Le Salon des Dames – Sainte Niki

by | Nov 28, 2018 | Le Salon Des Dames | 0 comments

Le titre de cet article vous a peut-être interpellé.e. Vous vous demandez si vous avez raté un épisode dans la canonisation de cette artiste. On vous explique. D’abord, comment on devient un.e saint.e ? Il faut avoir mené une vie d’abnégation, réalisé un ou des miracles et être reconnu.e comme vénérable”. Pour nous, ça ne fait donc aucun doute : Niki de Saint Phalle est une sainte car elle a fait un miracle en faisant entrer les femmes dans un monde d’hommes.

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Sous le matronage de Niki de Saint Phalle

On vous parle ici plus précisément de celui de la sculpture. Saviez-vous que le mot “sculptrice” n’existait pas encore à son époque ? Au mieux, elle était désignée comme “femme-sculpteur”, un terme qui souligne bien à quel point le milieu ne concevait pas de présence féminine dans ses rangs. Et puis il suffit de se souvenir d’artistes comme Claudel, reléguée au rang de muse de Rodin du simple fait de son sexe. 

Chez Niki de Saint Phalle, on peut parler de vocation : « J’ai décidé très tôt d’être une héroïne. Qui serais-je ? George Sand ? Jeanne d’Arc ? Une Napoléon en jupon ? Qu’importe ce que je serais ! L’important était que ce fut difficile, grand et excitant ».

Pourquoi avoir voué sa vie à cette bataille ? Car les modèles qu’elle a eus dans son enfance sont ceux de la femme gardienne du foyer. On ne lui a jamais laissé entrevoir d’autre avenir que celui tout tracé qu’avait suivi sa propre mère. “Je n’acceptais pas les limites que ma mère tentait d’imposer à ma vie parce que j’étais une femme. NON. Je franchirais ces limites pour atteindre le monde des hommes qui me semblait aventureux, mystérieux, excitant. » Aujourd’hui, on la remercie de s’être battue.
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L’abnégation d’un combat

Dès que l’on s’intéresse à l’art des femmes, il est question de liberté. Laquelle ? De s’exprimer, d’entreprendre, de penser. Et très tôt, Niki de Saint Phalle est partie en pèlerinage pour trouver celle dont Eluard écrit le nom dans ses cahiers d’écolier. Déjà à 14 ans, en 1944, elle peint le sexe des statues de son école en rouge, en signe de rébellion. Car sa quête passe par là : les femmes ne sont pas ces êtres doux, muets et simplets. Elles sont fortes, aventureuses et convaincues. Il est de coutume de dire que l’expression la plus agressive de l’art de Saint Phalle s’incarne dans ses Tirs. Le geste l’est effectivement. A propos de sa série “Feu à volonté”, elle dit qu’il s’agit d’« Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir »« Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir »

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Cette violence est rendue nécessaire par ses conditions de création car elle est la seule femme au sein des Nouveaux Réalistes. Et ce groupe n’est pas formé de tendres âmes. Il s’agit donc d’affirmer sa place. De la dérober.
Il fallait se libérer de la société patriarcale en montrant réellement ce que c’est que d’être femme. Habituée à tout cacher et tout subir, Niki de Saint Phalle veut tout montrer, sans retenue. Et comment faire entendre que la femme est digne de ce nom ? En valorisant l’acte le plus noble, fort et respectable qu’il soit à ses yeux : l’accouchement.

Si les Tirs lui ont permis d’exorciser ses démons, son travail autour des Mariées et des femmes lui a permis de retrouver une joie enfouie depuis son enfance. Avec elles, elle renoue avec la paix. Les Nanas en sont l’aboutissement magnifique. Déesses préhistoriques de la fécondité, ventre arrondi, elles dansent joyeusement, c’est une fête. Pas de visage, mais des corps voluptueux, colorés, beaux.

Nana power

Niki de Saint Phalle est une militante pour toutes les femmes et toutes les causes, notamment celle contre le racisme. L’une de ses Nanas est noire et porte le nom de Rosa Parks. Par cet hommage, elle veut montrer que les sociétés ont échoué. « Nous avons bien le Black Power, alors pourquoi pas le Nana Power ? C’est vraiment la seule possibilité. Le communisme et la capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale ». A ses yeux, l’homme crée des objets pour détruire et la femme pour vivre. Il a fait des armes pour tuer, elle les a récupérées pour donner la vie. Son travail, avant d’être féministe montrait déjà la difficulté des deux sexes à vivre ensemble.

Si aujourd’hui le combat pour l’égalité est virulent, autant se le dire, à l’époque, il est pitoyable. Le journaliste parle du travail de Niki de Saint Phalle en termes peu élogieux. Petite ménagère va !

Son combat, elle le porte dans son nom. Ses engagements et sa création du Nana power ont ouvert la voie à d’autres mouvements féministes importants qui résonnent dans l’histoire. Pour nous, Niki de Saint Phalle peut être érigée en sainte.

par DEUXIème TEMPS 

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