Disclaimer : je ne prétends pas être la représentante de la communauté lesbienne, et comme nous sommes toutes différentes les unes des autres (si si), mon expérience n’est pas universelle.

Partie III : Les pornos lesbiens

ÇA Y’EST. On arrive à ma partie préférée : les pornos avec des lesbiennes dedans. Enfin, c’est plutôt ce qu’on imagine des relations sexuelles entre filles. Et ça pêche, ça pêche même très très fort.

Pourquoi ?

Et bien, vous commencez à prendre l’habitude de voir ce terme dans mes chroniques, le male gaze s’insinue de partout, et PARTICULIÈREMENT dans le porno.

1 – Le male gaze dans les pornos lesbiens

Commençons par les basiques : 99% (pourcentage ressentie et non-officiel) de la pornographie mainstream (c’est-à-dire celle qu’on trouve en accès libre et gratuit sur des sites comme Pornhub, Youporn, Redhub etc.) est faite PAR et POUR les hommes hétérosexuels. Exception : la pornographie gay masculine, puisqu’elle ne rentre pas dans les fantasmes des hommes hétéros. Eh oui.

Celle des femmes lesbiennes par contre… La très très grande majorité des films porno mainstream qui mettent des relations lesbiennes en scène sont (on va pas se mentir) un ramassis de clichés et idées reçues sur les sexualités saphiques : ongles longs, des bisous langue bien apparente pour ne surtout pas gâcher le rouge à lèvres abondant, des longues scènes où les actrices se caressent la peau en gémissant (on est sur une sensibilité de l’extrême là quand même).

Bref, un truc très rose et « féminin » (bien prononcés, les guillemets), où les actrices sont bien évidemment presque toutes blanches et fines, avec des peaux de satin et des seins tout gonflés. Et dans presque tous les films, un homme intervient à un moment pour « niquer pour de vrai ». Parce que faut arrêter oh, les préliminaires ça va bien 2 sec.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

En soi, on est bien bien loin de l’actuelle diversité des corps et des sexualités dont fait preuve la communauté lesbienne. Qu’en est-il des lesbiennes racisées, trans, butch, androgynes ETCETERA ?

2 – Conséquences

Et c’est quoi le problème, me direz-vous ? Bah oui, pourquoi ça fâche que le porno mainstream mette en scène des scènes lesbiennes pas crédibles pour une cacahuète ? C’est qu’un fantasme après tout !

Et il est là le problème : si les femmes sont sexualisées au possible, les lesbiennes ne sont visibles qu’à travers le cul. Du coup, être lesbienne c’est un peu être une « chose publique ». Comme on croit que la sexualité des femmes est choix (voir Partie 1) +  les lesbiennes sont un fantasme très répandu : BOUM, plein de mecs tiennent absolument à te faire savoir qu’il est chaud pour faire un plan à trois avec toi et ta copine, ou même mieux, qu’il est prêt à te faire découvrir « le vrai cul ». Ton pote, un mec dans la rue, ton boss etc. La classique.

Sauf que des fois, ça devient plus dangereux : 29% des adolescentes lesbiennes canadiennes ont déjà vécu une agression sexuelle perpétrée par un homme, contre 11% chez les adolescentes hétérosexuelles canadiennes

3 – Les pornographies féministes, ou quelques films très très bons

Alors évidemment, cet article n’est pas un moratoire anti-porn. Non, parce que le porno ça peut être beau et chaud, pas simulé, un peu plus crédible, et surtout où les acteurs et actrices se respectent les uns les autres. Enfin en fait, du « vrai » sexe, avec des « vrais » gens. Et même là, y’en a pour tous les goûts. Oui, il y a des films porno destinés aux LESBIENNES.

T’y crois pas ?

Erika Lust, Ovidie, Petra Joy, Jiz Lee, Sarah de Vicomte et son magnifique court métrage « République / Filles du Calvaire » et bien d’autres font ça très très bien. Ça s’appelle le POST-PORN (retiens bien ce terme, c’est une merveilleuse invention).

Je te conseille d’aller faire un tour sur le site internet du festival Feminist Porn Award et de leur catégorie « Lesbian ». Compare ça avec le premier porno lesbien que tu trouves sur Youporn, et je veux un résumé de 2 pages.

Et oui je suis passée au tutoiement parce qu’après cet article, on est forcément plus intimes.

 
Texte de Clémentine Biard 
Illustration de Paul Lecat