Le temps est bon, le ciel est bleu, une femme sur deux avoue s’etre déjà changée de peur d’etre harcelée

Le temps est bon, le ciel est bleu, une femme sur deux avoue s’etre déjà changée de peur d’etre harcelée

 

 

Il y a quelques temps c’était l’été. Le temps était bon, le ciel était bleu. Les thermomètres affichaient quarante degrés à l’ombre et les terrasses de France voyaient déferler une vague de torses-nus-petite-bière-blonde sous leurs parasols. Moi, j’avais chaud, j’enfilais innocemment un débardeur et un mini short avant de sortir affronter la canicule. Dans la rue, j’entendais un claquement de langue. Exactement le même que l’on pourrait faire en salivant sur la devanture d’un charcutier. Ça reste discret, mais c’est déjà trop. Je me regardais dans une vitrine. Merde, il est pas un peu court mon short ? Comme si c’était moi qui devait me remettre en question.

C’était l’été, le temps était bon, le ciel était bleu. Je rejoignais une copine dans notre bar préféré. Le patron s’approchait de nous et, au moment de lui servir son Monaco, il lâchait, en louchant sur son crop-top : « Ben alors, c’est habillée comme ça que tu vas au boulot ? » Elle, gênée, lui répondit que non, elle est en vacances. Comme s’il fallait se justifier pour avoir le droit de montrer son nombril.

 

C’était l’été, mais le vent soufflait. Je frissonnais dans ma robe en coton. A la machine à café, ma collègue me lançait : « si tu t’habillais correctement aussi ! » Comme si c’était vraiment de ma santé dont elle se souciait derrière cette remarque si innocente. 

 

On fait porter aux filles des jupettes, mais la puberté arrivant, on nous insuffle doucement la crainte d’une jambe trop découverte. En effet, 65% des françaises de moins de 15 ans ont déjà été confrontées à du harcèlement de rue, et 82% avant 17 ans.

 

Mes potes ne comprennent pas. « Tu fais bien ce que tu veux ! » Or, la manière dont on s’habille conditionne le regard que l’on peut porter sur nous et la violence des remarques que l’on peut recevoir. Le moindre trajet en métro devient un risque potentiel : 100% des utilisatrices des transports en commun avouent avoir reçu une remarque déplaisante au moins une fois.

 

 

Peu importe qui a lancé l’insulte. Un jeune, un vieux, une fille aussi, puisque 15% proviennent de femmes. Peu importe si c’était une simple remarque, une technique de drague ou un « compliment ». Ce qui importe, c’est qu’en 2018, après tant d’avancées pour l’égalité des sexes et la parité, une femme sur deux avoue s’être déjà changée de peur d’être harcelée. Une femme sur deux a censuré sa propre liberté par peur de la voir limogée par un ou une autre.

 

Mais c’était l’été. Le temps était bon, le ciel était bleu. Des hommes ventres à l’air sirotaient tranquillement leur pastis en terrasse, et des filles se rhabillaient pour éviter les sifflements au passage de leurs jupes un peu courtes.

 

Texte – Justine Gardier

Graphisme Victoria Dubois

Lettre à Kalliroi Parren (1861-1940)

Lettre à Kalliroi Parren (1861-1940)

 

Militante féministe grecque, journaliste et écrivaine à la plume acérée.

 

Chère Kalliroi reine de la terre,

 

Comme t’étais une sacrée clasheuse à l’époque, je me dévoue pour te raconter ce qu’il se passe aujourd’hui en 2018 sur le terrain des luttes féministes, histoire que t’aies quelque chose à te mettre sous la dent.

Comme je le racontais à Aretha dans ma dernière lettre,  c’est toujours à nous, les femmes, de s’adapter à l’espace où l’on est, et ça c’est particulièrement vrai pour l’espace public. Notre corps doit être invisible, sinon il dérange ou il suppose que n’importe qui peut y avoir accès.

