PRINCESS DOES IT HERLSEF – Jacqueline de Bavière : La passionnée

par | Nov 5, 2018 | Non classé, Princess does it herself | 0 commentaires

Si on nous enseigne que les femmes n’ont pas pu gouverner, les recherches récentes ont montré que ce n’était pas toujours vrai Quoi ? Comment ça ? On nous mentirait à l’école ??. Il faut savoir que l’on ne fait pas de l’histoire de la même façon selon son époque, son sexe, ou son milieu social. Cette chronique va donc vous montrer comment on a pu faire passer à la trappe l’histoire des femmes médiévales alors que certaines d’entre elles ont bien régné.

Jacqueline de Bavière c’est un peu LA princesse star des Belges. Si en France on se dit « Qui c’est celle-là ? » en Belgique tout le monde a déjà entendu parler d’elle. En même temps c’est un personnage people avant l’heure. Voyez un peu : fille unique du duc de Hainaut, Hollande, Zélande (des terres entre la France et la Belgique), elle se marie 4 fois le tout en 35 ans. C’est aussi une femme qui règne pour de vrai. Bref une princesse comme on les aime qui montre encore une fois qu’à l’époque médiévale les femmes ont du pouvoir !

Jacqueline de Bavière ne s’appelle pas Jacqueline. Les historiens du XIXème ont féminisé son nom pour que ça soit plus respectable à leurs yeux. Elle est née le jour de saint Jacques, donc ses parents ont décidé de l’appeler Jacques (facile !). Elle est la fille unique de Guillaume IV de Bavière et de Marguerite de Bourgogne. On peut ainsi dire qu’elle est issue d’une très bonne famille parce que ses parents sont très puissants. Comme dit précédemment, son père est le duc de Hainaut et sa mère est à la fois petite-fille du roi de France et fille du duc le plus puissant du royaume. Bref, Jacques (alias Jacky pour les intimes, ou… euh… juste pour nous) a le cul bordé de nouilles.

Toujours dans le contexte de la Guerre de Cent Ans, son grand-père décide de la marier au 4ème fils du roi de France, Charles VI le fou, nommé Jean. C’est un moyen de faire alliance avec le roi et de s’assurer qu’il ne fera pas la guerre à la famille de sa belle-fille, question de bon sens ! Elle est promise à Jean alors qu’elle n’avait que 5 ans puis ils sont fiancés six ans plus tard (ouais on se marie à 11 ans, on est précoce à l’époque médiévale). Une fois l’alliance conclue, c’est Monsieur qui part vivre à la cour de Madame. Étonnant puisque d’habitude c’est l’inverse puisque la société médiévale est dite « virilocale » ! Ils se marient officiellement en 1415.

Au même moment le frère de Jean-Jean, Louis de Guyenne, alors Dauphin meurt. Bingo loto pour le couple ! Jean-Jean devient le Dauphin de France (c’est le titre que l’on donne au fils du roi qui va hériter de la Couronne). Jean-Jean va devenir roi et Jacky elle se voit déjà reine. Mais en 1417, Jean-Jean meurt, et donc Jacky perd son futur trône. Deux mois plus tard son père Guillaume, comte de Hainaut, meurt aussi. Elle devient à la fois veuve et comtesse en titre du Hainaut, de la Hollande et la Zélande.

Elle rentre vivre dans le Hainaut pour gouverner ses terres. Sauf que sa mère l’oblige à se trouver un nouvel époux. En effet, si les femmes peuvent régner, elles peuvent difficilement rester célibataires aussi jeunes : il faut quand même avoir un héritier. Elle finit par épouser en 1418 son cousin Jean IV, duc de Brabant. Il faut savoir que le Brabant c’est LE duché riche de l’époque. Sauf qu’ils ne sont pas vraiment d’accord sur la politique à mener et la comtesse entend bien régner par elle-même sur ses terres. Elle va alors fuir son époux pour continuer à gouverner seule.

