Le Salon des Dames – Sainte Niki

Le Salon des Dames – Sainte Niki

Le titre de cet article vous a peut-être interpellé.e. Vous vous demandez si vous avez raté un épisode dans la canonisation de cette artiste. On vous explique. D’abord, comment on devient un.e saint.e ? Il faut avoir mené une vie d’abnégation, réalisé un ou des miracles et être reconnu.e comme vénérable”. Pour nous, ça ne fait donc aucun doute : Niki de Saint Phalle est une sainte car elle a fait un miracle en faisant entrer les femmes dans un monde d’hommes.

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Sous le matronage de Niki de Saint Phalle

On vous parle ici plus précisément de celui de la sculpture. Saviez-vous que le mot “sculptrice” n’existait pas encore à son époque ? Au mieux, elle était désignée comme “femme-sculpteur”, un terme qui souligne bien à quel point le milieu ne concevait pas de présence féminine dans ses rangs. Et puis il suffit de se souvenir d’artistes comme Claudel, reléguée au rang de muse de Rodin du simple fait de son sexe. 

Chez Niki de Saint Phalle, on peut parler de vocation : « J’ai décidé très tôt d’être une héroïne. Qui serais-je ? George Sand ? Jeanne d’Arc ? Une Napoléon en jupon ? Qu’importe ce que je serais ! L’important était que ce fut difficile, grand et excitant ».

Pourquoi avoir voué sa vie à cette bataille ? Car les modèles qu’elle a eus dans son enfance sont ceux de la femme gardienne du foyer. On ne lui a jamais laissé entrevoir d’autre avenir que celui tout tracé qu’avait suivi sa propre mère. “Je n’acceptais pas les limites que ma mère tentait d’imposer à ma vie parce que j’étais une femme. NON. Je franchirais ces limites pour atteindre le monde des hommes qui me semblait aventureux, mystérieux, excitant. » Aujourd’hui, on la remercie de s’être battue.
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L’abnégation d’un combat

Dès que l’on s’intéresse à l’art des femmes, il est question de liberté. Laquelle ? De s’exprimer, d’entreprendre, de penser. Et très tôt, Niki de Saint Phalle est partie en pèlerinage pour trouver celle dont Eluard écrit le nom dans ses cahiers d’écolier. Déjà à 14 ans, en 1944, elle peint le sexe des statues de son école en rouge, en signe de rébellion. Car sa quête passe par là : les femmes ne sont pas ces êtres doux, muets et simplets. Elles sont fortes, aventureuses et convaincues. Il est de coutume de dire que l’expression la plus agressive de l’art de Saint Phalle s’incarne dans ses Tirs. Le geste l’est effectivement. A propos de sa série “Feu à volonté”, elle dit qu’il s’agit d’« Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir »« Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir »

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Cette violence est rendue nécessaire par ses conditions de création car elle est la seule femme au sein des Nouveaux Réalistes. Et ce groupe n’est pas formé de tendres âmes. Il s’agit donc d’affirmer sa place. De la dérober.
Il fallait se libérer de la société patriarcale en montrant réellement ce que c’est que d’être femme. Habituée à tout cacher et tout subir, Niki de Saint Phalle veut tout montrer, sans retenue. Et comment faire entendre que la femme est digne de ce nom ? En valorisant l’acte le plus noble, fort et respectable qu’il soit à ses yeux : l’accouchement.

Si les Tirs lui ont permis d’exorciser ses démons, son travail autour des Mariées et des femmes lui a permis de retrouver une joie enfouie depuis son enfance. Avec elles, elle renoue avec la paix. Les Nanas en sont l’aboutissement magnifique. Déesses préhistoriques de la fécondité, ventre arrondi, elles dansent joyeusement, c’est une fête. Pas de visage, mais des corps voluptueux, colorés, beaux.

Nana power

Niki de Saint Phalle est une militante pour toutes les femmes et toutes les causes, notamment celle contre le racisme. L’une de ses Nanas est noire et porte le nom de Rosa Parks. Par cet hommage, elle veut montrer que les sociétés ont échoué. « Nous avons bien le Black Power, alors pourquoi pas le Nana Power ? C’est vraiment la seule possibilité. Le communisme et la capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale ». A ses yeux, l’homme crée des objets pour détruire et la femme pour vivre. Il a fait des armes pour tuer, elle les a récupérées pour donner la vie. Son travail, avant d’être féministe montrait déjà la difficulté des deux sexes à vivre ensemble.

