Unbelievable, la double peine du viol

by | Nov 25, 2019 | Articles | 0 comments

Unbelievable, produite par Netflix, relate l’histoire vraie d’une jeune femme accusée d’avoir inventé son propre viol.

Avec des femmes devant et derrière la caméra, cette production s’attache incontestablement à partager le point de vue des femmes. A travers le personnage de Marie nous sommes les témoins de l’enfer que subissent les femmes victimes de viol, trop peu écoutées, et les nombreuses injustices d’un système bien rodé. 

Revenons sur cette série, pas toujours facile à regarder, aux dures réalités

 

LA VÉRITÉ PASSÉE SOUS SILENCE  

Commençons par le vif du sujet puisqu’après tout c’est comme ceci que commence la mini-série Unbelievable. Marie, jouée par Kaitlyn Dever, vient tout juste de se faire violer par un homme qui est entré chez elle dans la nuit. Après plusieurs heures de sévices et la disparition de l’individu cagoulé, elle appelle la police.

Marie devra répéter inlassablement les mêmes choses à différents policiers, les écrire, puis se faire examiner pour repérer les traces du viol sur son corps. A chaque nouvel interrogatoire la scène se rejoue dans sa tête, de nouveaux détails apparaissent et d’autres disparaissent.

Judith, jouée par Elizabeth Marvel, mère d’accueil de Marie, est la première sur les lieux. Elle soutient et aide Marie au début puis entraine les policiers vers la piste du mensonge. Marie perd tous ses amis, plus personne ne la croit. Son viol se retourne même contre elle.  

 

Parallèlement la série nous montre l’histoire de deux inspectrices que tout oppose. L’une, Karen Duval jouée par Merritt Wever, qui est la jeune flic au quotidien bien rangé. L’autre, Grace Rasmussen jouée par Toni Collette, renommée dans sa brigade et plus désinvolte. Ce sont deux viols similaires dans chacun de leurs états qui va les faire se rencontrer.

Le fil rouge de la série est Marie dont nous pouvons suivre petit à petit l’évolution de son histoire à travers de courtes interventions dans chaque épisode.

LA CULPABILISATION DE LA VICTIME 

Il est assez frappant de voir à quel point Unbelievable reconstitue de manière exact le traitement réservé aux femmes victimes de viol. Bien que la série se déroule aux Etats-Unis il est fort possible de retranscrire les mêmes mécanismes de mise sous silence des victimes et de culpabilisation exercés en France.

Dans la série, ce processus est réalisé par deux policiers qui vont intimider et menacer Marie jusqu’à la faire revenir sur sa déposition, tout comme il a été le cas pour la femme qui a inspiré le personnage de Marie. 

Dans le livre de Valérie Rey-Robert, « Une culture du viol à la française, du troussage de domestique à la liberté d’importuner », l’autrice consacre un passage entier sur la police, la justice et les préjugés. Dans celui-ci on apprend que d’après une étude suédoise (« A survey of police officers’ and prosecutors’ beliefs about crime victim behaviours ») qui analyse les déclarations d’officiers de police et de procureurs, près des trois quarts pensent que les émotions manifestées par la victime permettent de savoir si elle dit la vérité. Plus de la moitié pensent que si la victime répond de manière « inappropriée », c’est qu’elle ment. Or une victime peut être complètement indifférente ou bien même complètement terrorisée lors de son dépôt de plainte. 

Pour ce qui est de Marie dans la série, elle est dans un premier temps abattue et triste puis devient indifférente après avoir répété des dizaines de fois ce qu’il s’est passé. Les deux policiers ne vont alors plus avoir aucun doute sur les mensonges de la jeune fille. 

 

DE LA FICTION À LA RÉALITÉ 

On pourrait se dire qu’il est préférable d’avoir à faire à un policier français plutôt qu’à un policier américain, souvent qualifiés de «cow boy», pourtant le traitement des victimes n’est pas vraiment très éloigné. En France, c’est un viol toutes les 8 minutes et un demi-million de femmes qui sont victimes de violences sexuelles chaque année. Seulement 10% d’entre elles portent plainte (pour les femmes majeures).

A la lumière de cette série nous pouvons voir à quel point les policiers souffrent des idées reçues de notre société face au viol et sont insuffisamment formés. La victime est trop souvent accusée d’avoir provoqué ce qui lui est arrivé, il est question de victim blaming

 

Aujourd’hui quelques améliorations sont tout de même à relever, ou plutôt du bon sens. Depuis 2001, il est possible pour les victimes de violences sexuelles de porter plainte dans n’importe quel commissariat ou gendarmerie en France, même si l’infraction présumée a été commise à des centaines de kilomètres de là. Une charte a également été créée en 2004 concernant l’accueil des victimes. Celle-ci exige un « comportement empreint de politesse, de retenue et de correction et un accueil privilégié pour les victimes d’infractions pénales ». Cependant il n’est pas dit qu’un agent spécialisé dans le traitement de ces affaires soit présent surtout si la plainte est déposée le week-end ou en soirée. 

Unbelievable a, comme vous venez de le lire, déjà fais couler beaucoup d’encre alors si vous n’avez pas encore regardé cette série, il est temps de le faire. En plus d’être une histoire vraie c’est une véritable série policière qui vous tiendra en haleine jusqu’au dernier épisode.

 

 UNE VÉRITABLE HISTOIRE 

Cette histoire n’est pas totalement inconnue du grand public. En effet en 2015 deux journalistes, Ken Armstrong et T. Christian Miller, enquêtent et écrivent un article poignant sur une série de viols qui ont eu lieu aux Etats-Unis entre 2008 et 2011. Leur récit nous relate les faits à travers deux enquêtrices du Colorado, incarnées par Merritt Wever et Toni Collette dans la série. L’article s’articule comme une véritable enquête de police : les dates et les lieux sont indiqués à chaque étape de l’investigation des journalistes. Nous pouvons même y voir les photos des objets que le violeur a utilisé chez chacune de ses victimes (des lacets, une ceinture, un appareil photo rose, des baskets Adidas et un sac à dos). Les deux journalistes ont publié leur enquête sur le site ProPublica et ont été récompensé par le prix Pulitzer aux Etats-Unis.  

 

Par Noémie Perrin

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