Klaire fait Grrr pour Cacti Magazine

Klaire fait Grrr pour Cacti Magazine

Month: March 2019

Depuis dix ans, Klaire fait grr, mais pas que. Elle fait aussi des fictions à la radio, écrit des livres et des articles, parle des règles sur scène et adresse de somptueux pieds-de-nez aux cyberharceleurs, sans jamais cesser d’être drôle et d’honorer le dieu fromage fondu.

A l’occasion de sa venue à Lyon pour jouer une date unique de son spectacle Chattologie, elle a accepté de répondre aux questions de Cacti et nous avons parlé PMA, féminisme, Prince Charmant, et, évidemment, raclette.

D’aussi loin que je me souvienne (j’ignore si cette formule est française mais elle sonne début de légende, c’est chic), tu t’es toujours appelée Klaire fait grr. Ça veut dire que tu as toujours été révoltée ?

J’ai choisi ce pseudo il y a 10 ans, à l’ouverture de mon blog. J’ai pas le souvenir d’y avoir réfléchi mille ans, mais je crois que c’est pas un hasard que je ne l’ai pas appelé « Klaire fait des petits sauts de joie tellement le monde est merveilleux et tout va bien » ! Donc, oui, je suis née de mauvaise humeur de toute façon, et comme le monde est bourré de trucs à se taper la tête contre les murs, ça colle assez bien, finalement.

Qu’est-ce qui a fait qu’un jour tu as posé la première pierre de ton personnage, et quelle était-elle ? (ça aussi ça sonne bizarrement, mais tu vois ce que je veux dire…)

Honnêtement je suis en train de me visualiser en train de construire un petit mur de brique c’est plutôt sympa, sauf qu’évidemment je fais ça l’été en plein cagnard donc je viens de choper un coup de soleil sur la nuque et un moustique vient de se noyer dans mon mortier.

A part ça, je ne sais pas trop, il faut se remettre il y a 10 ans, je n’avais aucune idée du fait que le pseudo de ce blog ce serait mon nom de scène, d’autrice, de chroniqueuse… aujourd’hui à 18 piges un jeune qui se lance sur YouTube (l’équivalent actuel des blogs) sait direct qu’il peut se professionnaliser, se faire repérer, nous que dalle.

Donc on peut se dire rétrospectivement « tiens, quand j’ai fait des posts pour me foutre de la gueule de la première campagne de Sarkozy ou de la Manif pour tous, c’était le premier caillou vers ce que je fais aujourd’hui », mais en vrai à l’époque c’était juste « oh, un caillou ». En fait, j’ai toujours écrit des petits trucs dans mon coin, et puis il y a eu un internet, ce qui a fait que mon petit coin est devenu public. Je sais qu’à chaque fois, je voulais écrire un post qui « dénonce », (j’étais très en colère n’oublions pas), mais je ne pouvais pas m’empêcher de faire une blague sur la raclette et Patrick Sébastien dans mon texte) (Pour les plus jeunes, Patrick Sébastien est l’ancêtre de Cyril Hanouna environ). J’essayais de lutter contre, mais petit à petit, c’est juste devenu un peu mon truc de parler d’un truc sérieux et de glisser un mot sur la raclette. Finalement l’un n’empêche pas l’autre et ça me va très bien.

Tu fais des chroniques sur la recherche du Prince Charmant sur Arte Radio (ici et là). Le Prince Charmant 2019, pour toi, il devrait ressembler à quoi (à part à Chris Hemsworth) ?
En vrai, le Prince Charmant 2019, il est surtout optionnel. J’ai écrit des fictions radio là-dessus parce que ça m’inspirait moi, mais le vrai Prince Charmant, c’est peut-être ton pote qui te met pas la pression pour faire des enfants, être en couple, ou aimer la raclette. Tout le monde n’aime pas la raclette, et il y a des gens pour qui c’est difficile à comprendre. Ce n’est pas très gentil pour les raclettes-free. J’ai un vrai doute sur la qualité de cette métaphore, mais vous voyez l’idée ?

Légende : Ouaiiiis… En fait non.

Suite à ta vidéo dénonçant la proposition de Marion Maréchal de retirer les subventions au planning familial, tu t’es faite trollée de ouf et tu as eu une idée brillante : faire un recueil des pires insultes que tu as reçues et le vendre au profit du planning familial. Qu’est-ce que ça a donné ?

