Lettre à Emma Goldman (1869-1940)

par | Avr 15, 2019 | Breaking news pour l'outre tombe | 0 commentaires

Anarchiste et féministe russe puis étasunienne, autrice de la fameuse phrase « Si on ne peut pas danser dans votre révolution, elle ne m’intéresse pas » en critique de la bureaucratie de la révolution Russe de 1917.

Chère Emmanar’

Ce serait cool si t’étais encore là aujourd’hui, on aurait peut-être des révolutions plus fun (ou des révolutions tout court d’ailleurs).

Non parce que là c’est pas fou fou.

Déjà, le 31 mars dernier une femme trans, Julie, s’est faite très violemment agresser place de la République à Paris, en plein jour, dans une foule. En 2019. Coups, agression sexuelle, harcèlement, insultes, exhibition viriliste… La totale. Des agents de la RATP sont intervenus à un certain moment pour extraire Julie de la foule, mais sans éviter les reproches sexistes et transphobes du genre « Bah faut pas venir place de la République quand on est comme ça » ou « Bah faut pas vous habiller comme ça Monsieur », = avec un short. Traduction : c’est un petit peu de ta faute quand même.

Si je relaie cette agression ici, c’est parce Julie, la personne agressée, a choisi de la rendre publique pour sensibiliser les personnes cis à la violence que subissent les personnes trans de nos jours, en France. En 2014, on estimait que 85% des personnes trans avaient été agressées au cours de leur vie. Sauf que les signalements d’agressions, insultes ou discriminations contre les personnes trans à SOS Homophobie sont en constante hausse depuis. Et même si le droit bouge un petit peu pour mieux prendre en charge les agressions transphobes (exemple : la notion « d’identité de genre vraie ou supposée » reconnue comme circonstance aggravante), les agresseur·e·s sont très peu condamné·e·s. Par exemple, deux des trois membres de la « Brigade anti-trav’ », auteurs d’une agression transphobe très violente en mars 2018 à Paris, n’ont toujours pas été retrouvés.

CCL : La cishétéronormativité a de très beaux jours devant elle.

Mais ce n’est pas tout. Alors que depuis le 10 avril dernier on sait à quoi ressemble un trou noir, et que Katie Bouman, une ingénieure du MIT membre de l’équipe de recherche responsable de cette avancée, est devenue l’icône de cette découverte sur le web, cette dernière se prend un flot de trolls et de commentaires haineux de plein fouet. Bel exemple : un thread Reddit et Twitter clame qu’on ne fait que parler de Katie Bouman, alors qu’Andrew Chael, un homme blanc, serait responsable de 850 000 lignes du code de l’algorithme sur 900 000. Affirmation démentie par Chael lui-même dans un tweet, qui dit à peu près ça : « Bien que j’apprécie de recevoir des félicitations à propos d’une avancée sur laquelle j’ai travaillé dur pendant des années, si vous me félicitez dans le cadre d’une vendetta sexiste contre Katie, cassez-vous et reconsidérez vos priorités dans la vie svp ».

On n’aurait pas mieux dit.

Heureusement que les femmes algériennes et les femmes soudanaises relèvent le niveau de badassitude du monde en ce moment. Dans les deux pays, les femmes sont à la tête des révoltes qui secouent les régimes autoritaires, comme en témoigne la photo partagée massivement représentant Alaa Salah, jeune femme vêtue de blanc juchée sur un toit de voiture en train d’haranguer la foule à Khartoum, au Soudan. Archi-stylée. Envoyez-nous vos ondes de puissance.

Allez sur ce, j’Emma révolution à mener.

Longue vie aux fauteuses de trouble !

Par Clémentine Biard 

Illustration par Marie Casaÿs 

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