Doubles standards en cuisine, Chapitre I

by | Jan 28, 2021 | Articles | 1 comment

La cuisine est sans doute l’une des activités les plus révélatrices des doubles standards entre femmes et hommes. Tandis que pour l’un ; elle est considérée comme un devoir et une tâche ménagère, pour l’autre la cuisine est communément associée à une carrière et à un art. 

CHAPITRE I) LA CUISINE, UNE IDÉE CULTURELLE

Cette idée des femmes comme ménagères et des hommes comme cuisiniers est tout d’abord une idée culturelle, forgée par sa représentation dans les films, séries, publicités et télé réalités. En effet, les media dépeignent en grand nombre cette fiction selon laquelle les hommes cuisinent au restaurant et les femmes à la maison. Plus qu’une fiction, c’est un véritable mythe qui s’est créé, celui de l’homme s’inspirant de la cuisine des femmes de sa famille, de sa mère ou de sa grand-mère, puis qui la surpasse. Idée que l’on retrouve dans des films emblématiques tels que Ratatouille, Chef (2014) avec la scène du « grilled chesse sandwhich » ou encore Goodfellas (1990) avec la scène « dinner in prison ». On peut également noter qu’en France, sur 10 gagnant·e·s de l’émission Top Chef, seulement 3 sont des femmes et elles représentent seulement un 1/5 des candidat·e·s… Ce qui révèle un sérieux problème de sous-représentation dans le concours. 

Ainsi les media sont un élément clé, qui en définissant la cuisine masculine comme plus novatrice et plus importante, nous poussent à l’associer à de la gastronomie tandis que la cuisine féminine est assimilée à de la bouffe. Un article universitaire concernant les médias et la représentation sexuée des chef·ffe·s dans notre société menée en 2020 déclare que « Les images présentées dans les médias peuvent influencer les perceptions sociétales des chef·ffe·s, avec le potentiel de perpétuer la ségrégation des sexes dans la cuisine professionnelle. » Ces images nous font avaler des schémas genrés et limitants à la louche. 

Ce double standard, imprégné dans l’inconscient collectif, a des répercussions, notamment dans la répartition des tâches domestiques, puisque la cuisine quotidienne est en majorité prise en charge par les femmes au sein d’un foyer hétérosexuel, car c’est ce qui est attendu de leur part, la tradition voulant que ce soit un devoir pour elles. Ainsi, en France, 80% des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine contre seulement 36% des hommes, selon les données de 2016 de l’Institut Européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes. 

Un autre double standard très présent en cuisine : celui de la corrélation entre la sympathie et la réussite, qui est inversé quand il s’applique aux femmes. Car plus un homme obtient du succès et gagne en pouvoir, plus il est apprécié, tandis que dans la même situation une femme deviendra moins appréciée. Ceci est encore une fois dû au fait que en général, les hommes chefs sont surtout présentés comme des professionnels, avec un savoir-faire technique, tandis que les femmes cheffes sont des cuisinières domestiques féminines, chaleureuses et attentionnées. Car si la parité est présente dans la majorité des écoles (les femmes représentant 60% des élèves des écoles Le Cordon Bleu et 50% de la fameuse école Ferrandi par exemple), elle ne l’est pas au niveau de la professionnalisation. Pour preuve, bien que le célèbre guide Michelin ait récompensé 27 femmes dans son édition 2019 et ait attribué au total 36 étoiles à 33 cheffes dans son édition 2020, la proportion par rapport au nombre total reste dérisoire. En effet en 2020 elles ne représentent toujours qu’à peine 5% des 630 établissements récompensés, une très mégère amélioration par rapport à 2017 où elles ne comptaient que pour 2,6% des 616 tables primées. 

Ainsi, Les femmes sont implicitement biaisées car on attend d’elle qu’elles cuisinent, certes, mais par devoir et non par envie d’une carrière, d’une rémunération ou d’une position de pouvoir comme cheffe.

Par Cloé Garnier

Illustration – Lucie Mouton

1 Comment

  1. Syl

    Bonjour Cloé,
    Pour aller plus loin encore la question à se poser est pourquoi si peu de femmes s’engagent dans cette carrière professionnelle? Cet autre paramètre qui explique aussi pourquoi les femmes cheffes sont sous représentées quand on voit le temps que ça représente dans une journée et ce qu’on attend aussi d’une femme dans la vie de famille…

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