Agathe Villecourt

Agathe Villecourt

Présentons Agathe façon entretien d’embauche pour commencer!

Agathe Villecourt, 24 ans, taureau,  actuellement animatrice périscolaire en complément de son travail de création sur bois. Voilà, on vous a peint le tableau général. Maintenant que vous voulez en savoir plus, on va entrer dans les détails !

Entre création de meubles et sculpture, Agathe explore tout le potentiel que peut offrir le matériau. Depuis un an, elle expose, vend et propose ses services sur son site La Symphyse (aidé par son père graphiste et son frère web-marketer).

C’est une mise à niveau en art appliqué – après un petit détour par un bac pro vente – qui lui permet de faire enfin ce qu’elle aime. En un an elle découvre plusieurs corps de métier dans l’art dont l’ébénisterie. Un stage chez un ébéniste dans la Drome spécialisé dans la restauration du patrimoine lui met la puce à l’oreille !  Elle trouve sa vocation qu’elle confirme avec un CAP sculpture sur bois où la création artistique prend toute son ampleur. D’avantage dans le toucher, le visuel, le modelage, Agathe consolide sa relation avec le bois ! Mais pourquoi choisir entre construction et création ? Agathe décide d’allier les deux dans son travail.

Agathe ne sait pas trop ce qui l’a attiré vers le bois si ce n’est son feeling. Elle voit ce dernier comme une matière noble et modelable, pouvant se montrer aussi brut et dur que souple et vivant. Il y a aussi cette idée que le bois est une matière accessible, connue et aimée de tous·tes, elle est noble sans être snob.

Dans sa formation d’ébénisterie, la majorité des élèves était féminine et pourtant dans le métier, on retrouve une écrasante majorité d’hommes. Comme dans beaucoup de domaines malheureusement, le monde du travail est plus clément avec les boyz. Les collègues masculins d’Agathe avaient plus de facilité à trouver un stage puis un emploi alors que lorsqu’elle arrivait devant un ébéniste, on demandait tout simplement à Agathe pourquoi elle voulait faire cela.

Agathe sculpte selon son imagination mais répond également à des commandes. La sculpteuse veut avant tout que son travail soit le fruit d’une discussion et d’un échange au sujet de la pièce finale en privilégiant la complicité avec ses client·e·s. Le but étant aussi d’offrir une expérience et la satisfaction d’avoir une création unique modelée suivant ses envies. Lorsque les pièces à créer demandent de l’espace, elle décampe dans la Drome, où la maison de ses parents, anciennement garage automobile, lui laisse tout l’espace nécessaire pour s’exprimer et travailler surtout. L’arrière grand-père d’Agathe lui avait déjà pavé le chemin, ébéniste lui aussi, son stock de bois sert maintenant à son arrière petite fille. Plutôt cool comme fournisseur !

Lorsqu’elle n’a pas la tête dans le bois, Agathe se réfugie aussi dans la musique. Lorsqu’elle était ado, elle se hasarda sur Garage Band sur le Mac de son père, ce qui l’a amené à commencer à chanter et écrire des slams (ouais tout ça !). Depuis elle ne s’est jamais arrêtée et les instruments de Garage Band n’ont plus aucun secret pour elle. Son matériel s’est étoffé avec un synthé midi qui lui permet de créer sa musique expérimentale électronique. Pour écouter ces sons c’est par ici.

La création, que ce soit sur bois ou sur synthé, Agathe la ressent comme une nécessité pour projeter sa frustration, sa colère, sa joie et toutes les autres émotions entre. Elle a trouvé un moyen de s’exprimer autre que les mots, et apparemment ça marche plutôt bien ! 

Portrait – Claudia Bortolino

Photos d’Agathe par Violette Portier

Odile Cantero

Odile Cantero

Odile est une comédienne d’improvisation de Lausanne née à Madrid. Mais tout ça ne nous en dit pas assez sur Odile ! Je vous invite donc à un petit voyage dans le temps pour suivre la genèse d’une star !
Lorsqu’elle avait 12 ans, pour combattre sa timidité, Odile est allée au club d’impro de son école après la cantine et BIM, la machine fut lancée ! Elle a enchainé avec des matchs d’impro dans une association, puis un premier spectacle, puis un stage d’été au iO Theater de Chicago, une école méga renommée qui a entre autre formé Tina Fey et Amy Poehler ; et après elle a même été payée pour faire rire les gens. And the rest is history !

