PRINCESS DOES IT HERSELF – Blanche La Pieuse

par | Déc 3, 2018 | Princess does it herself | 0 commentaires

Si on nous enseigne que les femmes n’ont pas pu gouverner, les recherches récentes ont montré que ce n’était pas toujours vrai Quoi ? Comment ça ? On nous mentirait à l’école . Il faut savoir que l’on ne fait pas de l’histoire de la même façon selon son époque, son sexe, ou son milieu social. Cette chronique va donc vous montrer comment on a pu faire passer à la trappe l’histoire des femmes médiévales alors que certaines d’entre elles ont bien régné.

Blanche de Castille est un peu une reine inconnue du bataillon et surtout très absente de nos programmes scolaires pourtant elle a été la mère d’un des rois les plus connus de notre histoire de France : Saint Louis. Elle fut également la régente du royaume, c’est-à-dire qu’elle a gouverné la France en lieu et place de son fils le temps qu’il devienne majeur. Cette femme tout à la fois contestée et puissante régente mérite toute notre attention pour montrer encore une fois que les femmes ont gouverné à l’époque médiévale.

 

Blanche de Castille est née 1188 en Espagne. Elle est la fille d’Alphonse VIII de Castille (un royaume vraiment super classe qui a bien envie de conquérir le midi toulousain français) et d’Aliénor d’Angleterre (fille de la très puissante Aliénor d’Aquitaine qui a permis de filer la moitié de la France aux Anglais). C’est donc cette grand-mère : Aliénor d’Aquitaine qui a insisté pour que sa petite-fille épouse le futur roi de France. Cela s’explique par le besoin de l’Angleterre de faire alliance avec la France, après que le roi Philippe Auguste les ait vaincus. C’est Blanche qui est choisi par sa grand-mère pour épouser le futur roi de France plutôt que sa sœur ainée Urraque : probablement du fait de son caractère et son intelligence. Leur mariage est célébré en 1200 alors qu’elle n’avait que douze ans et Louis treize (ce qui est courant à l’époque !).

Par ailleurs, elle remplit entièrement son rôle de reine puisqu’elle donne 12 enfants au roi : deux filles et dix garçons (ce qui tombe bien puisqu’après ce qu’il nous intéresse à l’époque c’est quand même d’avoir des héritiers mâles). Seuls 5 enfants atteindront l’âge adulte. En novembre 1226 le roi Louis VIII, son époux, meurt. Il avait laissé un testament qui faisait de sa femme, Blanche, la régente. Elle doit donc prendre la tête du royaume le temps que son fils Louis (encore un !) devienne majeur. Mais pressentant un vent de rébellion, la première décision politique que prend la reine est de le faire couronner roi de France à Notre-Dame de Reims (c’est histoire de dire « Oyé oyé c’est lui le futur roi les amis »).

Elle va alors exercer le pouvoir politique, sauf que comme très souvent, de puissants barons vont se liguer contre elle. Pour la décrédibiliser ils vont essayer de faire croire que c’est une femme de petite vertue (traduction : elle porterait l’enfant d’un autre homme : le comte de Champagne). Il semblerait surtout qu’ils n’acceptent pas de se faire gouverner par une femme « estrange » c’est-à-dire étrangère. Plus encore, cela fait près d’un siècle que les grands feudataires (noms barbares pour dire les hommes puissants du royaume) sont relégués à une place secondaire dans le royaume. Ils attendent donc qu’une chose : récupérer le pouvoir ! Mais surtout malgré le couronnement du jeune Louis, les grands barons, parmi lesquels le duc de Bretagne, se révoltent. Ils envisagent d’enlever le futur roi pour prendre sa place. Alertée par leurs agissements Maman Blanche négocie avec eux. Elle obtient de certains une soumission tandis que d’autres furent battus par l’armée royale. On compte au total 3 révoltes (une chaque année entre 1127 et 1129) qui visaient à contester le pouvoir du jeune roi.

