Siouzie Albiach fait des photos

Siouzie Albiach fait des photos

Siouzie Albiach fait des photos

NomAlbiach

Prénom : Siouzie 

Spécificité : explorer l’INEXPLORABLE

Exposition : On The Edge / Impression / From Home

Matériel photographique : Réflex Minolta

Objectif favori : 50mm

Pellicule de prédilection :Fuji C200

Pour commencer, raconte nous ce qui t’a donné envie de faire de la photographie ? 

Je savais depuis longtemps que je voulais exercer un métier créatif, j’ai voulu être illustratrice, puis réalisatrice, et c’est finalement en étudiant le design que je me suis orientée vers la photographie. Photographier mes créations et réaliser des éditions a intensifié mon intérêt pour l’image, et m’a poussé à intégrer l’École de la Photographie d’Arles en 2016. C’est en arrivant à l’ENSP que j’ai réellement commencé à développer une pratique de la photographie, et que j’en ai fait mon médium principal.

Avant « On The Edge » tu as fait plusieurs projets, comme l’exposition « Impression » ou la série « From Home », peux-tu nous en parler ?

« Impression » est une exposition collective qui a eu lieu en 2017 à Arles, pour laquelle j’ai réalisé, aux côtés des talentueuses artistes Mathilde Vieille Grisard et Annabelle Majorelle, une installation sur le thème de la mémoire, combinant images et archives. « From Home » est quant à elle l’une de mes toutes premières séries, et marque mes débuts en argentique. Elle rassemble des portraits de mes proches et fonctionne à la manière d’un journal, complété au fil de mes rencontres. Plus que tourner autour d’un sujet, « From Home » m’a permis de mieux appréhender la photographie, et de commencer à trouver ma propre écriture. M’attacher à la notion d’intime dans mes tous premiers travaux m’a marqué et m’a amené à être dans un rapport assez étroit avec les personnes que je photographie.

 

 Actuellement tu présentes un nouveau projet nommé « On The Edge », peux-tu nous présenter le projet de manière générale ?

« On The Edge » est un projet photographique débuté entre 2018 et 2019 au Japon. Avec mon appareil argentique, je me suis attardée sur des ambiances ambiguës et des paysages délaissés dans les montagnes et villages qui entourent Kyoto. J’ai voulu m’aventurer en périphérie de la ville pour découvrir des zones d’ombre, pour aller vers des lieux qui se donnaient plus difficilement à voir. Plus que de documenter un territoire, « On The Edge » offre une vision contemplative et personnelle du Japon.

Pourquoi as-tu choisi le Japon pour ce projet photo ? C’était le pays qui correspondait le mieux à ton projet selon toi ou celui qui te donnait le plus envie ?

J’étais attirée par le Japon depuis longtemps, et pendant mes études j’ai eu la chance de prendre une année de césure pour réaliser un échange à l’Université d’art et de design de Kyoto. Plus que correspondre à mon projet, le Japon, ou en tout cas l’image que j’en avais, s’accordait avec ma propre sensibilité. Mon imaginaire était nourri par de nombreux photographes japonais (Rinko Kawauchi, Lieko Shiga, Issei Suda, Naitō Masatoshi et bien d’autres) et j’espérais y retrouver les ambiances et les lumières qui m’avaient fascinées dans leurs images.

Qu’est-ce que tu retiens du Japon en tant que photographe ?

Il y a beaucoup à retenir, mais l’une des choses qui m’a le plus marquée et surprise en tant que photographe, c’est à quel point le Japon est difficile à photographier. En découvrant ce pays pour la première fois, mon regard a rapidement été attiré, et obnubilé, par des objets, des architectures, des signes et des couleurs séduisantes et ultras photogéniques. Ce n’est pas négatif en soi, mais c’était important pour moi de dépasser ce premier état d’émerveillement, pour sortir de quelque chose de trop démonstratif et retrouver mon écriture photographique. Ça m’a pris plusieurs semaines, voir les deux premiers mois, pour dépasser cette « première couche ». C’est en photographiant énormément, quasi quotidiennement, que j’ai réussi à prendre mes marques et à aller de plus en plus loin, pour que mes photographies acquièrent une sorte de profondeur.

À travers tes photos tu t’attaques à l’idée de vide, d’ombre, d’abandon, qu’est-ce qui a déclenché le souhait de faire un sujet photographique sur ces thèmes ?

