Ceci n’est pas un bretzel

Ceci n’est pas un bretzel

Vous avez toujours rêvé de rejoindre la révolution? Et bien préparez votre sac à dos (et votre colle artisanale) car arrive enfin le moment que vous avez attendu toute votre vie! 

THE CLITORIS REVOLUTION IS COMING !

« Mais comment faire partie de la révolution? »

Très bonne question kiddo, on t’explique tout ça.

PETIT 1.

Tu peux envahir tes rues de clitoris pour le 8 mars – journée internationale des droits des femmes. A l’initiative du compte Instagram @gangduclito, la série d’affiches de clitoris est en téléchargement libre sur www.itsnotabretzel.com. Sur le site, elles t’expliquent même comment fabriquer ta colle artisanale, fantastique! Vous pouvez placarder ces super affiches dans la rue, à votre université, au travail, dans le métro ou vous transformer en femme/homme sandwich! 

PETIT 2.

Partager c’est militer! Partage le lien de la pétition sur Facebook / Twitter. Poste les affiches de la campagne sur ton instagram, relaie l’info à toute la galaxie. C’est un message à caractère informatif de première importance. 

Libérons la sexualité des femmes au 21ème siècle. Prônons la fin de l’analphabétisme sexuel. Êtes-vous sûr·e·s de connaître la véritable anatomie du clitoris? Démocratisons le savoir pour toutes les Femmes, pour toutes les jeunes filles qui arrivent derrière nous et pour tous les Hommes qui nous aiment. Transmettre c’est militer !   – Gang du Clito

PETIT 3.

Et béh signe la pétition pardi!  ALLEZ CLIQUE ET SIGNE! 

Revendications de la pétition:

Dénoncer l’Analphabétisme de la sexualité Féminine en France et revendiquer le droit à l’égalité d’éducation sexuelle.

  • Le clitoris est l’organe essentiel du plaisir sexuel des femmes, pourtant, il demeure un organe oublié des manuels scolaires. Selon un rapport sur l’éducation sexuelle remis en juin 2016 par le Haut Conseil à l’égalité, un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles possèdent un clitoris et 83% d’entre elles ignorent sa fonction érogène.

Ce que nous demandons:

  • Nous demandons officiellement à Marlène Schiappa, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, ainsi qu’à Monsieur Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education nationale que l’anatomie du clitoris soit  fidèlement représentée, comme un organe faisant partie intégrante de l’appareil génital féminin, et ce dans tous les  manuels scolaires de SVT. Et nous leur demandons aussi d’inscrire la mention du clitoris dans les programmes scolaires de SVT, et d’accompagner cet enseignement d’une formation solide des enseignants pour une éducation à la sexualité sans tabou ni censure.

C’est pas grand chose bordel! 

Merci beaucoup à @gangduclito d’avoir lancé ce mouvement, la révolution passera par l’éducation afin de faire évoluer les mentalités. La révolution passera aussi par la chute du patriarcat soit dit en passant… Mais les deux sont liés! 

Nous sommes très fière chez Cacti de faire partie des premières signataires et soutien de ce mouvement au milieu de nos comparses du collectif Les chaudières: @CLITREVOLUTION: Sarah Constantin & Elvire Duvelle – @CYCLIQUE: Fanny Godebarge – @JEMENBATSLECLITO: Camille Aumont Carnel – @JOUISSANCECLUB@LAPREDICTION@LIMPORTANTE: Sacha Posternak & Lonia Posternak – @SHEISANGRY: Lauren Villers – @TASJOUI: Dora Moutot – @POINTDEVULVE

 

Par Claudia Bortolino

 

Lettre à Simone Veil (1927-2017)

Lettre à Simone Veil (1927-2017)

Femme d’État française ayant occupé de nombreux postes à responsabilités, particulièrement connue pour avoir porté et défendu la légalisation de l’IVG en 1975, ainsi que la loi pour la parité en politique.