Blanche résiste et parvient à imposer son autorité. Elle continue donc de gouverner le royaume. Figure profondément pieuse, elle est aussi très attachée à la religion. Elle va même éduquer son fils selon des principes très chrétiens (ce n’est pas pour rien qu’il va être qualifié de Saint Louis, puisqu’il sera canoniser quelques années après sa mort en 1214). Aussi, l’attachement de Blanche au christianisme va se traduire dans sa politique et dans sa manière de gouverner. Elle va notamment limiter le catharisme.

Il faut pour comprendre cela revenir sur le contexte du règne de Blanche. Le catharisme est, pour faire simple, un mouvement religieux chrétien dissident. Il est très fortement ancré dans les comtés de Toulouse, Béziers et Carcassonne. Cependant, il est très rapidement considéré comme « hérétique » c’est-à-dire non conforme aux dogmes de l’Église, les Cathares sont réprimés dès 1209. C’est Louis VIII l’époux de Maman Blanche qui va commencer par lutter contre cette hérésie. Il va alors engager une première croisade. La croisade est une guerre organisée par le pape contre des opposants chrétiens ou païens. Ainsi dès 1209 un premier pape (Innocent III) décide d’organiser une expédition conter les Cathares. Puis en 1223 c’est Blanche de Castille qui encourage son époux Louis VIII à reprendre les armes contre les Cathares. On voit ici que si elle n’était pas encore régente, elle avait déjà une influence considérable dans les affaires du royaume. En 1226 il accepte et lance la croisade. Cependant, il meurt la même année. Blanche va alors par la suite continuer à lutter contre le catharisme. Il faut bien voir qu’au-delà de la défense de sa chrétienté, Blanche y voit un moyen d’étendre le royaume de France. En effet, son époux avait négocié avec le pape de conserver les terres conquises et débarrassées des hérétiques. Cela démontre bien que la reine avait une conscience politique aiguë. Mais plus encore cela nous montre aussi que les conflits sont toujours à la croisée de nombreuses ambitions : ici elles sont d’ordre religieuse, politique et territoriale.

Blanche de Castille va également négocier le mariage de son fils avec Marguerite de Provence. En effet, si le chroniqueur Guillaume de Nangis écrivait que c’était le jeune Louis qui avait choisi son épouse, les historiens actuels comme Jacques Le Goff (le grand ponte de l’histoire médiévale) ont pu montrer qu’en réalité il s’était juste plié aux désirs de sa Maman et de ses conseillers. Celle-ci avait suivi les recommandations du pape qui voulait neutraliser le père de la jeune mariée : le comte Raymond Bérenger V. Mais surtout, le mariage venait étendre le royaume de France au-delà du Rhône et lui adjoindre la Provence.

En 1234, Louis IX devient majeur. Cependant, Blanche ne va perdre sa place que progressivement, elle a lors des premières années de règne de son fils prit une part active à son règne.

Blanche de Castille a été traitée par plusieurs biographes, mais tous se sont davantage attachés à décrire sa religiosité : charité, piété. Ils l’ont également vu comme la mère de Saint Louis bien plus que comme une femme de pouvoir. Les chroniques contemporaines de son règne traitent davantage de la figure de son fils. En effet, son règne a éclipsé celui de sa mère sur lequel les chroniqueurs ont été assez peu éloquents. Du fait qu’elle n’occupe pas la première place des sources médiévales, on comprend mieux le silence des historiens. Néanmoins depuis peu, le regain d’intérêt pour l’étude des femmes a permis de donner une nouvelle place à Blanche en tant que reine. Les historiens se sont alors attachés à rendre compte de ses actions politiques et ce même avant son veuvage. Ils ont ainsi démontré qu’elle avait aussi œuvré auprès de son époux le roi Louis VIII. Tout ceci tend bien à montrer que Blanche a eu un rôle politique fort et qu’elle est un exemple probant de la place des femmes médiévales : au pouvoir.


Par Églantine de Montbéliard

Illustration par Lucie Mouton, titrage par Camille Dochez

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