La ville et les nuages

La ville et les nuages

Noémie Perrin

Ce mois-ci on vous présente louise plus connue sous le nom de lavilletlesnuages et sa vision colorée du dessin.

Pourquoi avoir choisis le nom Lavilletlesnuages ? 

Oh, ça fait longtemps déjà que je porte ce nom. Je l’ai choisi lorsque je suis entrée à l’école. Ça vient d’un dessin de Jean-Charles de Castelbajac. Depuis quelques années il fait des dessins à la craie dans les rues de Paris (@craieateur). Son dessin n’était pas précisément « La ville et les Nuages », c’était plutôt une phrase « Dans la ville et les nuages je serai avec toi », je ne sais plus exactement et je n’ai malheureusement jamais pu retrouver ce dessin. Je vis à Paris mais vivre en ville ne m’empêche pas de faire des choses très colorées. Ce nom créait un mi-chemin, entre ciel et terre.

Comment te représenterais-tu, ainsi que ton travail, à un job-dating ? 

Je n’ai jamais vraiment fait de job-dating alors je pourrais pas te dire ce qu’il faut dire. Je dirais que j’essaye de proposer une vision. C’est justement avec cette idée là de mon travail que j’ai commencé à vraiment savoir où je voulais aller. Je cherche à proposer une vision du monde qui soit positive sans être moralisatrice. J’essaie de toujours positiver les choses mais en laissant une place aux failles et aux moments de doute.

 Au départ j’avais un travail qui était vraiment tourné vers les femmes mais je me suis rendue compte que j’aimais étendre mon champ des possibles et toucher tout le monde. Malgré le fait que ma communauté soit majoritairement composée de femmes, il y a de plus en plus de garçons qui arrivent, ce qui est très chouette. J’aime parler de mode, de culture, de lecture. Aujourd’hui je dirais que j’envisage mon travail comme positif et universel. 

J’aimerais quand même dire que c’est assez difficile quand tu débutes d’avoir une « ligne éditoriale » claire. Ca met du temps à élaborer quoi… (rires) 

Qu’est-ce qui t’inspire? Comment tu choisis ce que tu vas dessiner ?

Mes lectures m’inspirent beaucoup. Pas dans ce qu’elles sont précisément mais dans ce qu’elles abordent, beaucoup de choses autour de la liberté, de l’envie d’être soi, etc. Elles m’inspirent mais prennent du temps à infuser. Ce n’est pas comme lorsque tu ouvres Instagram ou Pinterest et que tu te dis « c’est stylé je veux faire la même chose ». 

La mode m’inspire beaucoup également, dans ce qu’elle propose, dans les nouveaux créateurs qui émergent mais aussi pour ce que cela dit de notre époque. 

La nature m’inspire, essentiellement pour les couleurs. C’est une source intarissable d’accords de couleurs, de propositions de formes et de matières auxquelles on ne pense pas forcément. Il est très rare que quelque chose m’inspire précisément, généralement ce sera plutôt un message, un thème. Je réfléchis après à la forme que je vais choisir pour en parler.

Et puis tu prends quand même pas mal de situations de ta vie réelle de ce que je vois sur Instagram, non ?

C’est vrai. Je n’y pense jamais mais il est vrai que pas mal des petites BD que je peux faire, sur des grands sujets comme la peur ou le doute sont des choses que je vis et les dessiner m’aide à projeter mes peurs. Je ne suis pas la seule à penser ça, à vivre ça. Autant en parler et partager mes ressentis. La sincérité est très importante dans mon travail.   

 

Qu’est-ce qui te rend heureuse quand tu travailles sur tes illustrations ?

Je me dis que ce que je suis en train de dessiner pourra avoir un impact positif ne serait-ce que sur une personne. J’aime à me dire que mon illustration, où qu’elle soit diffusée (en général sur Instagram), pourra toucher cette personne qui a passé une journée un peu nulle et qui pourra se dire « ok aujourd’hui c’était pas cool mais ça ira mieux demain ». Si ça lui met du baume au coeur, c’est l’essentiel pour moi.

Quelles techniques utilises-tu ? 

Je travaille avec Procreate sur Ipad Pro, mais j’ai de plus en plus envie de retourner aux médias classiques. Avant, je travaillais beaucoup aux crayons de couleurs et malheureusement lorsque tu veux coupler l’illustration au monde de la publicité tu es presque obligé de passer par le digital. Avec les crayons, je perdais beaucoup de temps à scanner mes dessins et à les nettoyer. Grâce à l’Ipad j’ai trouvé une balance où je parviens à avoir un rendu crayon. J’ai recommencé à redessiner aux feutres pour mes carnets de croquis de rue, pour dessiner rapidement et ne pas prendre de place dans mon sac. J’ai l’impression que quand tu fais des choses à la main les gens se disent « Ok, elle sait vraiment dessiner », alors que quand tu es sur du digital ils peuvent se dire « C’est trop facile de faire un truc sur une tablette », or c’est faux. Si tu ne sais pas dessiner à la main tu ne sais pas forcément mieux dessiner sur une tablette.

 

Quels sont tes futurs projets ?  

Mon futur projet a commencé le 26 septembre ; j’ai lancé ma toute première expo à la SLOW Galerie à Paris. Mon deuxième gros projet c’est mon voyage en Corée, ce n’est pas entièrement pro mais je vais quand même mettre à profit ce voyage pour produire un peu de contenu vidéo. Je pense que ça peut être intéressant de tester un genre de vidéo-illustration. Et puis après nous verrons où mon crayon me mène ! 

Et pour finir, si tu pouvais vivre dans un film ou une série… 

Oulaaaaaaa ! J’ai honte mais la dernière série que j’ai regardé et adoré c’était la saison 2 d’Elite sur Netflix. Leurs tenues étaient incroyables. C’est un peu teenager mais allez, j’assume. Assumons, j’adore les séries en espagnol ! 

Choisir un film m’est impossible. Il y a tellement de films que j’ai apprécié. J’ai vu dernièrement « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma et j’ai adoré. C’était magnifique sensuel. Bon, je ne suis pas certaine de vouloir vivre à la même époque parce que c’était quand même le XVIII ème siècle et on était pas à fond sur le droit des femmes (rires). Le film aborde d’ailleurs des sujets cruciaux comme l’avortement ou la place des femmes dans la peinture.  

Interview par Noémie Perrin