On va s’attarder un peu sur l’iO, parce que WAOW quand même ! Pendant cette formation, Odile a parcouru en 5 semaines intenses, ce que les élèves de l’école font en 3 ans. Cela lui a permis de se familiariser avec l’approche anglo-saxonne de l’impro, 100% basée sur la comédie et plus détendue que l’approche française qui s’attache d’avantage à la narration d’une histoire lors de joutes verbales.

Odile remarque un déséquilibre dans la parité homme-femme au sein des humoristes en francophonie. Et cette inégalité prend souvent sa source dans l’éducation des jeunes filles qui se sentent obligées/sont obligées de laisser tomber la comédie lorsqu’elles doivent attaquer leurs études. Dans son équipe de junior (ouais, parce que Odile donne aussi des cours), elle pousse les filles à continuer dans cette voie car elle est persuadée que ça leur fera du bien.

Un soir autour de bières, elle échange avec Christelle Delbrouck, une comédienne belge, les retours sexistes des spectateurs ou de leurs collègues masculins. En riant de ces commentaires surréalistes, elles se rendent compte qu’il y a quelque chose à faire : partager leurs histoires pour soutenir, responsabiliser et même instruire leurs compères, toujours avec humour of course ! Leur but ? S’éloigner des clichés pour créer de nouvelles perspectives de jeu.

 

 La force du faire ensemble, la fusion des idées, la prise de risque commune et collective, c’est ce qui fait couler une petite larme à Odile !  L’impro c’est ne jamais savoir dans quoi tu vas t’embarquer et être partant·e pour tout. C’est aussi développer une relation privilégiée et galvanisante avec le public pour faire circuler l’énergie entre la scène et les spectateurs. Et oui, tout ce travail pour vous faire rire !

 

 Et si Odile pouvait organiser un dîner parfait en bonne compagnie, elle inviterait Tina Fey, Bachri, Bill Murray, Emmanuelle Laborit et le chanteur des Kooks. Quel mélange !

 

 Retrouvez Odile du 10 au 13 octobre dans Les Exs à l’Improvidence.

 

 odilecantero.com

Photos – Amandine Giloux du studio AGIL

 

Eloïse x Lucie x Chloé

Eloïse x Lucie x Chloé

Quand Eloïse couturière rencontre Lucie illustratrice ça donne quoi?  

Alors?

Réponse: des vestes mixtes taille unique plus cool tu meurs avec un motif comme on les aime.

Et quand tout ce beau monde rencontre Chloé photographe, on a le droit à un shooting qui donne envie de crier :

WAOUW!

 
 

 

On a deviné que vous vouliez en savoir un peu plus sur Eloïse alors on lui a posé quelques questions…

Eloïse est lasse de l’uniformisation des silhouettes féminines dans la mode. Solution: elle crée sa marque de prêt-à-porter unisexe éponyme !
Costumière, habilleuse et couturière, elle met à profit ses talents en créant de A à Z des vestes non genrées à taille unique. Sa démarche valorise des confections épurées dans des matériaux naturels (respect de l’environnement please !), avec de la gueule !
 

Quelle actrice jouerait ton rôle dans ton biopic ?
Pour moi vieille : Meryl Streep. Et puis en française… Marina Foïs.


Avec qui aimerais-tu être coincée dans des embouteillages?

Bon pourquoi pas Barack Obama ! Park Chan-Woo et… Pour la parité des invité·e·s Beyoncé et Rei Kawakubo


Qu’est-ce que tu aimerais changer dans le monde ?

L’éducation, au sens large.

Si tu devais vivre dans un film, une série ou un livre ?

Une série ça serait The Office car même si c’est un énorme con j’adore Dwight. Un film ça serait Mon Oncle de Tati. Et pour le livre Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders.

Fuck, Marry, Kill: Drake, James Dean, Elijah Wood

Oh c’est dur! Alors je fuck Drake, marry Elijah Wood et kill James Dean.


 
 
 
Direction Artistique + Phorographie – Chloé Guilbert
Vestes mixtes – Eloïse Gilbert
Motif des vestes – Lucie Mouton
Modèles – Farmata, Léa, Steffi et Titouan

Kiyémis

Kiyémis

Il y a quelques temps, une partie de la Cacti team a rencontré la superbe Kiyémis dans un bar. On a bu, on a écouté Prince en boucle et on a discuté afroféminisme avec cette passionnée.
En plus de tenir son blog Les bavardages de Kiyémis, elle sort un livre le 22 mars aux éditions Métagraphes. BOOM, prends ta dose de Girlboss !
 
