LA GAZETTE D’UNE MAL-BAISÉE – partie 4 – Les choses qui vont bien

LA GAZETTE D’UNE MAL-BAISÉE – partie 4 – Les choses qui vont bien

La Gazette d’une Mal-Baisée

Disclaimer : je ne prétends pas être la représentante de la communauté lesbienne, et comme nous sommes toutes différentes les unes des autres (si si), mon expérience n’est pas universelle.

Partie IV : Les choses qui vont bien

Ça fait trois semaines que je clash sur papier les trucs relous contre lesquels les lesbiennes doivent se battre un peu tous les jours. J’ai reçu que des emojis tristes et y’a une nuage qui me pleut dessus depuis. Donc cette semaine ce sera légèrement différent : un soupçon de feel good !

Parce que oui, y’a des trucs qui vont bien dans le monde des lesbos. Si si. Déjà on est quand même super stylées. Bah oui, regardez King Princess, Anita de Sense8 et maintenant Amandla Stenberg, BOUM.

En plus, la cérémonie des Out d’Or des 18-19 juin derniers a mis en valeur quelques beaux projets / personnalités :

  • Mx Cordélia et ses conseils et critiques niveau littérature (ICI)

 

  • La vidéo d’El Païs pour la journée de la visibilité lesbienne (ICI mais sans sous-titres français encore)

 

  • Marinette Pichon aka l’ancienne capitaine de l’équipe de France de foot, l’une des premières sportives françaises à avoir outé.

 

  • Les podcasts d’Élodie Font sur le parcours de la PMA (ICI) + sur son coming out en tant que lesbienne (LÀ)

 

  • Et MADAME Muriel Douru (CLIQUE ICI), dessinatrice qui fait vraiment du bien et dont je suis secrètement amoureuse (NON JE RIGOLE MIMI)

 

Ces dernières années, les personnages lesbiens ont fait un boum sur les petits écrans :

Orange is the New Black

Grey’s Anatomy

Orphan Black

Lip Service

Faking It

Sense8

même Black Mirror

Même s’il manque encore un peu de diversité, bon sang ça fait du bien de voir des filles comme toi et comme moi en héroïne !

Mention spéciale pour Féminin / Féminin qui explore une multitude de thèmes en plein d’épisodes et qui me fait beaucoup pleurer (de rire ET de tristesse).

On est contentes aussi parce qu’on devrait bientôt pouvoir bénéficier de la PMA pour avoir des bébés avec notre amoureuse (si on le souhaite), et qu’en plus les Français·es sont moins con·nes qu’en 1990 puisqu’ils sont aujourd’hui 6 sur 10 à y être favorables, contre 24% avant : +1 pour l’égalité des droits entre femmes hétéros et femmes queer.

Et surtout ça va super bien dans le monde des filles qui aiment les filles parce que THE L WORD VA REVENIR SUR NOS ÉCRANS BON SANG DE PÉTARD. Et ça, c’est tout ce qui compte. #Shane.

Texte de Clémentine Biard 
Illustration de Paul Lecat

LA GAZETTE D'UNE MAL-BAISÉE – partie 3 – La Pornographie

LA GAZETTE D'UNE MAL-BAISÉE – partie 3 – La Pornographie

Disclaimer : je ne prétends pas être la représentante de la communauté lesbienne, et comme nous sommes toutes différentes les unes des autres (si si), mon expérience n’est pas universelle.

Partie III : Les pornos lesbiens

ÇA Y’EST. On arrive à ma partie préférée : les pornos avec des lesbiennes dedans. Enfin, c’est plutôt ce qu’on imagine des relations sexuelles entre filles. Et ça pêche, ça pêche même très très fort.

Pourquoi ?

Et bien, vous commencez à prendre l’habitude de voir ce terme dans mes chroniques, le male gaze s’insinue de partout, et PARTICULIÈREMENT dans le porno.

1 – Le male gaze dans les pornos lesbiens

Commençons par les basiques : 99% (pourcentage ressentie et non-officiel) de la pornographie mainstream (c’est-à-dire celle qu’on trouve en accès libre et gratuit sur des sites comme Pornhub, Youporn, Redhub etc.) est faite PAR et POUR les hommes hétérosexuels. Exception : la pornographie gay masculine, puisqu’elle ne rentre pas dans les fantasmes des hommes hétéros. Eh oui.

