours évoluent.

C’était un plaisir de travailler avec Bryce et maintenant elle fait Star Wars avec The Mandalorian. Elle a eu le scénario où il n’y avait que des personnages masculins et elle s’est dit « on va mettre que des femmes » à la place ! Enfin des femmes qui interagiront les unes avec les autres sur des sujets intéressants ! Si il y avait une réplique pour un personnage féminin du style « Han je ne sais pas quoi faire », elle la donnait à un personnage masculin. Yaaay Bryce !

Place à des questions très importantes !

Si tu pouvais vivre dans un film, lequel ça serait?

*grogne*…Il faut en choisir un?

Bien sûr!

Bien sûr ! Je crois que… J’aimerais être dans la plus grande histoire d’amour de tous les temps. Etre dans quelque chose collaboratif et merveilleux. Beaucoup de bruit pour rien de Kenneth Branagh c’est le monde dans lequel je veux vivre. C’est trop bien d’avoir une communauté, des supers mariages… Et le personnage de Béatrice est tellement féministe. Je veux juste vivre dans ce rêve d’été où les gens tombent amoureux. Et je veux aussi manger toute la nourriture de ce film !

Tu es coincée dans un ascenseur, avec qui aimerais-tu te retrouver?

Oh wow ! Il y a tellement à discuter avec des réalisateurs comme Roy Andersson ou Léos Carax. J’adore A Swedish Love Story. Roy Anderson est tellement fort, je veux juste lui parler et lui dire « what the fuck? ». Pour Léox Carax, je me souviens de Les Amants du Pont Neuf et d’avoir regardé tous ces films avec Juliette Binoche parce que ma famille est polonaise et on a grandi en regardant les films de Krzysztof Kieslowski. Il a réalisé Trois Couleurs: Bleu avec Juliette Binoche et je me disais « Putain, ça c’est un niveau supérieur, on n’arrivera jamais à ce point ! » J’ai en moi tous ces films français, tout Truffaut… Quand on était petits on faisait semblant d’être dans ces films.

J’adore Binoche avec son pansement sur les yeux dans Les Amants du Pont-Neuf, Carax serait intéressant à avoir dans l’ascenseur parce que je pourrais juste lui dire « yo mec, tu étais amoureux de Binoche et tu lui mets un patch sur l’oeil ! » Qui a eu cette idée? Elle est géniale ! Et Binoche pourrait être coincée avec nous, elle est incroyable, si vulnérable et ouverte.

Je suis aussi passionnée par ces acteurs de télévision au Royaume-Uni. Il y a ce type, Shaun Evans, dans cette série qui s’appelle Endeavour, il est si exquis, il réalise une symphony de subtilité avec son personnage. Et j’ajouterais aussi Audrey Estrougo, une cinéaste super talentueuse que j’ai rencontré quand on faisait nos premiers films. Donc voilà mon ascenseur !

Si tu pouvais changer une chose dans le monde…

Je veux donner de l’empathie aux gens qui n’en ont pas.

 

                                                                                                                                Robe – LoveShackFancy

 Et pour finir, c’est quoi les prochaines étapes?

J’étais tellement contente de réaliser deux épisodes de la série Happy avec Christopher Meloni. C’est ma joie de pouvoir travailler sur une série de cette ampleur. Pour chaque épisode, on avait assez de budget pour aller vraiment au fond des choses. J’étais sur la 6ème avenue, en tournage avec Meloni, juste à l’endroit où j’étudiais adolescente, avec mon petit sac à dos !

J’ai aussi joué dans la série Good Omens avec mon ami Neil Gaiman. C’est une série épique, je suis dans l’épisode 3 et on a tourné en Afrique du Sud. Neil, qui a écrit le livre dont est tiré la série, est mon plus vieil ami, je ne sais pas si il est vraiment humain ! La façon dont son cerveau fonctionne est si intéressante, il est très imaginatif, il n’est pas comme les autres ! J’étais là-bas pendant 3 semaines, j’ai vraiment pu vivre l’expérience complète. C’est vraiment un rêve devenu réalité.

C’est tellement cool de voir tous ces films et toutes ces séries réalisés par des femmes, il était temps ! C’est bénéfique pour les garçons et les filles. J’ai hâte de voir ce qui nous attend, je suis plus que prête !