Vous vous demandez de quoi parle le livre ? Il suffisait de demander…

A NOS HUMANITÉS REVOLTÉES

Des vécus pluriels, des présences et des mémoires qui gravitent autour des vers, des voix sororales et décoloniales : c’est ce que Kiyémis fait exister avec engagement dans une poésie vibrante et imagée qui dit ses inspirations et ses luttes. Ses poèmes, qui donnent à saisir la force des mots autant que celle des êtres, sont afroféministes et ils résonnent en dessinant des perspectives ouvertes.
Avec ce premier livre, Kiyémis revendique la nécessité de prendre la parole face aux systèmes d’oppression, de continuer d’écrire ce qui a trop souvent été tu et de faire entendre des luttes multiples, entremêlées, à l’intersection.
 
Kiyémis est une jeune écrivaine et blogueuse afroféministe qui publie de nombreuses reflexions sur l’actualité, la place des minorités et les systèmes d’oppression. Elle a étudié l’histoire et les sciences politiques et est inspirée par les créations artistiques et les travaux intellectuels qui proviennent des espaces diasporiques afrodescendants. Elle a hérité de ses parents la fierté d’être une femme noire et l’amour des débats politiques. Nouvelle voix de la littérature contemporaine, Kiyémis signe avec A nos humanités révoltées un recueil vif, saisissant, sans détours et qui interpelle volontairement.
Pour le commander, c’est par ici !


Et parce qu’on sait que vous n’en avez pas eu assez, on vous tease l’interview qu’elle a donné pour Cacti #4, qui sortira le 27 avril, accompagné des photos d’Eva.

 
Propos recueillis par Anaïs Gningue

Lilith – Friendly Witches !

Lilith – Friendly Witches !

Dans l’océan d’informations relatif à la sorcellerie, il est vite fait de se perdre.La pratique est si ancienne et si déclinée qu’il est difficile de renforcer ses connaissances dans le domaine sans rencontrer quelqu’un du milieu qui peut nous parler de ce qu’il ou elle fait. Pourtant, les blogs, chaines, comptes instagram et autres sites web dédiés fourmillent et se multiplient, donnant sans douteune nouvelle impulsion à la sorcellerie.

« Sorcière », le mot est féminin. Je me suis demandé qu’en penser. Je me suis questionné sur le rapport entre la sorcellerie et le genre. J’avais évidemment mon avis sur le sujet mais je ne trouvais aucune source sur lesquelles m’appuyer, sur lesquelles construire mes arguments. Je suis alors allée à la rencontre de deux jeunes femmes lyonnaises qui pratiquent le tarot et/ou la sorcellerie. Toutes deux se questionnent sur les femmes d’aujourd’hui, sur le genre et la sexualité, dans la société et dans leurs pratiques respectives. Laurie et Lilith ont accepté de répondre à mes questions, même les plus naïves. Mon entretien avec Laurie restera privé mais a guidé mes questionnements et m’a aidé à aborder le sujet avec Lilith.

Clémentine: Salut Lilith, peux-tu te présenter ? Tu te dis sorcière. Peux-tu m’en dire plus ?
Lilith: Je vais commencer par expliquer mon vocabulaire : pour parler de moi, j’utilise sans problème le mot sorcière, néanmoins pour parler des gens qui pratiquent la magie, j’utilise le mot « witch ». Pourquoi ? Parce que le mot witch va au-delà des genres. C’est un mot neutre, même s’il a pris une connotation féminine avec le temps.
Je me définis comme une jewitch (jew + witch). Sur Tumblr, tu peux retrouver facilement les witches abrahamiques : musulman·e·s, chrétien·ne·s, juif·ve·s. Je suis également une sorcière moderne, une sorcière connectée. J’utilise un peu tout dans ma pratique, j’adapte énormément les choses. J’ai écrit un ebook qui s’appelle Emoji Spells : jeter des sorts avec son téléphone portable, c’est quand même hyper cool ! Je suis aussi une sorcière fainéante – plus c’est simple, plus ça me parle, d’où mon amour pour les sigils (Un sigil est une inscription ou un symbole qui représente une intention magique. Il vient du latin « sigillum » qui signifie « signature ») et leur pendant moderne, les emoji spells.
Je reçois beaucoup de remarques de gens qui me disent qu’on ne peut pas être juive et sorcière: j’ai envie de dire, on fait ce que l’on veut ! D’autant plus que le tarot a des origines kabbalistiques, que la haute magie a des origines kabbalistiques, que les sigils sont d’origine kabbalistique, que les pentagrammes s’écrivent pour beaucoup en hébreu… Et la kabbale (la vraie, pas la secte de Madonna avec le fil rouge), c’est juif ! Aux USA et sur internet, il y a plein de jewitches, dont certaines officient pour les fêtes juives, donc impliquées dans la vie de leur communauté religieuse et dans la pratique exotérique. Mais en France, ça a l’air de gêner qu’on puisse avoir une foi abrahamique et qu’on se dise witch. Gaby Herstik, la witch qui écrit sur Nylon, est juive et d’origine mexicaine – sa magie mélange tout ça, et ça ne gêne personne. Je suis une sorcière inclusive : dans mon groupe Facebook, on trouve des witches de toutes origines religieuses, sociales, de tous genres, j’ai même des witches laïques, qui n’ont aucun dieu, ou des witches sceptiques qui ne croient pas à l’efficacité des sorts.