Si aujourd’hui le combat pour l’égalité est virulent, autant se le dire, à l’époque, il est pitoyable. Le journaliste parle du travail de Niki de Saint Phalle en termes peu élogieux. Petite ménagère va !

Son combat, elle le porte dans son nom. Ses engagements et sa création du Nana power ont ouvert la voie à d’autres mouvements féministes importants qui résonnent dans l’histoire. Pour nous, Niki de Saint Phalle peut être érigée en sainte.

par DEUXIème TEMPS 

Le temps est bon, le ciel est bleu, 3% des plaintes pour viols aboutissent à un procès devant les assises

Le temps est bon, le ciel est bleu, 3% des plaintes pour viols aboutissent à un procès devant les assises

Le premier problème comme nous l’explique Nolwenn Weiler, une des auteures du livre-enquête « Le viol, un crime presque ordinaire », c’est qu’une grande majorité de victimes ne portent jamais plainte :« Il y a un consensus autour du chiffre de 75 000 femmes victimes de viol ou de tentatives de viols par an en France. Le problème est que seulement 10 % des victimes le signalent à la police. »

 


On peut donc se demander pourquoi les victimes de viol ne portent pas plainte. Il y a plusieurs explications plausibles. Selon l’auteur Nolwenn Weiler, les victimes de viols ne savent pas comment situer si elles ont subies un viol. Pour la plupart des victimes, se faire violer signifie être seule dans un parking et se faire agresser par un inconnu. Mais comme beaucoup, la plupart des victimes de viol connaissent leur agresseur. 

 

Le deuxième problème est l’attente entre la plainte et le jugement qui peut prendre entre 3 et 5 ans en moyenne. Constituant une épreuve de plus pour la victime qui doit ressasser son histoire sans cesse. 

 

La requalification des crimes par les tribunaux, encouragée par certains avocats, est chose courante pour désengorger les tribunaux. Selon l’étude de Brachet et Iff, 1 quart des plaintes pour viol étudiées ont été déqualifiées en agression sexuelle, à la demande du procureur. Une autre étude de 1991 sur le tribunal de Nantes, montre que la moitié des affaires jugées comme de simples agressions sexuelles étaient en fait des viols reconnus par les coupables, ou avérés par des expertises judiciaires.
Le chiffre consensus de 75 000 femmes victimes de viol par an en France est basé sur diverses enquêtes sociologiques.

 

Dans l’enquête ENVEFF de 2000 on estimait que 48 000 femmes auraient été victimes de viol. Or, cette enquête comptabilisait seulement les femmes entre 20 et 59 ans.

 

Selon l’enquête Contexte de la Sexualité en France (CSF) de 2006, entre 50 000 et 120 000 femmes sont victimes d’un viol ou d’une tentative de viol par an.

 

Une moyenne de 84 000 femmes (de 18 à 75 ans) victimes de viols ou de tentatives de viol par an est le chiffre que l’on peut tirer à partir des enquêtes « Cadre vie et sécurité » de 2007 à 2012. Sur deux ans ces enquêtes estiment une moyenne de 202 000 victimes de viol ou de tentatives de viol (hommes et femmes) avec une marge d’erreur de 22 000 personnes ; soit 101 000 cas par an.
Tous ces chiffres sous-estiment le nombre total des viols par an puisque la plupart des victimes indiquent avoir subi leur premier viol ou tentative de viol avant leur 18 ans. C’est le cas pour 67% des hommes et 59% des femmes selon l’enquête Contexte de la sexualité en France de 2006.

 

 

 

Cet article me fait froid dans le dos. Alors qui que vous soyez si vous avez été victime d’un viol ou si vous connaissez des personnes dans votre entourage qui en ont été victimes parlez en :

 0 800 05 95 95 « SOS Viols Femmes Informations »
Ce numéro est destiné aux femmes victimes de viol ou d’agressions sexuelles et à leur entourage ainsi qu’aux professionnels concernés

 CF – Collectif féministe contre le viol 


 FNSF- Fédération nationale solidarité femmes
 

 CNIDFF – Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles


 Mouvement français pour le planning familial 


 Femmes solidaires


 FDFA – Femmes pour le dire Femmes pour agir


 INAVEM : Fédération nationale des associations d’aide aux victimes

 Association Parler


 

 

Texte – Manon Benboudriou

 

Graphisme – Victoria Dubois

 

Lettre à Christine de Pizan (1364-1430)

Lettre à Christine de Pizan (1364-1430)

Première femme écrivaine française rémunérée pour ses écrits, autrice de La Cité des Dames (1405).