 

Chère Simone,

Cette semaine, je ne peux que te faire une édition spéciale sur le sujet qui nous a toustes fait halluciner (non, pas le dernier post de Chris Hemsworth, ça suffit) : j’ai nommé LA LIGUE DU LOL. Allez, en voiture Simone.

Le 8 février 2019, après que des messages commencèrent à remonter sur Twitter, Libération publie un article se demandant si ce groupe de mecs (maintenant très connus) qui harcelait sur les réseaux sociaux était bien réel.

BOUM, malgré le ton perplexe et soupçonneux de l’article, les messages de cette Ligue du Lol sont déterrés, des noms dévoilés, ainsi que des « excuses » publiées. Alors Simone, petit récap de ce parfait exemple de Boys’ Club.

À la fin des années 2000, Vincent Glad (journaliste chez Libération) crée un groupe Facebook avec une trentaine de personnes pour partager des trucs qui les font rire. Jusque-là, rien de très dérangeant. Sauf que ce sont presque tous des hommes blancs hétéro cis, et que ce qui les fait rire, c’est les autres. Les gens pas comme eux quoi : les femmes, les personnes LGBTQI+, les militantes féministes, les personnes racisées, les militantes anti-racistes, qu’ils insultent et piègent, en somme qu’ils cyberharcèlent sans le moindre complexe, sur des réseaux sociaux beaucoup moins étendus que maintenant, où tout le monde se connaissait.

Sauf que c’est du harcèlement donc, et que presque la totalité de ces types exercent maintenant des postes à hautes responsabilité autour du journalisme : rédac chef aux Inrocks, journalistes chez Libé, consultant dans une grande agence de pub etc. Et en plus, ils se disent pro-féministes. Donc là Simone, tu dois te dire « mais comment diable sont-ils arrivés à ces places, alors que tout le monde savait qu’ils étaient des sacrées ordures ? ».

Et bien c’est là que le fascinant concept du « Boys’ Club » rentre en jeu. Le Boys’ Club, c’est « une figure de réseautage » selon Martine Delvaux, prof à l’Université du Québec à Montréal. Un excellent article de Slate (dont le rédac chef fait partie de la LdL d’ailleurs) met en lien cette notion et la LdL. Il cite Bérengère Kolly, prof à Paris-Est Créteil : « La Ligue du LOL ressemble beaucoup au fonctionnement en fraternité. On y retrouve l’enjeu du pouvoir (entraide, connivence masculine), et le fait d’empêcher des femmes rivales (des consœurs), d’y accéder. C’est donc aussi clairement une question politique, une domination “fratricarcale” ».

Les hommes se protègent entre eux, et évoluent dans un contexte d’impunité qui leur fait croire, légitimement, à la toute-puissance. Je t’en parle ici, Simone, dans le contexte de la LdL, mais ça marche presque partout : du mec agresseur couvert par ses potes aux hauts-lieux de pouvoir presque 100% masculins dont les membres sortent des mêmes écoles, c’est le schéma du Boys’ Club.

Ce qui est particulièrement frappant de la LdL, c’est l’excuse de l’humour : ça va c’est pour rire. Problème : l’humour est politique. Dans le dernier épisode du podcast Les Couilles sur la table sur le sujet, Victoire Tuaillon cite quelques études à l’appui : si on raconte une blague sexiste à quelqu’un de déjà sexiste, « il aura une plus grande tolérance à des discriminations sexistes, et de plus grands risques de commettre des actes de violence sexuelle sur des femmes » comme le dit si bien Valérie Rey-Robert. Encore une fois, on ne peut pas rire de tous, quand on sait que l’humour est un outil très efficace pour renforcer les hiérarchies sociales, et donc les oppressions.

Bref pour conclure tout ça, je te renvoie à l’article de Titiou Lecoq la best, qui appelle à créer des « Girls’ Club ». Kézaqo ? En fait, c’est ce qu’elle appelle une « sororité collective » : s’organiser collectivement pour niquer les oppresseurs et faire entendre notre voix. Exemple : les femmes de l’administration Obama, qui répétaient la même chose à tour de rôle dans une réunion, jusqu’à ce que les hommes les écoutent. Je trouve ça beau. 