Je te conseille, chère Kalliroi, la lecture des travaux d’Yves Raibaud à ce sujet :

« Dans nos études, nous observons que les femmes ont moins d’emprise spatiale sur la ville que les hommes, qu’elles calculent leurs déplacements en fonction du lieu et de l’heure, qu’elles se déplacent d’un point à un autre ni trop vite pour ne pas montrer qu’elles ont peur, ni trop lentement pour ne pas faire croire qu’elles cherchent leur chemin, elles évitent de stationner, montrent qu’elles sont occupées etc. »

Eh oui, en 2018, les femmes dans l’espace public ont une charge mentale constante quant à leur expression corporelle pour éviter tout désagrément ou danger. Pour leur sécurité, pour le respect de leur intégrité corporelle. Pour être considérées comme des êtres humains.

 

Donc, comme on le voit, c’est super dur pour les hommes. Attends, quoi ? Ah, on me dit dans l’oreillette « bouhouhou oinoinoin snif snif snif ». Ou, en d’autres termes, #HimToo. C’est pas une blague, c’est un hashtag qui fait référence à #MeToo, vous l’aurez deviné.

C’est parti d’une maman qui a repris le hashtag des soutiens de Brett Kavanaugh (juge fédéral américain accusé d’agression sexuelle) pour « dénoncer » le fait que son fils n’ose plus sortir en date, de peur d’être accusé à tort. Bon en vrai c’était drôle parce que le fiston en question a détourné son post, le transformant en soutien au #MeToo. ARROSEUSE ARROSEE.

Ce qui est moins drôle (quoi que…), c’est que cette thèse du « spleen masculin » est reprise par plein d’articles et par plein de gens QUI VIVENT LITTERALEMENT DANS LA TERREUR C’EST AFFREUX. Petit conseil : si vous ne voulez pas être accusé de viol, ne violez pas. POING, euh point.

Eh oui, voir ses privilèges remis en question, c’est inconfortable. Découvrir que l’on a des responsabilités dans le monde dans lequel on vit, que les gens qui nous entourent sont en fait des êtres humains qu’il faut respecter, travailler sur une réelle égalité, ça remet en perspective plein de choses.

 

Allez, on va pas non plus s’épuiser à dire ce qu’on répète depuis des siècles. J’ai un patriarcat à détruire moi.

 

Et longue vie à toustes celles et ceux qui restent vaillant.e.s dans l’explication de l’évident.

 

Par Clémentine Biard 

Illustration par Emilie Cerball 

JOUISSANCE CLUB – OCTOBRE

JOUISSANCE CLUB – OCTOBRE

Collab Leonor Roversi x Cacti

Collab Leonor Roversi x Cacti

Leonor Roversi x Cacti Magazine vous présentent des femmes au cœur rebelle et à l’allure wild !
Des femmes qui trouvent leur place au cœur de la résistance, puisant leur force dans l’entraide et le partage. La sororité est leur mot clé, elles se soutiennent et s’épaulent à la vie comme à la mort.

Avec SECRET SOCIETY OF THE GROOVY SISTERHOOD, l‘éclat du collectif prend toute son ampleur. La meute, le gang, le crew, l’assemblée, la communauté… Nous sommes persuadées que la solidité du féminisme puise son pouvoir dans le rassemblement. Ensemble, nous sommes plus fortes.

Avec BORN TO RAISE HELL, nous avons voulu montrer la puissance des femmes qui dessinent leur vie comme elles l’entendent, nous avons voulu sublimer la force du quotidien. Ne commencez pas une guerre avec ces femmes-là, vous n’en sortirez pas vivant !

Pour shopper votre T-shirt, il vous suffit de cliquer sur celui que votre coeur appelle (et sortir votre carte bleue) !

                                     

 

Photographe – Emilie Froquet

Modèles – Mélissa Mary, Mademoiselle Gloomy, Ava Powell Henry, Camille Dochez

Graphisme T-shirts – Victoria Dubois 

Saucisse cherche son costume d’Halloween

Saucisse cherche son costume d’Halloween

Par Camille Dochez