Lettre à Nicole-Claude Mathieu (1937-2014)

by | Feb 11, 2019 | Breaking news pour l'outre tombe | 0 comments

Anthropologue et militante féministe française. Auteure de la très célèbre phrase « Céder n’est pas consentir ». As known as NCM, slasheuse des points de vue androcentrés.

Chère Nic’ le patriarcat,

Évidemment, je ne pouvais pas oublier de t’écrire, toi chez qui on pompe 90% de nos slogans-stickers.

Laisse-moi te dire qu’il s’est passé plein de trucs dans le monde des droits des femmes ces deux dernières semaines.

Number 1 : une élection invalidée à Sarcelles parce que trop de femmes étaient élues.

Alors là, je sais que tu distribues déjà un pamphlet au paradis contre cette décision. On met en place une loi qui faciliterait l’accès des femmes aux responsabilités politiques, et voilà-ti pas qu’on s’en sert pour annuler une élection où il y a « trop de femmes » !

En fait, sur 15 élu·e·s au Conseil Municipal de Sarcelles, il y avait 8 femmes et 7 hommes. Or, en 2014, 6 conseillers municipaux du 10 étaient des hommes, et 1 maire sur 10 était une femme.

Donc clairement, je n’ai qu’une chose à dire : lolololol. Y’a de la marge avant de dire qu’il y a « trop de femmes ».

Number 2 : le procès en diffamation contre les accusatrices de Denis Baupin s’est ouvert le 4 février 2019.

Ou « pourquoi fermer sa gueule quand on peut remuer le couteau dans la plaie pour préparer un petit come-back politique ? ».

Pour rappel : Denis Baupin, député écologiste, avait été accusé en 2016 d’harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles par quatre femmes. À l’époque, le délai de prescription des faits était de 3 ans (contre 6 ans maintenant) ; les plaignantes avaient donc été déboutées de leurs démarche, malgré des faits « susceptibles d’être qualifiés pénalement ».
En gros, même si le dossier était solide et que Baupin aurait pu être reconnu coupable, on n’a pas ouvert de procès parce que les faits remontaient trop.

Dans la foulée de la fin de l’enquête, Baupin avait déposé plainte pour diffamation contre Médiapart, France-Inter et six femmes, parce qu’il voulait « laver son honneur ». Petit conseil : commence par éviter d’agresser et d’harceler sexuellement des femmes si tu veux par salir ton honneur.

Au final, les six femmes et les journalistes ont été relaxé·e·s, Baupin ne s’est même pas pointé, et la procureure a salué le courage des plaignantes et le travail sérieux des journalistes.

Arroseur ARROSÉ.

Number 3 : Une militante féministe ayant ses règles a fait le tour de Paris sans porter de protections hygiéniques.

Allez, partons sur des news un peu plus joyeuses Simone.

Irene (à prononcer « Iréné ») a gagné un sacré paquet de points-badasserie le 1er février 2019. Eh ouais, pour dénoncer le fait que l’État ne rembourse pas les tampons, serviettes ou cups en tout genre, Irene s’est baladée dans Paris pendant 12h en laissant couler son flux sur son legging gris.

Son argument ? « Si vous trouvez ça sale, payez nous les protections ».

J’en parlais à Lü Bicheng le 26 mars dernier : les règles coutent en moyenne 675€/an, soit 23 500€ sur toute une vie. Ça veut dire aussi que toutes les personnes qui ont leurs règles n’ont pas forcément les moyens de se payer des tampons ou des serviettes.

Petit exercice : si c’était les mecs qui avaient des règles, tu penses que ça donnerait quoi ?

Protections high-tech remboursées intégralement, glorification du saint-flux, pubs avec des pertes sanguinolentes sans que ça pose de problème à personne, congés mensuels de 4 jours ?

Comme tu peux le voir, on a pris le relai. NCM forever dans nos cœurs.

Longue vie aux obstinées !

Par Clémentine Biard
Illustration par Agnès ricart 

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *