Le temps est bon, le ciel est bleu, une femme sur deux avoue s’etre déjà changée de peur d’etre harcelée

by | Oct 30, 2018 | Le temps est bon, le ciel est bleu

 

 

Il y a quelques temps c’était l’été. Le temps était bon, le ciel était bleu. Les thermomètres affichaient quarante degrés à l’ombre et les terrasses de France voyaient déferler une vague de torses-nus-petite-bière-blonde sous leurs parasols. Moi, j’avais chaud, j’enfilais innocemment un débardeur et un mini short avant de sortir affronter la canicule. Dans la rue, j’entendais un claquement de langue. Exactement le même que l’on pourrait faire en salivant sur la devanture d’un charcutier. Ça reste discret, mais c’est déjà trop. Je me regardais dans une vitrine. Merde, il est pas un peu court mon short ? Comme si c’était moi qui devait me remettre en question.

C’était l’été, le temps était bon, le ciel était bleu. Je rejoignais une copine dans notre bar préféré. Le patron s’approchait de nous et, au moment de lui servir son Monaco, il lâchait, en louchant sur son crop-top : « Ben alors, c’est habillée comme ça que tu vas au boulot ? » Elle, gênée, lui répondit que non, elle est en vacances. Comme s’il fallait se justifier pour avoir le droit de montrer son nombril.

 

C’était l’été, mais le vent soufflait. Je frissonnais dans ma robe en coton. A la machine à café, ma collègue me lançait : « si tu t’habillais correctement aussi ! » Comme si c’était vraiment de ma santé dont elle se souciait derrière cette remarque si innocente. 

 

On fait porter aux filles des jupettes, mais la puberté arrivant, on nous insuffle doucement la crainte d’une jambe trop découverte. En effet, 65% des françaises de moins de 15 ans ont déjà été confrontées à du harcèlement de rue, et 82% avant 17 ans.

 

Mes potes ne comprennent pas. « Tu fais bien ce que tu veux ! » Or, la manière dont on s’habille conditionne le regard que l’on peut porter sur nous et la violence des remarques que l’on peut recevoir. Le moindre trajet en métro devient un risque potentiel : 100% des utilisatrices des transports en commun avouent avoir reçu une remarque déplaisante au moins une fois.

 

 

Peu importe qui a lancé l’insulte. Un jeune, un vieux, une fille aussi, puisque 15% proviennent de femmes. Peu importe si c’était une simple remarque, une technique de drague ou un « compliment ». Ce qui importe, c’est qu’en 2018, après tant d’avancées pour l’égalité des sexes et la parité, une femme sur deux avoue s’être déjà changée de peur d’être harcelée. Une femme sur deux a censuré sa propre liberté par peur de la voir limogée par un ou une autre.

 

Mais c’était l’été. Le temps était bon, le ciel était bleu. Des hommes ventres à l’air sirotaient tranquillement leur pastis en terrasse, et des filles se rhabillaient pour éviter les sifflements au passage de leurs jupes un peu courtes.

 

Texte – Justine Gardier

Graphisme Victoria Dubois

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