Dora nique le patriarcat – au Brésil

by Mar 11, 2019Dora nique le patriarcat0 comments

Depuis que ses seins ont poussé, accompagnés d’une vive conscience politique, Dora l’exploratrice est partagée entre l’envie impérieuse de déglinguer le patriarcat et un désir irrépressible pour les hommes qu’elle rencontre lors de ses différents voyages. Ce mois-ci, la rédaction de Cacti l’a envoyée au Brésil pour voir où en est le féminisme après l’élection de Bolsonaro. Voici son compte-rendu.

Alors les copains, ça vous dit d’explorer le Brésil ? Youpi ! Babouche et moi on est allé voir ce que branlait Bolsonaro et j’en ai profité pour danser la samba avec des brésiliens super gaulés si vous voyez ce que je veux dire par « danser la samba ». Héhé.

(c’est une allusion.)
(une allusion sexuelle.)
(vous l’avez ?)
(genre… danser la samba…)
(BREF.)

D’abord, il faut savoir qu’au Brésil, les aliments sont presque toujours frits, la mer est toujours aussi (chaude que moi en période d’ovulation) BONNE, les gens sont décomplexés de ouf et montrent leur cul tout le temps (mais toi, ne montre jamais tes eins là-bas tu m’entends ?! JAMAIS !) et les limitations de vitesses sont aussi respectées qu’un prof de dessin remplaçant dans une classe de 3e. Mais, surtout, le nouveau président, en poste depuis le 1er janvier, a pas seulement la tête de Denver le dernier dinosaure : ses idées aussi ont l’air de dater du Crétacé (et maintenant, pour mieux apprécier cette blague de haute voltige, n’hésitez pas à cliquer ici).

 

Toilettes d’un restaurant à Fortaleza : évidemment le mec est de face, conquérant, genre Triton le roi des océans, pendant que la nana-sirène (on ne s’arrêtera pas sur la figure mythologique de la sirène, menant par leur envoûtante voix les hommes à leur perte) est passive, de dos et elle caresse un dauphin.

Le Brésil avait pourtant rejoint le club très fermé des pays ayant élu une femme à leur tête, et l’élection de Dilma Rousseff en 2011 avait accompagnée l’émergence d’un mouvement féministe inédit. A travers le pays et depuis une dizaine d’années, des femmes ont donc commencé à se réunir et à occuper des espaces encore jamais occupés auparavant pour dénoncer les violences dont elles étaient victimes, et notamment le féminicide, dont les chiffres « alarmants et honteux » en font le principal problème des féministes brésilien.ne.s. (« Alarmants et honteux » c’est pas de moi, ce sont les mots de Leticia Machado, étudiante en relations internationales à l’Université de Brasilia et militante féministe avec qui j’ai taillé le bout de gras pour avoir toutes ces infos super intéressantes. Eh, vous pensiez que j’avais inventé tout ça ?)

Mais si un petit pourcentage de la population s’élève contre les injustices et violences qui touchent les femmes, une majorité de Brésiliens et de Brésiliennes gardent une culture très patriarcale et s’amusent de ces revendications qu’ils ne prennent pas trop au sérieux et qu’ils qualifient de « MIMIMI », terme qui en gros veut dire « bullshit » mais qui ne s’applique qu’aux appels à plus d’égalité. Oui, je sais ce que vous vous dites : si on en est au stade où on a un qualificatif méprisant spécifique pour se moquer des gens qui dénoncent les inégalités, on n’est pas sorti des ronces.

Cabane sur la plage. On cherche encore la queen de la beach hein, bon. Un genre de Tritonne super bad ass avec des seins nus et un trident magique qui contrôle les éléments, vous voyez ?

Photo par Edouard Demarly

La victoire de Bolsonaro, avec son discours patriote et totalitaire, serait ainsi non seulement le reflet de la crise économique actuelle, mais également un retour de bâton faisant suite au développement de discours féministes et égalitaires sur les noirs et les gays, devenus une gêne pour une classe moyenne farcie de préjugés.

* Fabioooooooo ! Tou mé mettas cremas dans lé dorsalaou ? Si, no ? Comment ça ton nome « não é Fabio » ? Oui ben Leandro si tou preferao moi io m’en foutaou de ton nome ! *

Bon, où j’en étais moi. Ah, oui, donc, Bolsonaro, qu’est pas vraiment célèbre pour ses prises de positions féministes (il considère par exemple que les femmes doivent être moins payées que les hommes, puisque ceux-ci n’ont jamais le mauvais goût de tomber enceintes), n’a aucun intérêt à aborder le fléau du féminicide. Il risque d’ailleurs plutôt de faire croître ses chiffres en élargissant les libertés des détenteurs d’armes. Méprisant l’ONU, on lui prête même le projet de sortir le Brésil d’importants traités, notamment ceux liés aux droits des femmes.

Salon d’esthétique qui pratique tous types d’épilation à Jericoacoara. Donc tu te tapes une heure de voiture à travers une jungle puis des dunes de sables pour atteindre un ancien village de pêcheur transformé en station balnéaire paradisiaque où un des premiers trucs que tu découvres, c’est qu’en cas d’urgence tu peux toujours te faire épiler la cramouille. Sauvées !

Si le mouvement féministe continue bel et bien à exister et à résister, Bolsonaro et ses soutiens le considèrent comme minoritaire et à aucun moment le président n’envisage de prendre en compte ses revendications. Un salut possible semble néanmoins se profiler du côté des médias et les entreprises, bien obligés de tenir compte de cette frange de la population qui se rend visible et qui consomme, et qu’ils tentent de séduire en engageant plus de femmes, en renvoyant des hommes qui fait preuve de sexisme en public, voire en faisant campagne pour le féminisme.

Voilà, maintenant si vous voulez bien ya Babouche qu’a rencardé une femelle ouistiti sagouin et un certain Leandro m’attends avec une pinte de caïpi sur la plage, et je voudrais bien avoir cinq minutes pour lui expliquer les droits de la femme si c’est pas trop vous demander.

(vous avez compris ?)

(les droits de la femme… vous l’avez ?)

(oui, non ?)

(BREF.)

Allez, et tchauzinho chez vous hein.

 

 

Chronique par Amandine Deguin 

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