Dis Maîtresse, c’est quoi un.e TDS ?

par | Mai 14, 2019 | Dis Maîtresse | 0 commentaires

Avé les chiards. Bon, ce matin on va parler d’un truc hyper important qui s’appelle le féminisme pro-sexe. J’ai eu cette idée brillante parce que Cerise, après s’être faite traitée de « prostipute » par Gaspard, toi petit con je te jure que si je te choppe à réutiliser ce mot comme une insulte tu vas passer un sale quart d’heure, en a profité pour me demander ce que ça voulait dire.
Alors déjà Gaspard « prostipute » est un mot qui n’existe pas. Voilà. Un peu comme on ne dit plus « crocrodile » ni « pestacle » à huit ans, mais ça j’imagine que c’est trop te demander vu ton niveau de QI. Le vrai mot est donc « travailleuse du sexe », et sa version vulgaire c’est « pute », mais ça vous êtes pas obligés de le noter dans vos cahiers, surtout Caroline avec les grenouilles de bénitier qui te servent de parents, ok ? Merci. DONC une travailleuse du sexe c’est quoi ? Eh bien une travailleuse du sexe, ou TDS mes petits lapins c’est simplement une femme dont le métier consiste à vendre des prestations sexuelles.

Par exemple, Kevin, ton père il est kiné c’est bien ca ? Ça veut dire que des gens viennent dans son cabinet, ils s’installent, ton père il leur fait des trucs qu’il sait super bien faire (normal c’est son métier), les gens lui donnent des sous et ils repartent en se sentant mieux.

Les TDS, c’est pareil. Et ce qu’elles savent super bien faire, c’est du sexe. Le problème, avec la prostitution, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui pensent être des héros des temps modernes, du genre défense de la veuve et de l’orphelin, parce qu’ils s’y opposent avec passion, proclamant que soi-disant que ça avilit la femme. Alors laissez-moi tout de suite vous dire que c’est du bullshit.

Les gens qui disent ça, c’est surtout des gens qui ne sont pas encore trop sortis du patriarcat et qui continuent de penser que la femme est faible et qu’elle est forcément une victime, alors que le problème c’est pas les femmes qui se prostituent, c’est ceux qui exploitent les prostituées, qu’on les appelle des proxénètes, et les proxénètes, si vous voulez mon avis, ça fait des super personnages de NCIS mais dans la vraie vie c’est pas jojo.

Heureusement, en France, le proxénétisme est interdit. Mais ne croyez pas que c’est une si bonne nouvelle que ça ! Pour combattre le proxénétisme, le législateur n’a rien trouvé de mieux que d’interdire « d’aider, d’assister la prostitution d’autrui », ou de « vivre aux dépends d’un travailleur du sexe ». C’est les articles 225.5 et 225.6 du Code Pénal Constance, si tu veux vérifier avant de venir me faire chier avec ton père qui est avocat.

Résultat, techniquement, il est interdit de donner un conseil à une amie prostituée, ou de louer un appart à une travailleuse du sexe, ou même par exemple de toucher un peu de sous de sa mère, si celle-ci est une TDS. Faut imaginer une jeune femme de 18 ans, qui part faire ses études, dont la mère paie un appart dans la ville d’à côté et qui se retrouve accusée de proxénétisme. Le délire. En réalité, tout est fait pour dissuader les TDS d’avoir cette activité.

Mais il y a pire : la loi condamne aussi les clients. Sous couvert de renverser le rapport de force en faveur des prostitué.e.s, cette loi les place au contraire dans une position beaucoup plus fragile : comme il y a moins de clients (forcément), il est plus difficile de les refuser, quitte à, par exemple, accepter des pratiques qu’on n’aime pas. Quant aux agressions, les TDS s’entendent souvent dire par la police, lorsqu’elles la sollicitent, des phrases désespérantes du genre : « t’es prostituée, ça fait partie des règles du jeu ».

Alors pour se garantir une clientèle malgré ces lois, les TDS se retrouvent souvent contraint.e.s de passer par des agences… Ce qui finalement relève du proxénétisme.

Alors plutôt que de condamner le travail du sexe et de chercher à provoquer sa disparition à travers des lois contre-productives, on ferait mieux de tout réglementer comme n’importe quel profession pour permettre la mise en place d’un « contrat intersexe sain et clair », comme l’appelle de ses vœux Virginie Despentes dans King Kong théorie. Après tout, les femmes ont le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent, et si elles sont consentantes et convenablement payées je vois pas pourquoi elles auraient pas le droit de se prostituer. Voilà pourquoi Gaspard t’as tout faux quand tu penses que t’as insulté Cerise en la qualifiant de prostituée, c’est comme si tu l’avais traitée, je sais pas moi, d’institutrice par exemple. Enfin quand je vous regarde et que je vois toutes vos tronches de dégénérés là parfois je me demande même si c’est pas préférable de finir prostituée qu’instit, en fait.

Par Amandine Deguin 

Sur une idée originale de Camille Dochez

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