Donc Simone, Veil sur nous. Le patriarcat n’en a plus pour très longtemps.

Longue vie aux résistant·e·s !

PS : je te mets ici le lien du méga thread qui regroupe toutes les sources d’articles, de témoignages, et d’« excuses » autour de la LdL.

Par Clémentine Biard 

Illustration Mathilde Added 

La Chronique de Roger Dressepipe – En stage de virilité

La Chronique de Roger Dressepipe – En stage de virilité

Homme de terrain, reporter de l’extrême, mais surtout misogyne aussi nigaud et maladroit qu’attachant, Roger Dressepipe s’enfonce au plus profond des femmes pour aller et venir sur les clichés machistes qui s’accrochent encore à elles…

 

 

journal de dressepipe – Jour n°1

Alors que nous attendions paisiblement le bus pour le camp, échangeant entre nous les banalités d’usage, préliminaires indispensables à toutes les amitiés naissantes, une dizaine de colosses en tee-shirt moulants ont surgi de nulle part pour nous plaquer sauvagement au sol. Ces animaux en ont ensuite lâchement profité pour entraver nos membres à l’aide de cordelettes, et soustraire notre vue sous une lourde cagoule. Comme vous l’imaginez, le voyage fut interminable. Surtout que, malgré l’épaisseur du tissu me recouvrant le visage, je pouvais tout à fait sentir l’odeur âcre s’échappant des glandes sudoripares de mon voisin de siège, un dénommé Michel, artisan boulanger dans la Drôme et grand amateur de pêche à la mouche. L’arrivée n’en fut pas moins désagréable. En guise de pot de bienvenue, ce sont de larges seaux d’eau glacée que nous reçûmes. J’ai bien essayé de protester, expliquant calmement à ces messieurs que je n’avais pas déboursé 10 000€ pour me faire molester pendant 5 jours, mais bien pour reprendre du poil de la bête, ce à quoi je me fis répondre par une épaisse gifle agrémentée d’une insulte à caractère largement homophobe, qui ressemblait à « Ferme-là l’aspirateur à poireaux ». Ou peut-être était-ce « Ta gueule le joueur de flute à moustache ». Ah je ne sais plus. . Il faut dire qu’après en avoir reçu une bonne vingtaine (d’insultes mais aussi de baffes, c’est toujours livré en lot de deux), on finit par toutes les mélanger…

Jour n°2

Décidément, j’ai très mal dormi. Les molosses se sont mis en tête de venir nous souffler dans les narines à chaque fois que l’un d’entre nous sombrait dans les bras de Morphée, justifiant leurs actes par des propos tels que « les vrais hommes n’ont pas besoin de dormir ». J’ai exprimé quelques doutes face à cette affirmation, mais ces messieurs ont pris de leur temps pour m’expliquer à grands coups de chaussettes bourrées de savons de Marseille que c’était bien moi qui me trouvais dans l’erreur. Ce fut somme toute un mal pour un bien car un coup de savon bien placé m’a expédié dans un coma léger dont je ne sortis qu’au petit matin. Je compris ma chance en me levant en face du visage défait de Michel, dont les cernes aux yeux étaient si profonds qu’on aurait facilement pu s’en servir de verre à dent. Après divers exercices d’étirement exécutés sous les ordres d’Arnold, un berger allemand qui parait-il, se nourrit exclusivement des restes de ceux qui n’auraient pas trouvé le courage de terminer ce stage…

…nous avons pu déguster un frugal repas composé de sandwichs à 5 doigts assaisonnés de grands coups de mornifles dans la gueule, pour reprendre les éléments de langage en vigueur dans le camp. Malgré ma prodigieuse résistance physique, je dois avouer avoir commencé à ressentir une certaine lassitude à me faire houspiller à chaque minute de la journée. Je me suis engagé dans cette aventure pour retrouver l’homme qui se terre en moi et pour le moment, pas de trace du mâle, mais beaucoup de maux… J’ai voulu discrètement faire part de mes remarques à Michel, seulement le pauvre bougre s’est évanoui durant la veillée de 18h15. J’ai remonté sur lui la bâche qui nous sert de couverture, non sans lui envier ce malaise tombant à point nommé.