Du côté politique, je travaille sur l’indépendance écossaise depuis que j’ai 16 ans car je suis membre du Parti National Ecossais, mené par des femmes. Ce projet aide vraiment la communauté et est vraiment excitant en ce moment.

 

Il est midi à L.A. 21h en France.

Marianna est sûrement allée se promener avec son chien, a pris un thé Matcha sur le passage et a poursuivi sa journée de Super Woman.

Pour ma part, encore emprise de l’énergie communicative de Marianna, je suis allée directement ouvrir Netflix et j’ai regardé GLOW d’une traite. Et elle avait raison, c’est la meilleure saison !

Interview – Claudia Bortolino

Photo – Jaclyn Campanaro

Illustrations – Lucie Mouton

 

Éva Merlier fait des photos pour le Queer Month

Éva Merlier fait des photos pour le Queer Month

Éva Merlier fait des photos pour le Queer Month

J’aimerais qu’un jour nous puissions être pleinement ce que nous souhaitons être.

Qu’un jour il n’y ait plus besoin de lutter.
Qu’un jour, chacun.e puisse se définir comme iel le souhaite, sans que personne ne remette sa parole en doute.
Qu’on laisse chacun.e utiliser l’étiquette qui lui convient ou lae laisser convenir de ne pas en utiliser.

J’aimerais que les rangs se resserrent et s’unissent au lieu de se jeter en pâture aux plus armés.
Qu’on prenne enfin le temps de s’écouter et de se comprendre.
Comprendre que parfois, la violence est la seule réponse qui reste face au désarroi des personnes invisibilisées.

Comment se faire entendre quand personne ne nous écoute?
Comment se faire comprendre quand on se fait écraser par une large majorité?

Nous sommes toutes les lettres du sigle LGBTQI+, Il serait impossible de toustes nous représenter. Pourtant, nous sommes là.

À toustes mes adelphes trans, PD, bi, gouines, et aux autres, à toustes mes ami.e.s TDS et aussi à nos allié.e.s,

Nous seronS uni.es ou nous ne serons pas.
Nous avancerons ensemble ou nous n’avancerons pas.

Modèles – Nyx, Daniel Galicia, Lilith, Oscar, Ken Trophy, Cédric, Olive, Yan

Texte et Photograpie par Eva Merlier

Alex Autajon Charmeur de Son

Alex Autajon Charmeur de Son

Alex Autajon Charmeur de Son

Alex Autajon, a la double casquette (même s’il n’en porte jamais) CAR ALEX EST DJ et Producteur. Jadis enfoui sous des tissus barioléS, Alex se découvre aujourd’hui avec son nouveau projet qui ne cesse de vibrer au son du succès. Après nous avoir fait danser pendant des heures à La Commune pour l’Aprèm Queer #4 : portrait de Monsieur Autajon.

La première fois qu’on a rencontré Alex Autajon, c’était sur le vieux canapé d’une vieille ferme où on l’avait interviewé pour la première fois. Il était caché sous un (magnifique) foulard blanc à effet géométrique, il était timide, oui, mais à l’époque il nous faisait déjà danser comme des fou.olle.s en délire.

Quelques années plus tard Alex se tient devant nous sur la scène de la Commune devant plus de 300 personnes déchaînées-en-sueur qui palpitent au rythme des ondulations sonores d’Alex Autajon

Aujourd’hui on vous présente son dernier projet au sein de l’écurie MOVELTRAXX sortie le 25 janvier dernier :

Don’t Need U/ Broken’ est le tout premier EP solo avec en featurings, le chanteur Sugur Shane qui illumine le titre ‘Broken’ et Ethyène pour un remix de ‘Don’t Need U’.

En bonus (et pas des moindres) Alex peaufine son identité visuelle avec Igo Studio (Steven Mazzola et Coline Meunier) et sort le clip hypnotico-relaxant de Don’t Need U. 

Klaire fait Grrr pour Cacti Magazine

Klaire fait Grrr pour Cacti Magazine

Klaire fait Grrr pour Cacti Magazine

Depuis dix ans, Klaire fait grr, mais pas que. Elle fait aussi des fictions à la radio, écrit des livres et des articles, parle des règles sur scène et adresse de somptueux pieds-de-nez aux cyberharceleurs, sans jamais cesser d’être drôle et d’honorer le dieu fromage fondu.

A l’occasion de sa venue à Lyon pour jouer une date unique de son spectacle Chattologie, elle a accepté de répondre aux questions de Cacti et nous avons parlé PMA, féminisme, Prince Charmant, et, évidemment, raclette.

D’aussi loin que je me souvienne (j’ignore si cette formule est française mais elle sonne début de légende, c’est chic), tu t’es toujours appelée Klaire fait grr. Ça veut dire que tu as toujours été révoltée ?

J’ai choisi ce pseudo il y a 10 ans, à l’ouverture de mon blog. J’ai pas le souvenir d’y avoir réfléchi mille ans, mais je crois que c’est pas un hasard que je ne l’ai pas appelé « Klaire fait des petits sauts de joie tellement le monde est merveilleux et tout va bien » ! Donc, oui, je suis née de mauvaise humeur de toute façon, et comme le monde est bourré de trucs à se taper la tête contre les murs, ça colle assez bien, finalement.

Qu’est-ce qui a fait qu’un jour tu as posé la première pierre de ton personnage, et quelle était-elle ? (ça aussi ça sonne bizarrement, mais tu vois ce que je veux dire…)

Honnêtement je suis en train de me visualiser en train de construire un petit mur de brique c’est plutôt sympa, sauf qu’évidemment je fais ça l’été en plein cagnard donc je viens de choper un coup de soleil sur la nuque et un moustique vient de se noyer dans mon mortier.

A part ça, je ne sais pas trop, il faut se remettre il y a 10 ans, je n’avais aucune idée du fait que le pseudo de ce blog ce serait mon nom de scène, d’autrice, de chroniqueuse… aujourd’hui à 18 piges un jeune qui se lance sur YouTube (l’équivalent actuel des blogs) sait direct qu’il peut se professionnaliser, se faire repérer, nous que dalle.

Donc on peut se dire rétrospectivement « tiens, quand j’ai fait des posts pour me foutre de la gueule de la première campagne de Sarkozy ou de la Manif pour tous, c’était le premier caillou vers ce que je fais aujourd’hui », mais en vrai à l’époque c’était juste « oh, un caillou ». En fait, j’ai toujours écrit des petits trucs dans mon coin, et puis il y a eu un internet, ce qui a fait que mon petit coin est devenu public. Je sais qu’à chaque fois, je voulais écrire un post qui « dénonce », (j’étais très en colère n’oublions pas), mais je ne pouvais pas m’empêcher de faire une blague sur la raclette et Patrick Sébastien dans mon texte) (Pour les plus jeunes, Patrick Sébastien est l’ancêtre de Cyril Hanouna environ). J’essayais de lutter contre, mais petit à petit, c’est juste devenu un peu mon truc de parler d’un truc sérieux et de glisser un mot sur la raclette. Finalement l’un n’empêche pas l’autre et ça me va très bien.

Tu fais des chroniques sur la recherche du Prince Charmant sur Arte Radio (ici et là). Le Prince Charmant 2019, pour toi, il devrait ressembler à quoi (à part à Chris Hemsworth) ?
En vrai, le Prince Charmant 2019, il est surtout optionnel. J’ai écrit des fictions radio là-dessus parce que ça m’inspirait moi, mais le vrai Prince Charmant, c’est peut-être ton pote qui te met pas la pression pour faire des enfants, être en couple, ou aimer la raclette. Tout le monde n’aime pas la raclette, et il y a des gens pour qui c’est difficile à comprendre. Ce n’est pas très gentil pour les raclettes-free. J’ai un vrai doute sur la qualité de cette métaphore, mais vous voyez l’idée ?

Légende : Ouaiiiis… En fait non.

Suite à ta vidéo dénonçant la proposition de Marion Maréchal de retirer les subventions au planning familial, tu t’es faite trollée de ouf et tu as eu une idée brillante : faire un recueil des pires insultes que tu as reçues et le vendre au profit du planning familial. Qu’est-ce que ça a donné ?

Ça a donné que ça a beaucoup plus marché que prévu, il y a eu des tas de ventes et ça a permis de récolter 14 mille euros environ au profit du Planning. J’en ris encore. Evidemment, c’est une goutte d’eau par rapport aux coûts de fonctionnement, c’est pas ça qui a changé la donne, mais c’était un gros CHEH, voilà ce qu’on fait de vos insultes. Cela dit, c’était terrifiant de percevoir au-delà de la violence des insultes, ce discours lancinant de « si tu avortes c’est que tu as fait une connerie », sous-entendu (ce qui revenait beaucoup « t’es une salope »,) de reproche, donc, fondamentalement d’être libre d’avoir une vie sexuelle. C’est très inquiétant.