Plutôt que de partir d’un sujet précis, mon processus créatif a été assez spontané et intuitif. Avant de photographier, je peux m’imaginer des scènes, des gestes ou encore des lumières, mais la grande partie du projet se crée sur le vif, en photographiant. À mon arrivée au Japon, les images que j’avais en tête ont vite été déconstruites, et c’est en déambulant et en contemplant ce qui m’entourait que j’ai commencé à tirer les fils d’« On The Edge ». Étant à Kyoto, j’étais obligée de sortir du cadre intimiste auquel j’étais habituée en France, et je me suis retrouvée à beaucoup photographier seule et à aller naturellement vers des endroits de plus en plus reculés. Cette idée de vide et d’abandon, et mon attrait pour les zones d’ombre, sont venus de cette nouvelle position dans laquelle j’étais lorsque je photographiais. J’ai creusé et spécifié ces ressentis en devenant de plus en plus précise pendant mes prises de vues, puis en faisant une sélection d’images très serrée à mon retour en France.

Dans une des descriptions du projet tu expliques que c’est « un regard sur un territoire ». Mais aux paysages s’associent aussi des portraits, peux-tu nous parler de ton rapport aux personnes photographiées?

Dans mes projets personnels, je photographie beaucoup mes proches et j’aime faire du moment de prise de vues un réel échange, une collaboration dans laquelle la personne photographiée et le photographe sont très complémentaires. En arrivant au Japon, j’ai dû créer de nouveaux liens et j’ai finalement fait peu de portraits, la personne que j’ai le plus photographié était Ting, ma colocataire. La côtoyer au quotidien m’a permis de retrouver petit à petit ce cadre intime, dans lequel j’aime tant photographier. Dans la seconde partie d’« On The Edge », qui sera réalisée en 2021, je compte photographier plus de personnes, et faire dialoguer mes images avec leurs histoires et récits personnels dans une édition.

Ton mémoire d’étude porte sur les rapports entre visible et invisible dans la photographie japonaise, est-ce une continuité ou un complément pour mieux comprendre ton travail photographique « On The Edge » ?

Mon mémoire a été réalisé quelques mois après mon retour en France, et m’a aidé à prendre conscience de ce qui se jouait dans mes images, et surtout à mieux comprendre ce qui m’avait attiré dans les lieux et scènes que j’avais photographiés. Mon mémoire traite en partie des folklores et croyances traditionnelles japonaises, et de leur influence, plus ou moins directe, sur certains photographes. En m’enfonçant dans les montagnes nippones, j’avais parfois des mythes ou des histoires de yōkai en tête et, sans même m’en rendre compte, ça m’a poussé à rechercher des ambiances un peu énigmatiques, et parfois presque inquiétantes (l’image de la balançoire par exemple). Les croyances animistes du shintoïsme m’ont aussi poussées à fréquenter et à photographier de nombreux lieux naturels.

Tu as aussi été commissaire pour plusieurs expositions, pour toi c’est une discipline qui est complémentaire du travail de photographe ?

Être commissaire, notamment sur des projets où nous étions plusieurs à concevoir les expositions, m’a beaucoup apporté. Je pense qu’il est important, voire essentiel, en tant qu’artiste de savoir comment une exposition se construit, des premiers brainstormings à l’accrochage des œuvres. Regarder et étudier le travail des autres permet de mieux comprendre et positionner sa propre pratique, et c’est une réelle chance de pouvoir évoluer au sein d’équipes qui mêlent artistes, techniciens ou encore théoriciens.

Récemment tu as été finaliste du Prix Levallois 2020 et surtout lauréate de l’appel à projet Kickstarter x Polka 2020. Le fait d’être lauréate de ce concours va te permettre quoi vis-à-vis de ton travail photographique ?

Être sélectionnée pour ces prix a d’abord été un énorme pas dans ma pratique. C’était la première fois que mon travail était mis en avant, et ça m’a forcé à réellement assumer mon projet et à m’affirmer en tant que photographe. Grâce à l’appel à projet Kickstarter x Polka 2020, j’ai lancé le 30 septembre une campagne de financement participatif pour retourner au Japon et réaliser la seconde partie d’« On The Edge ». Cette seconde partie va regrouper une nouvelle production photographique et la réalisation d’un livre d’artiste, en collaboration avec des artistes et artisans locaux. Vous pouvez découvrir et soutenir le projet jusqu’au 27 octobre ! Dans la continuité de cette campagne, le projet sera notamment exposé en 2021 sur les grilles de la Tour Saint-Jacques à Paris. 

Personnellement te définis-tu comme une photographe féministe ? Et si oui, pour toi quelle est ta définition de « photographe féministe »?

Mon travail n’aborde pas (ou en tout cas pas encore) des notions féministes, mais mon positionnement en tant qu’artiste photographe l’est résolument. Il me paraît essentiel de pallier le manque de visibilité des artistes femmes, transgenres et non-binaires, en éveillant les consciences et en initiant de nouveaux projets. Un changement est déjà en route, mais il faut encore qu’il soit assimilé et appuyé par de nombreux acteurs du monde artistique et culturel, que ce soit des artistes, des commissaires, des galeristes ou encore des directeurs. Je suis néanmoins heureuse de voir les belles initiatives menées par des collectifs et associations tels que Les filles de la photo, Contemporaines ou encore La Petite.