Ça a donné que ça a beaucoup plus marché que prévu, il y a eu des tas de ventes et ça a permis de récolter 14 mille euros environ au profit du Planning. J’en ris encore. Evidemment, c’est une goutte d’eau par rapport aux coûts de fonctionnement, c’est pas ça qui a changé la donne, mais c’était un gros CHEH, voilà ce qu’on fait de vos insultes. Cela dit, c’était terrifiant de percevoir au-delà de la violence des insultes, ce discours lancinant de « si tu avortes c’est que tu as fait une connerie », sous-entendu (ce qui revenait beaucoup « t’es une salope »,) de reproche, donc, fondamentalement d’être libre d’avoir une vie sexuelle. C’est très inquiétant.


Tu joues Chattologie, un seule-en-scène qui parle de la chatte et des règles, depuis un an et demi maintenant (à la Comédie Odéon à Lyon le 30 mars). Est-ce que tu as remarqué une évolution des mentalités sur ces sujets depuis que tu as commencé ?

Déjà, je crois que l’affaire Weinstein et le mouvement #metoo qui s’en est suivi, c’est arrivé pile au moment où je commençais à jouer Chattologie. C’était hyper fort de sentir une connexion avec ça, comme si chaque petit caillou, un hashtag ici, un spectacle, un témoignage, une vidéo, une pancarte, un texte de loi, une femme qui dit non, c’était autant de mains qui se lèvent pour dire hon-hon, stop, ça ne passe plus.

Mais c’est un combat qui couve depuis longtemps et qui grondait depuis quelques années. Nous sommes les héritières de celles qui ont levé le poing quand c’était nettement moins dans l’air du temps. Quoi qu’il en soit, paf, quelque chose explose en 2017 et depuis, oui, je trouve que les choses changent. Alors bien sûr, il y a un biais pour moi, par définition les gens qui viennent me parler de règles après le spectacle sont ceux qui sont à l’aise avec l’idée d’en parler. Mais ça évolue quand même, j’ai vu des ados même pas morts de honte avec leurs parents, des papas, des papis… C’est le but. Moi, ce que je veux, c’est ne plus avoir besoin de jouer ce spectacle.

Légende : Toi j’ai un plan pour toi samedi prochain

Est-ce que tu te souviens de ce qui a provoqué ton « entrée en féminisme » ?
Je ne me souviens pas d’un avant-après, mais Twitter a clairement été une porte d’entrée en tout cas, qui m’a fait entendre des paroles que je ne recevais pas avant. C’est marrant, en 2013 j’ai écrit un petit bouquin d’humour pour me moquer de l’injonction de l’épilation faite aux femmes ; à aucun moment je ne me suis dit que ça relevait du féminisme. En fait, j’étais comme beaucoup de gens je crois, sincèrement indignée par de nombreuses discriminations et violences faites aux femmes sous des formes diverses, sans percevoir que ça relevait d’un système global. Je ne sais pas quand j’ai réalisé ça mais je pense que la bascule est là.

Légende : Cœur sur toi Bozo the bush

Si tu devais donner trois tips à un.e apprenti.e féministe, ce serait quoi ?
Je me considère moi-même comme une apprentie féministe, du coup je dirais qu’il faut jamais qu’on arrête de se remettre en question, et qu’on continue de s’ouvrir aux autres. Ça a l’air facile comme ça mais c’est dur d’entendre qu’on a parfois tort, et changer, réfléchir… Donc haut les cœurs, haut les poings, et que ça continue.

Est-ce que tu as d’autres projets qui te tiennent à cœur et dont tu as envie de nous parler ?
Je viens d’écrire un documentaire radio qui sera en ligne en avril sur ARTE Radio, à propos du don d’ovocytes. Ça s’appelle Plaisir d’offrir. Je suis curieuse et j’ai peur des réactions, mais travailler sur ce sujet était passionnant, et les problématiques autour de la procréation médicalement assistée (PMA) n’ont pas fini de s’inviter dans nos débats, d’autant que le gouvernement n’arrête pas de décaler les débats sur la loi comme si les corps des femmes étaient des sujets de troisième zone… Je crois que beaucoup de gens ne comprennent pas grand-chose à la PMA, et c’est assez normal car c’est technique, scientifique, éthique, intime et universel, bref : compliqué.

Mais si les Français.e.s doivent vraiment se foutre sur la gueule sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, aux femmes célibataires, à l’autoconservation des ovocytes… je les supplie de se renseigner au moins un peu avant d’être contre, par peur ou par ignorance.


