Le Salon des Dames – Le Pouvoir des Illustrations

by | Sep 26, 2019 | Le Salon Des Dames | 0 comments

On continue notre collaboration avec la revue Deuxième Temps. Tous les mois, Céline Giraud et Alicia Martins nous parlent de faits de société contemporains et les mettent en relation avec des OEuvres et des artistes passé·e·s, présent·e·s ou futur·e·s. Histoire de faire dialoguer tout ce petit monde.

L’IMAGE DE L’ECRITURE

L’illustration, ça vous dit quelque chose ? Nos quotidiens sont pleins d’images. Publicité, étiquettes de produits, mais aussi journaux, revues ou sites internet. Au milieu de tout ça, les illustrations sont très présentes avec leurs visuels au statut particulier. Pourtant, on ne les connaît pas toujours bien. Il s’agit de la rencontre entre dessin et écriture : c’est une image qui fait parler un texte. Elle peut aussi le prolonger, le compléter ou le transformer. Les deux sont alors complémentaires.

L’IMAGE NARRATIVE

Elle est apparue dans l’antiquité dans la littérature grecque, et s’est développée avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg qui permet la démocratisation de l’image par une production en série plus facile. Son accès est simplifié puisque son coût est moins élevé. Au départ l’illustration se trouve uniquement en première page puis s’étend entre les pages.
Avec l’alphabétisation progressive des masses, elle prend doucement de l’ampleur. Dans le livre mais aussi le journal imprimé, l’image ne tue pas le texte, elle joue avec lui. De cette manière, il n’y a aucune concurrence entre ces arts.

Les contes drolatiques,Balzac (cinquième édition illustrée de 425 dessins par Gustave Doré), 1855, source Gallica.

Aujourd’hui le terme d’illustration englobe bien plus de créations. Elle peut s’affranchir et exister sans le texte. On parle par exemple d’un style “illustré”, qui est reconnu dans l’art. C’est ce que fait l’artiste japonais Takashi Murakami, en reprenant l’univers visuel du manga dans des lithographies. Comme Andy Warhol avant lui, il édite et fait reproduire ses illustrations.

De son côté, Lichtenstein travaille avec un style issu de la bande dessinée américaine, en peinture cette fois. Ces usages montrent un retour à l’image illustrée : on est moins dans l’abstraction plus dans la figuration. 

 

La révolution des images

Pourtant, il ne faut pas se tromper : le style illustré n’a pas toujours eu les faveurs des critiques. Si l’Antiquité, le Moyen-âge, le Romantisme, le Rococo etc figuraient le monde, grands nombre d’artistes modernes et contemporains ont cherché à s’en affranchir. Il ne s’agissait plus de montrer les choses telles qu’elles étaient (ça, la photographie le faisait très bien !) mais d’exprimer les passions des âmes, la psyché et le monde sensible

Kandinsky Komposition VIII, 1923, Composition VIII, Huile sur toile, 140 x 201 cm, Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Solomon R. Guggenheim, Founding Collection, by gift, © Adagp, Paris

Très vite, les artistes illustrateurs ont été évincés des scènes intellectuelles, jugés naïfs. Ce qualificatif d’abord péjoratif, est devenu un mouvement à part entière dont Henri Rousseau en est une figure de proue.

 Henri Rousseau, Le rêve, 1910, Huile sur toile, MoMA, New-York

Ainsi, l’image illustrée n’est jamais sortie de l’histoire de l’art. Au contraire même. Et aujourd’hui, peut-être plus qu’auparavant, on sait combien elle est importante et forte : contrairement au texte, une illustration transmettra immédiatement son message. La naïveté d’alors peut être un argument majeur dans la dialectique esthétique. 

En effet, l’illustration permettant souvent plus d’immédiateté dans la transmission, elle se dote d’un véritable pouvoir comme c’est le cas avec la caricature, outil hautement politique, justement !Jean Paul Achard, La beauté est dans la rue, mai 1968, affiche

L’illustration dans l’histoire de l’art n’a pas toujours eu une place de choix. Surtout si on se range du côté des critiques. Pourtant, elle tient en elle une force universelle : qu’importe la langue, un dessin de fleur (aussi grossier soit-il) sera compris. Par le dessin nous pouvons donc nous faire comprendre.

Céline Giraud & Alicia Martins Fondatrices de la revue Deuxième Temps

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