Cam girl next door – MARILOU PONCIN – 9’53

Chez Cacti, on adore le cinéma, surtout quand il est court et intense, alors toutes les semaines on a choisi de vous présenter un court-métrage de quelques minutes, à regarder  n’importe où, n’importe quand, et dans n’importe quelle position.

Aujourd’hui, on a choisi de vous présenter Cam Girl Next Door de Marilou Poncin, et on a aussi eu la chance de pouvoir lui poser quelques questions !

Synopsis : 

Dans sa chambre, une jeune Cam girl partage gaiement avec nous son quotidien de travailleuse du sexe. Elle retrace son parcours en tant que petite fille, adolescente et jeune femme de la génération native numérique et tente de comprendre l’influence qu’ont eu les médias sur le développement de sa féminité.

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Quelle a été l’impulsion première qui t’a poussée à faire ce film ?

Je cherchais un nouveau sujet de film, il y a quelques années j’ai réalisé un documentaire sur le Twerk, Cosmic Ass qui m’a sensibilisée au mouvement d’une nouvelle génération d’artistes féministes. J’aime l’idée que le corps ouvertement sexuel puisse être porteur d’émancipation. Je m’intéresse aussi à la construction des fantasmes, notamment dans le contexte actuel où la technologie devient de plus en plus présente. C’est comme ça que je me suis penchée sur le phénomène des cam-girls.

 

Pourquoi as-tu choisi la caméra comme support (ou média vidéo) pour raconter cette histoire ?

Je suis artiste photographe et vidéaste, c’est donc naturellement que j’ai utilisé le langage des images pour proposer une lecture du monde des Cam girls. C’est d’ailleurs par ce biais là qu’elles entrent en contact avec l’autre côté de l’écran, celui des clients. Elles vendent une image d’elles, c’est donc d’autant plus intéressant d’utiliser l’image vidéo pour parler de cette pratique.

Nous vivons dans un monde où le pouvoir attractif des images est essentiel, ce n’est pas quelque chose que je rejette, bien au contraire, c’est plutôt un outil à utiliser avec finesse. Tout le jeu consiste à manipuler les codes visuels avec lesquels on a grandi, pour enrober le commentaire dans des draps de satin. C’est ce que j’ai voulu faire en écrivant cette fiction, l’esthétique est assez éloignée des vidéos webcam, le film est davantage une métaphore qu’un documentaire.

 

Tu peux nous raconter ton amour pour les cam-girls ?

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit là de vendre un service sexuel, ce n’est pas anodin. Comme dans tout les commerces il y a des dérives, les plateformes web qui mettent en relation les cam-girls et les clients peuvent empocher plus de la moitié de ce que gagnent les filles. Il y a parfois des cam-girls qui ont clairement moins de 18ans et les free chat, à côté des vidéos, sont parfois le lieu d’un étalage de haine ultraviolente envers les femmes. C’est le combo offert par internet de la distance associée à l’anonymat qui donne l’impression de liberté, d’un monde virtuel où tous les fantasmes sont potentiellement réalisables, même s’ils incluent une forme de violence.

Cette impression de liberté a aussi des bons côtés, les clients, à l’image de la diversité de leurs fantasmes, ont des goûts très différents. Comme le dit mon personnage « il y en a pour tous les goûts, vieilles, grosses, jeunes, blondes, noires, enceintes… » Ce qui nous rappelle que la sexualité peut être bien plus variée que ce qui nous est vendu par le porno des tubs. Ça permet aussi à certaines cam-girls de prendre confiance en elles, de se sentir désirée et d’une certaine manière de prendre le contrôle de leur sexualité tout en étant leur propre patron. La relation avec les clients n’est pas toujours lugubre, il se crée parfois une vraie complicité avec des clients réguliers. Il m’est même arrivé d’assister à des conversations sur le freechat où des clients réguliers prennent la défense des filles qui se font insulter en direct par les autres spectateurs.

Rien n’est noir ou blanc, les paradoxes sur lesquels cette pratique repose me semblent représentatifs de notre manière de vivre notre sexualité aujourd’hui et c’est ce qui me fascine. Tout comme la tentation voyeuriste qui se manifeste en chacun-e de nous, lorsque l’on se retrouve face à des centaines de fenêtres ouvertes sur la chambre de femmes, hommes et même couples du monde entier.

 

Comment est-ce que les femmes peuvent se réapproprier le milieu du cinéma ?

Très bonne question, faites des bons films les filles et ça viendra tout seul ! N’hésitons pas à jouer avec les clichés auxquels nous sommes associées pour surprendre et provoquer. La dérision est une force.

 

Interview – Camille Dochez

Visuel Ciné-Club: Marjorie Issard – @marjorie.graphiste

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