La marche d’une survivante

by | Sep 17, 2020 | Portrait | 0 comments

Déjà 1300 kilomètres de marche contre les violences sexistes. Marie Albert a décidé de faire le tour de France à pied et de dédier son voyage aux violences faites aux femmes.

Débuté il y a maintenant deux mois et demi, son « Survivor Tour », comme elle l’appelle, est né d’une prise de conscience personnelle mais aussi de notre société actuelle. Dans le Nord de la France, Marie continue sa marche fatiguée mais toujours déterminée. 

A 26 ans, Marie Albert est journaliste de formation. Amoureuse des voyages, elle part un an en Russie puis visite l’Europe de l’Est. Après quelques années d’études et de voyages, Marie refuse de reprendre l’avion pour des raisons écologiques, là débute son engagement pour la planète puis par la suite pour le mouvement féministe.

Le chemin de Compostelle, le début d’une marche politique  

Pour Marie ne plus prendre l’avion n’est pas synonyme de ne plus voyager, bien au contraire. Elle se lance dans un périple de 3 ans dont l’objectif est de relier Paris à Saint-Jacques-de-Compostelle. À l’origine le pèlerinage de Compostelle est une marche catholique entreprise par de nombreux croyants. « Contrairement à ce que l’on pourrait croire je me suis faite agressée de nombreuses fois durant ce voyage. J’ai croisé de nombreux exhibitionnistes », confie Marie. C’est là qu’elle décide de donner un sens politique à sa marche et va dédier les derniers 700 kilomètres aux femmes victimes de féminicides en France. Via son compte Instagram @mariealbertfr ainsi que son blog mariealbert.info, elle décide de parler tous les jours d’une femme morte sous les coups de son compagnon ou ex compagnon. 

Le tour de France pour les survivantes  

Après Saint-Jacques-de-Compostelle, Marie décide de faire le tour de France. Avec son sac à dos, sa tente, son sac de couchage, ses chaussures de randonnée et son tee-shirt « Survivante » elle débute sa marche à Dunkerque il y a deux mois et demi et a pour objectif de relier Brest. Cette fois-ci Marie a souhaité donner un sens plus large à sa marche en la dédiant à toutes les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles. « Je voulais montrer qu’en tant que femme je ne suis pas plus en danger dans la forêt qu’en ville ou à mon domicile », explique Marie. Grâce à son compte Instagram, la randonneuse partage avec ses abonné.e.s son expérience mais aussi de nombreux témoignages de femmes victimes de viol, d’agressions sexuelles et autres violences sexistes. « Ensemble nous sommes les survivantes ». 

Si cette marche permet une prise de conscience des violences que subissent les femmes dans notre société, Marie a souhaité relayer la cagnotte de l’association Parler qui organise des groupes de parole en France pour les femmes victimes de violences sexuelles. En voici le lien : Cagnotte PARLER.

Une marche en solitaire 

A raison d’une vingtaine de kilomètres tous les jours depuis deux mois et demi, Marie a déjà réalisé les trois quarts de l’objectif qu’elle s’est fixée. Depuis le début de sa marche, la randonneuse prend ses précautions lorsque la nuit tombe : « La règle numéro une à respecter c’est de toujours être invisible depuis le chemin ou la route ». La majorité du temps, Marie dort dans sa tente en pleine forêt et n’a jamais eu de problème même si elle reste aux aguets la majorité de la nuit, « au moindre bruit on se réveille, c’est animal », confie Marie. Grâce à son expérience du voyage seule, Marie encourage les femmes à se réapproprier l’espace public. Elle a d’ailleurs reçu de nombreux messages de femmes désormais prêtes à se lancer dans l’aventure avec moins d’appréhension. 

Si Marie Albert est conscience que son projet « ne fera pas changer le système; c’est déjà une première étape vers une société qui, peut-être un jour, ne reposera plus sur le patriarcat ». C’est pour continuer à faire avancer les choses mentalités que la randonneuse a prévu de poursuivre son tour de France l’année prochaine puis pourquoi pas un tour d’Europe et un tour du monde…

Lorsque Marie marche, la majorité du temps ce sont des podcasts qui défilent dans ses oreilles. En voici quelques uns : 

Floraisons (Pour un mouvement de résistance écologiste, libertaire, féministe et antiraciste)

La Matrescence (le podcast qui parcoure la vie des parents ou futurs parents pour leur donner des outils, des clés grâce à des interviews de professionnels et des témoignages de parents)

La Poudre (Au micro de Lauren Bastide, écrivain.e.s, artistes, chercheur.e.s et militant.e.s se racontent et prennent le pouls des luttes féministes et antiracistes contemporaines)

Elle est également l’autrice du podcast Marie Sans Filtre qu’elle alimente de ses différentes expériences personnelles souvent influencées par le patriarcat, qu’elle déconstruit en nous livrant ses techniques de resistance. 

Par Noémie Perrin

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