Madame Cricri,

Je ne peux pas t’écrire sans te parler de l’événement de ouf qui a eu lieu tout récemment.

Je sais pas si t’étais au courant depuis tes nuages, mais avant-hier, samedi 24 novembre, plein de femmes ont marché dans toute la France contre les violences sexistes et sexuelles sous le #NousToutes, et #NousAussi. Code couleur : violet, comme les suffragettes. Selon la police, elles étaient 20 000 dans toute la France, 80 000 selon les organisatrices. Une chose est sûre : elles étaient beaucoup.

Les chiffres : 220 000 femmes sont victimes de violences de la part de leur conjoint ou ex. 250 femmes sont violées chaque jour en France. Tous les 3 jours, une femmes est tuée par son compagnon, ex, ou prétendant. Ça, c’est ce qui peuple la catégorie « Faits divers » des journaux régionaux, comme si ces meurtres n’étaient que des situations isolées et sans aucun lien. Surtout pas symptomatiques du système patriarcal dans lequel on vit.

Tiens, petit exemple illustratif de la situation : en cherchant des sources pour cette lettre, ma chère Christine, je tombe sur un article du Monde daté du 19 novembre 2018, et intitulé « Une Française sur quatre se dit victime d’atteinte ou de violence à caractère sexiste ou sexuel ».

Sauf que les chiffres que je connais, moué, ils sont plus élevés que ça. Alors je vais voir.

Et là, BOUM : voilà-ti-po qu’ils s’appuient sur l’étude de la Fondation Jean-Jaurès et de la Fondation européenne d’études progressistes qui s’appelle « Les femmes face aux violences sexuelles et le harcèlement dans la rue ». DANS LA RUE. Déjà, ça veut dire que, quand on regarde autour de nous, un quart des meufs qu’on connaît ont déjà été violentées/harcelées dans la rue et que « Cela va du regard insistant jusqu’au viol, en passant par l’injure sexiste ou sexuelle, le harcèlement sexuel ou encore l’exhibitionnisme ».

MAIS SURTOUT, ça veut dire que cette étude (sur laquelle se fonde l’article du Monde pour généraliser les chiffres sur les violences sexistes) ne prend en compte que les situations dans l’espace public. Or, dans 70% des viols, l’agresseur était connu de la victime. Et ça, ça se passe rarement dans la rue. Donc soit la journaliste qui a écrit cet article (et son titre très général) est pas très renseignée, soit elle oblitère volontairement la majorité des violences sexistes et sexuelles. Dans tous les cas, ça reflète la méconnaissance et le caractère non-central de la question des violences faites aux femmes.

Allez, comme le disait un des slogans scandé pendant la marche de Paris, « Le patriarcat ne tombera pas tout seul, organisons nous pour lui piétiner la gueule ! ».

Longue vie piétineuses et piétineurs !
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Par Clémentine Biard 

Illustration par Paola Cagnacci 

JOUISSANCE CLUB – NOVEMBRE

JOUISSANCE CLUB – NOVEMBRE

JOUISSANCE CLUB T’AIME

La Chronique de Roger Dressepipe – Couvre la Manif’ sur la PMA

La Chronique de Roger Dressepipe – Couvre la Manif’ sur la PMA

Homme de terrain, reporter de l’extrême, mais surtout misogyne aussi nigaud et maladroit qu’attachant, Roger Dressepipe s’enfonce au plus profond des femmes pour aller et venir sur les clichés machistes qui s’accrochent encore à elles

-Monsieur Dressepipe, pour la énième fois, je vous ai demandé d’être à votre poste à 8h30. Il est 9h12, on peut savoir ce qui vous a retenu cette fois ?