Jour n°3


Je crois que mon corps commence à s’habituer au traitement un peu rude qu’il subit depuis le début de la semaine. En effet, je ne ressens plus rien de l’épaule gauche au genou droit, c’est un véritable soulagement. Vous pensez surement que je devrais m’inquiéter, mais je vous assure que j’en suis bien incapable : la séance d’électrocution collective qui s’est tenue à notre réveil m’empêche de raisonner plus de 5 secondes d’affilée. Décidemment, la route qui doit me ramener vers ma virilité perdue est bien escarpée… Ce matin, Michel s’est effondré en larmes dans mes bras. Le pauvre garçon a assez mal vécu son combat dans la fosse avec le porc-épic sauvage qu’on nous a forcé à capturer. 

J’ai dû lui caresser longuement les cheveux pour réussir à le calmer. C’est fou comme cet homme aux apparences si sauvages peut avoir le cheveu si doux. Quelques petites avancées tout de même : à la séance de « débat unilatéral » de cet après-midi, j’ai enfin compris comment la perte de masculinité de mes frères hommes entrainerait inévitablement la montée du fascisme dans le monde. Je sens que j’avance..

Jour n°4


Pendant la séance d’autogifles du jour, et alors qu’on nous sommait d’aller récupérer nos parties génitales dans les sacs à main de nos femmes respectives, j’ai eu une révélation. Il était clair pour moi désormais que j’étais devenue l’esclave de la rédaction de Cacti, et surtout de sa cheffe diabolique, qui n’a de cesse de me rabaisser pour m’empêcher d’imposer des idées dont la logique et la force, vertus propre au sexe masculin, risquaient de faire vaciller sa position de despote. Non mais réfléchissez-y : en partant du principe que notre société reposerait sur une tyrannie patriarcale, les femmes se permettent de nous démasculiniser et nous font culpabiliser d’être mieux payés ou d’avoir de meilleures promotions qu’elles. Mais qui c’est qui se lève à 6 heures de matin pour aller peller la neige en hiver ? Qui c’est qui porte les armoires aux déménagements pendant que madame fait les sandwichs ? QUI C’EST QUI SE PREND DES BALLES EN PLEINE TÊTE POUR SAUVER LA PATRIE HEIN ?
J’ai parlé longuement de mes doutes et mes interrogations à Michel, qui m’a écouté avec une attention toute particulière.

En fait, nul besoin de parler avec lui : un simple regard et je sais qu’il me comprend. Il y a quelque chose entre nous que la parole ne peut exprimer. Je crois que, dans ses yeux, j’ai l’impression d’exister tout simplement.
Et si je faisais fausse route ? Et si la définition de la virilité que nous donne notre société n’était pas la bonne ?

Que m’arrive-t-il nom de Dieu ?

Jour n°5

Je me sens très bizarre aujourd’hui. Pendant que je me faisais épiler les poils pubiens un à un à la pince, j’étais intimement convaincu que nous vivions dans une société dans laquelle virilité et sexualité masculine sont diabolisées par les femmes, dans laquelle nous autres hommes sommes inexorablement voués à devenir des femmes comme les autres. Pourtant, à la sortie de notre sixième bain de boue de la journée et tandis que nous nous serrions Michel et moi, nos corps trempés et usés jusqu’aux os lovés à l’intérieur d’un magnifique monticule de torses et de cuisses encore fumants, mon esprit s’échappa de nouveau. Je m’efforçai de réduire le sexe masculin à son état fondamental : une singularité physique, un détail biologique, un hasard de la nature et non pas une fatalité. Ce faisant, je pris de la hauteur sur mes frères nus et grelottants, qui se pelotonnaient les uns les autres à la recherche d’un peu de chaleur. Et si ce n’était que pour trouver ça qu’ils étaient venus dans cette galère : un peu de chaleur humaine, quelques oreilles attentives, et un endroit pour pleurer et lâcher prise à l’abri des regards de la société ?

