Saucisse a trop mangé

Saucisse a trop mangé

Month: January 2019

Par Camille Dochez

Lettre à Janis Joplin (1943-1970)

Lettre à Janis Joplin (1943-1970)

Month: January 2019

Musicienne des années 60-70, mais aussi peintre et danseuse. Elle a été élue « garçon le plus moche du campus » à l’université, mais elle s’est bien vengée en devenant une rockstar ultra badass. Fuck les haters.

Chère Djadja,

Quand j’étais petite je voulais être toi, alors je suis un peu intimidée de t’écrire…. eheheheh…. ahem.

Venons-en à nous moutons.

Évidemment, cette semaine, je ne peux que parler de LA PUB GILLETTE.

Eh, c’est dingue comme ça froisse quand on inverse les rôles hein ? Comprends-moi : ça fait des décennies que la pub dit aux femmes « hey salut les femmes vous devriez être plus comme ça », « hello, saviez-vous que les vraies meufs authentiques ont la peau douce ? », ou encore « oula les filles, faut pas trop manger sinon c’est la mort sociale ».
Par contre, les pubs pour les garçons ça sonne plus comme « vous qui êtes un HÔME, vous méritez le meilleur », « hey être un vrai bonhomme c’est dur, alors on a fait des trucs trop bien pour vous ».

Mais là, la marque de rasoir qui disait avant « La perfection au masculin » a décidé d’être un peu moins débile, et dit maintenant « The best men can be », à traduire par « le meilleur que les hommes puissent incarner ». On est déjà sur une petite révolution communicationnelle.

En gros : les mecs, on va péter un petit coup, tous se prendre un petit peu en main là et essayer de réfléchir à comment être moins sexistes. Cela accompagné d’un petit spot vidéo qui dénonce le fameux « Boys will be boys », suprême excuse pour tout comportement de connard, de la petite bagarre au viol. En bref, une chouette vidéo qui dénonce la masculinité toxique, et met la lumière sur d’autres formes de masculinité une chouille plus épanouissantes pour tout le monde.

(Bon ok Janis, on est d’accord que c’est une manifestation du capitalisme qui s’adapte aux critiques contre le marketing genré pour mieux vendre. Mais soulignons le bon côté des choses quand même.)

Sauf que ça, ça n’a pas plu à ceux qui – ma foi – aiment bien leurs privilèges, barbotent dans leur petite mare d’intolérance et ne voient pas vraiment où est le problème parce que « eh ça va c’était juste une blague si je t’ai touché les fesses » ou « mais l’égalité est déjà là, les féministes ont gagné ». Vraiment, si y’a un truc qui rend les mecs plus tendus que le conflit israëlo-palestinien, c’est bien la remise en question de la masculinité.

Alors du coup, on a eu droit à l’argument iconique des situations où l’égalité met dans l’inconfort : le POLITIQUEMENT CORRECT.

Alors, le politiquement correct, c’est dire à propos des discours un peu critiques des normes sociales et politiques qu’ils sont puritains et moralistes, et affirmer qu’« on ne peut plus rien dire » dès qu’on se fait remballer après une remarque sexiste/raciste/homophobe etc.

Sauf que personne ne s’en revendique, c’est un terme uniquement utilisé en tant que critique. Donc du coup personne n’est pour, techniquement. Et bien je te propose de lire l’article d’Éric Fassin qui dit haut et fort qu’il est pour, refusé par L’Obs pour son dossier sur le politiquement correct, car « prêtant à confusion ». Je ne t’en dis pas plus, ça vaut le détour.

Bref, les masculinistes qui postent des photos de leurs rasoirs Gillette dans la poubelle ou qui promettent de se laisser pousser la barbe en contestation, je vous dis merci : vous avez refait mon stock de male tears.

Me lasser de me moquer des mascus ? Y’a pas moyen Djadja.

Longue vie à la bien-pensance !

Par Clémentine Biard
Illustration par Agnès ricart 

.

Jouissance Club (Janvier)

Jouissance Club (Janvier)

Month: January 2019

Le Salon des Dames – SUPER-POUVOIRS

Le Salon des Dames – SUPER-POUVOIRS

Month: January 2019

On continue notre collaboration avec la revue Deuxième Temps. Tous les mois, Céline Giraud et Alicia Martins nous parlent de faits de société contemporains et les mettent en relation avec des œuvres et des artistes passé·e·s, présent·e·s ou futur·e·s. Histoire de faire dialoguer tout ce petit monde.

Des super-pouvoirs du quotidien ?