À peine avais-je eu le temps de replier ma trottinette électrique que la redac’chef se mit à me sermonner. Malgré mes écouteurs réglés à pleine puissance sur l’organe suave de ce bon vieux Jean-Marc Morandini, sa voix suraiguë parvint à se faufiler au plus profond de mes tympans. Je tentai une manœuvre afin d’apaiser la situation :

– La question est plutôt : comment faites-vous pour arriver à l’heure chaque matin avec le temps que vous devez passer à vous maquiller pour être toujours si resplendissante ?

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– Aucun secret, je ne me maquille pas et je bois mon café dans un thermos debout dans le métro. Maintenant arrêtez votre lamentable flagornerie et mettez-vous au boulot.

Pas maquillée ? Voilà qu’elle me mentait désormais ? Ce climat délétère me déplut fortement, il me fallait prendre l’air avant que mes excès de masculinité ne se répandent sur mes pauvres collègues qui elles, n’avaient rien demandé.

– Je sors, j’ai besoin d’action.
– Excellente idée monsieur Dressepipe, vous allez couvrir les faits sur la PMA ?
– Euh, à vrai dire je pensais plutôt ouvrir les fûts dans le PMU.
– Hilarant comme d’habitude, monsieur Dressepipe. Je veux le sujet sur mon bureau ce soir. Et ne soyez pas en retard cette fois.

Voici, mes amis, comment je me suis retrouvé un matin glacial d’automne, seul dans la rue face à des centaines de femmes hystériques bramant des slogans incompréhensibles, avec pour seules armes un paquet de 100 post-it dans la poche droite, un stylo à bille dans la main gauche, un casque en polystyrène à triple renforts sur la tête, et un courage à toute épreuve dans les testicules. Je décidai de prendre ledit courage à deux mains et m’approchai à pas feutrés d’un petit groupe de femmes aux épaules tout aussi carrées que leurs coupes de cheveux, remarquables amazones des temps modernes, installées sur un banc. J’optai alors pour la méthode dite du « mimétisme citadin » afin d’en savoir plus sur les raisons de leur colère.

-Wesh les sœurs, ça boom ? Super la manif, toute cette rage, tous ces chants guerriers, on voit que vous êtes pas venues pour lécher des timbres !

La plus âgée, que j’identifiai tout de suite comme étant le chef de meute, s’approcha d’un pas furibond. Je resserrai en un éclair la jugulaire de mon casque et décochai ma carte de presse à hauteur de ses yeux. Elle sembla calmée.

– Ah, vous êtes journaliste. J’ai cru que vous faisiez partie des contre-manifestants et que vous veniez nous provoquer.
Les provoquer ? Se pouvait-il que mon mimétisme ait foiré ? Impossible…

– Allons, calmai-je, je suis un professionnel ma chère. Peut-on débuter cet interview sur de bonnes bases ? Comme les adultes intelligents et responsables que nous sommes ?

– Oui, je m’excuse.

– Très bien. Première question : qu’est-ce qui vous pousse à brailler dans tous les sens telles des marchandes d’ail ?
Elle parut quelque peu intimidée par la pertinence de ma demande.

– Des marchandes d’ail ? Vous êtes sérieux ? Enfin passons, j’ai l’impression que vous ne faîtes même pas exprès… Nous sommes ici pour apporter notre soutien au Comité Consultatif National d’Éthique qui vient de rendre un avis favorable à l’extension de la PMA à toutes les femmes. C’est une avancée sans précédent pour nous. Or comme vous le constatez, cette décision ne plait pas à tout le monde… Mais nous ne laisserons pas une poignée de bigots réactionnaires faire plier les institutions. Le droit à enfanter est un droit naturel, inaliénable, et commun à toutes les femmes du monde, peu importent leurs différences. Un pas a été fait en direction de notre communauté aujourd’hui, et nous sommes venues le célébrer.
La justesse de ce discours, exhaussée par la proximité de toutes ces génitrices en puissance, de tous ces parfums mêlés de sueur, de tous ces cris primitifs, me claqua au visage telle une main ferme sur un fessier adipeux.

– Ah, ma bonne dame, comme je vous comprends. Tout est clair…. Au diable l’avis impartial, je suis des vôtres ! Arrêtons les discriminations ! Cessons de repousser ceux qui ne nous ressemblent pas. Vous êtes dans le vrai, vous êtes dans le juste : les femmes laides aussi ont le droit d’enfanter, c’est évident ! Les hommes, même lorsqu’ils sont répugnants, ne se privent pas de leur côté pour engendrer à tour de bras, les saligauds, alors pourquoi pas vous ? Allez, je suis de votre côté ! Faites-leur brouter le gazon à ces réactionnaires moyenâgeux !

