Par-delà les corps imaginaires

Par-delà les corps imaginaires

Par-delà les corps imaginaires

Et si les accompagnantes sexuelles nous aidaient à repenser la place des travailleuses du sexe au sein de la société ? Et si les relations qu’elles tissent auprès de personnes en situation de handicap nous permettaient d’envisager la sexualité telle qu’elle est : un monde d’infinies possibilités ?

Lorsque Sophie s’assoit sur le lit, elle est un peu happée par la tension qui s’échappe des corps. Le sien, et celui de Paul. Elle qui travaille comme infirmière depuis des années se pensait habituée à la présence de l’autre, au contact de la peau. « Sans être dans l’intention sexuelle, j’ai toujours touché les patients comme je voudrais moi être touchée. Sans brutalité. Sans réticence non plus. » Son engagement en tant qu’accompagnante sexuelle répond à ce désir de poser un autre regard sur les corps des personnes en situation de handicap. Un regard de désir, à mille lieux des coups d’œil furtifs, empreints de pitié et de culpabilité, qu’on pose sur les autres, les différents. Sans réellement savoir qu’il n’y a rien de pire que de se sentir réduit dans les yeux de l’autre. 

Ce jour-là cependant, nous ne sommes pas à l’hôpital, et Sophie n’est plus dans le soin. « Il était très timide et je n’en menais pas large, se souvient-elle. Nous étions tous les deux coincés, à ne pas trop savoir comment faire. J’ai proposé un massage pour briser la glace, il m’a dit qu’il détestait ça ! Il y a des choses qui s’acquièrent et qui ne s’apprennent pas. » Sophie réalise que chaque handicap, chaque individu est différent. Les 4 jours de formation qu’elle a effectué avec l’APPAS étaient peut-être un peu courts, brefs et théoriques. Le retour à la réalité, la sienne, est aussi plus difficile à gérer que ce qu’elle imaginait. « On ne peut pas accompagner autant de bénéficiaires qu’on le souhaiterait, regrette-t-elle. Il y a un gros engagement psychologique. » Elle raconte combien elle a été émue par un homme, atteint de paralysie cérébrale, qui lui faisait part entre deux caresses de sa solitude et de son enfermement… « Je me suis rendue compte que j’étais sa seule visite, qu’il ne voyait jamais personne à Lyon! Ça m’a détruite. »

On ne s’improvise pas travailleuse du sexe. Prendre du recul, rester humble et savoir qu’une heure et demie de plaisir donné ne règlera pas tous les problèmes demande du temps, de la pratique aussi. La gestion de l’autre et de sa solitude sont des choses que ces ouvrières du corps et de l’esprit donnent l’impression de mieux assumer, parce qu’elles connaissent ce terrain depuis longtemps. Cybèle, qui se définit comme escort depuis plusieurs années, plaide pour un rapprochement entre tou.te.s les travailleuses du sexe : « Il faut une redéfinition de la notion de proxénétisme pour que nous puissions travailler ensemble – notamment en créant des regroupements de travailleur.euses qui dispenseraient elles-mêmes des formations – et contribuer à améliorer l’offre des services sexuels aux personnes en situation de handicap. »

Cela permettrait surtout d’ouvrir les formations d’accompagnant.e.s sexuel.le.s. à des sexualités plus diverses ; à des discours moins hétéronormés. « Souvent avec les personnes en situation de handicap, nous explorons des relations un peu différentes, raconte Cybèle. Nous avons besoin d’écouter les corps, ses différentes fonctionnalités. C’est beau d’avoir besoin d’imagination et de créativité dans les rapports sexuels… Comme lorsqu’on utilise des objets et qu’on essaie de les customiser. Nous essayons aussi de contourner l’injonction à la pénétration, de chercher d’autres voies et d’être dans la recherche du plaisir pur. C’est militant, queer et agréable. De cette manière, j’ai vraiment l’impression d’exercer un art. »