Pour finir, un petit jeu de rôles. Je t’invite à une soirée raclette mais je te préviens, il y aura soit Laurent Wauquiez, soit Catherine Millet (qui a signé la tribune sur la liberté d’importuner). Tu choisis qui ?
JE CHOISIS LA RACLETTE !

Les questions du téléphone de cacti – Salomé Partouche

Les questions du téléphone de cacti – Salomé Partouche

Month: March 2019

Salomé Partouche est une artiste couteau-suisse comme on les aime. Photo, vidéo, sculpture, gravure… Citez un domaine, elle en fait son affaire personnelle! Avec son partenaire, Jean-Samuel Halifi, ils créent la Biennale de Paname et l’Atelier de Paname, un incubateur de talent pour les créatif·ve·s pas comme les autres, visant à rendre accessible l’art et donner de la visibilité à des jeunes artistes.

Donc forcément, ni une, ni deux, on a voulu lUI poser quelques questions pour en savoir plus…

Après ça, vous aurez probablement une forte envie de découvrir tous les projets de Salomé. Alors RDV ici pour commencer! On vous rassure, elle n’est pas à court d’idées. Quant à la prochaine édition de la Biennale de Paname, maintenant qu’on a l’eau à la bouche, on l’attend de pied ferme!  

Interview par Claudia Bortolino

Elsa Martino

Elsa Martino

Month: March 2019

Ce mois-ci on vous présente l’illustratrice et GRAPHIC DESIGNEUSE aux aplats de couleurs fantastiques ELSA MARTINO.

Comment tu te présenterais lors d’un blind-date de travail? Et comment tu présenterais ton travail?

Salut, Elsa enchantée, je suis illustratrice, graphiste et directrice artistique, j’ai 26 ans et je suis basée à Paris.

Mon travail d’illustratrice se définit par des aplats de couleurs en général très vives et des courbes simples. Je n’aime pas vraiment m’attarder sur les petits détails mais plutôt sur l’ambiance générale du visuel et le cadrage. Ce que je recherche surtout c’est d’attirer l’attention sur des émotions, des attitudes, représenter le quotidien parfois cool parfois relou.

Qu’est-ce qui t’inspires? Comment est-ce que tu choisis ce que tu vas dessiner?

Mes illustrations sont inspirées par tout ce que j’apprécie. Autrement dit, les années 80 et 90, pour les couleurs, les postures exagérées dans les magazines de mode, les objets… Mais aussi par la culture hip-hop au niveau des attitudes ou du style de mes personnages.

En général, j’aime plutôt dessiner des meufs, désolé pour les mecs, mais je trouve qu’il y a beaucoup plus de courbes intéressantes dans le visage et le corps d’une femme. Mais j’aime aussi dessiner des moments du quotidien ou des natures mortes, des fois je vais checker dans mon téléphone mes photos et je peux tomber sur un bout qui m’intéresse, ça part de là et après j’interprète à ma sauce. Aussi, ça dépend vraiment de mon humeur, en fait l’illustration que je fais représente un peu ce que je ressens sur le moment, c’est mon moyen de m’exprimer au fond. D’ailleurs mon dernier projet parle de ça, le calendrier 2019  « L’année de ta meuf » évoque justement les différents mood dans lesquels on peut être tout au long de l’année.

Qu’est-ce qui te rend heureuse quand tu travailles sur tes illustrations?

Ce qui me rend heureuse je crois, c’est de créer tout simplement de faire quelque choses de mes mains. Tu te plantes, t’aimes pas ce que t’as fais, tu recommences, et quand t’arrives à quelque chose que t’avais à peu près imaginé, là tu kiff ! Mais le moment que je préfère, c’est quand j’ajoute la couleur parce que le mieux je crois c’est de mettre un peu de couleur dans la vie des gens. 

Et pour finir, si tu devais manger un seul plat pendant les 10 prochaines années, ça serait quoi?

Sans hésiter je te dis un Phô spécial sans boulette avec des nems en entrée dans le 13e arrondissement de Paris. Je pense que je ne m’en lasserai pas ahah !

Interview par Claudia Bortolino

Le Salon des Dames – Écoféminisme ; des droits au naturels.

Le Salon des Dames – Écoféminisme ; des droits au naturels.

Month: March 2019

On continue notre collaboration avec la revue Deuxième Temps. Tous les mois, Céline Giraud et Alicia Martins nous parlent de faits de société contemporains et les mettent en relation avec des œuvres et des artistes passé·e·s, présent·e·s ou futur·e·s. Histoire de faire dialoguer tout ce petit monde.