La sorcellerie aujourd’hui c’est quoi ?
La question piège ! Je dirais que c’est un peu de tout, des cultures et des horizons différents, le respect de soi et des autres, un outil de développement personnel, une aide psychologique, un lien entre les gens, c’est la tradition qui rencontre la modernité. C’est aussi ce qui dérange la société. De manière plus prosaïque : tout ce qui propose une alternative au monde actuel. Le féminisme, les personnes transgenres, non-binaires, les militant·e·s. C’est aussi les véganes, les partisan·ne·s de la décroissance. Les ZAD. On le voit avec des collectifs comme WITCH BLOC.
La sorcellerie, c’est s’assumer, casser les cases et les moules dans lesquels on veut nous faire rentrer.
Aujourd’hui, on peut être une fashion witch, jeter des emoji spells, mais aussi écrire à la plume sur son grimoire, on peut faire ses propres bougies avec du matos Aroma Zone.
Mes rituels préférés : me faire les ongles (oui !) ou jeter des gif spells : je tweete un gif qui représente ce que je veux manifester. J’adore charger mes bougies d’intentions aussi, et les laisser brûler à leur rythme. Dernièrement, j’ai gravé un sigil pour la libération de ma kundalini (energie du pur désir) sur une bougie rouge et j’ai placé la bougie dans son verre à bougie. Tout aurait dû bien se passer, mais le verre a explosé. J’y vois un symbole de la réussite de mon sort!

