PRINCESS DOES IT HERSELF – Isabeau de Bavière : La Scandaleuse

by | Oct 22, 2018 | Princess does it herself | 0 comments

Si on nous enseigne que les femmes n’ont pas pu gouverner, les recherches récentes ont montré que ce n’était pas toujours vrai.“Quoi ? Comment ça ? On nous mentirait à l’école ?” Il faut savoir que l’on ne fait pas de l’histoire de la même façon selon son époque, son sexe, ou son milieu social. Cette chronique va donc vous montrer comment on a pu faire passer à la trappe l’histoire des femmes médiévales alors que certaines d’entre elles ont bien régné.

Isabeau de Bavière est une reine médiévale peu connue, ou alors l’a été pour de mauvaises raisons. C’est un peu LA reine mal famée, mal considérée, aussi bien par ses contemporains que par les historiens du XIXe siècle. Pourtant, même si elle donne l’impression d’avoir scandalisé tout son peuple, de nouvelles études ont montré que cette déconsidération a été très largement exagérée par les historiens.

Isabeau de Bavière la scandaleuse (1371-1435) comme son nom l’indique est la fille de duc de Bavière (un mec plutôt fort) et d’une Visconti (famille célèbre pour régner sur le Milanais). Les femmes médiévales, comme aujourd’hui, reçoivent à la naissance le nom de papa mais ne changent pas pour celui de leur époux au moment du mariage.

Elle épouse en 1385 le roi de France Charles VI le Fou : un bon mariage avec l’homme le plus puissant du royaume. Il faut savoir que c’est Philippe II duc de Bourgogne, son oncle, qui lui a arrangé le mariage. De fait le mariage à l’époque médiévale c’est comme jouer au Risk. Il faut être futé comme un renard, malin comme un lapin. Le but pour les parents est de marier aux mieux leurs chères petites têtes blondes tout en créant une alliance.

Aussi, avant de contracter l’union, on pratiquait « l’examen des matrones ». C’est un gros mot pour dire qu’on faisait passer un test physique à la future reine pour vérifier qu’elle était capable de procréer, parce qu’après tout c’est bien sa première fonction hein, il nous fallait d’autres rois. Dans le domaine Isabeau a plutôt été bonne puisqu’elle fit 12 enfants avec notre fou Charles VI.

Une fois le mariage décidé Isabeau part s’installer à la cour de son futur époux le fou. En effet, la société médiévale est une société dite « virilocale » : traduction, les femmes partent vivre à la cour de Monsieur, quittant celle de son père. Puis en 1385, le mariage est célébré. Sauf que comme il perd la tête, ce sont ses oncles qui vont prendre le pouvoir.

      Toute l’histoire du règne d’Isabeau tourne précisément autour de la folie de son époux. Si on enseigne aux élèves du secondaires que les femmes sont incapables de régner en France, cette affirmation mérite d’être nuancée. En effet, on nous parle souvent de la loi salique qui empêche les femmes de transmettre et d’hériter de la couronne de France. Or, il est toujours possible pour une reine de France d’être régente c’est-à-dire de gouverner et d’exercer le pouvoir au nom du monarque s’il est trop jeune, absent (quand il part guerroyer par exemple), ou incapable de gouverner par lui-même du fait de son état physique (parce exemple quand on est fou comme Charles VI). C’est bien pour cela qu’Isabeau va gouverner. Elle préside le conseil de régence à partir de 1393. C’est donc elle qui prend les décisions politiques du royaume. Sauf qu’autour d’elle tout le monde intrigue pour essayer d’influer sur son règne.

Il faut bien voir que le contexte du règne Isabeau de Bavière est très troublé à cette époque. On peut même dire que c’est un beau bordel #GuerredeCentAns, #Guerrecivile. Mais quézako ça ? La Guerre de Cent Ans c’est une guerre qui ne dure pas 100 ans, mais 113 ans (à nouveau les historiens du XIXe siècle qui nous induisent en erreur). Pour la faire courte, Philippe le Bel (roi de France de 1285 à 1314) a eu trois fils et une fille qu’il marie au roi d’Angleterre. Isabelle de France, fifille de Philippe le Bel, met donc au monde le futur roi d’Angleterre Édouard III. Quand tous les fils de Le Bel meurent tour à tour sans descendance, on ne sait pas qui va récupérer la couronne. C’est là que la guerre commence entre deux prétendants au trône : le frère de Le Bel, Philippe IV de Valois (ouais les Philippe c’est une histoire de famille) et son petit-fils Édouard III le British, déjà roi d’Angleterre !! Il est impensable pour les Français de céder leur couronne au roi d’Angleterre. Donc les Français et les Anglais se battent pour la couronne de France, et ça donne la guerre de Cent Ans… Mais en même temps ce n’est pas une guerre à temps complet puisque chaque royaume connait des guerres internes. La France est divisée en deux clans qui ne sont pas d’accord sur la politique à mener dans le royaume et qui tentent d’influencer les décisions prises par Isabeau.

            C’est bien ce contexte troublé qui explique que l’on ait souvent présenté Isabeau comme une reine incapable. En réalité elle est surtout tourmentée par les intrigants qui l’entoure et qui veulent son pouvoir puisque c’est à elle qu’il revient alors que son époux devient fou. Donc : NON NON aux idées reçues ! Les femmes médiévales ne sont pas des incapables, soumises ou je ne sais quoi, elles gouvernent. Il ne faut pas exagérer cette affirmation non plus, et faire du cas par cas. Dans celui d’Isabeau on peut dire qu’elle a gouverné, elle a même fini par concéder un bout de la couronne de France aux British. Sacré décision politique !

On écrit l’histoire aussi en fonction du contexte dans lequel on vit. De son vivant, les auteurs (qu’on appelle aussi chroniqueurs) n’ont pas toujours été bienveillant avec elle, et la font passer pour une mauvaise reine, on lit alors : « les maîtres parisiens se déchaînent contre elle, s’en prenant pêle-mêle à son train de vie, à son entourage féminin, aux mœurs dissolues de sa cour, à sa rapacité, au peu de cas qu’elle fait de ses enfants, à son indifférence face à la maladie du roi ». Si on traduit : elle est coupable d’être une mauvaise mère parce que ses enfants meurent en bas âge, une mauvaise femme parce que son mari est fou du fait de sa consanguinité.

Cette image de badass est récupérée par les historiens du XIXe siècle qui l’ont alors présentée comme une femme scandaleuse. Cela s’explique d’autant plus qu’à cette époque la place des femmes était marginale (eh oui en 1800 elles étaient soumises aux décisions de leur époux). Ils ont même féminisé son nom au profit d’« Isabelle », et l’ont décrit comme une reine scandaleuse, et très dépensière. Mais les historiens actuels ont démontré qu’elle avait été en grande partie victime du contexte compliqué dans lequel elle évoluait #lesguerresàfoisons mais aussi des rumeurs publiques. L’historien Jacques Krynen a montré que l’on attachait des propos scandaleux aux grandes figures publiques pour les décrédibiliser et détourner leur soutien. Mais au-delà de ces récits, cela montre aussi qu’Isabeau a eu un rôle politique fort et qu’elle est un exemple probant de la place des femmes médiévales : au pouvoir.

Par Églantine de Montbéliard

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