Éva Merlier fait des photos pour le Queer Month

Éva Merlier fait des photos pour le Queer Month

Éva Merlier

J’aimerais qu’un jour nous puissions être pleinement ce que nous souhaitons être.

Qu’un jour il n’y ait plus besoin de lutter.
Qu’un jour, chacun.e puisse se définir comme iel le souhaite, sans que personne ne remette sa parole en doute.
Qu’on laisse chacun.e utiliser l’étiquette qui lui convient ou lae laisser convenir de ne pas en utiliser.

J’aimerais que les rangs se resserrent et s’unissent au lieu de se jeter en pâture aux plus armés.
Qu’on prenne enfin le temps de s’écouter et de se comprendre.
Comprendre que parfois, la violence est la seule réponse qui reste face au désarroi des personnes invisibilisées.

Comment se faire entendre quand personne ne nous écoute?
Comment se faire comprendre quand on se fait écraser par une large majorité?

Nous sommes toutes les lettres du sigle LGBTQI+, Il serait impossible de toustes nous représenter. Pourtant, nous sommes là.

À toustes mes adelphes trans, PD, bi, gouines, et aux autres, à toustes mes ami.e.s TDS et aussi à nos allié.e.s,

Nous seronS uni.es ou nous ne serons pas.
Nous avancerons ensemble ou nous n’avancerons pas.

Modèles – Nyx, Daniel Galicia, Lilith, Oscar, Ken Trophy, Cédric, Olive, Yan

Texte et Photograpie par Eva Merlier

Félix Seiler Fédi fait des photos

Félix Seiler Fédi fait des photos

Éva Merlier

De nos jours, on se noie vite dans cette masse d’images fades et sans saveurs des internets, mais ne panique pas kiddo ! La team Cacti a sélectionné pour toi la crème des artistes d’aujourd’hui. Ce mois ci, on te présente lE photographe félix seiler fédi.

Félix s’intéresse à la photo dès l’école, dix ans en arrière. Lorsqu’il s’initie à au développement argentique et qu’il se retrouve pour la première fois plongé dans le noir complet du laboratoire, c’est une évidence : l’alchimie se crée et il comprend que c’est ce qu’il veut faire de sa vie.
Il rencontre Paolo Roversi grâce à une amie qui l’encourage tout en le mettant en garde quant aux difficultés du métier, et devient par la suite son assistant. Depuis, il ne cesse d’apprendre à ses côtés. Avide de connaissances, il s’inspire des photographes de rue américains des années 40/60 comme Saul Leiter, Bruce Davidson, Robert Frank, Garry Winogrand, Diane Arbus…

À travers son regard brut, sans mise en scène, on retrouve une réalité lancinante et sans artifice, celle du véritable Paris, le Paris que l’on vit tous les jours, loin des images poster que l’on retrouve dans les guides. Un Paris vivant, sincère, diversifié et parfois implacable, inégal, pourtant gonflé d’une beauté sincère.

«J’ai commencé assez vite par moi même à essayer de crever le temps, à shooter partout et tout le temps sur film, essayer sans cesse de capturer à ma manière ce flot incessant. Capturer non, mais suspendre oui. Suspendre le flot de tout ce mouvement dans les rues de Paris, observer le spectacle de la rue et essayer d’en faire une image cohérente. 
Aujourd’hui, j’utilise ce que je trouve dans la rue: la réalité des petits scénarios de la comédie humaine, des instants de vie furtifs et délicats, sans fard. À bas le temps, la photographie fait partie de mon équilibre. Ma seule exigence est la spontanéité, j’observe et j’oublie parfois que je suis là, présent. Tout est prétexte à photographier: le tristement ordinaire, la complexité de la vie urbaine. »

Félix Seiler Fédi

Propos recceuillis par Éva Merlier

Félix Seiler Fédi

TUMBLR 
FACEBOOK
INSTAGRAM

Romy Alizée fait des photos et s’insurge contre la politique d’Instagram

Romy Alizée fait des photos et s’insurge contre la politique d’Instagram

Éva Merlier

De nos jours, on se noie vite dans cette masse d’images fades et sans saveurs des internets, mais ne panique pas kiddo ! La team Cacti a sélectionné pour toi la crème des artistes d’aujourd’hui. Ce mois ci, on te présente la photographe RomY Alizée.

