Lettre à Christine de Pizan (1364-1430)

par | Nov 26, 2018 | Non classé | 0 commentaires

Première femme écrivaine française rémunérée pour ses écrits, autrice de La Cité des Dames (1405).

Madame Cricri,

Je ne peux pas t’écrire sans te parler de l’événement de ouf qui a eu lieu tout récemment.

Je sais pas si t’étais au courant depuis tes nuages, mais avant-hier, samedi 24 novembre, plein de femmes ont marché dans toute la France contre les violences sexistes et sexuelles sous le #NousToutes, et #NousAussi. Code couleur : violet, comme les suffragettes. Selon la police, elles étaient 20 000 dans toute la France, 80 000 selon les organisatrices. Une chose est sûre : elles étaient beaucoup.

Les chiffres : 220 000 femmes sont victimes de violences de la part de leur conjoint ou ex. 250 femmes sont violées chaque jour en France. Tous les 3 jours, une femmes est tuée par son compagnon, ex, ou prétendant. Ça, c’est ce qui peuple la catégorie « Faits divers » des journaux régionaux, comme si ces meurtres n’étaient que des situations isolées et sans aucun lien. Surtout pas symptomatiques du système patriarcal dans lequel on vit.

Tiens, petit exemple illustratif de la situation : en cherchant des sources pour cette lettre, ma chère Christine, je tombe sur un article du Monde daté du 19 novembre 2018, et intitulé « Une Française sur quatre se dit victime d’atteinte ou de violence à caractère sexiste ou sexuel ».

Sauf que les chiffres que je connais, moué, ils sont plus élevés que ça. Alors je vais voir.

Et là, BOUM : voilà-ti-po qu’ils s’appuient sur l’étude de la Fondation Jean-Jaurès et de la Fondation européenne d’études progressistes qui s’appelle « Les femmes face aux violences sexuelles et le harcèlement dans la rue ». DANS LA RUE. Déjà, ça veut dire que, quand on regarde autour de nous, un quart des meufs qu’on connaît ont déjà été violentées/harcelées dans la rue et que « Cela va du regard insistant jusqu’au viol, en passant par l’injure sexiste ou sexuelle, le harcèlement sexuel ou encore l’exhibitionnisme ».

MAIS SURTOUT, ça veut dire que cette étude (sur laquelle se fonde l’article du Monde pour généraliser les chiffres sur les violences sexistes) ne prend en compte que les situations dans l’espace public. Or, dans 70% des viols, l’agresseur était connu de la victime. Et ça, ça se passe rarement dans la rue. Donc soit la journaliste qui a écrit cet article (et son titre très général) est pas très renseignée, soit elle oblitère volontairement la majorité des violences sexistes et sexuelles. Dans tous les cas, ça reflète la méconnaissance et le caractère non-central de la question des violences faites aux femmes.

Allez, comme le disait un des slogans scandé pendant la marche de Paris, « Le patriarcat ne tombera pas tout seul, organisons nous pour lui piétiner la gueule ! ».

Longue vie piétineuses et piétineurs !
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Par Clémentine Biard 

Illustration par Paola Cagnacci 

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