Retour à la maison

Quelques jours ont passé, et je ne sais toujours pas quel avis je dois porter sur ces stages de « masculinité » qui bourgeonnent çà et là.

Est-ce une simple main tendue par ceux qui sont passés par là et qui veulent aider leur prochain à rabattre les cartes d’une vie partie dans une mauvaise direction ? Est-ce une manière de pénétrer au plus profond de l’âme de ces hommes qui se pensent trop « hommes » pour se permettre d’exprimer ce qu’ils ressentent ?

Ou ne doit-on y voir que du pur et simple endoctrinement sur fonds d’enrichissement personnel, perpétré par des pseudo-philosophes profitant de la naïveté de pauvres hères en quête d’un sens à leur vie, déjà trop corrompue par les dogmes d’une société trop exigeante ?

Mes amis, ce que vous avez lu est le résultat de ce genre d’expérience sur mon humble cerveau. Vous vous rendez compte à quel point tout ceci est dangereux ? Je crois que la dernière fois que j’avais autant réfléchi, c’est quand les piles de ma télécommande m’ont lâché alors que je zappais sur « Des chiffres et des lettres ». Heureusement, ce bon vieux Michel m’a invité à passer une semaine dans sa maison de campagne pour décompresser. Juste tous les deux, entre potes, avec de la bière et des hameçons de 12. Il m’a aussi parlé de « faire le point sur ce qui s’est passé entre nous ». Haha, j’adore ce genre d’humour…

PAR LéO MINARY

Le Salon des Dames – Menstruations/la grande Menstrue : des dessous souillés aux musées

Le Salon des Dames – Menstruations/la grande Menstrue : des dessous souillés aux musées

On continue notre collaboration avec la revue Deuxième Temps. Tous les mois, Céline Giraud et Alicia Martins nous parlent de faits de société contemporains et les mettent en relation avec des œuvres et des artistes passé·e·s, présent·e·s ou futur·e·s. Histoire de faire dialoguer tout ce petit monde.

Nommées ragnagna, règles, anglaises en débarquement, les menstruations sont un signe d’un corps en bonne santé. Elles marquent le premier passage du stade de petite fille à celui de femme. Toujours est-il qu’imposées, elles sont parfois douloureuses, indélicates, inattendues. Il existe même une maladie liée à elles, l’endométriose, qui reste décriée par certains membres du corps médical. Pourquoi ? Simplement parce que les menstruations sont tabou. Il ne faut surtout pas en parler, tout ce sang qui sort du vagin c’est dégoûtant. Mais est-ce bien raisonnable ?

Les fluides corporels ont été utilisés dans l’art depuis longtemps, autant pour peindre au Moyen-Âge (nb : le sang était animal) que pour réinventer les médiums classiques comme on le voit dans l’actionnisme viennois des années 60, mouvement sans limites morales. Quelques décennies avant ça Marcel Duchamp éjaculait même sur un tableau afin de le marquer de ce qu’il avait de plus intime et personnel : son sperme. Evidemment, les réactions des publics sont souvent outrées, taquines voire agressives. Et après tout, comment ne pas l’être ? Le scandale est intimement lié à l’art… Seulement lorsqu’il s’agit des règles, là, on sent qu’on touche à un sujet sensible limite répulsif pour certains. Et ça, n’importe quelle femme pourra vous le dire !

Rupi Kaur, photographie de la série “Period” censurée par Instagram

Utilisées par des artistes (quelques féministes, cela va s’en dire) comme un symbole, les menstruations tentent un retour miraculeux : et si elles étaient une fierté, une revendication permettant à chacune de s’affirmer ?