Bon déjà là on est pas mal dans le niveau de je-suis-une-princesse-libre-et-indépendante-merci-aurevoir. Mais elle va faire mieux puisqu’elle va épouser un autre homme bien puissant : Humphrey de Gloucester, le fils du roi d’Angleterre Henri IV. Là, selon les points de vue elle est polygame notre Jacques. Mais la puissance de son nouvel époux lui permet de gouverner par elle-même et de protéger ses terres. Ce dernier envoie même des troupes sur son ex-époux Jean pour la défendre. Elle se voit malgré tout obligée de le quitter parce que le pape l’accuse d’être polygame, ce qui est impensable à l’époque… Mais au même Jean IV, son époux et cousin meurt. Elle devient à la fois divorcée et veuve une seconde fois.

En 1428, on peut dire que la situation matrimoniale de Jacques se simplifie. Mais Philippe le Bon, duc de Bourgogne, va profiter de cette affaire pour récupérer ses comtés. Il va alors dire que « Diantre regardez cette comtesse aux mœurs dissolus, elle est inapte à gouverner ! ». Comme il est puissant, beaucoup de personnes l’écoute. Jacky va devoir lui conférer ses comtés en mainbournie. Kézako ? : cela veut dire qu’on l’on confère à une personne l’administration de ses comtés mais qu’elle n’en devient pas la propriétaire pour autant. En somme Jacques est contrainte de le laisser prendre toutes les décisions politiques à sa place. C’est alors le début de la fin pour elle. 6 ans plus tard, en 1433 elle doit lui concéder ses terres définitivement. Il en devient propriétaire. Elle épouse en 1436 Frank von Borselen son ancien gouverneur et Jacky meurt la même année.

Jacques de Bavière est une figure princière intéressante parce qu’elle cristallise beaucoup d’enjeux. Elle montre bien qu’une femme n’est pas exclue de la succession et peut hériter et administrer des terres. À nouveau un bon point pour les femmes médiévales !

Si elle a dû céder ses comtés il ne faut pas retenir que cela de son règne. Elle a gouverné par elle-même pendant près de dix ans. C’est la seule à prendre des décisions politiques avec l’aide de ses conseillers. L’obligation de concéder ses terres à son cousin ne vient pas du fait qu’elle soit une femme, mais davantage du contexte dans lequel elle évolue. Aussi dans cette première moitié du XVe siècle, on voit la constitution de très grands comtés ou duchés dans le royaume de France. De plus en plus puissants, les ducs font tout pour agrandir leurs territoires. Autant dire que des « petits » comtés comme ceux de Jacques ne résistent pas vraiment à cette tendance. Ainsi l’argument des mœurs dissolues brandit par son cousin n’est en fait qu’un prétexte pour récupérer des terres qu’il convoité depuis longtemps : Jacques s’est contentée de lui fournir un bon prétexte en menant une vie matrimoniale agitée.

L’historiographie (mot barbare pour dire l’histoire de l’histoire, c’est-à-dire l’étude de comment on a fait de l’histoire jusqu’à présent) a longtemps présentée Jacques comme un personnage people. C’est surtout sa vie matrimoniale dissolue qui a suscité l’intérêt et moins son exercice du pouvoir. Au XXe, elle est toujours présentée comme une enfant gâtée, ou une amoureuse transie, mais jamais comme une femme de pouvoir.

Pourtant il s’agit bien d’une femme qui a eu à cœur d’administrer elle-même les terres de son père. La preuve en est : elle n’a jamais laissé les décisions être prises par son second époux Jean IV et a préféré le fuir. C’est aussi une princesse moderne, c’est par exemple une des premières à avoir une signature. Mais elle a aussi un sceau (une galette de cire qui est accroché aux parchemins pour les rendre authentiques) sur lequel elle se fait représenter sous les traits de la Vierge Marie. C’est un moyen pour elle de montrer qu’elle est la protectrice du Hainaut mais aussi qu’elle est vertueuse. Cette représentation démontre bien qu’elle était consciente de ses difficultés, et de la mauvaise image qu’on essayait de lui conférer. Cela montre aussi que Jacques a eu un rôle politique fort et qu’elle est un exemple probant de la place des femmes médiévales : au pouvoir.

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