 

La photographe Romy Alizée a vu son compte Instagram fermé après la publication d’une photo. Avec la contribution d’Apolline Bazin (co-fondatrice de « Manifesto XXI »), elle s’insurge dans une tribune publiée dans Libération, contre la politique de contrôle des plateformes qui vise avant tout le corps des femmes.

Un texte nécessaire et co-signé par de nombreux artistes et collectifs dont Cacti fait partie.

Voici sa tribune que nous avons choisi d’illustrer de ses photos :

Tribune. Le 24 novembre 2018 à 10 heures, je me suis connectée à Instagram pour partager l’une de mes dernières images, un autoportrait où je pose avec une amie, et un long double gode. J’avais pris soin de penser cette photo sans nudité. Pas par crainte de la voir signalée, mais par simple choix artistique. Cette photo fut ma dernière publication. Mon compte a été supprimé quelques heures après, sans le moindre mail explicatif. Il y a trois ans, Facebook me faisait déjà le coup. 72 heures plus tard, après avoir rendu public mon petit coup de gueule et gentiment contesté auprès d’Instagram la suppression de trois ans de contacts, photos et échanges de messages, je reçois un mail de leur part. La modération s’excuse de cette erreur et m’invite à me reconnecter. Malheureusement, d’autres n’ont jamais eu cette chance. Cette expérience nous amène aujourd’hui à alerter sur le totalitarisme culturel insidieux qui régit cette censure.

Des décisions arbitraires

En l’espace de trois jours j’ai échangé avec de nombreuses personnes concernées par cette censure. Beaucoup d’artistes, de modèles photo ou encore de travailleuses·eurs du sexe qui travaillent tou·te·s sur le corps ou l’érotisme. Des artistes majoritairement féministes qui prennent pourtant soin de censurer au préalable leurs images à grand renfort de flou et d’émojis. Propriété dudit Facebook depuis 2012, Instagram impose en effet des conditions d’utilisation qui ont moins à voir avec ce que la loi sanctionne (exposition pornographique à des mineurs, incitation à la haine…) qu’avec des décisions arbitraires et réactionnaires. Alors que pullulent sur le feed mondial d’Instagram des images sexistes, violentes et haineuses, doublées de commentaires homophobes, misogynes ou racistes, c’est bien moi, photographe et travailleuse du sexe féministe qu’ils ont condamnée et ce, sans préavis. Les productions visuelles de grandes entreprises telles que Playboy ne semblent pas inquiétées par ces mesures restrictives. Je déplore une différence de traitement pour le moins sexiste.

Certes, Facebook et Instagram sont des entreprises américaines, emblématiques d’une certaine mondialisation. Mais si elles séduisent des utilisateurs partout dans le monde, la neutralité affichée se révèle finalement néolibérale et conservatrice. Or donc, dans ces espaces qui fonctionnent sur l’autoreprésentation des utilisateurs, un contrôle des corps et des idées sévit. Le manque de transparence d’Instagram se révèle quand des utilisatrices rapportent que leurs photos en lingerie n’ont jamais entraîné de signalement contrairement aux images où leur nudité accompagnée d’un discours politique leur a valu de nombreuses suppressions. Est-ce cela la (vraie) norme à respecter ? Est-ce pour cela que les contenus mainstream de Playboy USA ne sont pas attaqués ? Ou bien est-ce parce que les grands producteurs d’images paient pour distribuer leurs contenus, devenant ainsi des clients de Facebook et Instagram ?

Travail gratuit et exploitation

Un constat évident ressort des échanges avec divers acteur·ice·s concerné·e·s par la censure : nous ne sommes plus sur Instagram réellement par choix, nous y sommes parce que son usage est devenu indispensable pour diffuser notre travail.