Au sein de l’association Corps Solidaires, basée en Suisse, on prend très à cœur cette diversité sexuelle. « Au cours de la formation, nous invitons les personnes à être les plus authentiques possible notamment concernant leur appartenance sexuelle, explique Alice, formatrice au sein de cette organisation et accompagnante en région lyonnaise. Nous les amenons à s’affirmer, à dire si elles sont hétéros, gays, transsexuelles ; si elles aiment le BDSM, le massage tantrique, tel ou tel type de pénétration… Une fois que nous connaissons les possibilités de tout un chacun, il est plus facile de les aiguiller vers les bénéficiaires. »

Mais alors une autre problématique se pose. Ce sont parfois les kinés qui font appel aux accompagnantes sexuelles, parfois les parents ou les amis… Qui ne savent pas toujours quelles sont les préférences sexuelles de leurs patients et de leurs proches. « Hier j’ai fait un entretien préalable avec un jeune homme autiste, raconte Cyblèle, et j’ai réalisé que sa mère poussait énormément pour qu’une relation ait lieu. A un moment j’ai tenté de comprendre s’il était vraiment intéressé par ce qui était en train de se passer. Je lui ai demandé qui est-ce qui l’attirait : les femmes ou les hommes ? Il a répondu : les deux. » Est-ce que cette question-là a été posée avant ? Cybèle ne le pense pas. Or, le risque de se tromper est trop important pour qu’on se permette de ne pas demander. Et comme dans toutes les familles, les parents projettent parfois sur leurs enfants leur vision d’une sexualité réussie. « C’est vrai qu’un certain nombre d’entre eux m’invitent à prendre le thé juste après une séance, confie Alice en souriant. Je vois bien qu’ils veulent savoir ce qu’il s’est passé. Et il y a ce présupposé, cette question implicite mais tellement criante : alors il bande bien mon fils ? » 

Il y a plusieurs mois, Cybèle taille la route jusqu’en région parisienne. Les parents d’un jeune homme cherchent désespérément une accompagnante expérimentée après plusieurs déconvenues. « Ils m’ont raconté qu’elles n’avaient pas su s’y prendre, explique Cybèle. Mais au cours de notre relation je me suis rendue compte que le jeune homme n’avait pas d’érection… Or, cette poussée pour la pénétration frustrait bien plus les parents que leur fils ! Lui souhaitait simplement qu’on reste collés l’un contre l’autre et qu’on laisse défiler la playlist. » Les parents ne l’ont jamais rappelée, s’imaginant floués une fois de plus…

Cette incapacité à répondre à la sacro-sainte injonction à la pénétration peut être très difficile à assumer et peut plonger certains individus dans un profond désarroi.  « On leur explique que la sexualité ne tourne pas forcément autour de cet absolu, reprend Alice. Ils ont une bouche, des doigts, une sensualité, des mots, un regard… tous pénétrants. J’ai d’ailleurs offert le livre de Martin Page, Au-delà de la pénétration, à l’un de ces bénéficiaires pour alimenter sa réflexion. »

Ce livre appelle en effet à envoyer balader les normes sexuelles, redécouvrir les corps et comprendre que les sexualités sont plurielles. Des pistes de réflexion chères à l’association Corps Solidaires, qui devait organiser à Lyon les premières rencontres de l’accompagnant sexuel d’Europe les 8,9 et 10 mai. Le Coronavirus est passé par là, mais ce n’est que partie remise : « On réalise qu’on est plusieurs à avoir un savoir-faire, il nous faut partager nos expériences au sein des différents pays européens. Entre accompagnants sexuels mais aussi avec d’autres travailleuses du sexe qui ont ce rôle depuis très longtemps. »

