Lettre à Kalliroi Parren (1861-1940)

by | Oct 29, 2018 | Breaking news pour l'outre tombe

 

Militante féministe grecque, journaliste et écrivaine à la plume acérée.

 

Chère Kalliroi reine de la terre,

 

Comme t’étais une sacrée clasheuse à l’époque, je me dévoue pour te raconter ce qu’il se passe aujourd’hui en 2018 sur le terrain des luttes féministes, histoire que t’aies quelque chose à te mettre sous la dent.

Comme je le racontais à Aretha dans ma dernière lettre,  c’est toujours à nous, les femmes, de s’adapter à l’espace où l’on est, et ça c’est particulièrement vrai pour l’espace public. Notre corps doit être invisible, sinon il dérange ou il suppose que n’importe qui peut y avoir accès.

Je te conseille, chère Kalliroi, la lecture des travaux d’Yves Raibaud à ce sujet :

« Dans nos études, nous observons que les femmes ont moins d’emprise spatiale sur la ville que les hommes, qu’elles calculent leurs déplacements en fonction du lieu et de l’heure, qu’elles se déplacent d’un point à un autre ni trop vite pour ne pas montrer qu’elles ont peur, ni trop lentement pour ne pas faire croire qu’elles cherchent leur chemin, elles évitent de stationner, montrent qu’elles sont occupées etc. »

Eh oui, en 2018, les femmes dans l’espace public ont une charge mentale constante quant à leur expression corporelle pour éviter tout désagrément ou danger. Pour leur sécurité, pour le respect de leur intégrité corporelle. Pour être considérées comme des êtres humains.

 

Donc, comme on le voit, c’est super dur pour les hommes. Attends, quoi ? Ah, on me dit dans l’oreillette « bouhouhou oinoinoin snif snif snif ». Ou, en d’autres termes, #HimToo. C’est pas une blague, c’est un hashtag qui fait référence à #MeToo, vous l’aurez deviné.

C’est parti d’une maman qui a repris le hashtag des soutiens de Brett Kavanaugh (juge fédéral américain accusé d’agression sexuelle) pour « dénoncer » le fait que son fils n’ose plus sortir en date, de peur d’être accusé à tort. Bon en vrai c’était drôle parce que le fiston en question a détourné son post, le transformant en soutien au #MeToo. ARROSEUSE ARROSEE.

Ce qui est moins drôle (quoi que…), c’est que cette thèse du « spleen masculin » est reprise par plein d’articles et par plein de gens QUI VIVENT LITTERALEMENT DANS LA TERREUR C’EST AFFREUX. Petit conseil : si vous ne voulez pas être accusé de viol, ne violez pas. POING, euh point.

Eh oui, voir ses privilèges remis en question, c’est inconfortable. Découvrir que l’on a des responsabilités dans le monde dans lequel on vit, que les gens qui nous entourent sont en fait des êtres humains qu’il faut respecter, travailler sur une réelle égalité, ça remet en perspective plein de choses.

 

Allez, on va pas non plus s’épuiser à dire ce qu’on répète depuis des siècles. J’ai un patriarcat à détruire moi.

 

Et longue vie à toustes celles et ceux qui restent vaillant.e.s dans l’explication de l’évident.

 

Par Clémentine Biard 

Illustration par Emilie Cerball 

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