RETROUVE ALBIACH SIOUZIE SUR LES INTERNETS: 

Son site

Son Instagram @siouziea  

Sa campagne de crowdfunding (termine le 27 octobre)

 

Par Simon Pernin

Café Rosa, un café féministe et inclusif

Café Rosa, un café féministe et inclusif

logo – @sergepiqure

Des bancs de l’université de sociologie au café féministe et inclusif, Mélodie et Justine ont concrétisé des années d’études et de recherche. Quoi de mieux que d’ouvrir un lieu de vie et d’échanges pour incarner la prise de conscience qui s’opère sur les réseaux sociaux ? Pour les deux amies c’était une évidence. Pour accueillir tout le monde, dans toute sa diversité, le Café Rosa posera bagage dans le 7ème arrondissement de Lyon. Une rencontre, de l’inclusivité et des projets, une belle promesse qu’il nous tarde de découvrir.

L’histoire a débuté pendant le confinement. En effet les deux jeunes femmes se sont rendues compte de leur envie commune de donner davantage de relief à leurs 10 années d’études en sociologie.

Justine s’est lancée un matin après une remise en question de sa poursuite dans le milieu universitaire :

« On lance un café librairie féministe ? »   

Mélodie qui réfléchissait comment articuler ces recherches dans un bouquin ou un reportage :

« On s’appelle tout à l’heure ! » 

Un projet à leur image 

A la suite de cet échange, tout s’est enchaîné assez rapidement.

« On avait les mêmes envies : ouvrir un maximum la diffusion des savoirs et la transmission et tout ça articulé autour des droits des femmes et des minorités », explique Mélodie.

Une vision commune donc qui les a poussé à lancer, fin juin 2020, leur première campagne d’adhésion. Celle-ci leur a permis de savoir si le projet enthousiasmait au-delà de leur sphère privée. Les adhérents, lorsque le café sera ouvert, pourront assister aux événements à prix libre et consommer de l’alcool sur place.

Plus qu’un simple café, Mélodie et Justine envisagent d’organiser de nombreux événements : des conférences, des groupes de paroles, des ateliers d’écriture ou encore des rencontres.

« Nous veillerons que dans notre programmation il y ait une pluralité des regards, des personnes trans quand on parle de trans identité, des militants.es, mais aussi des mondes professionnels divers comme la santé, la cuisine, le droit, etc. », affirme Justine.

Toujours dans l’idée de décloisonner le monde académique au service du plus grand nombre, elles voudraient également faire profiter de leurs viviers universitaires en invitant des chercheurs.euse.s désireux.euses de faire de la vulgarisation. De quoi s’abreuver de bonnes boissons tout en écoutant, en apprenant et en partageant. 

L’inclusivité comme règle stricte

Justine et Mélodie n’ont pas souhaité faire les choses à moitié. Avec une programmation si alléchante il fallait absolument que tout le monde se sente le bienvenu. Pour commencer les deux compères ont réfléchi à une carte des boissons aux prix les plus bas. Celle et ceux qui le désirent pourront également manger sur place leur propre nourriture si le prix d’une assiette servie dans leur établissement est trop élevé. Elles ont aussi pensé à l’aménagement de l’espace pour toutes les mobilités,

« On n’hésitera pas à casser une cloison pour élargir les portes, mettre des rambardes et des rampes, notre café sera aux normes PMR (Personnes à mobilité réduite) », affirme Justine et Mélodie.

Pour que leur établissement soit le plus inclusif possible elles mettront à disposition des protections hygiéniques dans les toilettes et organiseront des collectes.

Pour continuer dans leur démarche les deux femmes assurent que « tout propos ou comportements sexistes, transphobes, putophobes, homophobes, grossophobes seront proscrits ». Les exigences qu’elles se sont fixées permettront, elles l’espèrent, que « tout le monde puissent s’emparer de ce lieu et se sente libre de poser des questions ».

Pour les curieuses et curieux, encore un peu de patiente, le Café Rosa est en plein travaux ! Mais ne vous inquiétez pas, l’équipe de Cacti est aux aguets pour vous donner le top départ de ce nouveau lieu féministe et inclusif, bref le café nouvelle génération

Pour adhérer au Café Rosa, rendez-vous sur leur page HelloAsso en cliquant ici

Pour suivre l’actualité du café, Clémentine et Justine vous attendent sur leur page Instragram : @_cafe_rosa_

Par Noémie Perrin