Dans tes diverses pratiques, il y a le tarot. Pourquoi le tarot ? Peux-tu m’expliquer les enjeux que ça soulève ?
Depuis gamine je suis fascinée par tout ça : la magie, les cartes. Je sais que je reçois la visite d’esprits mais j’ai encore peur de les laisser me parler. Mais attention : pas besoin d’être psychique pour être une sorcière ou tirer les cartes !
Avec mes soeurs, nous jouions « aux soeurs Halliwell », nous sommes trois ! D’ailleurs dans cette série, Charmed, Phoebe offre un tarot à Paige et Chris tire les cartes. Dans cette série, notre witch abrahamique Piper se demande si elle a le droit d’aller à l’église en étant sorcière. Oui, elle peut être sorcière et chrétienne.
Je trouve au Bal des Ardents ce qui sera mon premier tarot, pas du tout le top pour débuter mais à l’époque je n’y connaissais rien et j’en avais franchement rien à faire : le Tarot de Mars de Quentin Faucompré, publié au Dernier Cri. Il est très phallique et expressif, et j’adore ! Depuis, je ne me suis pas arrêtée. Jamais.
Pourquoi le tarot ? Le tarot m’a trouvée. C’est mon truc. Ça me parle. La structure me parle. J’ai du mal avec les oracles, il n’y a pas ce chemin universel de l’âme humaine incarnée que l’on retrouve dans le tarot.
Pour moi le tarot est un outil de connaissance de soi avant tout. Il ne ment pas, il ne triche pas. Il te dit, et tu fais ce que tu veux avec ce qu’il te raconte. Tu es libre d’agir ou de ne rien faire. Mais tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas. Beaucoup de gens ont peur du tarot, on m’a même dit que je parlais avec le diable. Personnellement, je ne crois pas au diable comme on nous le présente, le diable est une notion archétypale comme une autre, et si parler avec le diable c’est apprendre à faire tomber les masques et les faux-amis et les faux- semblants, alors oui, on peut dire que via les cartes je parle avec le diable.
Le tarot m’a aidée à me retrouver, à m’assumer, m’a aidée à sortir de la dépression… Ce n’est pas un remède miracle, mais pour moi, ça a été un tournant décisif.
En parlant avec Laurie, on a évoqué le fait que le tarot semble travailler autour d’une vision très essentialiste du féminisme. Qu’en penses-tu ?
Il ne faut pas prendre le tarot comme un art littéral. Ici, on parle de symboles et d’archétypes. Sur la carte, tu auras un homme ou une femme, certes. Mais ça évoque plus des concepts spirituels que juste le fait d’avoir une bite ou une chatte (oui, je suis une sorcière vulgaire mais j’aime dire les choses). Il y a des jeux qui remplacent les pages par des princesses ou encore le Bad Bitches tarot ne fait figurer que des femmes mais les mots masculins restent – si ça aide des gens, why not. J’utilise le Bad Bitches tous les jours, je l’adore ! Mais il faut garder à l’esprit que nous parlons d’archétypes, et pas de qualités individuelles.
Le tarot, au contraire, est très universel, notamment les arcanes majeurs. Du Mat jusqu’au Monde, c’est le parcours de chaque individu, avec ses qualités et ses défauts, ses étapes, ses peurs… Si tu veux, le tarot c’est un peu comme le Yin et le Yang, ou comme on dit dans Genèse 1, quand Dieu crée le premier être humain « il le créa à son image MÂLE ET FEMELLE IL LE CRÉA ». Ces archétypes mâles et femelles, nous les incarnons tous·tes, nous avons la possibilité de les explorer. Et on dit bien « mâle et femelle », pas « homme et femme » : on parle bien de qualité archétypales et non de genres, et ces notions s’expriment dans tous les genres.
Rien n’est opposé, tout est complémentaire. Le tarot n’est pas une lutte patriarcale en soi. C’est un outil symbolique, de l’encre sur du carton. La façon dont on le lit en revanche en dit long sur notre posture dans cette lutte. Il faut s’affranchir des livres de tarot à la Mme Irma et des significations cartomantiques hyper limitantes, sexuées, et franchement vexantes pour les femmes brunes, qui sont les traîtresses, les femmes fausses… C’est dur, parce qu’on va te dire que tu ne lis pas les cartes comme il faut, mais le mouvement a bien été initié dans les pays anglo-saxons. Ça finira bien par arriver chez nous. J’ai envie de travailler sur un livre de tarot avec des significations plus queers, inclusives. Mais je ne suis pas forcément pour changer les
archétypes – ils sont symboliques. La différence, ça va être dans ta manière de les lire. Du coup, dialoguer avec la/le consultant·e c’est hyper important : savoir son genre, comment il/elle se voit, quel type de personne l’attire.
Mais je comprends complètement le besoin de représentation : le Slow Holler tarot est un mélange oracle/tarot queer, il y a des tarots où les personnages sont racisés… C’est cool aussi, cette évolution ! Mais il ne faut pas se limiter au dessin sur la carte avec le tarot. C’est clairement pas le but. Sinon, il vaut mieux acheter un oracle hyper limitant dans ses illustrations mais qui répondra mieux à la demande.
Sur ma chaîne, j’essaie de toujours donner des exemples qui cassent le modèle standards de la société : j’essaie de donner des exemples aussi pour les polyamoureux·ses, pour les gens qui seraient dans un couple libertin, pour les trans, les solopreneur·euse·s, et je raconte pas mal ma vie pour que les gens voient comment une carte peut s’appliquer dans le quotidien.
Ce qui me dérange plus, c’est les courants spirituels très essentialistes justement : les stages pour se connecter avec la Lune via les règles, les personnes qui se stressent parce que leur cycle n’est pas régulier et à qui on dit qu’elles ne sont pas liées au féminin sacré : WHAT THE FUCK, les personnes qui disent que La Fâme enfante… Je pense que les femmes ménopausées, stériles, ou trans, sont ravies d’entendre ça ! Ça pullule en ce moment sur Internet et je trouve ça dangereux as fuck. Et pas inclusif. Et pas respectueux du choix de certaines femmes de ne pas enfanter.