Ecoféminisme : des droits au naturel
Et si les femmes étaient la nouvelle opportunité pour les sociétés et la planète de vivre ? Plus seulement survivre et périr mais avoir un futur optimiste ? C’est ce que le mouvement écoféministe des années 70 a demandé. Françoise d’Eaubonne a écrit le terme pour la première fois en 1974, dans Le Féminisme ou la mort : « Quoi qu’il en soit, les bases mêmes de la catastrophe écologique actuelle sont posées : de l’appropriation de la terre fertile […] la destruction des ressources va naître ; et de l’appropriation de la fécondité des femmes, la surpopulation. Dès sa parution, le conflit des sexes se relie étroitement à l’écologique ». Ce sont donc des femmes qui prennent les armes pour un combat unique.

 

Pour la nature…
Leur première volonté est de soigner la nature. Pour l’écoféminisme, les sociétés capitalistes et patriarcales ont détérioré les conditions sociales, environnementales et matérielles. Les études montrent d’ailleurs que les femmes sont plus sensibles aux questions de l’environnement : d’après une enquête Ipsos, 71% étaient pour l’interdiction des OGM quand 61% acceptaient de payer plus cher des énergies non polluantes. Le travail de l’australienne Janet Laurence s’inscrit dans cet engagement. Avec Deep Breathing, Resuscitation for the Reef, elle pointe les effets du réchauffement climatique sur la grande barrière de corail. Cet exemple est un symbole fort, choisi pour représenter le désastre de façon plus générale. On y voit un hôpital imaginaire pour les coraux. La nature devient humaine et mérite les mêmes soins. Dans ses textes accompagnant l’installation, l’artiste encourage chacun à trouver les modes d’action qui permettront de stopper le réchauffement.

Deep Breathing – Resuscitation for the Reef – Janet Laurence © MNHN – Catherine Ficaja

Il est aussi possible d’allier questions sociales et défense de l’environnement pour l’écoféminisme : l’un ne va pas sans l’autre. Car la nature est une ressource essentielle pour l’homme. Agnès Dénes, par exemple, la voit avant tout comme nourricière. Elle a notamment planté du blé dans un immense terrain au centre de New-York, face à la Statue de la Liberté. L’idée était de montrer un autre usage du sol en ville, loin du profit financier qui le guettait. Elle alerte sur le gaspillage alimentaire et la mauvaise gestion de la terre, qui a le pouvoir de répondre en partie à la faim dans le monde.

…vers les droits
Par ce type de réalisation, les activistes du mouvement espèrent rétablir l’égalité, le respect et la place de l’humain au sein d’un monde riche. Cela s’applique autant au naturel qu’aux femmes. Celles-ci ont des droits, elles sont aussi ouvrières. L’écoféminisme se penche précisément sur ce point, avec l’objectif de réattribuer conjointement les droits des femmes et de la Nature. C’est ce que fait Mierle Laderman Ukeles avec son Art de la Maintenance. Elle revendique les actes domestiques et d’entretien comme artistiques. De cette manière, elle veut faire reconsidérer le regard porté sur ces tâches souvent effectuées par les femmes. Son travail s’est progressivement étendu à l’humain de manière générale, lorsqu’elle s’est intéressée aux travaux d’entretien des voiries. On protège la nature en la nettoyant. Ces travaux ne sont pas ingrats, ils sont cruciaux. Elle a alors serré la main des plus de 8500 éboueurs de la ville de New-York dans Handshake Rituals. La place de chacun est importante, dans un équilibre avec la planète.

L’écoféminisme est pluriel, il regroupe de nombreuses façon de voir ses luttes. Mais aussi d’agir. Il y’a l’anti-capitalisme de Vandana Shiva, ou encore les visions plus radicales qui proposent des villages matriarcaux. Dans ce mouvement, nous nous voyons surtout une sororité proche de l’esprit contemporain des sorcières. On y place les femmes comme des démiurges fortes, capables de faire. Si ce mouvement date des années 70, il est encore d’actualité. Peu de choses ont changé si ce n’est que nous avons plus conscience de l’état des choses.

Céline Giraud & Alicia Martins Fondatrices de la revue Deuxième Temps

La Playlist d’Humour Man – Quand je sors avec mon plus beau collier de nouilles

La Playlist d’Humour Man – Quand je sors avec mon plus beau collier de nouilles

Month: March 2019

PAR HUMOURMAN
Bannière par Antoine Vauthier