La nécessité de se positionner sur la prostitution permettrait aussi d’évacuer un postulat validiste qui accorderait des droits aux personnes en situation de handicap et pas aux autres. « A partir du moment où l’on pense qu’une personne en situation de handicap mérite plus d’être accompagnée qu’un individu ordinaire, on est dans le validisme, affirme Cybèle. Certaines accompagnantes refusent par exemple d’assister des personnes non-voyantes en disant que ce handicap n’est pas un obstacle à la vie affective. Mais qu’en savent-elles ? Qu’est-ce que cela signifie ? » Pour Cybèle, ces réflexions reflètent à la fois le validisme et la putophobie ambiants : « Ces accompagnantes refusant de s’affirmer travailleuses du sexe, c’est sans doute pour cette raison qu’elles se pensent plus utiles auprès de personnes avec un handicap lourd. Mais c’est une vision très misérabiliste. Et à partir du moment où on trace une ligne entre les gens de toute façon on est dans la discrimination. »

C’est pour en finir avec cette différenciation que des accompagnant.e.s, escorts et prostitué.e.s refusent la rédaction d’une législation spécifique qui permettrait aux personnes en situation de handicap, et à elles seules, d’avoir accès à un service sexuel. « Il s’agit une nouvelle fois de séparer les valides des non-valides, comme s’ils n’avaient pas les mêmes besoins, réagit Cybèle. C’est totalement déshumanisant. »

Par Jennifer Simoes

Biblio

Assistance sexuelle et handicaps, de Françoise Vatré et Catherine Agthe Diserens. Editions Chronique Sociale.

Mon corps, moi et les autres, brochure éditée par l’AFFA et le Planning Familial. 

Femme, nature et culture : Je (ne) suis (pas) une écoféministe

Femme, nature et culture : Je (ne) suis (pas) une écoféministe

Femme, nature et culture : Je (ne) suis (pas) une écoféministe

Lorsque j’étais enfant, j’aimais m’asseoir sur le toit de tuiles en contrebas de la fenêtre de ma chambre, sur ces tuiles roses et sèches, typiques des maisons du sud de la France. Je regardais, émerveillée, les collines au loin développant sur des kilomètres leur garrigue, leur pinède et ces nuances de verts constamment réagencées par la danse des nuages. Cette majestueuse architecture, ces cathédrales de calcaire. Bercée par le chant des cigales, je m’effaçais dans la chaleur du soleil  et les limites de mon corps, jusque-là imposées par mon épiderme, s’oubliaient, s’élargissaient, jusqu’à contenir la nature qui m’entourait. Je n’étais pas moi, j’étais tout. Le ciel, la nature, le soleil. Une pulsation de vie sans forme ni entrave. Je n’étais pas une fille, j’étais juste moi. Etre une fille, ou plutôt être une femme, c’est venu après.

Ce n’est pas un hasard si mon travail de chercheuse en sociologie environnementale vise à déconstruire le dualisme humain/nature et les croyances culturelles nous séparant de notre environnement. J’ai découvert l’écoféminisme en cherchant à comprendre ma place dans le monde, mon identité de femme au sein d’un environnement naturel. Parler de l’écoféminisme, c’est parler de notre besoin de nature aujourd’hui, c’est parler de ce que signifie être femme et de ce que signifie l’être dans la nature. C’est parler de la femme sauvage qui résonne en chacune.

© Annika von Hausswolff, Back to Nature, 1993

Ecoféminisme et spiritualité

Commençons par un peu d’histoire. L’écoféminisme, terme issu de la contraction d’écologie et de féminisme, est un courant de pensée associant deux formes de domination : la domination de l’homme sur la femme et la domination de l’être humain sur la nature. L’expression a été introduite par Françoise d’Eaubonne dans un ouvrage de 1974 intitulé Le féminisme ou la mort. Lors de ses débuts dans les années 1970, l’écoféminisme s’imprègne de l’idéologie contre-culturelle et du mouvement hippie. Le retour de la femme à la nature se veut mystique, affirmant un lien ancestral perçu comme unique, sacré et exclusif. On pense alors que les femmes possèdent une connexion à l’environnement dont les hommes sont dépourvus.

