Birthday Girl : Béatrice Dalle

Birthday Girl : Béatrice Dalle

Birthday Girl : Béatrice Dalle

Chaque jour, dans l’intimité de leurs foyers ou à la lueur de bougies maladroitement allumées par un serveur désabusé et encouragés par des chants traditionnels entonnés avec une justesse relative par leurs proches, des millions d’êtres humains fêtent leur anniversaire. Parmi eux figurent beaucoup d’anonymes mais aussi, parfois, une femme au destin exceptionnel ; c’est le cas aujourd’hui. Alors sors ton best of de Patrick Sébastien et chauffe-toi la voix, Cacti t’invite aux 55 ans de Béatrice Dalle !

Béatrice Dalle, pour moi, ça a longtemps été une nana avec entre les dents un écart aussi gros que ses seins, et qui était suffisamment tarée pour sortir avec JoeyStarr, pas vraiment connu à l’époque pour son respect des femmes. Et même aujourd’hui, alors qu’ils brillent tous deux d’une aura nouvelle et sont interviewés dans les médias les plus prestigieux à l’occasion de leur réunion au théâtre (pour Elephant Man aux Folies Bergères), je ne sais pas trop comment gérer la collusion entre l’actualité du combat contre les violences faites aux femmes et la description que Béatrice Dalle fait de son ancien compagnon, qu’elle dépeint comme un homme « tendre et attentionné », alors qu’il a été condamné à deux peines de prison ferme pour coups et blessures volontaires sur son ex, et sur une hôtesse de l’air.

Elle elle l’aurait défoncé c’est sûr

En fait, toute la vie de Béatrice Dalle semble imprégnée d’une sorte de violence urgente, organique. Adolescente, elle verse un somnifère dans les verres de ses parents pour pouvoir fuguer en paix ; ils s’en rendent compte et la font interner pour tentative de parricide. Elle s’échappe le soir même, et quitte Le Mans pour Paris dans la foulée ; elle a quinze ans.

A Paris, elle est repérée par un photographe, pose pour la couverture d’un magazine, et se voit, un peu plus tard, confier le rôle de Betty, une amoureuse folle dans l’adaptation au cinéma du roman de Philippe Djian, 37°2 le matin. Dans le film (spoiler alert), elle s’arrache un œil par amour. Dans la vie, parait-il, des femmes l’ont imitée. « Comment vous vivez avec ça, quand on vous apprend ces mutilations ? », lui demande-t-on dans Vanity Fair. « Je suis désolée, mais très bien. Je ne suis pas responsable. » Elle vit très bien aussi d’avoir mangé un morceau de cadavre, à l’époque où elle faisait avec ses potes des virées dans les morgues. « Olala c’est pas grave, de toute façon, le mec il s’est pas plaint hein, il sait même pas que j’ai mangé ses oreilles ! »
Oui, c’est vrai qu’après tout une fois morte je préférerais me faire bouffer les oreilles par Béatrice Dalle que refiler mon cœur entretenu par des années de footings et de yoga à Dick Cheney.

Dans un dialogue jamais ininterrompu entre sa vie privée et ses rôles au cinéma, elle joue d’ailleurs le rôle d’une cannibale dans Trouble Every Day de Claire Denis… Mais aussi celui d’une sorcière dans La visione del sabba, en 1988. Et si elle ne se définit pas comme telle, elle sait qu’elle en compte parmi ses ancêtres parce qu’elle n’a « pas de lobes d’oreilles. (…) Il y a quand même des femmes qui ont été brûlées pour ça, au Moyen Âge. » Est-ce parce qu’elle n’a pas de lobe d’oreilles qu’elle en a mangé, un peu comme les Magyars qui mangeaient la chair de leurs ennemis pour s’approprier leur force ? En tout cas, elle a autour du poignet un tatouage qui dit, dans l’alphabet secret qu’utilisaient les femmes accusées de sorcellerie pour communiquer entre elles, « Salem » (du nom de la ville américaine où s’est déroulé l’un des plus grands procès pour sorcellerie hein, a priori pas du chat de Sabrina). « Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords. », dit un de ses tatouages, citant un poème de Jean Genet. Ça ressemble à l’image que l’on aime se faire de Béatrice Dalle, même si, comme souvent, le plus intéressant est niché dans ce que l’on ne voit pas. Car la suite du poème dit cela :

 

Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords.
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.

 

Et si Béatrice Dalle, la cannibale, la sorcière, ne faisait rien d’autre que ça : nous parler d’amour ?