Sur ce, s’en suivit un silence d’une bonne dizaine de secondes, preuve s’il en est que mon allocution l’avait touchée en plein cœur. J’en gribouillai quelques extraits sur mes post-it afin d’y graver les passages les plus substantiels, et parti sans demander mon reste. En bon journaliste que je suis, il m’était désormais indispensable d’aller recueillir les arguments, bien qu’à n’en point douter fallacieux et infondés, des détracteurs de ces dames.
C’est dans une ambiance toute différente que je me retrouvai alors. Ici, dans les rangs bien formés de l’opposition, point de beuglements inintelligibles, point de panneaux revendicateurs fabriqués avec des restes de pack de 12, point de poils dépassant d’aisselles huileuses, mais plutôt une sorte d’austérité revendicatrice, de colère fluette, d’émeute disciplinée. Je m’engageai en direction d’un petit troupeau de serre-têtes aux couleurs tout à fait sobres et convenables :

– Je me présente : Roger Dressepipe, journaliste et reporter de guerre urbaine. Je n’irai pas par 4 chemins mesdames : pourquoi tant de haine envers ces femmes, certes différentes, parfois dérangeantes, souvent désagréables, mais qui finalement, n’ont comme seul tort d’être nées comme elles sont ?

– Mais mon bon monsieur, nous n’avons bien évidemment rien contre ces femmes ! J’ai moi-même un très bon ami qui en connait une dans sa paroisse avec qui il n’hésite pas à partager son missel. Seulement vous comprenez, comment voulez-vous que des enfants qui grandissent avec ce genre de personnes comme parents s’en sortent dans la vie ?

– Je ne saisis pas bien… Je ne voudrais pas être rude, mais à bien y regarder, il y en a au moins deux ou trois rien que dans votre groupe qui semblent un peu, disons, « comme-celles-d’en-face »…

– Pardon ?

– Oh allez, la petite dame qui boite dans le fond et celle avec le col Claudine et le bec de lièvre, vous n’allez pas me dire que… Enfin objectivement… Même quelqu’un de bien bourré en sortie de boîte à 4h du matin pourrait dire que…

– Mais je ne vous permets pas ! Mon Dieu mais quelle humiliation ! Allez-vous-en, suppôt de Satan !

– Ah très bien, vous êtes dans le déni, vous n’assumez pas ! Vous êtres frustrées ! Tout s’explique alors ! Je n’ai pas besoin d’en savoir plus, cette fois j’ai tout ce qu’il me faut!

J’enfourchai alors illico ma trottinette, encore atterré par ce que je venais d’entendre. De retour chez Cacti, il me fallait lâcher ce que j’avais sur le cœur.

– Patronne, dis-je en ouvrant la porte de son bureau d’un grand coup de pied afin d’augmenter l’effet dramatique de mon entrée, j’ai compris pourquoi vous m’aviez envoyé couvrir ce sujet sur la PMA, et je retire ce que j’ai dit ce matin. Vous n’êtes pas une souillon qui insulte les hommes en refusant de se maquiller pour eux.

– Vous n’avez pas dit ça ce matin. Mais merci pour le compliment.

– Oh ? Je l’aurais seulement pensé alors ? Ça se comprendrait… Ceci étant, ça ne change rien à mon propos. Si vous souhaitez avoir des enfants, vous avez parfaitement le droit de ne pas vous maquiller.

– Mais de quoi me parlez-vous ?

– Aujourd’hui est un grand jour pour vous et vos sœurs, et sachez que je serai toujours avec vous pour couvrir votre derrière devant l’adversité.

– Vous voulez dire « couvrir vos arrières » je suppose…

– Ah, oui, aussi.

– Et votre chronique ? Ne me dites-pas que c’est ce que j’aperçois dans votre main ?

– Non Madame, ceci n’est pas une chronique, c’est une ode à la Femme.

– Et tout ça sur 2 post-it, magnifique. Je sens que vous avez encore du chemin à faire parmi nous mon petit Roger…

 

Par Léo Minary

Illustrations par Camille Dochez

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