En 1978, l’auteure américaine Mary Daly décrit le mouvement en ces termes : « Il s’agit des femmes faisant l’expérience d’elles-mêmes, s’aimant et se recréant tout en recréant le cosmos. Il s’agit de nous déposséder, de nous inspirer, d’entendre l’appel du sauvage, de verbaliser notre sagesse et de tisser la tapisserie universelle de notre genèse et de notre perte. » Cette période, allant environ de 1970 à 1980, constitue une première vague écoféministe. Elle est principalement axée sur le spirituel, et sur la connexion à la nature par le corps et les sens (la féministe américaine Starhawk parlait d’une spiritualité émanant de la Terre). Alors que l’homme est associé à la sphère de l’intellect et de la raison, la femme, elle, est associée au côté animal, émotionnel et intuitif. La notion de féminin divin, aka la déesse qui réside en chacune, vient en partie de là. Mais cette période, tout en glorifiant l’union de la femme à l’environnement, renforça aussi certaines croyances et certains stéréotypes autant sur la femme que sur la nature. Une de ces croyances est que la femme et la nature partagent des caractéristiques spécifiques, dites ‘féminines’. Toutes deux sont nourricières, généreuses, créatrices, porteuses de vie mais aussi sauvages, chaotiques, cycliques ou destructrices, tour à tour ange et démon. Cette dimension spirituelle sera profondément critiquée par la deuxième vague écoféministe permettant ainsi aux femmes de redéfinir leur relation à l’environnement.

       Imágen de Yágul, Ana Mendieta, 1973/2018

Arbol de Vida, Ana Mendieta, 1977

Ecoféminisme et dualité

Dès 1980, dans un ouvrage intitulé The Death of Nature, Carolyn Merchant dénonce le lien femme-nature comme étant une construction sociale. Selon elle, penser que les femmes partagent une connaissance spécifique de la nature et un talent inné pour en prendre soin est une erreur. Prôner un lien unique entre la femme et la nature, c’est nier l’appartenance de tous les êtres humains, quelque soit leur sexe, à la Terre.  Au lieu de mettre en corrélation le statut social de la femme et celui de l’environnement, l’écoféminisme moderne reconnaît que la femme possède des qualités à la fois masculines et féminines et qu’il lui appartient de choisir et déterminer sa relation, ou absence de si elle le souhaite, à la nature. Le discours écoféministe moderne s’élargit alors pour inclure l’homme et se teinte de politique pour mieux s’inscrire dans le débat écologique. Plus que l’homme, cet autre masculin, c’est l’esprit patriarcal inhérent à la culture occidentale qui est à présent visé. Le discours écoféministe s’oriente vers les dichotomies et séparations générées par l’héritage occidental.

Le dualisme entre nature et culture, un concept qui définit l’être humain et la nature comme séparés, est un filtre mental que nous surimposons à toute expérience avec la nature. C’est le mode par défaut de notre regard occidental. On a tendance à voir la ville et la nature comme différents et opposés, l’être humain comme supérieur aux plantes et aux animaux, ou les inventions modernes (voiture, smartphone, plastique, ordinateur, etc.) comme non-naturelles. On crée une barrière entre soi et la nature. Si ces concepts nous semblent évidents aujourd’hui (« Bien sûr, mon iPhone n’est pas naturel ! »), ils ne sont pas une vérité en soi, et il ne faut pas oublier qu’ils ne sont qu’une manière de voir le monde parmi tant d’autres. Lors de recherches récentes que j’ai faites en Australie, j’ai plus appris sur la nature par la culture aborigène que par la culture australienne occidentale. L’activiste aborigène Fabienne Bayet explique que la nature est la culture des peuples aborigènes. C’est dans ses arbres, ses sillons, dans ses orages, ses saisons, qu’ils établissent l’histoire, littéralement au sens de narration, de leur civilisation. Cette citation de Standing Bear, philosophe Sioux d’Amérique du Nord, illustre également cela : « Nous ne voyons pas les vastes plaines, les belles collines ondoyantes et les entrelacs de rivières et de végétation comme ‘sauvages’. Ce n’est qu’aux yeux de l’homme blanc que la nature est perçue comme telle, et seulement à ses yeux, que la terre est ‘infestée’ d’animaux ‘menaçants’ et de peuples ‘barbares’. A nos yeux, la nature est bienveillante. » Ainsi, l’être humain occidental est le seul spécimen vivant capable de faire partie de la nature tout en s’en croyant séparé. C’est pourquoi un nombre croissant de scientifiques, dont Val Plumwood, écoféministe australienne et auteure de Feminism and the Mastery of Nature, critique toutes les dichotomies issues de la culture occidentale, femme/homme, nature/culture, intellect/émotion ou encore individuel/universel, comme faisant la force de l’esprit patriarcal et étant source d’aliénation.