Enfin, quel est le rapport de la sorcellerie à la sexualité, en terme général, d’après toi ?
C’est une très, très vaste question. Je ne sais pas si je vais pouvoir y répondre correctement. Mais laisse-moi essayer.
Les deux peuvent être liés, mais je pense qu’il ne faut pas à tout prix vouloir sexualiser la magie, ni chercher à rendre magique la sexualité, même si les deux peuvent être très ritualisés. Dans mon groupe, j’ai des witches asexuel.le.s par exemples. En revanche, la magie c’est manipuler les énergies, et la sexualité, la kundalini, l’énergie vitale, la libido, C’EST DE L’ÉNERGIE. Donc en ce sens, oui, c’est lié.
Personnellement, avec le transit de Jupiter en Scorpion, et le Scorpion abritant ma maison 9 et 10 dans mon thème astral, je ressens actuellement le besoin d’explorer les liens entre sexualité et spiritualité – kundalini, tantra, magie sexuelle. Je travaille sur une série d’articles lié au pouvoir transformateur et sexuel du Scorpion. Je travaille la réappropriation du corps notamment en élaborant un numéro de burlesque. Cette année, ces notions, sexe et magie, vont clairement se faire sentir, justement parce que Jupiter est en Scorpion.
Personnellement je trouve la magie sexuelle très efficace – et très agréable à pratiquer aussi !
De plus, si on se réfère à l’image classique de la sorcière qui fornique avec le diable pour avoir ses pouvoirs, forcément que c’est lié dans l’imaginaire commun. La sorcière, c’est la femme impure et tentatrice pour beaucoup, il y a beaucoup de Lilith, la première compagne d’Adam, dans l’image de la sorcière – une femme indépendante et rebelle, qui refuse de se soumettre sexuellement à son compagnon, et qui se fait chasser par lui qui n’a pas eu les couilles de la virer lui-même et a préféré aller se plaindre à Papa, enfin à Dieu quoi…
Dans le Bad Bitches Tarot, Ethony donne au diable une définition très sexuelle – elle parle de BDSM, de tester la contrainte consentie… C’est culotté, mais j’adore cette interprétation de vieux archétypes.

Quelques exemples d’initiatives sex positive :
– le Slutist tarot
– Stripcraft Spellbook
– Chakrubs : des plugs et gode en pierres semi-précieuses…

Je ne voulais pas parler de « grand retour des sorcières », elles ne sont jamais parties. Je voulais comprendre ce qui fait qu’une sorcière aujourd’hui est une sorcière, ce qui fait qu’un mot tout entier explique ce qu’elle fait, ce qu’elle est. Je voulais aussi voir ce qu’une sorcière pense de tout ça, puisque c’est finalement ce qui compte vraiment. Une sorcière elle-seule peut définir sa propre pratique et ses propres croyances.

Je suis heureuse de m’être entretenue avec ces deux jeunes femmes. Je suis heureuses qu’elles aient pu s’ouvrir à moi, m’expliquer clairement, prendre le temps de me faire comprendre, de vous faire comprendre. La sorcellerie est qualifiée d’ « obscure », de « sombre ». Finalement, en ces deux jeunes femmes je n’ai vu que lumière, que tolérance et questionnements légitimes sur elles-mêmes et sur les autres.

 

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Interview – Clémentine Pons
Photos : Titouan Hervet

Vous reprendrez bien un peu de Koockie ?

Vous reprendrez bien un peu de Koockie ?

Un peu avant l’heure du goûter, on a posé nos burning questions à Constance, artiste pluriforme pleine de projets et d’histoires.
 
– Salut Koockie, tu peux te présenter stp?
Ce ptit prénom là a vraiment une histoire. Sur mon visage il y a des éclats de chocolat ! Et quand j’étais gamine je me faisais beaucoup charrier par rapport à ça. Au départ c’était vraiment un complexe, je les arrachais même. Et puis j’ai arrêté de vouloir les combattre et j’ai appris à les aimer !

La question difficile : tu fais quoi dans la vie ?
Il y a quelques années j’étais inscrite en fac de médecine et ma sœur, qui était aussi en médecine, me sort « non mais t’as pas de personnalité, tu fais tout comme moi ! » et j’ai vraiment pris cette phrase comme un challenge. Donc pendant l’été j’ai réfléchi à ce que je pourrais faire d’autre. Et en septembre, je ne suis pas allée en médecine, même si je ne savais pas encore vraiment ce que je voulais faire. Ca a été très difficile, j’étais clairement en dépression. Et cette dépression m’a inspiré.
Je voulais m’occuper des gens, les aider au niveau du physique, et là j’avais une souffrance non physique qui m’était inconnue. Donc je me suis dit qu’en allant en psychologie je pourrai trouver des réponses à mes questions. Et voilà ! Coup de cœur. J’ai fais de la psycho-sociologie et c’était une des plus belles découvertes de ma vie. Beaucoup de révélations, de critiques et surtout de colère.
 