Nous pouvons certes créer des sites internet qui éviteront cette censure, mais comment les promouvoir si Facebook et Instagram en bloquent l’accès ? En plus d’une censure manifeste, il s’agit d’entraves à l’évolution professionnelle d’artistes proposant des contenus «problématiques». Ces réseaux dits sociaux possèdent le monopole de la diffusion artistique en ligne ; il est donc gênant qu’ils exercent de tels abus de pouvoir, excluant de leurs plateformes certain·e·s artistes au motif qu’ils ou elles ne respectent pas leur politique. Encore une fois, de quels «problèmes» parle-t-on dans les contenus dont il est question ici ? Qu’est-ce qui dérange tant ?

Nous, artistes, partageons gratuitement nos œuvres dont Instagram tire profit. Présentée comme celle d’un service de diffusion, la réalité d’Instagram est plus simple : son existence ne tient qu’à nos contenus. Ces derniers représentent du temps, du travail. Instagram ne nous rémunère pas pour cela. En ce sens, il est intéressant de parler de travail gratuit et d’invisibilisation au même titre que les tâches domestiques qui n’ont jamais rendu les femmes au foyer financièrement autonomes. En bonnes entreprises capitalistes, Facebook et Instagram savent tirer parti de l’implication de notre audience. Qu’en est-il de la répartition de ces bénéfices ? Puisque Facebook et Instagram sont des espaces de médiation privés, et non des espaces publics ayant à cœur la diversité culturelle. Les interactions des utilisateur·rice·s ont une valeur mercantile et le «travail des utilisateur·rice·s» doit aussi être qualifié comme tel pour que notre public puisse comprendre que nous sommes tou·te·s concerné·e·s. Pourquoi sanctionner des contenus désirés et soutenus par une communauté active si ce n’est pour signifier que ces contenus sont déviants, que nous artistes et utilisateur·rice·s sommes déviant·e·s ? Nos imaginaires et leur pouvoir politique sont en jeu.

La guerre contre le téton

La politique discriminatoire d’Instagram et Facebook nous pose enfin problème en ce qu’elle semble cibler principalement le corps des femmes, ou plutôt certains corps de femmes. Dans ses nouvelles conditions d’utilisation, Facebook – et donc Instagram – interdit la nudité, les scènes d’activité sexuelle même si elles ne sont pas directement visibles et réaffirme au passage son puritanisme en banissant tout ce qui touche de près ou de loin à la notion de plaisir. Le flou qui entourait le banissement d’images de mamelons se précise et, encore une fois, ce sont les femmes qui ressortent vaincues de cette épuisante guerre contre le téton. Le sein féminin, responsable de tous les maux, n’est en clair autorisé qu’à la condition d’être enfoui dans la bouche d’un enfant, en cas de maladie ou bien s’il est lié à un acte de protestation. Cette nouvelle mention pose question : dans quelle mesure Facebook peut-il juger qu’il y a «protestation» ? Faut-il manifester seins nus, une couronne sur la tête et délivrer des discours discriminants pour être tolérées par ce dernier ? Nous sommes nombreuses à utiliser nos corps comme outils politiques et à lutter contre la discrimination genrée à travers nos œuvres et différents médias, dont la pornographie éthique et féministe fait partie. Et nous serions les seules à ne pas pouvoir décider de nos autoreprésentations féministes et politiques ?

Rappelons qu’à ce jour, aucun homme n’est venu se plaindre de la suppression de son compte lié à des images topless. En revanche, des photos d’hommes trans dont le torse est considéré comme féminin par Instagram se font régulièrement signaler et supprimer. Sexiste, transphobe et grossophobe, le hashtag #fatkini (un hashtag de femmes grosses qui posent en maillot de bain) semble effectivement avoir causé de nombreuses suppressions d’images, alors même que des millions de clichés de femmes (ultra)minces (pour ne pas dire anorexiques) posant sur la plage restent en ligne. Un problème d’algorithme peut-être ? En définitive, Instagram tolère les femmes si elles portent de la lingerie, sont épilées, n’ont pas leurs règles et ferment leur bouche (oui, les images de poils ou évoquant les règles sont des contenus indésirables). L’émancipation des femmes chez Facebook, ce n’est pas pour demain !