Notre inconscient étant fortement marqué par l’univers des comics Marvel et DC, le sujet du super pouvoir nous fait penser à ces magiciennes de l’imaginaire, super héroïnes à la fois sexy et fortes. Dans leurs bandes dessinées (et plus tard films) les femmes semblent assurées, en pleine possession de leurs moyens ! Mais une fois cette poudre estompée, on fait facilement deux constats : elles restent encore peu nombreuses et sont presque toujours identiques. Blanches, minces, avec de grandes jambes et une poitrine généreuse – tant qu’à faire – ces combattantes répondent à des archétypes poussiéreux. Pas étonnant en un sens, si ces grosses franchises créent des personnages féminins c’est pour attirer un nouveau lectorat qui n’est ni fan de la violence ni séduit par de gros biscoteaux ! Effectivement, nous sommes dans les années 40 et les comics sont imprégnés de l’idée que les femmes ne font pas la guerre – ou alors vêtues de latex. Pourquoi ont-elles cette image ? Les clichés disent qu’elles seraient naturellement pacifistes et donc mieux à la maison. Bien évidemment tout ça n’est qu’une question d’éducation, les petits garçons jouent depuis l’enfance avec des armes alors que les petites filles ont un poupon. Heureusement que cette époque est loin de nous !

Toutefois, cette vision des choses nous a poussé à nous demander comment était représentée la femme à l’époque de création de super héros aux Etats-Unis. Quels pouvoirs la société lui attribuait ?

La super héroïne sexy
La première super héroïne à avoir vu le jour est Wonder Woman, créée en 1941 par le dessinateur Harry Peter et le psychologue William Moulton Marston. En parallèle apparaissent les pin-up, figures de la libération des moeurs. Si on fait ce rapprochement c’est parce que nous notons de nombreux points communs entre elles : la taille fine, les cheveux ondulés, la bouche rosée et pulpée… On vous laisse trouver les autres..

Aussi, l’émancipation semble avoir pris un drôle de chemin car quoi qu’elles fassent, ces femmes sont toujours ultra sexy. Est-ce donc ça, leur super pouvoir ? Rester belles et fraîches dans n’importe qu’elle situation ?
L’autre point commun est que ces dessinateurs sont (bien souvent) des hommes qui répondent à des demandes particulières de la société, elle-même pas encore prête à faire de la femme un être autre que sexuel. Ici elles sont des pubs, des vitrines qui permettent de vendre des produits..

L’art n’y échappe pas puisque dans les années 60 on retrouve toujours cette même plastique avec le Pop art. Seulement, cette fois on pourrait en déduire une critique : Warhol, Hamilton ou Lichtenstein voyaient d’un mauvais oeil ce monde fait d’illusions, de porcelaine et de faux-semblants, ce pourquoi ils ont utilisé des images issues de la pop culture (Mel Ramos, Tobacco Rhoda, 1965). Même dans leur quotidien, ces Barbies sont ironiquement superficielles et dramatiques (Lichtenstein, Drowning Girl “I don’t care, I would rather sink than call Brad for help”, 1963). L’artiste anglais Hamilton définit lui-même ses créations de “sexy”, restreignant le super pouvoir des femmes à celui du corps (à noter, les hommes sont aussi touchés par ce virus).

La super héroïne est en fait quelconque

Pourtant, si ces personnages existent, autant en faire des outils valorisant le sexe féminin.
Le quotidien des femmes étant bien loin de celui de Wonder Woman ou Cat Woman, il s’agit de faire prendre conscience du travail qu’elles fournissent. L’accès aux études supérieures a mis du temps à les concerner, aux Etats-Unis comme en France. Du coup, leur champ professionnel était restreint à des domaines comme la couture. Sortir de la voie du foyer était souvent difficile.

Dans les années 70, Margaret Harrison a voulu faire valoir le travail quotidien de ces femmes comme un vrai métier et plus comme du bénévolat (Homeworkers, 1977). Elle est aussi allée plus loin dans sa représentation des deux genres et est même censurée par la police, car les images y étaient jugées trop subversives : ses femmes étaient nues et ses super héros avaient des seins et des talons, comme Captain America. Plus tard, lorsqu’elle a exposé d’autres toiles semblables et qu’elle a demandé à son galeriste si ça plaisait, il lui a répondu que les images dénudées fonctionnaient assez bien mais que les hommes n’aimaient pas du tout ses représentations des héros

Et c’est peut-être là le problème. Nous sommes prêts à voir des femmes toujours plus aguichantes, mais pas des hommes affriolants.

Le super pouvoir des femmes ne réside pas dans leur capacité à voler ou voir à travers les murs. Ca, c’est banal, on le laisse aux hommes. Il prend forme dans le quotidien, dans leur capacité à crier silencieusement – ou non -, à revendiquer, à être ce qu’elles désirent. Elles peuvent être sexy, sensuelles et belles mais c’est à elles de le décider car, après tout, une super héroïne peut aussi avoir les cheveux gras, un jogging et des cernes. A chacune de définir sa vision et ses attentes de l’apparence physique idéale.

Céline Giraud & Alicia Martins Fondatrices de la revue Deuxième Temps

La Playlist d’HumourMan – Janvier Summer Body Vol.1

La Playlist d’HumourMan – Janvier Summer Body Vol.1

Month: January 2019