Le Bilan Féministe de 2018

par | Jan 7, 2019 | Articles | 0 commentaires

Et voilà, 2018 c’est fini, et d’aucuns commencent déjà à annoncer que 2019 sera « l’année de la meuf », alors c’est cool parce que ça rime mais elle en est où, justement, la meuf ? Et quels sont les combats remportés depuis un an par le féminisme ?

On vous propose une sélection, forcément partielle, de nos dix moments féministes de l’année écoulée – hésitez pas à nous proposer les vôtres. Et comme on nous a toujours appris à faire des ouvertures à la fin de nos dissertations, on s’est demandé à chaque fois comment ça pourrait être encore mieux.

1. 1er janvier : création du fonds Time’s Up

Le premier janvier, trois cents personnalités du cinéma ont lancé le fond Time’s Up (« c’est fini »), destiné à doter le mouvement #metoo de moyens financiers qui seront consacrés à la lutte contre le harcèlement sexuel. L’un de leur premier happening a consisté à porter des robes noires à la cérémonies des Golden Globes lors de laquelle Nathalie Portman, l’une des porte-parole du mouvement, a lancé, au moment d’énumérer les nominés pour la récompense du meilleur réalisateur : « et les nominés – tous des hommes – sont… ». OUAIIIS BIG UP NATOU.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Si le nombre de femmes qui ont participé à la fabrication des 250 plus gros films US de 2018 a augmenté de 2% (passant de 18 à 20%, FAIS PETER LE FREIXINET CHANTAL !), le nombre de réalisatrices a baissé (8% versus 11% en 2017). Vazy rebouche je Freix j’ai même plus le cœur à faire du sarcasme là.

2. 20 janvier : Women’s March

La Women’s March 2018 a eu lieu un an après la première marche des femmes sur Washington, organisée le premier jour de l’administration Trump et lors de laquelle on avait vu fleurir les pussy hats en réaction à cette phrase magnifique du président américain qui avait déclaré que les femmes, il fallait les « prendre par la chatte » (pussy, donc) (gros gros niveau d’élégance, donc).
Comme en 2017, une centaine de villes aux Etats-Unis et dans le monde ont organisé leur propre marche, réunissant au totale plusieurs millions de participant.e.s.

BONUX J’EN VEUX PLUX
En 2019, pour la troisième édition de cette manifestation devenue rendez-vous annuel, l’ONG Women’s March Global organise partout dans le monde la Women’s Wave, les 19 et 20 janvier. A suivre ici.

3. 23 janvier : Larry Nassar condamné

« Je viens de signer votre arrêt de mort » : BAM ! Mic drop. Rosemarie Aquilina, juge du procès de Larry Nassar, nous a peut-être fait vivre l’un des moments les plus jouissif de l’année en prononçant la sentence de ce médecin de l’équipe américaine de gymnastique, qui a sexuellement agressé plus de 150 femmes. Quarante à cent-soixante-quinze ans de prison, VOUALA.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Yannick Ripa, professeure en histoire des femmes et du genre à Paris-VIII, nous mettait tout de même en garde en octobre dernier dans Libé : l’omerta n’est jamais loin et « l’histoire des femmes est parcourue de ces déferlements de vagues, suivis de creux ». La banalisation de cette « parole libérée » guette, avec sa copine la « chappe de plomb », qui a tôt fait de retomber sur les victimes et leurs soutiens qui craignent les conséquences de leurs accusations. Alors on reste éveillé, les petit.e.s chat.te.s.
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4. 14 février : Black Panther

Youpi ! Voilà enfin un blockbuster Marvel qui, non content d’avoir pour personnage principal un super-héros noir (et quasiment que des personnages noirs d’ailleurs), met en scène des femmes puissantes : ingénieures, guerrières…

BONUX J’EN VEUX PLUX
Oui, alors, ne crions pas victoire trop vite. Black Panther a beau mettre en scène des tas de femmes qui présentent des qualités généralement associées au masculin, celles-ci n’en restent pas moins de simples faire-valoir pour ces messieurs qui restent bien entendu au centre de l’action. La preuve : la communauté du génial site bechdeltest.com n’arrive même pas à se mettre d’accord sur le fait que ce film passe ou non avec succès le test de Bechdel.
[dis mère Castor, c’est quoi le test de Bechdel ?]

Alors, le test de Bechdel mon petit lapin, c’est pour savoir si un film est sexiste ou non en regardant s’il valide trois critères :
– Il y a au moins deux femmes…
– …qui parlent ensemble…
– …d’autre chose que d’un homme.

Oh, tu as l’air surpris mon petit chou ! Tu te dis « elle débloque la vieille ! C’est le cas de tous les films ! » Eh bien sache que 40% des 4000 films testés ne passent pas le test. Ah, et sache désormais tu ne pourras plus t’empêcher de faire passer le test à tous les films que tu verras et que ça risque de te mettre en colère. Déso.

