DORA NIQUE LE PATRIARCAT – en Arabie Saoudite

by | Apr 22, 2019 | Dora nique le patriarcat | 0 comments

 

Depuis que ses seins ont poussé, accompagnés d’une vive conscience politique, Dora l’exploratrice est dévorée par l’envie impérieuse de déglinguer le patriarcat. Ce mois-ci, la rédaction de Cacti l’a envoyée en Arabie Saoudite pour voir où en est le féminisme dans le dernier pays à avoir accordé aux femmes le droit de conduire. Voici son compte-rendu.

Hello ! Moi, c’est Dora ! Aujourd’hui nous allons vivre ensemble l’aventure de l’Arabie Saoudite, le pays où les femmes n’ont le droit de conduire que depuis un an. Youpi !

L’Arabie Saoudite est une monarchie absolue islamique, deuxième pays du monde arabe après l’Algérie, et qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques mois à cause de sa conception toute relative des droits de l’homme en général et des droits de la femme en particulier. Déjà, la première chose à savoir quand on voyage là-bas, c’est qu’une femme seule n’a pas le droit d’entrer sur le territoire saoudien, ni de dévoiler la moindre partie de son corps en public : à peine avais-je posé le bout de ma boots hors de la climatisation de l’aéroport que Babouche me tendait avec un regard désabusé un niqab et une abaya (sorte de sur-robe qui recouvre tout, à l’exception du visage, des pieds et des mains) destinés à cacher mon corps de rêve. Ecrasée de chaleur et frémissante sous la caresse d’une bourrasque de simoun, je l’ai enfilée en hâte, après un dernier regard nostalgique à mon poum poum short acheté spécialement pour l’occasion, mais néanmoins pas fâchée à l’idée de passer quatre jours sans toucher à mon rasoir.

Allez, à l’aventure, c’est parti !

On a beaucoup parlé en octobre dernier du meurtre de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien expatrié aux Etats-Unis depuis ses critiques envers le prince héritier Mohammed ben Salmane (que tout le monde surnomme MBS, genre le mec c’est le BHL du Moyen-Orient), dont la responsabilité dans cet assassinat vient d’être confirmée par les Etats-Unis (sauf Trump, bizarrement). Mais une autre injustice terrible est en cours en Arabie Saoudite : depuis près d’un an, onze féministes saoudiennes sont enfermées sous des prétextes un peu foireux. Alors oui ça ressemble à un revival de Orange is the New Black, mais croyez-moi c’est vachement moins glamour – parce qu’en vrai elles se sont juste battues pour les droits des femmes.

Elles ont, entre autres, bataillé pour obtenir le droit de conduire, qu’elles ont finalement obtenu en septembre 2017 (jusque-là elles devaient être conduites par un homme de leur famille ou se ruinaient en chauffeurs privé, enfin moi c’est Babouche qui me trimballe partout mais c’est un choix alors c’est pas pareil). Le truc marrant c’est qu’elles ont été arrêtées alors même que l’autorisation donnée aux femmes de conduire était finalement promulguée. Leur procès, ouvert le 13 mars, est encore en cours ; mais dans un pays capable d’orchestrer pépouze le meurtre d’un journaliste encombrant, inutile de préciser que les observateurs s’inquiètent beaucoup pour son issue. Parmi elles, Loujain al-Hathloul fait partie des lauréats pressentis pour le Nobel de la paix 2019.

Sinon, ici, si une femme reste seule avec des hommes elle peut être accusée de prostitution et c’est passible de la peine de mort. Autant vous dire que j’ai même pas envisagé d’essayer de chopper. En fait, MBS s’évertue à montrer à l’Occident que l’Arabie s’assouplit en termes de mœurs (notamment en réautorisant progressivement le cinéma et la musique, interdits depuis les années 80), mais beaucoup déplorent des effets d’annonce destinés à camoufler des pratiques qui bafouent largement les droits humains.

Eh ben moi qui m’imaginais faire la danse des sept voiles à une assemblée d’hommes en délire qui se seraient battus pour m’emmener survoler des troupeaux de flamants roses en tapis volant, c’est loupé. Alors maintenant que je suis de retour j’ai plus qu’à réinstaller Tinder – et à me raser les jambes, tiens, j’avais fini par les oublier elles.

Par Amandine Deguin 

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *