Lettre à Simone Veil (1927-2017)

par | Fév 25, 2019 | Breaking news pour l'outre tombe | 0 commentaires

Femme d’État française ayant occupé de nombreux postes à responsabilités, particulièrement connue pour avoir porté et défendu la légalisation de l’IVG en 1975, ainsi que la loi pour la parité en politique.

 

Chère Simone,

Cette semaine, je ne peux que te faire une édition spéciale sur le sujet qui nous a toustes fait halluciner (non, pas le dernier post de Chris Hemsworth, ça suffit) : j’ai nommé LA LIGUE DU LOL. Allez, en voiture Simone.

Le 8 février 2019, après que des messages commencèrent à remonter sur Twitter, Libération publie un article se demandant si ce groupe de mecs (maintenant très connus) qui harcelait sur les réseaux sociaux était bien réel.

BOUM, malgré le ton perplexe et soupçonneux de l’article, les messages de cette Ligue du Lol sont déterrés, des noms dévoilés, ainsi que des « excuses » publiées. Alors Simone, petit récap de ce parfait exemple de Boys’ Club.

À la fin des années 2000, Vincent Glad (journaliste chez Libération) crée un groupe Facebook avec une trentaine de personnes pour partager des trucs qui les font rire. Jusque-là, rien de très dérangeant. Sauf que ce sont presque tous des hommes blancs hétéro cis, et que ce qui les fait rire, c’est les autres. Les gens pas comme eux quoi : les femmes, les personnes LGBTQI+, les militantes féministes, les personnes racisées, les militantes anti-racistes, qu’ils insultent et piègent, en somme qu’ils cyberharcèlent sans le moindre complexe, sur des réseaux sociaux beaucoup moins étendus que maintenant, où tout le monde se connaissait.

Sauf que c’est du harcèlement donc, et que presque la totalité de ces types exercent maintenant des postes à hautes responsabilité autour du journalisme : rédac chef aux Inrocks, journalistes chez Libé, consultant dans une grande agence de pub etc. Et en plus, ils se disent pro-féministes. Donc là Simone, tu dois te dire « mais comment diable sont-ils arrivés à ces places, alors que tout le monde savait qu’ils étaient des sacrées ordures ? ».

Et bien c’est là que le fascinant concept du « Boys’ Club » rentre en jeu. Le Boys’ Club, c’est « une figure de réseautage » selon Martine Delvaux, prof à l’Université du Québec à Montréal. Un excellent article de Slate (dont le rédac chef fait partie de la LdL d’ailleurs) met en lien cette notion et la LdL. Il cite Bérengère Kolly, prof à Paris-Est Créteil : « La Ligue du LOL ressemble beaucoup au fonctionnement en fraternité. On y retrouve l’enjeu du pouvoir (entraide, connivence masculine), et le fait d’empêcher des femmes rivales (des consœurs), d’y accéder. C’est donc aussi clairement une question politique, une domination “fratricarcale” ».

Les hommes se protègent entre eux, et évoluent dans un contexte d’impunité qui leur fait croire, légitimement, à la toute-puissance. Je t’en parle ici, Simone, dans le contexte de la LdL, mais ça marche presque partout : du mec agresseur couvert par ses potes aux hauts-lieux de pouvoir presque 100% masculins dont les membres sortent des mêmes écoles, c’est le schéma du Boys’ Club.

Ce qui est particulièrement frappant de la LdL, c’est l’excuse de l’humour : ça va c’est pour rire. Problème : l’humour est politique. Dans le dernier épisode du podcast Les Couilles sur la table sur le sujet, Victoire Tuaillon cite quelques études à l’appui : si on raconte une blague sexiste à quelqu’un de déjà sexiste, « il aura une plus grande tolérance à des discriminations sexistes, et de plus grands risques de commettre des actes de violence sexuelle sur des femmes » comme le dit si bien Valérie Rey-Robert. Encore une fois, on ne peut pas rire de tous, quand on sait que l’humour est un outil très efficace pour renforcer les hiérarchies sociales, et donc les oppressions.

Bref pour conclure tout ça, je te renvoie à l’article de Titiou Lecoq la best, qui appelle à créer des « Girls’ Club ». Kézaqo ? En fait, c’est ce qu’elle appelle une « sororité collective » : s’organiser collectivement pour niquer les oppresseurs et faire entendre notre voix. Exemple : les femmes de l’administration Obama, qui répétaient la même chose à tour de rôle dans une réunion, jusqu’à ce que les hommes les écoutent. Je trouve ça beau. 

Donc Simone, Veil sur nous. Le patriarcat n’en a plus pour très longtemps.

Longue vie aux résistant·e·s !

PS : je te mets ici le lien du méga thread qui regroupe toutes les sources d’articles, de témoignages, et d’« excuses » autour de la LdL.

Par Clémentine Biard 

Illustration Mathilde Added 

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