Woman Rising/Sky, Mary Beth Edelson, 1988

   Goddess Head, Mary Beth Edelson, 1975

Femme sauvage, etc.

Ainsi, l’écoféminisme est plus un mouvement de pensée qu’un courant pratique. Il ne propose pas tant des solutions à la crise environnementale qu’il offre une possibilité de repenser la manière dont certains grands problèmes dans ce monde sont gérés. Ce qui reste, au final, c’est ce lien entre femme et nature, et ce que chacune décide d’en faire. Oui, j’aime la nature, je la respecte et la défends. Et pourtant, j’ai du mal avec l’écoféminisme. D’abord parce que je n’aime pas les étiquettes, aussi intéressantes soient-elles, ensuite parce que je trouve que cela nous enferme dans une relation cérébrale à la nature. Le dualisme humain/nature, notre manière scindée de voir la vie,  le monde extérieur commence là où mon épiderme finit, tout ce qui n’est pas mon corps est autre, étranger, menaçant, ennemi, ces croyances naissent du langage. Des mots. Cette manière de voir le monde s’inscrit dans l’enfant dès qu’il apprend à parler et à lire. Que reste-t-il dans le silence ? Que signifie être humain, être femme, être écoféministe dans le silence ? Où vont les mots ? Et quelle réalité ont-ils face à la vie, à la sensation d’être vivant ?

L’écoféminisme a apporté et apporte des choses belles et positives dans le monde afin de faire évoluer les consciences. Mais ce n’est qu’un outil, un panneau signalétique indiquant une voie à suivre. Le chemin se poursuit seul, loin des idéologies. Pour nombre de chercheurs aujourd’hui, il s’agit de court-circuiter l’esprit pensant qui cherche à mettre des étiquettes sur toutes les choses qu’il voit, de faire taire le brouhaha mental et d’appréhender ce qui se trouve devant soi de façon neutre, apaisée, silencieuse afin de toucher à l’authenticité. Elizabeth Dickinson, sociologue à l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill, a créé le terme de non-verbalisation (non-naming) pour décrire une expérience de la nature par les sens. Les mots divisent, le silence unifie. Le combat écoféministe au XXIe siècle n’est plus contre le patriarcat mais contre le civilisé, la société, et la culture qui enferment dans des moules réducteurs et des attentes extérieures. La femme sauvage, ce concept élaboré par Clarissa Pinkola Estes, renvoie à la nature instinctive, créative et vitale qui s’exprime en chacune. La femme sauvage, comme la nature sauvage, est victime de la civilisation.

Alors qu’est-ce qu’être écoféministe aujourd’hui ? Et que signifie être une femme sauvage ? Je ne sais pas. Mais je sais que le monde est plus beau pris dans sa globalité, et la vie plus facile lorsque j’étends mon identité propre à sa multitude. Ma respiration semble plus fluide lorsque j’honore l’interconnexion de tout être vivant à la planète, pas un au-dessus, un au-dessous, mais tous sur un pied d’égalité. Alors, j’essaie de faire la paix avec ma part d’ombre. J’essaie d’accepter mes contradictions, ma masculinité, ma féminité. Je continue de lutter pour faire la différence entre le brouhaha ambiant et ma voix propre. Et c’est souvent dans le silence de la nature que je l’entends le mieux. Je ne suis pas une femme. Je suis l’enfer.

 

 

 

Par Mélusine Martin

Illustration – BOSQUETRO