Celle des femmes lesbiennes par contre… La très très grande majorité des films porno mainstream qui mettent des relations lesbiennes en scène sont (on va pas se mentir) un ramassis de clichés et idées reçues sur les sexualités saphiques : ongles longs, des bisous langue bien apparente pour ne surtout pas gâcher le rouge à lèvres abondant, des longues scènes où les actrices se caressent la peau en gémissant (on est sur une sensibilité de l’extrême là quand même).

Bref, un truc très rose et « féminin » (bien prononcés, les guillemets), où les actrices sont bien évidemment presque toutes blanches et fines, avec des peaux de satin et des seins tout gonflés. Et dans presque tous les films, un homme intervient à un moment pour « niquer pour de vrai ». Parce que faut arrêter oh, les préliminaires ça va bien 2 sec.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

En soi, on est bien bien loin de l’actuelle diversité des corps et des sexualités dont fait preuve la communauté lesbienne. Qu’en est-il des lesbiennes racisées, trans, butch, androgynes ETCETERA ?

2 – Conséquences

Et c’est quoi le problème, me direz-vous ? Bah oui, pourquoi ça fâche que le porno mainstream mette en scène des scènes lesbiennes pas crédibles pour une cacahuète ? C’est qu’un fantasme après tout !

Et il est là le problème : si les femmes sont sexualisées au possible, les lesbiennes ne sont visibles qu’à travers le cul. Du coup, être lesbienne c’est un peu être une « chose publique ». Comme on croit que la sexualité des femmes est choix (voir Partie 1) +  les lesbiennes sont un fantasme très répandu : BOUM, plein de mecs tiennent absolument à te faire savoir qu’il est chaud pour faire un plan à trois avec toi et ta copine, ou même mieux, qu’il est prêt à te faire découvrir « le vrai cul ». Ton pote, un mec dans la rue, ton boss etc. La classique.

Sauf que des fois, ça devient plus dangereux : 29% des adolescentes lesbiennes canadiennes ont déjà vécu une agression sexuelle perpétrée par un homme, contre 11% chez les adolescentes hétérosexuelles canadiennes

3 – Les pornographies féministes, ou quelques films très très bons

Alors évidemment, cet article n’est pas un moratoire anti-porn. Non, parce que le porno ça peut être beau et chaud, pas simulé, un peu plus crédible, et surtout où les acteurs et actrices se respectent les uns les autres. Enfin en fait, du « vrai » sexe, avec des « vrais » gens. Et même là, y’en a pour tous les goûts. Oui, il y a des films porno destinés aux LESBIENNES.

T’y crois pas ?

Erika Lust, Ovidie, Petra Joy, Jiz Lee, Sarah de Vicomte et son magnifique court métrage « République / Filles du Calvaire » et bien d’autres font ça très très bien. Ça s’appelle le POST-PORN (retiens bien ce terme, c’est une merveilleuse invention).

Je te conseille d’aller faire un tour sur le site internet du festival Feminist Porn Award et de leur catégorie « Lesbian ». Compare ça avec le premier porno lesbien que tu trouves sur Youporn, et je veux un résumé de 2 pages.

Et oui je suis passée au tutoiement parce qu’après cet article, on est forcément plus intimes.

 
Texte de Clémentine Biard 
Illustration de Paul Lecat

LA GAZETTE D’UNE MAL-BAISÉE- partie 2 – Le Cinéma

LA GAZETTE D’UNE MAL-BAISÉE- partie 2 – Le Cinéma

Disclaimer : je ne prétends pas être la représentante de la communauté lesbienne, et comme nous sommes toutes différentes les unes des autres (si si), mon expérience n’est pas universelle.

Partie II : Les représentations contemporaines des lesbiennes au cinéma

Pour cette deuxième partie de la Gazette, on va aborder la relation qu’entretient le cinéma avec les femmes qui aiment les femmes.