Je me suis rendue compte comment la société m’influençait, comment je me comportais et le fait que mes choix étaient peut-être formatés. Cette prise de conscience m’a rendu plus attentive à mes choix.

Tu peux nous parler de ton entreprenariat ?
Ca fait plus d’une dizaine d’année que je suis au Conseil municipal jeune de Feyzin et à la suite de ça j’ai fait un service civique, qui m’a encore plus ouvert l’esprit. Je voyais au delà des études.
L’habillement, plus que la mode, a toujours été super important pour moi. J’ai découvert le statut étudiant entrepreneur, qui m’a de suite attiré alors j’ai donc demandé le statut et je l’ai eu.
J’ai appliqué ma démarche entreprenariat avec Canopée Consulting : du conseil en image revisité. C’est un service dans lequel j’inclue mes connaissances en psychologie sociale. Concrètement, avant de vouloir aider une personne, lui dire de changer de style vestimentaire ou le critiquer, ma démarche c’est de comprendre. Comprendre comment tu en es venu à donner de l’importance à ton style ou à le délaisser. Partir d’une phase de diagnostic pour déconstruire des ressentis.
On porte un style vestimentaire en fonction des milieux qu’on fréquente, donc c’est aussi comprendre l’univers dans lequel on s’inscrit. Qui sont nos proches, comment les interactions se font autour du vêtement… Toute la dimension sociologique dont on ne fait pas attention.
 
 
Quelles sont tes problématiques phares dans cette démarche ?
Comprendre comment est-ce que la personne investit son apparence, est-ce que c’est subi ou choisi ? Est-ce que ça vient de nous ou de la pression de la société qui force des idéaux ?
Donc j’accompagne la personne dans cette phase de diagnostic, je comprends ce vers quoi elle veut tendre et je l’accompagne dans la démarche pas à pas. Car affirmer un style vestimentaire unique ce n’est pas aisé dans une société conformiste. Il faut aussi se préparer aux attaques tout comme aux encouragements.
Mon but c’est de soigner via l’apparence, sachant que s’occuper de l’apparence, ça revient à la confiance en soi et c’est applicable sur tous les sujets de la vie.

Qu’est-ce que tu penses de l’appropriation culturelle, dont on entend de plus en plus parler ?
Au début je ne la comprenais pas. Parce que je suis née en France et l’idéologie raciste, j’en suis imprégnée que je le veuille ou non. Et l’an dernier je me suis posée la question car je portais tout le temps un kimono japonais, acheté à Amsterdam, vive la mondialisation ! Et moi ce kimono je le trouvais juste beau mais je me suis demandé ce que c’était un kimono pour un japonais, je ne savais pas. Donc pour moi c’était une forme d’appropriation culturelle, je me posais la question de ma légitimité à le porter, avec mon wax sur la tête et mes baskets Nike !
De l’appropriation culturelle il y en a toujours eu, mais le problème actuel c’est le rapport de domination entre les cultures. Les cultures afro sont dévalorisées. Malheureusement si une personne afro porte du wax, ça sera moins jugé beau/ à la mode que si une occidentale le porte. Pour un même objet, la perception change.
J’espère que la problématique de l’appropriation culturelle disparaîtra mais pour arriver à cet idéal, il faut que la France puisse voir en face son passé colonial et ses répercussions au présent, qui sont passées sous silence. Il faut vraiment poser les choses à plat pour que la France puisse se détacher de cette culpabilité.
 