5. 14 juin : les députés argentins disent oui à l’avortement

A l’appel du mouvement Ni una menos (« pas une de moins »), des dizaines de milliers d’argentines avaient manifesté durant plusieurs semaines avant le scrutin en soutien au projet de loi sur la légalisation de l’avortement. Le 25 juillet, deux semaines avant le vote du Sénat, c’est déguisées en servantes écarlates, en référence à la série éponyme, qu’elles ont marché dans les rues de Buenos Aires.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Malheureusement, les pro-avortements manifestaient aussi en nombre, dans ce pays très catholique et patrie du pape François, fermement opposé à l’IVG. Résultat : le texte n’est pas passé en deuxième lecture, retour à la case départ. Mais la mobilisation se poursuit : dès le vote des sénateurs, l’association MuMaLá (Mujeres de la Matria Latinoamericana) a ouvert un registre destiné à recenser les femmes mortes suites à des avortements clandestins, dont le « décès pourra être qualifié de ‘féminicide d’Etat’ », parce qu’il aurait pu être évité.

6. 1er juillet : Simone Veil entre au Panthéon

Le premier juillet, sonnez hautbois résonnez musettes : Simone Veil est entrée au Panthéon ! Dans un discours à faire larmichonner dans les chaumières, Macron a même déclaré qu’« avec Simone Veil entrent ici ces générations de femmes qui ont fait la France, sans que la nation leur offre la reconnaissance et la liberté qui leur était due ». Et d’ajouter, le coquinou : « Qu’aujourd’hui par elle, justice leur soit à toutes rendue ». Putain la chiale, on se croirait à la fin d’Independance Day.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Bon, Simone Veil n’est quand même que la cinquième femme (contre soixante-treize hommes) à entrer au Panthéon qui, pour rappel, continue d’arborer sur son fronton la citation suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante », ce qui, si mon latin est toujours ok, signifie un truc du genre « Oublie jamais qu’on vit toujours dans un monde d’hommes, bb ». Donc bon, je voudrais pas faire ma reloue Manu mais j’ai pas trop-trop l’impression qu’on m’a vraiment rendu justice en fait.

7. 5 octobre : Nadia Murad reçoit le prix Nobel de la paix

Cette ancienne esclave sexuelle de Daesh, devenue ambassadrice de l’ONU et militante pour les droits de l’homme, a reçu le prix Nobel de la paix avec Denis Mukwege, gynécologue engagé contre les mutilations génitales, pour leur combat contre l’usage de violences sexuelles comme armes de guerre.

BONUX J’EN VEUX PLUX
J’ai envie de faire ma relou. Je peux faire ma relou ? Allez, je fais ma relou : on dit encore « droits de l’homme, sérieusement ? »

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8. 6 novembre : les Midterms de la meuf

Un nombre record de femmes ont été élues à la chambre des représentants américaine suite aux élections de mi-mandats, dont pour la première fois des amérindiennes et des femmes de confession musulmane.

BONUX J’EN VEUX PLUX
Derrière les beaux effets d’annonce dont on nous a gratifié.e.s à la suite de ces élections se cache un chiffre bien moins resplendissant : sur les 435 membres de la chambre des représentants, seuls 23% sont des femmes. Bon, vous me direz, en France on a 39% de députées, on est encore loin de la parité ! Enfin, c’est mieux. Mais c’est pas la parité.

9. 13 novembre : le string irlandais

Le 6 novembre en Irlande, un avocat a obtenu l’acquittement de son client, accusé du viol d’une jeune fille de 17 ans, grâce à l’une des pièces à conviction les plus scandaleuses qui soient : le string de la victime, brandi comme une preuve qu’avec de tels sous-vêtements celle-ci ne pouvait qu’être consentante. Une semaine plus tard, la députée Ruth Coppinger a montré l’un de ses strings en pleine assemblée, dénonçant une défense et un jugement inadmissibles. Comme une traînée de poudre, le hashtag #ThisIsNotConsent, accompagné de photos de strings d’irlandaises et de femmes du monde entier, a fait le tour du web. Dès le lendemain, des manifestations ont eu lieu dans tout le pays.

BONUX J’EN VEUX PLUX
J’ai beau retourner tout le web, aucune nouvelle du violeur qui semble-t-il n’a toujours pas été condamné… Si qui que ce soit a une info je prends en échange de ma meilleure carte Magic.

10. 24 novembre : #NousToutes

Un an après #MeToo, l’organisation #NousToutes a organisé dans toute la France des marches contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. La mobilisation a été historique.

 

BONUX J’EN VEUX PLUX
Si les organisat.eur.rice.s ont annoncé 50 000 manifestants, il y en aurait sans doute eu davantage si par malchance cette marche n’avait pas eu lieu en même temps que l’acte 2 des Gilets Jaunes. Ceci dit, la préfecture annonçait 12 000 manifestant.e.s côté #NousToutes contre 8 000 côté Gilets jaunes. Et devinez lequel des deux rassemblements a fait l’ouverture des journaux, quand l’autre ne se voyait consacrer qu’une minute sur TF1 et France 2 ? L’historienne du féminisme Bibia Pavard voit dans cette invisibilisation des combats des femmes une nouvelle démonstration du caractère structurellement patriarcal de notre société. Sauf qu’aujourd’hui, dit-elle… « ça ne passe plus ».

Par Amandine Deguin

Illustration bannière par Camille de Cussac 

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