Du sang coulera ce soir

Le sang des règles est censuré. Il suffit de regarder une publicité sur les protections pour le constater : il est bleu et fluide, l’exacte opposé de la consistance des règles. Ce choix a été fait sans doute pour ne pas choquer les âmes sensibles, celles qui le qualifient de honteux car lié à l’intimité et à la sexualité. Seulement, on est à deux doigts de penser que c’est de la désinformation… Pourtant, le sang fait partie de la vie et a été très vite considéré, même par les iconoclastes : Jésus saigne des nombreuses mutilations qu’on lui a fait subir. Nous avons l’habitude de voir de l’hémoglobine depuis bien longtemps et ce n’est pas aujourd’hui qu’on va commencer à s’en offusquer – il suffit de se planter devant les chaînes d’informations.
Pourtant on a attendu les années 1960 pour voir apparaître ce sang des règles sans censure. On remercie bien bas Valie Export et Judy Chicago, qui assument sa provenance. Le Red Flag de Judy Chicago montre en gros plan une femme en train de retirer son tampon.

Red Flag, Judy Chicago, lithographie d’une photographie, 50 x 60 cm

En exposant cet acte de façon claire, l’artiste force le regard à s’y attarder. Avec d’autres de sa génération, elle tente de faire une place aux menstruations dans l’imaginaire collectif, notamment en les présentant comme un symbole de pouvoir, de choix de la femme de ne pas enfanter.
Mais la partie est difficile. Aujourd’hui, l’heure n’est plus nécessairement au choc : on sait que les règles sont là mais on a tendance à les cacher. Et pour briser ce silence, Laëtitia Bourget réalise son journal périodique avec ses “mouchoirs menstruels”.

Laëtitia Bourget, les mouchoirs menstruels, série de 700 mouchoirs, 10 x 8 x 3,5 cm, 1997-2005. Mouchoirs en papier 22 x 20,5 cm, sang, sperme et urine

 

Elle normalise le flux, rappelle qu’il est quotidien et cyclique. D’ailleurs, ce sang n’est-il pas à la fois le plus spécifique mais aussi le plus facile à collecter pour une femme ?

Pour un art naturel
Utiliser le sang des menstruations revient donc à le replacer dans ce qu’il a de plus naturel. Mieux : disponible chaque mois pour beaucoup de femme, ce liquide est facile à se procurer et offre différentes textures et possibilités créatives. C’est ce qu’on peut voir chez Jen Lewis qui l’utilise comme un pigment. Dans le cycle Beauty in Blood, elle le photographie de très près, dans des toilettes. Les macrophotographies détaillent des volutes rouges, loin de l’image mentale véhiculée par les règles. Il s’agit ici de les montrer comme quelque chose de beau, qu’on n’a pas à cacher et qui sort d’une connotation négative. Le titre de cette série annonce et assume parfaitement ce qu’elle traite.
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Jen et Rob Lewis, Beauty in Blood + Lani Beloso, The Period Piece

Lani Beloso, de son côté, récolte ses menstrues pour peindre avec. Elle explique vouloir transformer cette période douloureuse en un moment de création. On sort de l’idée de beauté pour se tourner vers l’utilisation et l’acceptation.

Amies imposées, les menstruations accompagnent des femmes durant une grande partie de leur vie : elles sont universelles et rassemblent autour d’une même expérience étrange qu’est l’écoulement. Tristement ce caractère universel ne les rend pourtant pas “normales”. Actuellement une grande action de sensibilisation de l’association Care est même lancée pour briser le tabou des règles, encore vues comme indignes dans beaucoup de pays.

En bonus (et pour pousser bien plus les questions qu’on a survolées ici), vous pouvez visionner ce reportage très cool expliquant ce que sont les menstruations, ce qu’elles font sur le corps et comment les gens les perçoivent. 

Céline Giraud & Alicia Martins Fondatrices de la revue Deuxième Temps

Bannière par Rozen Le Gall

 

La Playlist d’HumourMan – Quand je suis content de retrouver mes charentaises

La Playlist d’HumourMan – Quand je suis content de retrouver mes charentaises

PAR HUMOURMAN