Tu fais aussi du slam, comment tu es arrivée à cet art?
Je m’étais achetée un carnet de dessin que je me trimballais partout et je dessinais jamais dedans. Pour aller à la fac, je passe tous les jours à Gare de Vénissieux, qui relie le centre ville à toute la banlieue, donc assurément, c’est des gens issus de classes populaires. Et à chaque fois qu’il y a les contrôleurs, il y a la police avec eux. Ca m’a ramené à un événement auquel j’avais assisté dans un bus, à savoir un type qui n’avait pas payé son ticket, que les contrôleurs, accompagnés de la police ont fait descendre avec violences physiques. Cette scène m’avait choqué. Et je me retrouve une énième fois Gare de Vénissieux avec ces contrôleurs accompagnés des policiers, ce qui n’arrive jamais en centre ville.
Pour évacuer, j’ai choisi d’écrire, tout simplement, ce qui m’avait mise en colère. Et ça m’a soulagé, c’est devenu ma drogue quand je ressentais quelque chose de fort, tout décharger sur le papier.
Et l’été dernier j’ai relu pour la première fois ce que j’écrivais, je trouvais qu’il y avait un truc. Puis j’ai fréquenté un rappeur de la scène lyonnaise à qui j’ai fait lire mes textes, il m’a de suite conseillé de monter sur scène et de slamer. J’ai dit ok. Trois heures après je fais ma première scène à Thou Bout d’Chant, avec des retours positifs et ça m’a trop encouragé. Alors j’ai enchainé, au Macanudo et sur d’autres scènes ouvertes. A chaque fois c’était en mode spontanée. Donc maintenant j’ai envie d’aller plus loin, de me poser et de retravailler vraiment mes textes.

 
Et tes textes reposent sur quoi ? T’as un thème récurrent ?
Moi ! Moi moi moi ! Ce sont des textes écrits à partir de sensations et d’émotions. Donc ça peut parler à tout le monde. On est dans une société qui étouffe beaucoup les ressentis, donc j’espère que partager mes textes ça peut réveiller certaines personnes.
En général j’écris quand même beaucoup sur le fait d’être femme, autant ma féminité que ma masculinité, parce que j’aime jouer avec les deux, dans mon style notamment. Y’a même des jours où on m’appelle monsieur ! C’est sans pression et ça me dérange pas ! Je pose beaucoup les réflexions sur le féminisme aussi et la façon dont je me l’approprie. Et dernièrement la frontière entre le rêve et la réalité, car j’ai vécu des moments où l’imaginaire était encore plus impactant que la réalité.
 
T’as des projets pour le futur proche ou moins proche ?
Mon objectif c’est que mon travail soit lié à ce que j’aime, mettre mon énergie dans quelque chose qui me permet de me développer personnellement. En partant de moi, j’aspire à aider le plus de personnes possible.
Avec l’association étudiante Sapé.e, j’espère pouvoir toucher pas mal de monde. C’est une association que je suis en train de créer pour réunir les afro-européens autour de la notion de style vestimentaire, de l’assurance par l’habillement.
 


On va passer aux questions plus corsées maintenant !
 
Ta féministe chouchou ?
Ma maman. Parce que c’est la femme forte. Le courage qu’elle a eu et continue à avoir… J’essaie de m’imaginer à sa place, à 18 ans, quitter mon pays avec mon premier né sous le bras, pour faire mon avenir ailleurs. Et arriver dans un pays pas forcément accueillant, où tu vas subir des injustices, mais te dire qu’il faut te battre pour tes enfants. C’est un déracinement et il faut tellement de courage pour prendre cette décision là.
Quelle actrice jouerait ton rôle dans ton biopic ?
Moi ! Je te dirais moi parce que t’as tellement peu de représentation de femmes noires… La figure à laquelle on m’a renvoyé c’est Lupita Nyong’o car elle est noire aux cheveux courts ! Donc l’actrice afro pour mon rôle je ne la connais pas encore ! Tant qu’on n’est pas représenté, c’est à nous-mêmes d’assurer les rôles qu’on veut. Mais je veux bien faire des castings… !

Qui invites-tu à ton diner parfait ?
Moi ! Encore ! J’adore faire des choses toute seule. Non mais j’invite mon ami Joel, un afro français qui évolue dans le monde du théâtre et pour moi c’est un pilier. Quand je me perds dans ce que je vis, je sais qu’il a les mots et les connaissances pour m’aider et me débloquer.
Si tu pouvais vivre dans un film ?
Princesse Mononoké de Miyazaki. Parce que c’est une sauvage comme moi ! Il faut toujours cet équilibre entre le côté sauvage et civilisé et le film montre bien ce dilemme.

Fuck marry kill : Bryan Cranston – John Boyega – Jay-z
Alors kill Jay-Z et je récupère son compte en banque. Fuck John Boyega. Et Marry Walter White (Bryan Cranston), pour son intelligence, c’est une des qualités qui me fait bander. La stimulation intellectuelle c’est ce dont j’ai besoin dans ma vie !

Koockie en bowling star dans le shooting FEMALE TROUBLE de Cacti #3.

Photo de Camille Brasselet