Un monde aseptisé

A trop censurer les contenus de ses utilisateur·rice·s, Instagram, encore plus que Facebook, fabrique une norme policée… à des années-lumière de ce qu’est le monde, renvoyant un message déformé à ses millions d’inscrit·e·s. Là où la diversité de nos cultures, de nos modes de vie et de pensées pourrait se rencontrer, un monde aseptisé se dessine, où tout le monde mange pareil, voyage aux mêmes endroits, où les filles passent leur temps en maillot de bain, où la violence – des propos non modérés et d’images excluantes – se perpétue.

Pour arriver à leurs fins, les méthodes employées par les réseaux sociaux pour nettoyer leurs plateformes méritent qu’on s’y attarde : un récent documentaire alerte sur les conditions de travail d’employé·e·s sous-payés par ces entreprises dans des pays au niveau de vie largement inférieur à celui des Etats-Unis. Leur emploi consiste à regarder chaque image ou vidéo allant à l’encontre des règles imposées par Facebook et compagnie pour les supprimer. Certaines images sont d’une extrême violence et ces employé·e·s, majoritairement jeunes, sont contraints de les visionner intégralement, sans qu’aucune précaution ou médiation culturelle n’encadre leur travail. Une entreprise américaine puritaine exploitant des personnes racisées et sous-payées, voilà la recette d’une censure rapide et efficace.

Nous pourrions choisir de quitter Instagram. De nous tourner vers d’autres réseaux. Mais les alternatives se font rares : Tumblr vient d’annoncer la suppression de tous les «contenus adultes» de leur plateforme jusqu’ici «conciliante» (merci Apple). Patreon (1) a durci ses conditions à l’été 2018. Certain·e·s s’exilent, mais il y a un prix à payer, en tout cas pour les artistes. Nous pensons surtout que cette sortie ne devrait pas être la solution. La communauté dont parle Instagram, c’est nous aussi. L’injustice qui cible les femmes, les artistes féministes, les travailleuses du sexe, les personnes queer, les personnes trans, les personnes grosses et les personnes racisées n’est pas tolérable. Elle est en totale contradiction avec le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Combat qui ne peut se passer de visibilité et de nouvelles représentations. Instagram, géants du net, si vous nous lisez, sachez que les textes comme celui-ci fleuriront, nous en sommes sûres. Il vous faudra répondre de cette discrimination genrée. L’injustice appelle la lutte, et nous, féministes ne baisseront jamais les bras.

(1) Patreon Inc., est une plateforme de financement participatif basée à San Francisco et créée par le musicien Jack Conte et le développeur Sam Yam. Elle permet aux artistes inscrits d’obtenir des financements de mécènes sur une base régulière ou par œuvre créée.

