Lettre à Janis Joplin (1943-1970)

by | Jan 29, 2019 | Breaking news pour l'outre tombe | 0 comments

Musicienne des années 60-70, mais aussi peintre et danseuse. Elle a été élue « garçon le plus moche du campus » à l’université, mais elle s’est bien vengée en devenant une rockstar ultra badass. Fuck les haters.

Chère Djadja,

Quand j’étais petite je voulais être toi, alors je suis un peu intimidée de t’écrire…. eheheheh…. ahem.

Venons-en à nous moutons.

Évidemment, cette semaine, je ne peux que parler de LA PUB GILLETTE.

Eh, c’est dingue comme ça froisse quand on inverse les rôles hein ? Comprends-moi : ça fait des décennies que la pub dit aux femmes « hey salut les femmes vous devriez être plus comme ça », « hello, saviez-vous que les vraies meufs authentiques ont la peau douce ? », ou encore « oula les filles, faut pas trop manger sinon c’est la mort sociale ».
Par contre, les pubs pour les garçons ça sonne plus comme « vous qui êtes un HÔME, vous méritez le meilleur », « hey être un vrai bonhomme c’est dur, alors on a fait des trucs trop bien pour vous ».

Mais là, la marque de rasoir qui disait avant « La perfection au masculin » a décidé d’être un peu moins débile, et dit maintenant « The best men can be », à traduire par « le meilleur que les hommes puissent incarner ». On est déjà sur une petite révolution communicationnelle.

En gros : les mecs, on va péter un petit coup, tous se prendre un petit peu en main là et essayer de réfléchir à comment être moins sexistes. Cela accompagné d’un petit spot vidéo qui dénonce le fameux « Boys will be boys », suprême excuse pour tout comportement de connard, de la petite bagarre au viol. En bref, une chouette vidéo qui dénonce la masculinité toxique, et met la lumière sur d’autres formes de masculinité une chouille plus épanouissantes pour tout le monde.

(Bon ok Janis, on est d’accord que c’est une manifestation du capitalisme qui s’adapte aux critiques contre le marketing genré pour mieux vendre. Mais soulignons le bon côté des choses quand même.)

Sauf que ça, ça n’a pas plu à ceux qui – ma foi – aiment bien leurs privilèges, barbotent dans leur petite mare d’intolérance et ne voient pas vraiment où est le problème parce que « eh ça va c’était juste une blague si je t’ai touché les fesses » ou « mais l’égalité est déjà là, les féministes ont gagné ». Vraiment, si y’a un truc qui rend les mecs plus tendus que le conflit israëlo-palestinien, c’est bien la remise en question de la masculinité.

Alors du coup, on a eu droit à l’argument iconique des situations où l’égalité met dans l’inconfort : le POLITIQUEMENT CORRECT.

Alors, le politiquement correct, c’est dire à propos des discours un peu critiques des normes sociales et politiques qu’ils sont puritains et moralistes, et affirmer qu’« on ne peut plus rien dire » dès qu’on se fait remballer après une remarque sexiste/raciste/homophobe etc.

Sauf que personne ne s’en revendique, c’est un terme uniquement utilisé en tant que critique. Donc du coup personne n’est pour, techniquement. Et bien je te propose de lire l’article d’Éric Fassin qui dit haut et fort qu’il est pour, refusé par L’Obs pour son dossier sur le politiquement correct, car « prêtant à confusion ». Je ne t’en dis pas plus, ça vaut le détour.

Bref, les masculinistes qui postent des photos de leurs rasoirs Gillette dans la poubelle ou qui promettent de se laisser pousser la barbe en contestation, je vous dis merci : vous avez refait mon stock de male tears.

Me lasser de me moquer des mascus ? Y’a pas moyen Djadja.

Longue vie à la bien-pensance !

Par Clémentine Biard
Illustration par Agnès ricart 

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