Tu joues Chattologie, un seule-en-scène qui parle de la chatte et des règles, depuis un an et demi maintenant (à la Comédie Odéon à Lyon le 30 mars). Est-ce que tu as remarqué une évolution des mentalités sur ces sujets depuis que tu as commencé ?

Déjà, je crois que l’affaire Weinstein et le mouvement #metoo qui s’en est suivi, c’est arrivé pile au moment où je commençais à jouer Chattologie. C’était hyper fort de sentir une connexion avec ça, comme si chaque petit caillou, un hashtag ici, un spectacle, un témoignage, une vidéo, une pancarte, un texte de loi, une femme qui dit non, c’était autant de mains qui se lèvent pour dire hon-hon, stop, ça ne passe plus.

Mais c’est un combat qui couve depuis longtemps et qui grondait depuis quelques années. Nous sommes les héritières de celles qui ont levé le poing quand c’était nettement moins dans l’air du temps. Quoi qu’il en soit, paf, quelque chose explose en 2017 et depuis, oui, je trouve que les choses changent. Alors bien sûr, il y a un biais pour moi, par définition les gens qui viennent me parler de règles après le spectacle sont ceux qui sont à l’aise avec l’idée d’en parler. Mais ça évolue quand même, j’ai vu des ados même pas morts de honte avec leurs parents, des papas, des papis… C’est le but. Moi, ce que je veux, c’est ne plus avoir besoin de jouer ce spectacle.

Légende : Toi j’ai un plan pour toi samedi prochain

Est-ce que tu te souviens de ce qui a provoqué ton « entrée en féminisme » ?
Je ne me souviens pas d’un avant-après, mais Twitter a clairement été une porte d’entrée en tout cas, qui m’a fait entendre des paroles que je ne recevais pas avant. C’est marrant, en 2013 j’ai écrit un petit bouquin d’humour pour me moquer de l’injonction de l’épilation faite aux femmes ; à aucun moment je ne me suis dit que ça relevait du féminisme. En fait, j’étais comme beaucoup de gens je crois, sincèrement indignée par de nombreuses discriminations et violences faites aux femmes sous des formes diverses, sans percevoir que ça relevait d’un système global. Je ne sais pas quand j’ai réalisé ça mais je pense que la bascule est là.

Légende : Cœur sur toi Bozo the bush

Si tu devais donner trois tips à un.e apprenti.e féministe, ce serait quoi ?
Je me considère moi-même comme une apprentie féministe, du coup je dirais qu’il faut jamais qu’on arrête de se remettre en question, et qu’on continue de s’ouvrir aux autres. Ça a l’air facile comme ça mais c’est dur d’entendre qu’on a parfois tort, et changer, réfléchir… Donc haut les cœurs, haut les poings, et que ça continue.

Est-ce que tu as d’autres projets qui te tiennent à cœur et dont tu as envie de nous parler ?
Je viens d’écrire un documentaire radio qui sera en ligne en avril sur ARTE Radio, à propos du don d’ovocytes. Ça s’appelle Plaisir d’offrir. Je suis curieuse et j’ai peur des réactions, mais travailler sur ce sujet était passionnant, et les problématiques autour de la procréation médicalement assistée (PMA) n’ont pas fini de s’inviter dans nos débats, d’autant que le gouvernement n’arrête pas de décaler les débats sur la loi comme si les corps des femmes étaient des sujets de troisième zone… Je crois que beaucoup de gens ne comprennent pas grand-chose à la PMA, et c’est assez normal car c’est technique, scientifique, éthique, intime et universel, bref : compliqué.

Mais si les Français.e.s doivent vraiment se foutre sur la gueule sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, aux femmes célibataires, à l’autoconservation des ovocytes… je les supplie de se renseigner au moins un peu avant d’être contre, par peur ou par ignorance.


Pour finir, un petit jeu de rôles. Je t’invite à une soirée raclette mais je te préviens, il y aura soit Laurent Wauquiez, soit Catherine Millet (qui a signé la tribune sur la liberté d’importuner). Tu choisis qui ?
JE CHOISIS LA RACLETTE !