Signataires : Erika Lust réalisatrice de films érotiques, Emilie Hallard photographe et éditrice, Tess Raimbeau iconographe, Emilie Moutsis artiste plasticienne, Kali Sudhraartiste, activiste et travailleuse du sexe, Gilles Berquet photographe, Jean-Marc Sanchez fondateur de la Nue galerie, galeriste, Maïc Batmane artiste-illustratrice, Marie Savage Slit éditrice de la revue érotique Berlingot, Kay Garnellen artiste queer et travailleur du sexe, Festival du Film de Fesses, SMITH artiste, Rebecca Chaillon performeuse, Marianne Maric photographe, Emilie Jouvet réalisatrice et photographe, Jessica Rispal photographe et éditrice du Bateau magazine, Misungui Bordelle performeuse, modèle, éducatrice sexuelle, Marianne Chargois performeuse et travailleuse du sexe, Maïa Izzo Foulquier porte-parole du Strass, Hildegarde performeur.se et musicien.ne, SubSpace, Axelle de Sadedominatrice professionnelle, Jeanne Ménétrier photographe plasticienne, Amar performeuse et travailleuse du sexe, Otto Zinsou photographe, Eva Vocz performeuse et travailleuse du sexe, Pierre Em ö acteur, Le Tag Parfait, Marie Rouge photographe, Elena Moaty peintre, Carmina réalisatrice et performeuse de films pornos, Daphné Huynh actrice et danseuse, Anoushka réalisatrice de films porno éthiques, Camille Emmanuelle journaliste et essayiste, Emmanuelle fondatrice de Paris Derrière, Bérangère Fromont photographe, Linda Trime photographe, Tan Polyvalence sex educatrix, Association Polychrome, Art Whore Connection, Collectif Prenez ce couteau, Patrick Cockpit photographe, Dwam Ipomée artiste et travailleuse du sexe, Marion Saurel photographe, Marie-Laure Dagoitécrivain et éditeur, Lily Hook artiste, Alex Huanfa Cheng artiste et photographe, Laure Giappiconi actrice, Miss L N I artiste, réalisatrice, hétaïre, Océane Feld photographe, Aphrodite Fur artiste, Anthony Ferreira photographe, Alizée Pichot auteure, Lobbiazphotographe, Nadège Piton performeuse, commissaire et coiffeuse, Vanda Spenglerphotographe, Laura Lafon photographe, Marguerite Bornhauser photographe, La Fille renne photographe, Dana Magazine, Féebrile photographe, Hana Bolkonski modèle et autrice, Anne Hautecoeur éditrice, Mara Haro photographe, Soisic Belin journaliste, Censored magazine, Collectif Lova Lova, Maïa Mazaurette chroniqueuse, Polysème magazine média féministe, Sarah Fisthole artiste, Cacti magazine revue féministe & culturelle, Lizzie Saint-septembre modèle, Maxime Barbier éditeur et graphiste, Diamantino Quintas tireur-filtreur, Wilfrid Estève directeur Hans Lucas, Antoine Doyen photographe, Vivian Allard musicien, Lucie Leclerc metteuse en scène, comédienne, activiste, Hélène Tchen Cardenas photographe, Virginie Merle photographe, Mélissa Fillon photographe, Raphaëla Icguane autrice, Sandra Fastre photographe, Dominique Secher photographe ,Rasheeda Khobza poétesse, Valérie Evrard photographe, Justine Roquelaure photographe, Martin Bertrand photographe, Paul Roquecave photographe, Gael Michaud photographe, Tien Tran photographe, Théo Giacometti photographe, Idriss Bigou-Gilles photographe, Laurent Ferrière photographe, Ulysse Guttmann-Faure photographe, Nicolas Thomasphotographe, Mathilde Lacombe étudiante et photographe, Alyson Bercuingt photographe, Isabelle Morison photographe, Isabelle Blanc photographe, Guillaume Mussauphotographe, Laurent le Crabe photographe, Emmanuel Vivenot photographe, Chau-Cuong Lê photographe, Rodrigo Chellali photographe, Jimmy Beunardeau photographe, David Himbert photographe, Karine Pierre photographe, Elise Llinares photographe, Alban Grosdidier photographe, Yves Salaün photographe, Christophe de Barry photographe, Virginie Merle photographe, Élisa Monteil comédienne et créatrice sonore.

TEXTE ET PHOTOGRAPHIEs par Romy Alizée

Romie Ilya fait des photos

Romie Ilya fait des photos

Éva Merlier

De nos jours, on se noie vite dans cette masse d’images fades et sans saveurs des internets, mais ne panique pas kiddo ! La team Cacti a sélectionné pour toi la crème des artistes d’aujourd’hui. Ce mois ci, on te présente la photographe Romie Ilya. 

Ce mois ci, Romie nous présente une série composée d’autoportraits et un extrait de sa série « Kool Kidz » à travers laquelle elle photographie des personnes libres à l’esprit mutin et irrévérencieux. Autant de femmes, de douceur, de fragilité et de sororité mis en lumière à travers son regard bienveillant. Autant de force et d’indépendance que l’on retrouve à la fois chez les modèles qu’elle choisit de photographier que dans son travail. De l’émotion à l’état brut sous une jolie couche de paillettes.