 

 

 

 

 

Par Amandine Deguin 

 

Illustration par Lucie Mouton

 

Birthday Girl : Hedy Lamarr

Birthday Girl : Hedy Lamarr

Birthday Girl : Hedy Lamarr

Chaque jour, dans l’intimité de leurs foyers ou à la lueur de bougies maladroitement allumées par un serveur désabusé et encouragés par des chants traditionnels entonnés avec une justesse relative par leurs proches, des millions d’êtres humains fêtent leur anniversaire. Parmi eux figurent beaucoup d’anonymes mais aussi, parfois, une femme au destin exceptionnel ; c’est le cas aujourd’hui. Alors sors ton best of de Patrick Sébastien et chauffe-toi la voix, Cacti t’invite à la BDAY PARTY d’Hedy Lamarr !

Hedy Lamarr n’a rien à voir avec Kendrick Lamar. Elle se distingue d’ailleurs de lui de plusieurs manières :

1. C’est une femme ;

2. Sans vouloir préjuger de l’œuvre à venir de Kendrick L, je peux d’ores et déjà affirmer qu’il y a de grandes chances pour qu’elle ait été beaucoup plus utile que lui à l’humanité (on pourrait même dire que sans Hedy Lamarr, Kendrick Lamar ne serait peut-être jamais devenu Kendrick Lamar) ;

3.Et pourtant, personne ne la connait. D’ailleurs même mon logiciel de traitement de texte me souligne « Hedy Lamarr » en rouge. En revanche, Kendrick Lamar, pépouze, il est reconnu par le dictionnaire. SUPER

Mais reprenons au commencement. La petite Hedy Lamarr nait à Vienne le 9 novembre 1914 d’un papa banquier et d’une maman pianiste. Elle entre dans le monde du cinéma à 16 ans et remporte très vite un certain succès, fort duquel elle rejoint Berlin en 1931. Elle y fait scandale deux ans plus tard (à dix-neuf ans, donc) en tournant dans Extase une scène d’orgasme qui fera d’elle la première femme à jouer un orgasme au cinéma, cinquante-six ans avant Meg Ryan dans Quand Harry rencontre Sally, c’est dire.

Ça reste soft quand même, même si ça a été condamné par le pape

Elle épouse alors l’industriel Friedrich Mandl, tellement jaloux qu’il lui interdit le métier d’actrice et la légende raconte même qu’il manque de se ruiner en voulant racheter toutes les copies d’Extase, tout en visionnant en boucle sa scène d’orgasme.

Trop vénère, elle s’enfuit, d’abord en Suisse puis aux Etats-Unis sur Le Normandie (le transatlantique hein, pas l’UGC) à bord duquel elle arrive à convaincre le producteur Louis B. Mayer de l’engager une fois arrivés aux USA, à des conditions sept fois supérieures à ce qu’il lui proposait initialement. De là, sa carrière d’actrice redécolle… mais nous ne sommes pas ici pour parler du rise and fall de sa carrière d’actrice.

(Ni, d’ailleurs, de ses cinq autres mariages, de son retrait du monde en fin de vie ou de ses opérations de chirurgie esthétique ratées.)

Non, on est là parce que durant la Seconde Guerre mondiale, elle décide d’aider l’effort de guerre des Alliés. Bricoleuse depuis l’enfance, elle imagine, entre autres, un bouillon cube de soda pour que les soldats n’en soient pas privés sur le front (si ça c’est pas une vraie américaine). Mais surtout, en 1941, elle invente avec son ami le compositeur George Antheil un système d’ondes radio alternatif qui permet aux torpilles de ne pas se faire repérer.

Malgré le génie de ce système, Antheil et elle se font gentiment envoyer balader quand ils la proposent à l’armée (c’est sûr qu’une actrice et un musicien ça peut pas vraiment être pris au sérieux), et ce n’est que 20 ans plus tard que l’armée US la ressortira des cartons et l’utilisera.

Depuis, ce système a permis l’apparition du GPS, des ondes Wi-Fi, du Bluetooth et des technologies mobiles en général.

En résumant grossièrement, sans Hedy Lamarr et son invention, pas de téléphone portable ; sans téléphone portable, pas de smartphone ; sans smartphone, pas d’explosion des réseaux sociaux ; sans explosion des réseaux sociaux, pas de palais. EUUUH pas de Kendrick Lamar. Enfin, je dis ça, je suppute quoi.

Le 9 novembre, désormais fête des inventeurs en Autriche, Allemagne et Suisse en son honneur, elle aurait eu 105 ans. Birthday girl !