 
 
Alors certes, on part de très (très) loin : pendant plus de 50 ans de production cinématographique, on a eu des personnages lesbiens qui se comptent sur les doigts d’une seule main, et qui sont soit diaboliques, soit dépressifs (Rebecca de Hitchcock). Les années 1980 commencent à voir des films où les histoires lesbiennes se finissent bien, mais c’est encore super timide. C’est finalement dans les 90’s que des réalisatrices out commencent à tourner avec des actrices lesbiennes, et ça fait du bien.
Mais en fait, pourquoi ça compte ? Bah oui c’est vrai, l’orientation sexuelle c’est un truc privé, et puis y’a que 10% d’homosexuel·les dans le monde alors c’est normal qu’il y ait moins de films sur nous, non ? Maxime Donzel, le réalisateur du documentaire Tellement gay!, dit : « Souvent c’est à travers une œuvre culturelle qu’on entend parler d’homosexualité pour la première fois. Certains s’y reconnaissent, d’autres apprennent à comprendre leurs proches, ou simplement à mieux accepter leur voisin: il suffit parfois d’un film pour que les préjugés s’écroulent ».
Eh oui, c’est pour ça que le cinéma joue un rôle fondamental dans la vie quotidienne des personnes qu’ils tentent de représenter. Alors tant qu’à faire, autant représenter le vrai pardi !
Sauf qu’on en est pas encore tout à fait là :
1 – Le male gaze dans le cinéma
On en parlait la semaine dernière : le male gaze s’est infiltré dans les représentations des lesbiennes. Mais comment ça se passe ?
Ben en fait, dans le cinéma français, seulement 22% des réalisateur·rices sont des femmes. Or (je vous passe les détails), pour qu’un film fonctionne à peu près, il faut que les spectateurs oublient qu’iels regardent un film : iels vont donc vivre l’histoire à travers les yeux du (très majoritairement) héros masculin hétérosexuel blanc.
BON. Ça laisse peu de marge à la représentation des femmes (cf. Test de Bechdel), alors celle des lesbiennes, on n’en parle même pas.
2 – Les stéréotypes lesbiens dans les films
Outre les représentations fuckées décrites dans la première partie de la Gazette, beaucoup des films et séries qui présentent des intrigues lesbiennes tournent toujours autour des mêmes schémas, et bon ça commence un peu à gonfler.
Le premier type de films sur les lesbos, c’est les films roses : une jeune femme très féminine, souvent blonde, avec une vie bien hétéronormée, « découvre » qu’en fait depuis le début, elle aime les filles. Perdue, elle est sauvée par une partenaire avec qui elle finit ses jours. Pas de scène de sexe et des baisers très chastes pour ces films.
Bien sûr, les héroïnes sont toujours blanches, fines, sexy, et très soignées.
 

 
La deuxième catégorie, c’est les films où les héroïnes sont torturées et dépressives, et ça se finit toujours mal. Une histoire d’amour passionnelle dans un monde cruel, et boum elles se suicident.
 

 
Attention, il ne faut pas nier l’intérêt de ces films, et Lost and Delirious fait partie des films qui m’ont ultra marquée et aidée. Seulement, c’est leur surabondance que je critique. Et des films avec des femmes queer fortes, toutes différentes (à l’image de la diversité des femmes en fait) et fières d’être qui elles sont ? Ça existe, mais si peu.
3 – Le cul dans les films lesbiens
AH, on y arrive. Depuis La Vie d’Adèle, on entend beaucoup parler de ça : chers et chères hétérosexuel·les, lorsque vous voulez représenter des lesbiennes qui niquent entre elles, demandez conseil à des femmes qui savent comment ça se passe. Et évitez les pornos mainstream bordel, on vous le dira jamais assez.
Julie Maroh, l’autrice de Le bleu est une couleur chaude (la BD dont est tirée La Vie d’Adèle), :

« Il me semble clair que c’est ce qu’il manquait sur le plateau: des lesbiennes. Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y’a t-il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque: un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise. Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Et parmi les seuls qu’on n’entend pas rire il y a les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes. »

Voilà, c’est quand même chaud pour un film qui traite exclusivement d’une relation lesbos.
Moralité : Quand tu sais pas, tu demandes et tu fais comme les Soeurs Wachowski pour Bound, tu engages une experte (en l’occurence Susan Bright, rien que ça) pour te donner des conseils.
Et encore une fois : ON ARRÊTE LE PORNO LESBIEN MAINSTREAM (rdv la semaine prochaine pour son procès en bonne et due forme).
 