« Je m’appelle Romie, depuis que j’ai cinq ans je m’endors avec des livres audio et je suis photographe.

J’aime le look et le bruit des vieux appareils argentiques qui me rappellent mon enfance, je les collectionne sans jamais les laisser prendre la poussière. J’aime la lumière et les boules à facette, le jaune, le pêche, le gris, le violet et le rose poudré.

Mon travail est basé sur la bienveillance et l’émotion. Ce qui m’intéresse chez l’être que je photographie, c’est son histoire, ce qui a marqué sa vie, ce qui le touche. C’est sa personnalité que je cherche à photographier. L’argentique ne me donne pas l’occasion de me « tromper », de faire 600 photos pour 10 valables. J’ai uniquement des pellicules de 36 ou 24 poses, je dois penser au cadrage, à la lumière. L’argentique me rend curieusement infiniment créative, libre et proche de l’être avec qui je fait des photos ».

ROMIE ILYA 

Par Éva Merlier

Photographie par ROMIE ILYA 

ARMONY DAILLY FAIT DES PHOTOS

ARMONY DAILLY FAIT DES PHOTOS

Éva Merlier

De nos jours, on se noie vite dans cette masse d’images fades et sans saveurs des internets, mais ne panique pas kiddo ! La team Cacti a sélectionné pour toi la crème des artistes d’aujourd’hui. Ce mois ci, on te présente la photographe Armony Dailly.

Armony est née un jour d’hiver 1993.
Habituée depuis ce jour à se faire photographier régulièrement par sa mère, elle finit par passer de l’autre côté de l’objectif – cet objet rassurant, devenu pour elle comme une trousse à pharmacie.
Son odeur préférée, c’est celle de la lessive. À tel point qu’elle pourrait passer des heures dans le rayon du supermarché, et si petite elle était persuadée dur comme fer d’être une sorcière, on peut dire que ses pouvoirs tant attendus se manifestent aujourd’hui à travers son appareil.
Son travail, emprunt de véritables valeurs, nous donne à voir de vraies femmes, ses muses, qui transcendent de simples moments en instants lumineux presque surnaturels.

“J’avais toujours accepté naïvement les codes des standards de beauté, ceux que l’on voit dans les publicités, dans la presse féminine, dans la mode. J’ai grandi en pensant qu’il était normal pour une fille “de souffrir pour être belle”, de ne jamais réussir à s’accepter, de toujours faire plus d’efforts, de vivre pour plaire. Je savais que beaucoup de choses me dérangeaient dans tout cela mais je ne comprenais pas réellement quoi.

A peine mes seins avaient poussé que, dans la rue ou à l’école j’étais déjà sexualisée avant d’avoir moi-même réfléchis à ma sexualité. J’avais toujours pensé que la base de la beauté chez une femme c’était qu’elle devait être lisse, grande, mince et si possible blanche et hétérosexuelle.

J’ai appelée cette série “Coming of Age” car je me suis rendu compte que tout cela était faux pendant l’odyssée de mon adolescence. Je ne me retrouvais dans aucune des filles dites belles des publicités, des magazines, celles qu’on voulait me vendre. Je ne retrouvais non plus aucune de mes amies, de mes sœurs dans les filles qu’on voulais nous vendre.

Montrer dans mes photos les bourrelets, la cellulite, les vergetures, l’acné, les règles, les poils, bref, la puberté féminine, celle de mes amies et la mienne, m’a fait grandir, et années après années, nous apprenons avec mes amies, à peu à peu se pardonner.

J’ai voulu créer des portraits de manières tendre pour parler de sujets que bon nombres de gens trouvent délicat et diabolisant. En brodant un univers pastel, doux et candide, je parle de textures, de détails dits choquants pour la société afin de pouvoir remuer les gens, peut-être les choquer afin de montrer que c’est tout simplement absurde de complexer les femmes sur leur état naturel.”

Armony Dailly

Par Éva Merlier 

Photographie par Armony Dailly