Vazy Craig chante joyeux anniversaire.

Par Amandine Deguin 

Illustration par Lucie Mouton

Dora nique le patriarcat – Aux U.S.A

Dora nique le patriarcat – Aux U.S.A

Dora nique le patriarcat – Aux U.S.A

Depuis que ses seins ont poussé, accompagnés d’une vive conscience politique, Dora l’exploratrice est dévorée par l’envie impérieuse de déglinguer le patriarcat. Ce mois-ci, la rédaction de Cacti l’a envoyée en Géorgie pour voir où en est le féminisme dans l’Amérique de Trump, où le droit à l’avortement commence dangereusement reculer.

Voici son compte-rendu.

Babouche et moi rentrons tout juste d’Atlanta où nous avons passé de super vacances. Là-bas, une nouvelle loi vient d’être signée et entrera en vigueur l’année prochaine et il faut absolument que je vous en parle.
Elle est assez golri : elle dit que les fœtus, à partir du moment ou un battement de cœur est détecté (c’est-à-dire après environ de six semaines de grossesse), sont des êtres humains, avec des droits juridiques et tout. Et que par conséquent un avortement après six semaines (contre vingt semaines auparavant) reviendrait, en toute logique, à un meurtre.
Comme en Géorgie le meurtre est passible de peine de mort, je te laisse imaginer le délire. Heureusement, ça peut se limiter à la prison à vie, et ça c’est moins relou LOL.
.

C’est la première fois aux Etats-Unis que les femmes qui mettent elles-mêmes un terme à leur grossesse sont criminalisées. Avant si elles se démerdaient par leurs propres moyens ça ne regardait personne. Maintenant, ça va encore plus loin que ça :
– Elles seront accusées de complot si elles vont avorter dans un autre Etat
– Elles seront accusées d’homicide au 2e degré (sans préméditation) si elles font un truc qui provoque une fausse couche (fumer un joint, faire Space Mountain, manger des haricots verts…)

En plus, notion de fœtus qui devient une personnalité juridique pose plein de nouveaux problèmes hyper marrants, du genre :
– Que faire des femmes qui seront incarcérées et enceintes au moment où la loi entrera en vigueur ? Pourra-t-on considérer leurs enfants comme des citoyens Géorgiens détenus contre leur gré ?
– Comme cette loi est censée, d’après le gouverneur de la Géorgie, « garantir à tous les Géorgiens l’opportunité de vivre, grandir, apprendre et prospérer », est-ce qu’elle ne se contredit pas en permettant à des enfants de naitre dans des familles qui ne veulent pas d’eux ?
– Vu que six semaines d’aménorrhée ça correspond à peu près à un retard de deux semaines de règles, faut-il systématiquement éviter d’aller à Disneyworld durant les 21 premiers jours du cycle ?

On pensait que personne ne pouvait faire pire en termes de contrôle sur le corps des femmes mais heureusement la semaine dernière l’Alabama a gagné le jackpot de la mesure la plus répressive concernant l’avortement.
L’Alabama, tenez-vous bien, vient de voter une loi interdisant même l’avortement « en cas de viol ». (Bon tous les détracteurs de cette loi précisent « ou en cas d’inceste » mais si l’inceste c’est pas du viol alors moi je suis Peau d’âne.) CE QUI SIGNIFIE que désormais les femmes enceintes après un viol, même mineures, devront mener cette grossesse jusqu’à son terme, puisque les médecins pratiquant des avortements seront passibles jusqu’à 99 ans de prison. La solution envisagée sera sans doute le recours en masse à l’abandon d’enfants qui viendront grossir le rang des orphelins en foyer.
Mais le président du Sénat d’Alabama, content de lui et magnanime, a qualifié cette étape de « majeure dans la défense des droits de l’enfant à naître ».

VOILA SUPER MERCI BONSOIR.

Par Amandine Deguin 

Bannière par Camille Dochez

Dis Maîtresse, c’est quoi un.e TDS ?

Dis Maîtresse, c’est quoi un.e TDS ?

Dis Maîtresse, c’est quoi un.e TDS ?