 
Texte de Clémentine Biard 
Illustration de Paul Lecat

LA GAZETTE D'UNE MAL-BAISÉE – partie 1 – Le Male-Gaze

LA GAZETTE D'UNE MAL-BAISÉE – partie 1 – Le Male-Gaze

 

Disclaimer : je ne prétends pas être la représentante de la communauté lesbienne, et comme nous sommes toutes différentes les unes des autres (si si), mon expérience n’est pas universelle.

 

Partie I : Le Male-Gaze dans les Représentations des Lesbiennes

 

« Mais alors qui fait l’homme et qui fait la femme ? »


 
Dans le monde merveilleux du patriarcat, les femmes ont la caractéristique d’être considérées comme des objets que l’on peut modeler selon les désirs masculin hétérosexuel. Les femmes qui aiment les femmes, cette espèce mystérieuse et invisible, n’échappent pas au filtre du male gaze. Ah bon ? Voici comment on représente les lesbiennes :
 

  • La sexualité des femmes est un choix

 
Selon le point de vue androcentré, les lesbiennes sont des femmes qui ont choisi de ne plus être avec des hommes. Il devient donc légitime de les draguer, et c’est 50 points si t’arrives à en choper une. C’est aussi autorisé de dire à une fille qui aime les filles que c’est, « parce qu’elle a pas rencontré le bon mec » sous entendu « une bonne bite et tu changes d’avis (et si possible la mienne) ».
Les lesbiennes mainstream ne sont jamais attirées QUE par les femmes. C’est pourquoi dans la majorité des représentations de lesbiennes, elles expérimentent avec une ou plusieurs femmes, puis finissent avec un homme qui s’avère être l’amour de leur vie.
Cette idée reçue surreprésentée (I Kissed a Girl de Katy Perry, le baiser Madonna-Britney) nie complètement la fluidité et la complexité de l’attirance sexuelle, pour mettre les orientations non-hétérosexuelles au plan anecdotique, expérimental.
 
 

  • Les lesbiennes sexy sont blanches et fines

 
Les lesbiennes représentées et mises sur le devant de la scène mainstream sont non-racisees et fines (Kristen Stewart, Cara Delavigne). Autrement dit, ce sont celles qui rentrent dans les standards de beauté androcentrés.
Pourtant, les femmes qui aiment les femmes sont censées être soustraites au désir des hommes, et donc indépendantes de leur regard. Mais le male gaze s’infiltre de partout, même là où on ne l’attend pas, et les lesbiennes font partie des fantasmes number one des hommes hétérosexuels.
Comme pour les femmes en général, la diversité du monde lesbien est invisible.
 

  • Le lesbianisme est purement sexuel

 
Le terme « lesbienne » est largement connoté au sexe. J’ai personnellement mis du temps à utiliser ce mot pour me désigner en partie parce que ça sonnait plus comme une catégorie YouPorn que comme une orientation sexuelle.
Les lesbiennes ne sont vues que comme des femmes sexuelles, des relations sexuelles, et non pas comme des êtres humains avec leurs quotidiens très diverses les uns des autres. Non, la lesbienne est une espèce qui passe son temps à niquer et qui dégage un aura de cul tout autour d’elle. Elle chasse ta sœur et ta copine, si possible en même temps.
Et alors là, bienvenue dans le monde des mythes sur le sexe entre femmes :

« Vous faites que des préliminaires non ? », « Mais vous niquez forcément avec un gode ceinture », « Ca doit être si doux et si beau », « Ah ouais ciseaux à tous les coups » etc.

 

Un conseil : le porno lesbien, c’est pas la vraie vie. 

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour en savoir plus sur les représentations contemporaines des lesbiennes !

 
Source : https://femmagazine.com/4-ways-men-objectify-lesbians-3/
 
Texte de Clémentine Biard 
Illustration de Paul Lecat