Le Salon des Dames – Écoféminisme ; des droits au naturels.

par | Mar 20, 2019 | Le Salon Des Dames | 0 commentaires

On continue notre collaboration avec la revue Deuxième Temps. Tous les mois, Céline Giraud et Alicia Martins nous parlent de faits de société contemporains et les mettent en relation avec des œuvres et des artistes passé·e·s, présent·e·s ou futur·e·s. Histoire de faire dialoguer tout ce petit monde.

Ecoféminisme : des droits au naturel
Et si les femmes étaient la nouvelle opportunité pour les sociétés et la planète de vivre ? Plus seulement survivre et périr mais avoir un futur optimiste ? C’est ce que le mouvement écoféministe des années 70 a demandé. Françoise d’Eaubonne a écrit le terme pour la première fois en 1974, dans Le Féminisme ou la mort : « Quoi qu’il en soit, les bases mêmes de la catastrophe écologique actuelle sont posées : de l’appropriation de la terre fertile […] la destruction des ressources va naître ; et de l’appropriation de la fécondité des femmes, la surpopulation. Dès sa parution, le conflit des sexes se relie étroitement à l’écologique ». Ce sont donc des femmes qui prennent les armes pour un combat unique.

 

Pour la nature…
Leur première volonté est de soigner la nature. Pour l’écoféminisme, les sociétés capitalistes et patriarcales ont détérioré les conditions sociales, environnementales et matérielles. Les études montrent d’ailleurs que les femmes sont plus sensibles aux questions de l’environnement : d’après une enquête Ipsos, 71% étaient pour l’interdiction des OGM quand 61% acceptaient de payer plus cher des énergies non polluantes. Le travail de l’australienne Janet Laurence s’inscrit dans cet engagement. Avec Deep Breathing, Resuscitation for the Reef, elle pointe les effets du réchauffement climatique sur la grande barrière de corail. Cet exemple est un symbole fort, choisi pour représenter le désastre de façon plus générale. On y voit un hôpital imaginaire pour les coraux. La nature devient humaine et mérite les mêmes soins. Dans ses textes accompagnant l’installation, l’artiste encourage chacun à trouver les modes d’action qui permettront de stopper le réchauffement.

Deep Breathing – Resuscitation for the Reef – Janet Laurence © MNHN – Catherine Ficaja

Il est aussi possible d’allier questions sociales et défense de l’environnement pour l’écoféminisme : l’un ne va pas sans l’autre. Car la nature est une ressource essentielle pour l’homme. Agnès Dénes, par exemple, la voit avant tout comme nourricière. Elle a notamment planté du blé dans un immense terrain au centre de New-York, face à la Statue de la Liberté. L’idée était de montrer un autre usage du sol en ville, loin du profit financier qui le guettait. Elle alerte sur le gaspillage alimentaire et la mauvaise gestion de la terre, qui a le pouvoir de répondre en partie à la faim dans le monde.

…vers les droits
Par ce type de réalisation, les activistes du mouvement espèrent rétablir l’égalité, le respect et la place de l’humain au sein d’un monde riche. Cela s’applique autant au naturel qu’aux femmes. Celles-ci ont des droits, elles sont aussi ouvrières. L’écoféminisme se penche précisément sur ce point, avec l’objectif de réattribuer conjointement les droits des femmes et de la Nature. C’est ce que fait Mierle Laderman Ukeles avec son Art de la Maintenance. Elle revendique les actes domestiques et d’entretien comme artistiques. De cette manière, elle veut faire reconsidérer le regard porté sur ces tâches souvent effectuées par les femmes. Son travail s’est progressivement étendu à l’humain de manière générale, lorsqu’elle s’est intéressée aux travaux d’entretien des voiries. On protège la nature en la nettoyant. Ces travaux ne sont pas ingrats, ils sont cruciaux. Elle a alors serré la main des plus de 8500 éboueurs de la ville de New-York dans Handshake Rituals. La place de chacun est importante, dans un équilibre avec la planète.

L’écoféminisme est pluriel, il regroupe de nombreuses façon de voir ses luttes. Mais aussi d’agir. Il y’a l’anti-capitalisme de Vandana Shiva, ou encore les visions plus radicales qui proposent des villages matriarcaux. Dans ce mouvement, nous nous voyons surtout une sororité proche de l’esprit contemporain des sorcières. On y place les femmes comme des démiurges fortes, capables de faire. Si ce mouvement date des années 70, il est encore d’actualité. Peu de choses ont changé si ce n’est que nous avons plus conscience de l’état des choses.

Céline Giraud & Alicia Martins Fondatrices de la revue Deuxième Temps

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Le Salon des Dames – Écoféminisme ; des droits au naturels.

par | Mar 20, 2019 | Le Salon Des Dames | 0 commentaires

On continue notre collaboration avec la revue Deuxième Temps. Tous les mois, Céline Giraud et Alicia Martins nous parlent de faits de société contemporains et les mettent en relation avec des œuvres et des artistes passé·e·s, présent·e·s ou futur·e·s. Histoire de faire dialoguer tout ce petit monde.