Avé les chiards. Bon, ce matin on va parler d’un truc hyper important qui s’appelle le féminisme pro-sexe. J’ai eu cette idée brillante parce que Cerise, après s’être faite traitée de « prostipute » par Gaspard, toi petit con je te jure que si je te choppe à réutiliser ce mot comme une insulte tu vas passer un sale quart d’heure, en a profité pour me demander ce que ça voulait dire.
Alors déjà Gaspard « prostipute » est un mot qui n’existe pas. Voilà. Un peu comme on ne dit plus « crocrodile » ni « pestacle » à huit ans, mais ça j’imagine que c’est trop te demander vu ton niveau de QI. Le vrai mot est donc « travailleuse du sexe », et sa version vulgaire c’est « pute », mais ça vous êtes pas obligés de le noter dans vos cahiers, surtout Caroline avec les grenouilles de bénitier qui te servent de parents, ok ? Merci. DONC une travailleuse du sexe c’est quoi ? Eh bien une travailleuse du sexe, ou TDS mes petits lapins c’est simplement une femme dont le métier consiste à vendre des prestations sexuelles.

Par exemple, Kevin, ton père il est kiné c’est bien ca ? Ça veut dire que des gens viennent dans son cabinet, ils s’installent, ton père il leur fait des trucs qu’il sait super bien faire (normal c’est son métier), les gens lui donnent des sous et ils repartent en se sentant mieux.

Les TDS, c’est pareil. Et ce qu’elles savent super bien faire, c’est du sexe. Le problème, avec la prostitution, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui pensent être des héros des temps modernes, du genre défense de la veuve et de l’orphelin, parce qu’ils s’y opposent avec passion, proclamant que soi-disant que ça avilit la femme. Alors laissez-moi tout de suite vous dire que c’est du bullshit.

Les gens qui disent ça, c’est surtout des gens qui ne sont pas encore trop sortis du patriarcat et qui continuent de penser que la femme est faible et qu’elle est forcément une victime, alors que le problème c’est pas les femmes qui se prostituent, c’est ceux qui exploitent les prostituées, qu’on les appelle des proxénètes, et les proxénètes, si vous voulez mon avis, ça fait des super personnages de NCIS mais dans la vraie vie c’est pas jojo.

Heureusement, en France, le proxénétisme est interdit. Mais ne croyez pas que c’est une si bonne nouvelle que ça ! Pour combattre le proxénétisme, le législateur n’a rien trouvé de mieux que d’interdire « d’aider, d’assister la prostitution d’autrui », ou de « vivre aux dépends d’un travailleur du sexe ». C’est les articles 225.5 et 225.6 du Code Pénal Constance, si tu veux vérifier avant de venir me faire chier avec ton père qui est avocat.

Résultat, techniquement, il est interdit de donner un conseil à une amie prostituée, ou de louer un appart à une travailleuse du sexe, ou même par exemple de toucher un peu de sous de sa mère, si celle-ci est une TDS. Faut imaginer une jeune femme de 18 ans, qui part faire ses études, dont la mère paie un appart dans la ville d’à côté et qui se retrouve accusée de proxénétisme. Le délire. En réalité, tout est fait pour dissuader les TDS d’avoir cette activité.

Mais il y a pire : la loi condamne aussi les clients. Sous couvert de renverser le rapport de force en faveur des prostitué.e.s, cette loi les place au contraire dans une position beaucoup plus fragile : comme il y a moins de clients (forcément), il est plus difficile de les refuser, quitte à, par exemple, accepter des pratiques qu’on n’aime pas. Quant aux agressions, les TDS s’entendent souvent dire par la police, lorsqu’elles la sollicitent, des phrases désespérantes du genre : « t’es prostituée, ça fait partie des règles du jeu ».

Alors pour se garantir une clientèle malgré ces lois, les TDS se retrouvent souvent contraint.e.s de passer par des agences… Ce qui finalement relève du proxénétisme.

Alors plutôt que de condamner le travail du sexe et de chercher à provoquer sa disparition à travers des lois contre-productives, on ferait mieux de tout réglementer comme n’importe quel profession pour permettre la mise en place d’un « contrat intersexe sain et clair », comme l’appelle de ses vœux Virginie Despentes dans King Kong théorie. Après tout, les femmes ont le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent, et si elles sont consentantes et convenablement payées je vois pas pourquoi elles auraient pas le droit de se prostituer. Voilà pourquoi Gaspard t’as tout faux quand tu penses que t’as insulté Cerise en la qualifiant de prostituée, c’est comme si tu l’avais traitée, je sais pas moi, d’institutrice par exemple. Enfin quand je vous regarde et que je vois toutes vos tronches de dégénérés là parfois je me demande même si c’est pas préférable de finir prostituée qu’instit, en fait.

Par Amandine Deguin 

Sur une idée originale de Camille Dochez