Le roman qui vous prend en “Otages” 

Nina Bouraoui, autrice du roman “Otages”. Photo ©Francesca Mantovani 

C’est l’histoire banale d’une femme banale. Immergés en plein coeur de ses pensées, ses secrets, son quotidien et ses angoisses le personnage principal de ce roman reflète plus que jamais les inégalités de notre société, ses failles. Sorti au tout début de l’année 2020, « Otages » est un roman signé Nina Bouraoui. L’autrice nous raconte avec brio l’histoire fictive d’un destin brisé, celui de Sylvie Meyer, 53 ans, mère de deux enfants et séparée de son mari depuis 1 an.

Avant d’être publié aux éditions JC Lattès, Nina Bouraoui a écrit « Otages » à l’occasion du Paris des Femmes, un festival dédié aux autrices. Le court texte introductif nous apprend que la pièce de théâtre, rencontrant un fort succès, a été jouée dans de nombreux théâtres dont le Théâtre du Point du Jour à Lyon. L’autrice poursuit :

« Le destin de mon héroïne ne cessant de se raccorder au chaos du monde, j’ai écrit une nouvelle version, inspirée puis échappée du théâtre en hommage aux otages économiques et amoureux que nous sommes. » 

Pour renforcer l’immersion dans le quotidien de Sylvie Meyer, Nina Bouraoui a entièrement écrit son récit à la première personne. C’est Sylvie qui nous parle et nous fait ressentir ses émotions. Tout commence par son histoire sans folie avec son mari, les circonstances de leur rupture et leur vie vécue d’un amour qui ne se manifeste que trop rarement. Le récit avance et nous comprenons davantage le mal-être de cette femme.

Un deuxième homme intervient, Victor Andrieu, le patron de la Cagex, l’entreprise de caoutchouc dans laquelle Sylvie travaille depuis 21 ans. Ici c’est une emprise presque viscérale que cette homme exerce sur elle. Les longs monologues de Victor Andrieu nous le prouve puisqu’il est l’auteur non seulement des questions mais aussi des réponses de Sylvie :

« Vous savez à quel point je vous fais confiance ? N’est-ce pas ? Vous le savez Sylvie ? Et j’ai une morale. Si vous m’aidez je vous protégerais. C’est le contrat entre nous. » 

Chargée de faire des classements sur les performances de ses collègues, de les observer toute la journée, Sylvie est entrainée dans une spirale qui ne cesse de continuer de la broyer. Tantôt fière de cette mission, tantôt écoeurée Sylvie craque. 

L’avancé de la forme du récit nous pousse à comprendre les motivations de Sylvie Meyer à commettre cette acte. A travers son histoire avec son patron, elle parle aussi de son mari. Comme pour le justifier de sa fuite et pour elle de sa dégringolade. Lors de la prise d’otage Sylvie prend le dessus et nous lisons, presque écoutons, tout ce qu’elle a sur le coeur. 

Ce n’est pas un coup de tête, ni un coup de folie. Lors de la lecture de ce livre nous ne pouvons nous empêcher de ressentir de l’empathie pour cette femme. Son acte a été définit par une vie de sacrifice et de blessures. Nous sommes non seulement les témoins d’un morceau de vie de Sylvie mais aussi les témoins des nombreuses figures masculines qui ont détruit sa vie. C’est une critique d’un système économique toujours plus productif et manipulateur ainsi que d’un système judiciaire violent envers les femmes. 

Ce livre est d’une justesse incroyable et nous permet surement de nous libérer un peu de notre société.

 

Nina Bouraoui est une romancière française, autrICe de nombreux livres à succès. A travers ses ouvrages elle aborde différents thèmes : l’identité, le déracinement, le désir, ou encore l’homosexualité. Ces premiers romans datent des années 90 et parlent déjà des conditions des femmes entremêlées avec d’autres sujets comme la mort ou la guerre.